Les clés du Moyen-Orient: la lecture dans la méthode et le contenu des Badāʼiʽ al-zuhūr fī waqāʼiʽ al-duhūr d’Ibn Iyās (du début de l’année 923 hégire à la fin de l’année 928 hégire) Par Ahmad Al Amer

Une lecture dans la méthode et le contenu des Badāʼiʽ al-zuhūr fī waqāʼiʽ al-duhūr d’Ibn Iyās (du début de l’année 923 hégire à la fin de l’année 928 hégire)
Article publié le 26/06/2017

Par Ahmad Al Amer

Cet article sera consacré à l’étude de six années de la chronique des Badāʼiʽ al-zuhūr fī waqāʼiʽ al-duhūr d’Ibn Iyās (1). Cette partie de l’histoire est l’une des plus importantes qu’Ibn Iyās a écrite et ce pour deux raisons. La première est qu’Ibn Iyās est pratiquement le seul historien ayant écrit sur cette période au jour le jour. La deuxième est qu’il a été témoin oculaire de cette période (2) qui fut le début du règne ottoman en Egypte après la bataille al-raydaniyya en 922/ 1517 mettant fin au règne mamelouk. C’est ainsi que nous allons présenter une analyse plus détaillée des faits historiques de cette période importante.

Les événements de l’année 923 hégire

Au début de l’année 923 hégire, Salīm Šāh a interdit toute action de pillage et a tué tout émir ou mamelouk qui se trouvait sur son chemin. Il en a ainsi tué presque quatre mille. Alors Awlād an-nās, les fils des émirs et les sultans ont porté des turbans « al-ʽamāʼim » pour dissimuler leur vraie identité. Salīm Šāh a aussi fait des offrandes « ḫilaʽ » pour le calife et les notables. A ce stade, Ibn Iyās présente une courte biographie de Salīm Šāh Ibn ʽUṯmān. Il est, selon lui, le quarante huitième descendant des sultans d’Egypte et le troisième des rois Romains en Egypte après aẓ-Ẓāhir Ḫašqadam et aẓ-Ẓāhir Tamur buġā. Ibn Iyās change de sujet et parle des combats entre Ṭūmān Bāy et les Ottomans, d’où il est sorti vaincu. Il attribue cette défaite au fait que seulement une minorité des sultans mamelouks a combattu aux côtés de Ṭūmān Bāy tandis que les autres, de peur d’être tués, ont trouvé refuge dans les étables et également parce que les combats se déplaçaient d’un lieu à l’autre dans la ville du Caire. Le plus étonnant est que le sermon du vendredi fût donné au nom de Ṭūmān Bāy, qui a continué à se battre du mercredi au samedi muḥarram. La fatigue et la défaite se voyaient sur son visage. Ibn Iyās le décrit comme quelqu’un qui « n’avait pas de chance et tout ce qu’il entreprenait n’aboutissait pas vers une fin heureuse. C’était la quatrième fois que les soldats d’Egypte perdaient la guerre contre Ibn ʽUṯmān ». (kāna qalīl al-ḥaẓ ġayr masʽūd al-ḥarakāt fī afʽālih wa hāḏih rābiʽ kasra waqaʽat li-ʽaskar Miṣr maʽa ibn ʽUṯmān). Ṭūmān Bāy s’est enfui. Cela a été décrit par Ibn Iyās comme étant une effroyable catastrophe dont personne n’a jamais entendu parler auparavant « al-muṣība al-ʽuẓmā allatī lam yusmaʽ bi-miṯlihā fī mā taqaddama min az-zamān ». De nombreux crimes se sont alors enregistrés dans la ville du Caire. On tuait tous les Mamelouks qu’on trouvait. On a mis le feu à la mosquée Šīḫū. Selon Ibn Iyās, cette guerre ressemblait à celle de Buḫt Naṣṣar al-Bābilī et aux actes criminels d’Hūlākū à Baġdād. Durant ces événements, toutes les décisions de l’Etat étaient du ressort du calife. C’est Salīm Šāh qui accordait, dorénavant, la sécurité non seulement aux émirs mais aussi à Ǧānburdī al-Ġazālī. A ce sujet, Ibn Iyās déclare que Salīm Šāh promettait la sécurité aux émirs mais il les trahissait juste après.

Il a, par ailleurs, pris d’autres initiatives. Il a nommé certains de ses émirs des députés sur certaines régions, il a arrêté la publication des tracts qui permettaient à Awlād an-nās de posséder féodalement des domaines et des terres, ce qui a déclenché leur colère. Il a, pour la première fois, exilé un bon nombre de émirs et de notables à Istanbul et nommé Ibn ʽUṯmān juge ottoman pour l’application de la justice afin d’assurer les droits de la population. Cependant, la confusion a tellement régné sur les décisions de justice que les gens ont, par conséquent, perdu leurs droits. Ibn Iyās a décrit ce dernier comme étant plus stupide qu’une bourrique qui ignorait tout sur le droit musulman « aǧhal min ḥimār wa laysa yadrī šayʼan min al-aḥkām aš-šarʽiyya ». A la suite de ces événements, Ṭūmān Bāy a proposé au sultan de se réconcilier, mais en vain. Ibn Iyās décrit la pénurie d’eau dont a souffert le peuple, à cette époque, à la suite de l’absence des porteurs d’eau « as-saqāʼīn ».

Salīm Šāh a assassiné certains prisonniers parmi les émirs mamelouks après leur avoir accordé sa protection. Ibn Iyās décrit la dernière bataille entre ce dernier et Ṭūmān Bāy comme étant « l’une des batailles dont on n’a jamais entendu parler. Elle était plus grande que celle d’Ar-raydāniyya » (min al-waqāʼiʽ allatī lam yusmaʽ bi-miṯlihā aʽẓam min al-waqʽa allatī kānat bi r-raydāniyya), et a été la cinquième défaite de l’armée d’Egypte. Ṭūmān Bāy n’avait pas de chance dans tout ce qu’il entreprenait. Salīm Šāh fait battre immédiatement une nouvelle monnaie portant son nom après s’être débarrassé de Ṭūmān Bāy qui, trahi par Ḥasan Ibn Murʽī, a été livré à Ibn ʽUṯmān et pendu par la suite. Il désigne également Yūnis Bāšā son adjoint en Egypte « nāʼib lahu fī Miṣr ». Selon Ibn Iyās, à cette période des événements tragiques « al-ḥawādiṯ al-mahūla » se sont produits. Le sultan Salīm Šāh a capturé des notables d’Egypte pour les exiler ensuite dans son pays Istanbul, et ce fait a été qualifié d’épouvantable par Ibn Iyās. Selon lui, le peuple d’Egypte n’a jamais vécu auparavant de conditions aussi abominables que celles-ci. Ibn Iyās considère ainsi l’invasion des Ottomans en Egypte et les malheurs qu’a vécu son peuple comme une rude épreuve après la conquête de ce pays par ʽAmr Ibn al-ʽĀṣ. Salīm Šāh a obligé le calife à quitter Le Caire pour s’installer à Istanbul. Ainsi, le règne (al-ḫilāfa) est automatiquement transféré d’Egypte à Istanbul. Depuis, Ibn Iyās ne cesse d’observer le comportement et les agissements de Salīm Šāh. Les Ottomans ont mis un terme à certaines coutumes mameloukes, telles les offrandes « al-ḫulaʽ » durant les fêtes de la naissance du Prophète, la sortie du sultan pour s’asseoir sur l’estrade « ad-dikka » et les festivités à l’occasion de l’ouverture du canal. Ibn Iyās montre clairement son chagrin à l’égard de ces abolitions. Il a été tellement affligé par ces événements qu’il a composé un poème reflétant pleinement son chagrin et sa tristesse. Plus encore, Salīm Šāh a arrêté à peu près vingt quatre personnes qui, pensait-il, préméditaient son assassinat, et a ordonné qu’on les pende dans des lieux différents.

Une nouvelle étape commence par la désignation de Ḫāyir Bik au poste de vice-sultan « niyābat as-salṭana » au lieu de Yūnis Bāšā et celle de Zaynī Barakāt aux postes de Gestionnaire du sultanat « mudabbir al-mamlaka », Superviseur de la Comptabilité « nāẓir al-ḥisba » ainsi qu’à d’autres fonctions. Le sultanat d’Egypte a changé de statut et est devenu une délégation « niyāba ». Salīm Šāh est parti du pays. Ibn Iyās poursuit, à l’accoutumée, les nouvelles de Ḫāyir Bik et de Salīm Šāh au bilad aš-Šām et les événements qui s’y sont produits quand ce dernier s’y trouvait. A cette même époque, l’Egypte a connu une instabilité en raison des troubles et des émeutes qui ont opposé les Mamelouks, les Ottomans et les Bédouins, qui sont devenus plus forts et plus résistants. Les nouvelles justes se sont mêlées aux fausses, les gens ne faisaient plus de distinction entre ce qui était vrai et ce qui était faux, ou de simples rumeurs. Ibn Iyās déclare à ce propos « on ne distinguait plus dans les nouvelles ce qui n’était qu’un mensonge de ce qui était vrai » (wa ṣāra la yuʽraf al-kaḏib min aṣ-ṣidq fī ṣiḥḥat al-aḫbār). Il est nostalgique des anciennes coutumes de l’Etat mamelouk et déplore leur disparition sous le règne de Salīm Šāh et son représentant Ḫāyir Bik. Il écrit ainsi : « de nombreux éléments qui faisaient partie du slogan du sultanat ont été abolis » (baṭala ašyāʼ kaṯīra min šiʽār al-mamlaka) ; « Ce système majestueux qu’a connu l’Egypte a été éliminé comme s’il n’a jamais existé » (wa zāla ḏāka an-niẓām al-ʽaẓīm min Miṣr kaʼannahu lam yakun). Il a aussi montré un grand intérêt pour les exilés à Istanbul et a cité la liste de ceux qui ont été envoyés à Constantinople à la fin de l’année.

Les événements de l’année 924 hégire

La majorité des informations d’Ibn Iyās concernant cette année se basait sur des rumeurs que le temps seul pouvait confirmer ou démentir (une rumeur disait « ušīʽa »). Est-ce que cela est un indice du changement dans la position d’Ibn Iyās au sein de la société à tel point qu’il ne peut compter que sur des gens ordinaires pour collecter les informations ? Dans ce contexte, il rapporte que « la plupart des gens d’Egypte inventent des mensonges qu’ils font circuler parmi la population. Ils réfutent ensuite ce qu’ils ont inventé, le rejettent et créent d’autres histoires loin de toute vérité » (faṣāra ġālib ahl Miṣr fī hāḏih al-ayyām yaḫtaliqūna al-kalāma al-kaḏib wa yušīʽūnahu bayna an-nās bimā yaḫtārūnahu ṯumma yubṭilūna ḏālika al-kalām wa yanquḍūnahu wa yaʼtūna bi kalām ġayrih wa l-kul laysa lahu ṣiḥḥa wa huwa min ǧumlat al-kaḏib al-muḫtalaq). Ibn Iyās laisse apparaître, à chaque fois que l’occasion se présente, sa tristesse et sa nostalgie pour les jours passés « je regrette ces jours comme s’ils étaient des rêves » (fa-yā ʼasafī ʽalā tilk al-ayyām kaʼannahā kānat manāmāt).

Ibn Iyās était troublé par la présence de Ḫāyir Bik et ses actes d’injustice envers la population. Il était constamment soûl. A ce propos, Ibn Iyās relate « le prince des émirs s’empressait de tuer des gens. Il a fait pendre et torturer, injustement, d’innombrables gens par les moyens les plus atroces. La plupart des gens étaient tués sans avoir rien commis. Le prince des émirs (malik al-ʼumarāʼ) était sévèrement cruel et dur » (wa kāna malik al-ʼumarāʼ ʽaǧūlan fī amr al-qatl wa qad šanaqa wa ḫawzaqa wa wassaṭa fī ayyām wilāyatihi ʽalā Miṣr mā lā yuḥṣā ʽadaduhum min an-nās wa l-ġālib rāḥa ẓulman min ġayr ḏanb wa kāna malik al-ʼumarāʼ šadīd al-qaswa ṣalban fi-l-ʼumūr ǧiddan).

Ibn Iyās porte ensuite son attention sur plusieurs autres événements :
- les différends entre les Mamelouks, les Inkišāriyya et les Aṣbahāniyya,
- les litiges avec les bédouins, qui ont prévalu à cette époque,
- les congratulations présentées par les Grands cadis à l’occasion du nouveau mois sont devenues presque une coutume au début de chaque mois,
- la baisse du nombre des décès à cette époque,
- les prix et la souffrance endurée par le peuple,
- nous notons un grand nombre d’expressions dialectales prises de certaines personnalités. Il paraît que la mémoire d’Ibn Iyās ne lui était plus d’une grande aide. Il faisait souvent référence à l’expression « je ne me rappelle plus de leurs noms à ce moment » (lam yahḍurnī asmāʼuhum al-ʼān) dans ses informations,
- le suivi des informations concernant l’arrivée de Salīm Šāh à Istanbul puis son installation à Adarna et ses interférences avec Ismāʽīl Aṣṣūfī.

Les événements de l’année 925

- Ibn Iyās s’intéresse énormément aux informations concernant les envoyés du sultan Selim et l’accueil chaleureux que leur réservait Ḫāyir Bik,
- les émeutes entre les Janissaires et les Sipahis Aṣbahāniyya,
- les attaques et les actes de sabotage « iʽtidāʼāt wa taḫrīb » commis par al-Inkišāriyya, al-Iṣbahāniyya et al-Kumūliyya.
- en bref, dorénavant les informations portaient essentiellement sur la pendaison d’un tel, l’exposition de la couverture d’al-Kaʽba, le tour des pèlerins à travers les quartiers de la ville « dawarān al-maḥmal », l’accueil d’un ambassadeur « istiqbāl qāṣid », les émeutes des Ottomans (entre les Inkišāriyya et les Iṣbahāniyya), les différents états du Nil, la hausse des prix, les congratulations du mois, la citation de certains décès, la prière d’un Aïd, les émeutes des bédouins et certaines processions.
- les problèmes entre Ǧān Burdī et Ḫāyir Bik.

Les événements de l’année 926 hégire

- une nouvelle réflexion politique émerge chez Ibn Iyās quand il déclare que « Assassiner un groupe des Arabes as-Sawālim était l’une des causes majeures de la détérioration de l’état du sultanat. S’ils les avaient laissés en vie et en avaient fait des prisonniers, ça aurait été plus raisonnable et ça aurait fait éviter ces émeutes. Mais ils se sont empressés de les tuer » (kānat ḥarakat hāḏih al-ǧamāʽa allaḏīna qutilū min ʽarab as-sawālim min akbar asbāb al-fasād fī aḥwāl al-mamlaka wa annahum law abqūhum ʽalā qayd al-ḥayā wa saǧanūhum lakāna ḏālik ʽayn aṣ-ṣawāb wa arǧā li-ḫumūd hāḏih al-fitan wa lākin ʽaǧǧalū bi qatlihim).

L’événement, donc, de cette année était l’émeute qui s’est produite entre Ḫāyir Bik et les Arabes as-Sawālim.

Le reste des événements portait sur :
- la citation d’une nouvelle en provenance de Tunisie,
- une autre nouvelle de Bilād al-Maġrib,
- l’évasion de certains Egyptiens d’Istanbul,
- la circoncision du fils d’un des cadis,
- l’attaque et l’occupation de Beyrouth par les Francs pendant une durée de trois jours, après laquelle Ǧān Burdī a envoyé une armée qui a chassé l’ennemi et décroché un gros butin. Mais reste l’événement le plus grand et étrange aux yeux d’Ibn Iyās : la mort de Salīm Šāh. Les derniers événements de cette année portaient sur la prise du pouvoir par Ǧān Burdī al-Ġazālī au Šām. Mais aucune confirmation n’a été faite par Ibn Iyās qui s’est contenté de relever les rumeurs circulant à ce sujet.

Les événements de l’année 927 hégire

Cette année a été marquée par :
- le Décret du sultan par lequel il prolongeait la durée de service de Ḫāyir Bik au poste de vice-sultan,
- la bataille qui a opposé le sultan Sulaymān à al-Ġazālī et l’évasion de ce dernier à Ḥamā. Il a été arrêté au Qābūn à Damas puis assassiné et décapité.

Quant au reste des nouvelles, il évoque
- des décès,
- le retour d’un certain nombre d’exilés d’Istanbul,
- l’arrivée d’un messager envoyé par Sulaymān et son accueil par Ḫāyir Bik,
- l’assassinat des uns et le châtiment des autres,
- des congratulations du mois,
- des campagnes contre les Bédouins,
- des nouvelles en provenance du Šām et d’Istanbul portant sur des batailles contre les Bédouins ou les Francs,
- la distribution des salaires ou bourses « aǧ-ǧamākiyyāt » mensuelles aux Mamelouks,
- l’embellissement du Caire à l’occasion des victoires de Sulaymān sur les Francs,

Toutes les décisions et tous les décrets émis par le sultan Sulaymān étaient accueillis avec allégeance et rapidement exécutés.

Les événements de l’année 928 hégire

Les événements de la dernière année citée dans al-Badāʼiʽ peuvent être résumés ainsi :
- des comparaisons apparaissent entre des incidents actuels et des événements passés,
- des šuyūḫ et des notables étaient tournés en ridicule,
- Ibn Iyās s’est intéressé aux honoraires imposés sur les actes de mariage et d’autres contrats,
- durant le mois de šaʽbān en 928 hégire, Ibn Iyās continue de citer la nouvelle concernant les Juges des Juges qui, à cette époque, étaient déjà destitués de leurs postes. Il disait « les cadis n’ont pas présenté leurs vœux parce qu’ils étaient démis de leurs fonctions » (lam yaṭlaʽ al-quḍa li-t-tahinʼa liʼannahum kānū maʽzūlīn),
- Ibn Iyās a cité le cas des Egyptiens qui ont souffert à cause du cadi de l’Armée « qāḍī al-ʽaskar »,
- des nouvelles concernant le désaccord entre les cadis au sujet d’un jugement judiciaire « ḥukm šarʽī »,
- le siège de l’île Rhodes par le sultan Sulaymān en vue de la soumettre à sa domination,
- la maladie de Ḫāyir Bik, le prince des émirs, et sa mort. Ibn Iyās écrit à ce sujet « ses jours se sont écoulés entièrement dans la cruauté et l’injustice. Il était un sultan magnifié et majestueux, compétent dans ses fonctions. Il était bien informé sur les conditions de vie de son peuple. Dans le cas où les griefs et les injustices, précédemment cités, ne se seraient pas produits, il aurait été le meilleur de ceux qui ont gouverné l’Egypte » (kānat ayyāmuhu kulluhā ẓulm wa ǧūr wa kāna malikan ǧalīlan muʽaẓẓam kufuʼan li-s-salṭana ʽārifan bi-ʼaḥwāl al-mamlaka wa law lā mā ḥaṣala fī ayyāmihi min al-maẓālim wa-l-ḥawādiṯ al-muqaddam ḏikruhā lakāna ḫiyār man wulliya ʽalā Miṣr). Ibn Iyās évoque de même plusieurs défauts de ce même personnage dont il a fait l’éloge auparavant.
- la prise des fonctions de vice-sultan par Sinān Bāšā, que le sultan Sulaymān a remplacé juste après par Muṣṭafā Bāšā. Ce dernier a immédiatement annulé l’effet du système de la forteresse et appliqué la loi ottomane qui, selon Ibn Iyās, était la plus désastreuse « ašʼam qānūn ».

Conclusion

Il est clair qu’Ibn Iyās n’a pas voulu développer toute l’histoire de l’Egypte, contrairement à ce qu’il a fait pour la dernière partie de son ouvrage. Il écrit brièvement sur la conquête islamique et les pays musulmans, alors qu’il disserte, plus ou moins, quand il traite l’histoire du premier Etat des Mamelouks. Plus encore, il expose avec plus de détails, dans un registre quotidien, les événements depuis le 9ème siècle hégire, à la fin duquel il a vécu. Il développe ainsi plus ce qu’il a vu, entendu et vécu. Mais, il déploie la majeure partie de ses efforts à écrire les deux plus gros volumes de son œuvre autour des événements qui se sont déroulés durant, avant et après la conquête ottomane. Dans cette même partie où les efforts d’Ibn Iyās sont nets pour enregistrer les événements de son époque et plus particulièrement ceux de la conquête ottomane, nous découvrons un document unique qui complète la série des documents successifs légués par Maqrīzī, Ibn Taġrī Burdī et ensuite Saḫāwī. Chacun d’eux a écrit sur sa période respective. Ainsi, nous disposons d’un témoignage oculaire sous forme de rapport sur tout un siècle de l’histoire de l’Egypte. Ce fut une étape importante qui marqua une ligne de séparation entre une Egypte victorieuse indépendante et une Egypte vaincue, soumise, réduite à l’esclavage.

Notes :
(1) Ibn Iyās, Badāʼiʽ al-zuhūr fī waqāʼiʽ al-duhūr, éd. Muḥammad Muṣṭafā, Le Caire : al-Hayʼa al-miṣriyya al-ʽāmma li-l-kitāb, 5 tomes.
(2) AL AMER, Ahmad, Matériaux, mentalités et usage des sources chez Ibn Iyās. Mise au point du discours historique dans les Badāʼiʽ al-zuhūr fī waqāʼiʽ al-duhūr, préfacé par Jean-Claude Garcin, Éditions Universitaires Européennes, Allemagne, 528 p. p. 375-429.

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Les clés du Moyen-Orient:La bataille de Raqqa, une étape symbolique pour déloger l’Etat islamique de son fief et préparer le futur de la Syrie Article Par Ines Gil

La bataille de Raqqa, une étape symbolique pour déloger l’Etat islamique de son fief et préparer le futur de la Syrie
Article publié le 27/06/2017

Par Ines Gil


Début novembre 2016, les Forces démocratiques syriennes lancent l’opération Colère de l’Euphrate, pour récupérer Raqqa (Syrie) des mains de l’Etat islamique. Soutenues par une coalition internationale, elles pénètrent pour la première fois dans la ville le 6 juin 2017. Raqqa, aux mains de Daesh depuis janvier 2014, était le fief de l’organisation en Syrie.

Une ville moyenne disputée durant le conflit syrien

Située au nord de la Syrie, à mi-chemin entre Alep et la frontière avec l’Irak, Raqqa, capitale du gouvernorat éponyme, est la 6ème ville de Syrie. La « Perle de l’Euphrate », qui aurait été fondée selon la légende par Alexandre Le Grand, avait par le passé constitué la capitale éphémère du calife abbasside et héros des Mille et une nuits, Haroun Al Rachid. Sous Hafez Al-Assad, cette ville à la fois bédouine et citadine constitue une vitrine pour le développement économique et démographique de la Syrie (1).

En 2011, alors que la guerre civile éclate dans le pays, Raqqa ne connait pas de contestations, probablement du fait des alliances que Bachar Al-Assad a eu soin de nouer avec les tribus locales. Cependant, Raqqa accueille des dizaines de milliers de réfugiés qui fuient les combats entre les rebelles et le régime syrien dès 2011. C’est au cours du premier anniversaire du début des contestations syriennes, en mars 2012, que des manifestations sont organisées à Raqqa. L’armée syrienne réprime le mouvement, et fait plusieurs morts. Suite à ces événements, la contestation s’intensifie, et des groupes rebelles s’allient pour créer le Conseil militaire de Raqqa, qui rejoint l’Armée syrienne libre. En février 2013, les rebelles s’emparent d’al-Tabqa, située à quelques kilomètres à l’ouest de Raqqa. Le mois suivant, une bataille opposant l’armée syrienne et des groupes rebelles, constitués du groupe salafiste Aharar Al-Sham, de Jabhat Al Nosra qui est à l’époque proche d’Al-Qaïda, avec le soutien de l’Armée syrienne libre. Le 3 mars 2013, les rebelles revendiquent le contrôle de Raqqa. C’est un tournant dans la révolution syrienne car c’est la première capitale de région à tomber entre leurs mains. Au même moment, l’Etat islamique en Irak et au Levant gagne du terrain. En janvier 2014, le groupe s’empare à son tour de Raqqa. Six mois plus tard, l’EIIL conquiert Mossoul, la seconde ville d’Irak. L’Emir Abou Bakr Al-Baghdabi y proclame le califat sur les territoires contrôlés en Syrie et en Irak. Raqqa devient la capitale syrienne de l’Etat islamique nouvellement créé (2).

Raqqa, « capitale » de l’Etat islamique

Capitale de l’EI, Raqqa devient le cœur de décision et de propagande de l’Etat, une vitrine pour les actions de Daesh. Après juin 2014, la ville constitue l’un des deux sanctuaires de l’EI, avec Mossoul (Irak). C’est depuis Raqqa que sont préparés plusieurs attentats d’ampleur, comme les attentats de Paris en 2015. D’ailleurs, suite aux attaques terroristes du 13 novembre, qui causent la mort de 130 personnes, la France bombarde lourdement des positions de l’Etat islamique dans Raqqa. Dix chasseurs bombardiers sont envoyés pour larguer une vingtaine de bombes sur des lieux stratégiques tels qu’un camp d’entraînement, des dépôts d’armes et un centre de commandement.

Fief de l’EI, Raqqa devient le symbole de la répression du groupe et de ses méthodes totalitaires. C’est à Raqqa que le collectif « Raqqa is being slaughtered silently » est créé en avril 2014, trois mois après la prise de la ville par Daesh, dans le but de contrer la propagande de l’Etat islamique. Fondé par des journalistes indépendants, ce collectif constitue une des rares fenêtres d’observation de la ville sous l’Etat islamique. Les vidéos ou les photos relayées par ces journalistes dépeignent une vie quotidienne difficile, avec les pénuries et l’application de règles rigoristes, mais aussi la répression de l’Etat islamique. Les vidéos relayées sont principalement des images d’exécutions de soldats syriens, d’opposant anti-EI, d’homosexuels ou de femmes adultères (3).

A partir de 2015, l’EI connait des pertes territoriales qui affaiblissent fortement son assise sur l’Irak et la Syrie. En Syrie, les Forces démocratiques syriennes (FDS), composées principalement de milices kurdes, gagnent du terrain dans le nord du pays. Elles coupent des routes importantes qui reliaient Raqqa à Mossoul en décembre 2015. En Juillet 2016, l’avancée des FDS d’un côté et de certains groupes rebelles soutenus par l’armée turque de l’autre, coupe tout accès de l’EI vers la Turquie. Dans le même temps, et jusqu’à aujourd’hui, l’armée syrienne avance à l’est d’Alep. La progression de l’ensemble de ces acteurs du conflit syrien a permis de resserrer l’étau autour de l’EI à Raqqa et d’offrir un terrain viable pour une offensive sur la capitale de l’EI (4).

L’offensive Colère de l’Euphrate

Qui sont les forces en présence ? D’un côté, les combattants de Daesh sont encore présents dans la majeure partie de la ville. Composés de locaux et d’étrangers, ils seraient entre 3000 et 4000 à défendre leur fief. En face, les Forces démocratiques syriennes mènent l’offensive dans la région éponyme pour récupérer Raqqa depuis novembre 2016. Elles sont majoritairement composées de combattants kurdes liés au PKK syrien et comportent aussi des combattants arabes proches de l’Armée syrienne libre. Les FDS sont soutenues par une coalition internationale largement dominée par les Etats-Unis, qui appuie l’offensive à travers des bombardements aériens, et apporte un soutien financier et stratégique.

Le régime de Damas, quant à lui, est entré dans le jeu quelques heures après le début de la bataille de Raqqa, le 6 juin. Des forces loyalistes ont pénétré dans la région éponyme, « une première depuis un an » (5). Damas craint en effet de perdre le contrôle de l’est de la Syrie une fois que l’EI en sera délogé, au profit des FDS. La présence de ces forces loyalistes a entrainé un regain de tensions entre Damas et Washington : le 18 juin, les Etats-Unis ont détruit un avion de combat syrien situé à 40 kilomètres au sud-ouest de Raqqa (6). Deux jours plus tard, Washington a abattu un drone syrien dans la région d’Al-Tanaf qui jouxte l’Irak et la Jordanie. Ce regain de tension se déroule un peu plus de deux mois après les frappes américaines sur une base aérienne syrienne. Elles avaient pour but d’adresser un avertissement fort suite à l’attaque à l’arme chimique attribuée à Damas sur le village de Khan Cheikhoun.

En outre, la dimension régionale du conflit s’est renforcée car le 18 juin, l’Iran a tiré une série de missiles depuis son territoire, contre des territoires contrôlés par l’EI, dans la région de Deir-Ez-Zor, située à 140 kilomètres à l’est de Raqqa. C’est la première fois que Téhéran tire des missiles depuis son propre territoire. Officiellement, ce tir a été effectué en représailles aux attentats du 7 juin perpétrés par l’EI contre le Parlement et le mausolée de l’imam Khomeiny à Téhéran. Il vient aussi épauler le régime syrien qui y combat l’Etat islamique, pour retrouver le contrôle sur l’est du pays (7).

A Raqqa, l’avancée de l’offensive est lente et difficile. Dans la ville, les premiers quartiers à l’est, à l’ouest et au nord ont été libérés, mais l’avancée se fait aujourd’hui rue par rue. L’EI, préparé par la venue des FDS, aurait piégé les grands axes de mines. Parmi les petites rues qui composent la ville, de multiples snipers de l’EI se cacheraient dans l’attente des FDS. Celles-ci travaillent de pair avec la coalition internationale ; elles repèrent sur le terrain les combattants de l’Etat islamique, indiquent leur position aux forces de la coalition et ces dernières lancent des frappes aériennes. Côté civil, la bataille n’aurait pas entraîné d’importants mouvements de population pour le moment, mais 10 000 déplacés sont tout de même réfugiés dans un camp au nord de la ville (8).

La reprise de Raqqa constituerait une victoire décisive et symbolique contre l’EI. La capitale auto-proclamée de l’Etat islamique constituait un lieu central de décision. La reprise de la 6ème ville de Syrie serait une étape décisive marquant l’affaiblissement progressif de l’EI sur le terrain. Alors que la bataille de Raqqa est amorcée en Syrie, Mossoul (Irak) est sur le point d’être reprise des mains de l’EI par les forces gouvernementales irakiennes. La deuxième ville d’Irak avait été conquise par l’EI six mois après Raqqa. Elle constituait le fief irakien de l’EI. Ces évolutions poussent d’ores et déjà les combattants de l’EI à se replier sur un espace entourant la frontière irako-syrienne, dans des villes beaucoup moins stratégiques.

Conclusion

Le 6 juin dernier, l’offensive préparée depuis plusieurs mois pour récupérer Raqqa débute dans la ville, portant un nouveau coup à l’Etat islamique. Le début de la bataille de Raqqa fait naturellement écho à la perte quasi-totale de Mossoul par l’EI. Les reprises de Mossoul et de Raqqa évoluent presque dans le même temps, et semblent comporter une symbolique similaire. Cependant, elles n’impliquent pas les mêmes enjeux ni les mêmes conséquences sur la région. En effet, à Mossoul, les forces gouvernementales irakiennes sont en première ligne pour récupérer la ville, appuyées par la coalition internationale. Ainsi, la bataille de Mossoul constitue un moyen de reprise de contrôle du territoire par l’Etat irakien. Alors qu’à Raqqa, l’offensive composée des FDS n’a pas inclut le régime syrien. La reprise de cette ville marquerait l’évolution vers une Syrie en partition.

A lire également sur Les clés du Moyen-Orient :

- État abbasside (750-945) : l’Empire de l’Islam à son apogée ? Première partie
- État abbasside (945-1258) : la reconfiguration du monde musulman. Deuxième partie
- Synthèse : Profiling Jabhat al-Nusra, Charles Lister, The Brookings Project on U.S. Relations with the Islamic World n°24, juillet 2016 (1/2)
- Synthèse : Profiling Jabhat al-Nusra, Charles Lister, The Brookings Project on U.S. Relations with the Islamic World n°24, juillet 2016 (2/2)
- Mossoul
- Entretien avec Charles Thiefaine – « Mossoul Ouest : certaines rues s’apparentaient aux images d’Alep »

Notes :
(1) Myriam Ababsa, « Raqqa, territoires et pratiques sociales d’une ville syrienne », Broché, 12 décembre 2009.
(2) « Conflit syrien – les principales offensives menées sur Raqqa et sa province, chronologie et bibliographie », Office France de Protection des réfugiés et des apatrides, Le 18 mars 2016, consulté le 23 juin 2017 (en ligne), URL : https://ofpra.gouv.fr/sites/default/files/atoms/files/1603_syr_chronologie_a_raqqa.pdf
(3) « Les images terrifiantes tournées en secret à Raqqa », Tracks, Arte, Le 18 mars 2016, consulté le 24 juin 2017 (en ligne), URL : http://tracks.arte.tv/fr/les-images-terrifiantes-tournees-en-secret-raqqa
(4) « Comment l’Etat islamique a reculé en Irak et en Syrie depuis 2014 », Le Monde, Le 13 mars 2017, consulté le 24 juin 2017 (en ligne) URL : http://abonnes.lemonde.fr/les-decodeurs/visuel/2017/03/13/comment-l-etat-islamique-a-recule-en-irak-et-en-syrie-depuis-2014_5093896_4355770.html
(5) « Syrie, les forces de Damas entrent à leur tour dans la province de Raqqa », RFI, Le 7 juin 2017, consulté le 24 juin 2017 (en ligne), URL : http://www.rfi.fr/moyen-orient/20170607-syrie-forces-damas-province-raqqa-armee-loyaliste-assad
(6) Marianne Meunier, « Syrie : regain de tensions entre Washington et Damas », La Croix, Le 20 juin 2017, consulté le 23 juin 2017 (en ligne), URL : http://www.la-croix.com/Monde/Moyen-Orient/Syrie-regain-tensions-entre-Washington-Damas-2017-06-20-1200856649
(7) « L’Iran tire des missiles contre des « bases de terroristes » en Syrie », Le Figaro, Le 18 juin 2017, consulté le 24 juin 2017 (en ligne), URL : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/06/18/97001-20170618FILWWW00241-l-iran-tire-des-missiles-contre-des-bases-de-terroristes-en-syrie.php
(8) « Raqqa, au cœur du bastion syrien de l’organisation islamique », Le Zoom de la Rédaction, France Inter, Le 22 juin 2017, consulté le 24 Juin 2017 (en ligne), URL : https://www.franceinter.fr/emissions/le-zoom-de-la-redaction/le-zoom-de-la-redaction-22-juin-2017

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Les clés du Moyen-Orient:Tamer El-Saïd, Les derniers jours d’une ville Compte rendu de Mathilde Rouxel

Tamer El-Saïd, Les derniers jours d’une ville
Article publié le 28/06/2017

Compte rendu de Mathilde Rouxel

Mardi 27 juin 2017 fut présenté à l’Institut du monde arabe en avant-première et en présence du réalisateur Tamer El-Saïd Les derniers jours d’une ville. Dans une Égypte prérévolutionnaire, Khalid, le personnage principal, tente d’achever le film qu’il prépare depuis des années. Une ode amoureuse au Caire et aux villes déchirées d’Orient, qui nous renvoie aux prémices de la révolution égyptienne. Sélectionné pour le Caligari Film Prize à la Berlinale 2017, il sort le 28 juin dans les salles françaises.

Longue vie au Caire

« – Elle a commencé quand, la guerre, en Irak ? – En 1920. – Et au Liban ? – En 1860. – Et on devrait en essuyer les gouttes de sang, pour l’éternité ? » C’est par ces mots que Tarek tente de convaincre ses amis Aly, Khalid et Bassam de quitter leurs villes dangereuses, trop dangereuses et abîmées pour qu’ils méritent d’y laisser leur peau. Tarek a quitté Bagdad quatre ans auparavant et a obtenu l’asile à Berlin. Pourtant, Berlin n’apparaît pas dans ce chant d’amour cinématographique aux grandes villes en ruines d’un Moyen-Orient déchiré. Tamer El-Saïd veut filmer l’âme du Caire, qu’il tient à faire résonner avec Beyrouth, ville martyre, et Bagdad, ville bombardée.

L’action se passe en 2009. L’heure de la révolution n’a pas encore sonné. Pourtant, déjà, Khalid sent la tension monter. Personnage principal du film, double fictif du réalisateur Tamer El-Saïd lui-même, Khalid tourne un film dont il ne saisit pas le sens. Il filme sa ville, en proie à des protestations de plus en plus violentes contre le régime de Moubarak ; il filme aussi ses proches, sa petite amie qui l’a visiblement quitté, ses amis, sa mère. À l’occasion d’une table-ronde, il retrouve dans sa ville trois amis, réalisateurs, comme lui. Bassem est Libanais ; sa ville, il ne peut pas la filmer, les stigmates de la guerre civile sont encore bien trop marqués pour que le plâtre étalé pour combler les fissures lui ait rendu sa brillance passée. « C’est comme un lifting : elle est belle de l’extérieur, mais à l’intérieur, c’est pourri », ne trouve-t-il qu’à répondre quand on lui reproche de n’en pas faire d’images. Aly, lui, est Irakien, et il ne bougera pas de Bagdad, en dépit des balles perdues, des cadavres, de la mort. Cet entêtement suscite la colère de Tarek, qui, lui, est parti ; il détient une carte de séjour allemande, de celles qui lui permettent de voyager « partout », sauf en Irak – ça invaliderait l’asile politique, c’est normal. Mais sa sécurité, ses amis ne l’envient pas ; s’ils critiquent leurs villes et leurs dysfonctionnements, l’énergie qui y règne leur semble irremplaçable.

Un débat s’engage sur des images à faire de la ville. Il survient pour une raison précise : Khalid laisse passer les années sans terminer son film. Pour l’inciter à l’achever, Bassem et Aly s’engagent à lui envoyer des images de leurs villes – Beyrouth, Bagdad, avec leur regard, et l’amour-haine qu’ils cultivent à leur égard. Ils le font. Aux images dorées du Caire s’ajoutent l’éclat de la Méditerranée, qui s’échoue sur les côtes beyrouthines, et la douceur du Tigre, qui traverse les ruines de la capitale irakienne.

Une fiction ancrée dans le réel

Tamer El-Saïd a mis dix ans à terminer son film. Ne trouvant aucun producteur pour le soutenir lorsqu’il présente son projet en 2006, il s’autofinance et démarre le tournage grâce au soutien de ses amis. Le film de Tamer El-Saïd, comme l’est en miroir le film de Khalid dans la narration, s’inscrit dans un présent qui est pour nous, spectateur de 2017, un passé déjà devenu historique : à la radio, la propagande du régime tait les manifestations qui occupent les rues du Caire et glorifie les victoires de l’équipe nationale de football, préparant des élections que tout le monde sait truquées. Dans le Caire bouillonnant, le bruit s’affole et les passants se bousculent. C’est le début de Kifaya, « Assez ! », un mouvement populaire politisé qui prend de l’ampleur pour dénoncer les pratiques du régime. La police et l’armée sont partout dans les rues. La religion, aussi, est omniprésente : l’ascenseur déclenche un enregistrement du Coran lorsqu’il monte dans les étages de son immeuble, les Frères musulmans se rassemblent pour prôner la charia. Tamer El-Saïd filme tous ces personnages, aussi différents soient-ils, avec la même empathie. Même les agents des forces de sécurité sont vus d’un œil certes malheureux, mais non malveillant. C’est tout un peuple qui, en sourdine, conteste.

Les images des rassemblements prises par Tamer El-Saïd sont authentiques. À la question qui lui est posée pour comprendre l’inaction des forces de sécurité devant l’exhibition de sa caméra braquée sur les foules en manifestation et sur les rangs de police qui les contiennent, celui-ci répond qu’elles étaient occupées par bien d’autres choses à ce moment-là, tout simplement. Tamer El-Saïd réinvestit la rue, il s’approche des gens, filme son voisinage, témoigne de la violence d’une ville excessive dans son essence même. Il filme aussi la perte, le manque : Khalid tente de faire le deuil d’un amour perdu, lorsque ses amis tentent de faire le deuil de la sérénité de leur ville.

Beaucoup de choses se sont passées en dix ans. Le tournage du film s’est achevé en 2010, six semaines avant le déclenchement de la Révolution. La réalité a fini par rattraper la fiction. Le bourdonnement que le cinéaste percevait à l’origine de son projet, cette âme cairote qu’il voulait mettre en images, a mené au plus grand événement vécu par le pays de ce début de XXIe siècle : les rassemblements populaires de février 2011 qui conduisirent à la chute du régime de Moubarak. Le film fut monté après la révolution, mais c’est bien dans l’esprit du Caire de Moubarak qu’il fut construit et rythmé, puisque c’était l’atmosphère d’une ville surpeuplée au bord de l’éclatement qu’il s’agissait de transcrire. La puissante émotion qui se dégage du film prend donc ses racines dans une réalité que l’on a moins l’habitude de voir aujourd’hui à l’écran. Une image audacieuse de cette vie quotidienne, qui fait peine à voir sous certains aspects, mais sait aussi séduire un spectateur qui connaît la suite de la grande Histoire. Est-ce d’ailleurs parce que l’histoire fonctionne par cycle que le film fut censuré en Égypte et rendu inaccessible aux Égyptiens, à qui cette ode s’adresse ?

Tamer el-Saïd, Les derniers jours d’une ville, 118 minutes, sortie dans les salles françaises le 28 juin 2017.

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Les clés du Moyen-Orient:L’écriture féminine comme affirmation de l’égalité et véhicule de réforme : Mayy Ziyadah au cœur de la renaissance intellectuelle arabe Par Mathilde Rouxel

L’écriture féminine comme affirmation de l’égalité et véhicule de réforme : Mayy Ziyadah au cœur de la renaissance intellectuelle arabe
Article publié le 29/06/2017

Par Mathilde Rouxel


Mayy Ziyadah (connue aussi sous la transcription « May Ziadé ») est une écrivaine et une intellectuelle d’origine libanaise. Elle est considérée comme la première figure féministe libanaise, questionnant dans ses œuvres le problème de la condition des femmes arabes et analysant l’articulation de l’écriture et de la féminité. Dans une œuvre riche où s’affirment subjectivité et considérations politiques, Mayy Ziyadah a su imposer une série de réflexions sur l’un des débats réformistes importants de la Nahda, la place des femmes dans la société. Elle est aussi l’une des premières à avoir proposé une théorisation essentialiste de l’écriture féminine, qui résonne avec les attentes qu’elle exposait sur le plan social, à savoir l’instruction des filles. Évoluant au cœur de la vie mondaine cairote de l’avant et après-Première Guerre mondiale, elle est une figure incontournable de la vie intellectuelle arabe du premier tiers du XXe siècle.

Une actrice du renouveau intellectuel arabe

Mayy Ziyadah – de son vrai nom Marie Elias Ziyadah – est née à Nazareth en 1886 d’un père maronite libanais et d’une mère orthodoxe palestinienne (1). Elle passe une partie de son enfance en Palestine, à Nazareth, où elle suit ses premiers enseignements. Elle arrive ensuite au Liban avec son père, parti travailler au Kesrouan, dans la région du Mont-Liban. À 14 ans, elle intègre le collège des Visitandines d’Antoura, où elle suit un enseignement en français. Les cours de littérature française, notamment les romantiques, influencent profondément sa littérature par la suite (2).
En 1904, elle rejoint ses parents en Palestine. Elle lit et se cultive beaucoup par elle-même (3). Leur départ au Caire en 1908 marque ses premières publications : son père dirige alors la revue arabe Al-Mahroussa à laquelle elle collabore. Elle suit parallèlement des études de langues à l’Université égyptienne, dont elle sort diplômée en 1917 (4), armée de notions d’anglais, d’italien, d’allemand, d’espagnol, de grec moderne ainsi que de latin (5).

La gloire de Mayy Ziyadah est intimement liée à la vie culturelle du Caire, bouillonnante à cette période de la Nahda. En 1912, elle fonde un salon littéraire qui se réunit de façon hebdomadaire, et qui devient rapidement le lieu de rendez-vous des grands intellectuels de son temps, accueillant Taha Hussein, Khalil Moutrane, Loutdi as-Sayed, Antoun Gemayel, Walieddine Yakan, Abbas Akkad ou Yacoub Sarrouf (6). Bâti sur le modèle des salons littéraires fondés en Europe aux XVIIIe et XIXe siècles, il connait un succès exceptionnel pendant plus de vingt ans (7).

Elle publie ses premières études après la Première Guerre mondiale et voyage beaucoup en Europe. Le début des années 1920 marque également le début de son engagement féministe : rapidement, elle multiplie les conférences, les articles et les actions publiques pour discuter la question de la place des femmes dans la société, qui occupe de façon croissante les débats intellectuels depuis le début du XXe siècle. Elle commence d’ailleurs par publier des biographies de grandes militantes féministes d’Égypte, et collabore avec Hoda Shaarawi, alors présidente de l’Union des femmes arabes.

Célibataire et sans enfant, la mort de ses proches au début des années 1930 plonge l’intellectuelle dans un profond chagrin. À la mort de son père en 1929 succède la mort de son amant platonique Khalil Gibran en 1931, puis celle de sa mère en 1932 ; l’isolement moral et intellectuel dans lequel elle est subitement plongée provoque des troubles neurasthéniques. Elle est internée quelques années plus tard pour une période de neuf mois dans un asile d’aliéné à Beyrouth, qu’elle quitte en 1939 et passe ses derniers temps au Caire, à écrire. Elle y meurt, le 19 octobre 1941, laissant derrière elle plus de quinze ouvrages de poésie, de littérature et de livres traduits (notamment d’Arthur Conan Doyle ou de Friedrich Max Müller).

Une œuvre littéraire personnelle et engagée

Mayy Ziyadah est très influencée par le mouvement de la Renaissance arabe, la Nahda, qui s’est développée principalement en Égypte au début du siècle. De confession chrétienne, elle participe au grand mouvement réformiste de la pensée qui s’affirme à l’époque : elle défend le brassage des cultures, ayant elle-même grandit au sein d’une civilisation marquée par la confrontation de l’Orient et de l’Occident, et qui voit se mélanger les trois religions du livre. Pour diffuser le plus largement possible ses idées dans la société dans laquelle elle évolue, elle écrit la plupart de ses ouvrages et de ses articles en arabe. Elle utilise d’ailleurs souvent des pseudonymes masculins pour exprimer des idées qu’il n’aurait pas été permis pour une femme d’exprimer ; on trouve dons des textes signés de sa plume sous le nom de Kaled Ra’afat ou de Sindbad – même s’il lui arrive aussi d’user de pseudonymes féminins, particulièrement lorsqu’il s’agit de création poétique, comme Isis Copia ou Aida (8).

Elle publie d’ailleurs son premier recueil de poésie en 1910 sous le pseudonyme Isis Copia. Fleurs de Rêve est un recueil de poèmes lyriques écrits en français qui dépeignent la nature libanaise et ses lieux privilégiés, dans l’héritage de Lamartine, qui chantait lui aussi la beauté de la vallée de Hamana. Ce recueil attise la curiosité des critiques littéraires en Égypte et au Liban (9). Elle continue d’écrire des articles dans la revue de son père, puis élargit petit à petit son horizon de publications, publiant dans les plus grandes revues arabes de l’époque (imprimées au Caire, mais souvent dirigées par des Libanais) : elle écrit ainsi pour Al-Hilal, Al-Mouktatraf ou encore Al-Ahram (10).

Entre 1920 et 1925, elle réunit les articles et les essais écrits pour différentes revues et les publie en quatre volumes. Alors qu’elle écrit régulièrement de courtes nouvelles et compose des pièces de théâtre, elle s’engage socialement pour discuter de l’inégalité dans la société, et particulièrement de la place des femmes dans les hiérarchies. En 1921, elle donne une conférence présentée sous le titre « Le But de la vie » (11). C’est dans cette conférence qu’elle appelle pour la première fois les femmes à une prise de conscience de leur situation au sein de la société. Elle y prône une plus grande aspiration à la liberté, et préconise une ouverture sur l’Occident tout en restant très proche des traditions orientales. Cette conférence fait suite à la publication en 1920 de son second ouvrage, Bahethat Al-Badiya (Les Chercheurs du désert), dans lequel elle met en scène le personnage de la féministe Malak Nasef, qui avait pris pour surnom « Bahethat al-Badiya » et qui militait dans son ouvrage Al Nesa’eyat pour l’émancipation des femmes dans ces sociétés dirigées par la solidarité masculine. Elle réalise également une étude biographique d’une autre dirigeante importante du mouvement féministe en Égypte, Aïcha Teymour. L’objectif de Mayy Ziyadah dans ces deux ouvrages est de présenter l’oppression pesant sur les femmes dans la société arabe depuis même l’étape prénatale, la naissance d’une fille étant rarement célébrée avec autant d’enthousiasme que la naissance d’un garçon. Protestant contre l’enfermement des femmes, elle appelle avant tout dans cet ouvrage à l’instruction des femmes, seul rempart établi contre la superstition. « Elle formule avec énergie son opposition à la conception de l’homme/dieu au sein du couple et refuse de voir en l’homme un maître absolu », commente Carmen Boustani (12) ; elle s’oppose à la polygamie et à la répudiation, et appelle à l’abolition du voile. Elle poursuit ses réflexions dans un article audacieux publié en 1926 dans le journal El-Mouktatef, intitulé « Comment je voudrais que l’homme soit », dans lequel elle cherche à donner aux femmes les outils nécessaires pour qu’elles saisissent leur individualité propre. Il est toutefois intéressant de noter qu’étant née de confession chrétienne et vivant dans une société principalement guidée par les principes de la religion musulmane, Mayy Ziyadah ne se sent pas libre de parler au nom des féministes musulmanes, et discute avant tout des mesures sociales.

Malgré son usage de certains pseudonymes masculin, Mayy Ziyadah chante régulièrement l’intérêt d’une écriture féminine. Outre ses essais critiques sur trois auteures pionnières du monde arabe édités dans Flux et reflux, elle écrit dans un ouvrage à caractère autobiographique intitulé Souvenirs de prime jeunesse (1928) : « Nous commençons d’écrire non seulement pour remplir les pages, mais pour revivre des sentiments avant même de les avoir écrits. Ce courage, nous ne le tenons pas de celles qui nous ont précédées, mais de nous-mêmes, cherchant à révéler l’âme de la femme dans ce qu’elle écrit d’elle-même, non dans ce que les hommes ont écrit d’elle » (13).

Les Lettres à Gibran Khalil Gibran : style et expression littéraire d’une femme libre

Mayy Ziyadah est aussi connue pour la relation qu’elle a entretenue avec l’écrivain et penseur libanais Gibran Khalil Gibran, avec lequel elle a entretenu une importante correspondance. Alors qu’elle est à l’époque à New York, leur relation épistolaire – idylle romantique et intellectuelle – a duré jusqu’à la mort de l’auteur du Prophète, en 1931. Ils ne se sont jamais rencontrés, mais elle jura de sa fidélité et ne se maria jamais. Cette relation a eu une influence considérable sur Mayy Ziyadah, dont les lettres témoignent d’une pensée riche, rigoureuse mais également profondément romantique : c’est sans doute à ces lectures que le célèbre critique littéraire et écrivain Jamil Jabre écrit à son sujet : « En lisant May, on ne sait pas tout à fait si son écrit relève du genre romanesque, du souvenir d’enfance, du conte fantastique, du rêve romantique, de l’évocation historique ou de la confession. C’est un mélange si spontané, dans un style si pittoresque qu’il nous tient en haleine, malgré certaines bavures ou banalités. À travers son œuvre, elle tient à nous communiquer tantôt l’intensité d’un bonheur éphémère, tantôt la magie d’un rêve qui nous transporte au-delà de notre existence monotone, en cette luminosité illusoire qui exerce sur nous un effet de transcendance » (14).

Le destin de Mayy Ziyadah est, à l’image de ses influences, tragiquement romantique. Il est aussi pérenne ; son activité et son engagement pour l’amélioration des conditions de la vie des femmes est maintes fois repris par la suite. Actrice incontournable d’un monde intellectuel en ébullition, Alexandre Najjar raconte qu’à son enterrement, Hoda Shaarawi saluait la mémoire de celle qui fut « le meilleur exemple de la femme orientale cultivée » (15).

A lire également sur Les clés du Moyen-Orient :
Ziyadah (Mayy)

Bibliographie (non exhaustive)
- Fleurs de rêves (1910)
- Bahithat al-Badia (1920)
- Aïcha Meymour (1920)
- Sawâneh fatât (Plat de miettes)
- Zulumât wa Ichâ’at (Humiliation et rumeurs)
- Sourires et larmes (traduction vers l’arabe de l’ouvrage de Max Sheller)
- Kalimât wa Ichârât (Mots et signes)
- Al Saha’ef (Les journaux)
- Propos de jeune fille
- Mélange (choix de conférences)
- Ténèbres et rayons (poèmes lyriques en prose)
- Al-Musaâwât (L’Égalité, étude sociologique)
- Ghayat al-Hayat (Le sens de la vie)
- Bayna al-Jazri wa al-Madd (Flux et reflux, critique littéraire)
- Souvenirs de jeunesse
L’intégralité de ses œuvres (principalement écrites en arabe) a été publiée aux éditions libanaises Naufal en 1982, dans un ouvrage d’Œuvres complètes.

Notes :
(1) « Remembering May Ziadeh : Ahead of (her) Time », Middle East Revised, 10/30/2014, disponible en ligne, consulté le 21 juin 2017. URL : https://middleeastrevised.com/2014/10/30/remembering-may-ziadeh-ahead-of-her-time/
(2) Ghaleb Ghanem, La Poésie Libanaise d’Expression Française, éditions de l’Université Libanaise, Beyrouth, 1981, p.186.
(3) « May Ziadé, témoin de son époque », La Revue du Liban, n°3709, 1999, disponible en ligne, consulté le 21 juin 2017. URL : http://www.rdl.com.lb/1999/3709/art2.html
(4) Lubna Khader, « In Memory of May Zeyadeh. A Torch in the Darkest of Ages », Star Weekly, 21/10/1999, disponible en ligne, consulté le 21 juin 2017. URL : https://web.archive.org/web/20070418080529/http://www.lebwa.org/life/ziadeh.php
(5) Ghaleb Ghanem, La Poésie Libanaise d’Expression Française, op. cit.
(6) « May Ziadé, témoin de son époque », La Revue du Liban, op. cit.
(7) Rose Ghurayyib, « Mayy Ziadeh (1886-1941) », Al Raida journal, Institute for Women’s Studies in the Arab World, Beirut University College, 1989, p.2.
(8) Carmen Boustani, « May Ziadé : Vie et écriture », Les Cahiers du GRIF, vol.43, n°1, 1990, disponible en ligne, consulté le 21 juin 2017. URL : http://www.persee.fr/doc/grif_0770-6081_1990_num_43_1_1836
(9) Rose Ghurayyib, « Mayy Ziadeh (1886-1941) », Al Raida journal, op. cit., p.2.
(10) « May Ziadé, témoin de son époque », La Revue du Liban, op. cit.
(11) Carmen Boustani, « May Ziadé : Vie et écriture », op. cit.
(12) Ibid.
(13) Traduit et cité par Carmen Boustani, op. cit.
(14) Jamil Jabre cité par Alexandre Najjar, Dictionnaire amoureux du Liban, Paris, Plon, 2014, p.325.
(15) Alexandre Najjar, Dictionnaire amoureux du Liban, op. cit., p.325.

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Les clés du Moyen-Orient:La coopération sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne Article publié le 30/06/2017

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La coopération sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne
Article publié le 30/06/2017

Par Ines Gil

En mars dernier, des Palestiniens descendent dans les rues pour manifester dans toute la Cisjordanie. En cause, un jeune palestinien, Bassel Al-Aaraj, tué par l’armée israélienne en plein cœur de Ramallah quelques jours plus tôt. Recherché par les Israéliens, il avait passé plusieurs mois dans les prisons de l’Autorité palestinienne. Il était soupçonné de préparer un attentat. Les manifestations ont éclaté pour dénoncer les actes de Tsahal, le virage autoritaire de l’Autorité palestinienne, et demander la fin de la coopération sécuritaire entre ces deux entités (1). Mise en place avec les Accords d’Oslo, celle-ci permet la collaboration entre l’armée israélienne et l’Autorité palestinienne concernant la circulation des personnes et des biens ainsi que l’échange d’informations liées à la sécurité. La coopération sécuritaire aurait permis de déjouer plusieurs centaines d’attentats depuis sa mise en place. Cependant, elle est vivement critiquée, notamment par les défenseurs de la cause palestinienne ou les opposants palestiniens au Fatah. Ces derniers considèrent que cette coopération sert fortement à Israël pour le renforcement de la colonisation et permet à l’Autorité palestinienne de réprimer les opposants politiques au Fatah. Malgré les menaces répétées de Mahmoud Abbas d’y mettre fin, cette coopération entre Israël et l’Autorité Palestinienne est aujourd’hui toujours en vigueur.

Les évolutions d’une coopération qui émane des Accords d’Oslo

En 1993, l’Etat d’Israël, représenté par Yitzak Rabin, et l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), représentée par Yasser Arafat, signent les Accords d’Oslo et posent ainsi les bases d’une c. Les Accords d’Oslo ouvrent la voix d’un Etat palestinien, en échange duquel l’Autorité palestinienne doit travailler main dans la main avec Israël pour la sécurisation des Territoires palestiniens. Cette coopération est détaillée l’année qui suit, avec la signature du premier accord intérimaire, dit « Gaza-Jéricho », en mai 1994, au Caire. Ces accords prévoient la création d’une force civile de sécurité palestinienne, chargée d’exécuter la coopération sécuritaire en partenariat avec l’armée israélienne. Ils affirment que : « Les deux parties adopteront toutes les mesures nécessaires à la prévention d’actes de terrorisme, de délits et crimes ou d’activités hostiles dirigées l’une contre l’autre », ce qui implique la coordination des services de sécurité israéliens et palestiniens et l’échange d’informations. Par ailleurs, les forces de sécurité palestiniennes doivent « prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher tout acte d’hostilité à l’encontre des implantations, des infrastructures les desservant et de la zone d’installation militaire ». De son côté, l’armée israélienne doit « empêcher les actes d’hostilité émanant des implantations et dirigés contre les Palestiniens » (2). En 1995, les seconds accords intérimaires, ou Oslo II, prévoient la division de la Cisjordanie en trois zones : l’Autorité palestinienne nouvellement créée se voit confier la gestion administrative de la Zone A (18%) ; elle gère conjointement avec Israël la zone B (21%), et la Zone C (61%) où se trouvent les colonies israéliennes, est quant à elle administrée par Israël. Sur le plan sécuritaire, la gestion de ces zones ainsi que des mobilités de biens et des personnes sont basées sur la coopération sécuritaire entre Israéliens et Palestiniens (3).

Cette coopération perdure jusqu’à la fin des années 1990, mais elle prend fin durant la seconde Intifada (2000-2005). En 2005, Mahmoud Abbas, nouvellement élu à la tête de l’Autorité palestinienne, relance la coopération sécuritaire, qu’il considère comme un « pilier de la construction d’un futur Etat palestinien » (4). L’Autorité palestinienne y consacre en effet d’importants moyens : 30 à 45% du budget de l’Autorité palestinienne, et 44% des employés du service public de l’Autorité palestinienne, soit 80.000 Palestiniens, travaillent dans le domaine de la sécurité (5).

Suite à la seconde Intifada, la réforme mise en œuvre par l’Ancien Premier ministre Salam Fayyad (2007-2013) renforce les relations entre Israéliens et Palestiniens en matière de sécurité (6). Soutenue par l’Union européenne et les Etats-Unis, elle permet le démantèlement de groupes armés, la modernisation des forces de sécurité et la création d’unités spécialisées dans la lutte anti-terroriste. Le tout, avec l’aval de l’Etat hébreu (7). En parallèle, à Gaza, l’arrivée du Hamas au pouvoir en 2007 met fin à la coopération sécuritaire avec Israël.

Depuis son retour en 2005, ce mécanisme a permis de créer un dialogue efficace entre Israéliens et Palestiniens, notamment pour la prévention d’attaques terroristes.

Succès des Accords d’Oslo, la coopération sécuritaire est un pilier de la lutte anti-terroriste en Cisjordanie

Cette coopération est considérée comme une des rares réussites des Accords d’Oslo. Selon les estimations des autorités israéliennes, les services de sécurité de l’Autorité palestinienne auraient permis de déjouer 30 à 40% des attaques prévues en Cisjordanie. Elément clé de la lutte anti-terroriste, elle aurait stoppé des dizaines d’attentats à l’encontre de colons et de militaires israéliens. Selon le responsable des Services secrets palestiniens Majid Faraj, sur la période de violence accrue comprise entre octobre 2015 et janvier 2016 – qui correspond aux prémices de l’Intifada des couteaux – les services de sécurité palestiniens auraient empêché 200 attaques violentes fomentées contre des Israéliens (8) et arrêtés 100 Palestiniens soupçonnés de préparer un attentat.

Soutenue par les principaux bailleurs de fonds de l’Autorité palestinienne, principalement les Etats-Unis et l’Union européenne, la coopération sécuritaire jouit d’une bonne image sur la scène internationale. Son efficacité et l’existence d’un dialogue régulier entre les forces israéliennes et palestiniennes font nourrir l’espoir d’une collaboration plus poussée entre Israéliens et Palestiniens. Cependant, ce bilan positif vient masquer les nombreuses critiques.

Une coopération sécuritaire fortement critiquée par la population palestinienne, les opposants politiques au Fatah et les ONG

Parmi la population palestinienne, la coopération sécuritaire est très impopulaire. Les Palestiniens de Cisjordanie considèrent que les descentes régulières de l’armée israélienne en zone A, pourtant illégales, et l’arrestation de nombreux Palestiniens rendent cette coopération dommageable pour la population palestinienne. Un ressenti renforcé par une impression d’impunité dès lors que la victime est palestinienne et que les présumés coupables sont des colons. L’ONG israélienne Yesh Din affirme que 85% des enquêtes concernant des attaques menées par des colons sont closes du fait du manque d’efficacité de la police palestinienne (9). Pour la population palestinienne, la coopération sécuritaire entretient un lien de subordination des Palestiniens face à Israël. Ils considèrent que cette collaboration favorise la politique de colonisation et les intérêts d’Israël. En juin 2014, les forces palestiniennes avaient été critiquées pour leur participation à une opération israélienne de grande ampleur qui avait pour but de retrouver trois colons kidnappés en Cisjordanie. Cette opération avait abouti à plusieurs centaines d’arrestations côté palestinien. Plus tard, lors de la guerre de Gaza à l’été 2014, l’Autorité palestinienne a été accusée d’étouffer les contestations palestiniennes qui appelaient à la fin de l’opération israélienne à Gaza.

Les critiques se sont particulièrement manifestées en décembre 2014. Le 10 décembre, Ziad Abou Ein, ministre palestinien en charge du dossier de la colonisation auprès de l’Autorité palestinienne, décède suite à une altercation entre manifestants palestiniens et armée israélienne. Le lendemain, des milliers de Palestiniens se rendent à ses funérailles dans un climat de tension. Face aux critiques, Mahmoud Abbas annonce alors que les options sont « ouvertes » pour un gel de la coopération sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne. Malgré ces menaces répétées, le Président de l’Autorité palestinienne a maintenu la coopération.

En mars derniers, plusieurs manifestations sont organisées en Cisjordanie pour appeler à la fin de la coopération sécuritaire. Quelques jours auparavant, Bassel Al-Aaraj est assassiné par l’armée israélienne. Il avait été par le passé emprisonné par la police palestinienne. Les manifestants accusent l’Autorité palestinienne de l’avoir livré aux Israéliens et dénoncent un mécanisme qui favorise Israël et sa politique de colonisation (10). L’Autorité palestinienne est aussi accusée d’abuser de ses prérogatives définies par la coopération sécuritaires. L’ONG Euro-Mediterranean Human Rights Monitor a recensé 2363 incidents au cours de détentions administratives dans les prisons palestiniennes. D’autres organisations font état de cas de torture et de mauvais traitements. La coopération sécuritaire est régulièrement critiquée par le Hamas et le Djihad islamique. En Juillet 2015, suite à une vague d’arrestation incluant un nombre important de membres du Hamas, Abou Zuhri, Porte-Parole du parti, déclare à Al-Jazeera : « Ces arrestations font partie de la coopération sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne » (11). L’Autorité palestinienne est régulièrement accusée de se servir de ses prérogatives sécuritaires à l’encontre d’opposants politiques palestiniens, afin de « prévenir tout soulèvement en Cisjordanie qui pourrait se retourner contre l’Autorité » (12) et ainsi, renforcer son assise politique sur le territoire.

Conclusion

Les Accords d’Oslo amorcés en 1993 débutent une nouvelle phase pour les relations entre Palestiniens et Israéliens. L’Etat d’Israël ouvre la voix vers la création d’un Etat palestinien. En échange, les Palestiniens participent à la sécurité d’Israël à travers la coopération sécuritaire. Presque 25 ans plus tard, l’Etat palestinien n’a pas vu le jour, mais la coopération sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne est fonctionnelle, malgré un arrêt durant la seconde Intifada. Cette coopération pour la sécurité aurait permis de déjouer de nombreux attentats. Cependant, sans Etat palestinien et avec l’augmentation du nombre de colons en Cisjordanie, la population palestinienne a le sentiment que le contrat politique passé à Oslo n’a pas été respecté du côté de l’Etat hébreu. Ils considèrent aussi que la coopération sécuritaire ne profite pas à leur propre sécurité. En mars dernier, les manifestations organisées en Cisjordanie appelant à l’arrêt de la coopération sécuritaire. Des critiques qui prennent un fort écho, à l’heure où l’autorité du Président Abbas est fortement remise en question et que la Cisjordanie traverse une période de grande violence depuis l’automne 2015, l’Intifada des couteaux.

Notes :
(1) VLAHOVIC Marine, « Israël, Palestine : Une coopération sécuritaire contestée », RFI, Le 14 mars 2017, (en ligne), URL : http://www.rfi.fr/emission/20170314-israel-palestine-manifestations-cooperation-securitaire-contestee
(2) LEGRAIN Jean-François, “Retour sur les accords israélo-palestiniens (1993-2000)”, Monde Arabe Maghreb Machrek, N°170, oct-déc. 2000, URL : http://iremam.cnrs.fr/legrain/maghmach_2000.pdf
(3) LEGRAIN Jean-François, “Retour sur les accords israélo-palestiniens (1993-2000)”, Monde Arabe Maghreb Machrek, N°170, oct-déc. 2000, URL : http://iremam.cnrs.fr/legrain/maghmach_2000.pdf
(4) SALLON Hélène, « La coopération sécuritaire entre l’autorité palestinienne et Israël sur la sellette », Le Monde, le 12 décembre 2014, (en ligne), URL : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/12/12/la-cooperation-securitaire-entre-l-autorite-palestinienne-et-israel-sur-la-sellette_4539768_3218.html
(5) LISIECKA Julia, « Israeli-palestinian security cooperation : What next ? », European Union Institute for Security Studies, mai 2017, (en ligne), URL : http://iremam.cnrs.fr/legrain/maghmach_2000.pdf
(6) DAKHLI Leyla, Histoire du Proche-Orient contemporain, La Découverte, mai 2015.
(7) SALLON Hélène, « La coopération sécuritaire entre l’autorité palestinienne et Israël sur la sellette », Le Monde, le 12 décembre 2014, (en ligne), URL : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/12/12/la-cooperation-securitaire-entre-l-autorite-palestinienne-et-israel-sur-la-sellette_4539768_3218.html
(8) SMOLAR Piotr, « L’affaiblissement de Mahmoud Abbas aiguise les ambitions palestiniennes », Le Monde, Le 27 janvier 2016, (en ligne), URL : http://lemonde.fr
(9) « Data sheet october 2015 : Law enforcement on Israeli citizens who harm palestinians and their propriety in the est Bank », Yesh Din, Le 27 octobre 2015, URL : http://www.yesh-din.org/en/data-sheet-may-2015-prosecution-of-israeli-civilians-suspected-of-harming-palestinians-in-the-west-bank/
(10) VLAHOVIC Marine, « Israël, Palestine : Une coopération sécuritaire contestée », RFI, Le 14 mars 2017, (en ligne), URL : http://www.rfi.fr/emission/20170314-israel-palestine-manifestations-cooperation-securitaire-contestee
(11) « Hamas members arrested in West Bank crackdown », Al Jazeera, Le 4 juillet 2015, (en ligne), URL : http://www.aljazeera.com/news/2015/07/pa-arrests-scores-hamas-members-west-bank-150704070359333.html
(12) SALLON Hélène, « La coopération sécuritaire entre l’autorité palestinienne et Israël sur la sellette », Le Monde, le 12 décembre 2014, (en ligne), URL : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/12/12/la-cooperation-securitaire-entre-l-autorite-palestinienne-et-israel-sur-la-sellette_4539768_3218.html

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Le blog de Liliane Held-Khawam:Le Système n’est pas libéral. Il est liberticide. Liliane Held-Khawam + les top 5 de la pub en ligne-le rendement de la publicité sur internet-comme sur la télévision-est très mauvais mais cela flatte l’ego de patrons crétins

Le Système n’est pas libéral. Il est liberticide. Liliane Held-Khawam + les top 5 de la pub en ligne

« Deux entreprises américaines – Google et Facebook – et trois firmes chinoises – Tencent, Baidu et Alibaba – absorbent les deux tiers de tout l’argent dépensé pour la publicité en ligne » (cf article ci-dessous)

Cette information est très importante et dépasse le cadre simple du secteur de la publicité en ligne.

Nous avons la preuve là que le Système permet la constitution d’entreprises globales qui sont les « géants » de tel ou tel secteur.

Plus que cela, le Système aime ces entreprises boostées. Il l’en a besoin pour s’approprier la planète tout en la globalisant.

Le problème est que le même Système, par la bouche de ses représentants qui sont nos élus, nous parle de libéralisme, de la concurrence, alors qu’il détruit les conditions qui permettent aux PME et TPE d’agir.

L’économie de marché exige pour que ses lois s’appliquent une présence massive de concurrence, faute de quoi les prix fixés ne sont plus la résultante de la loi de l’offre et de la demande, mais de la stratégie fixée par les très gros acteurs…

Les conditions de financement des uns et des autres arrivent à de telles distorsions qu’il est impossible de continuer de parler de « marché ». Les uns sont payés pour s’endetter et les autres ne trouvent plus de financement au niveau local…

Enfin, si nous voulions faire encore mieux, il faudrait nous intéresser à l’actionnariat qui est derrière les gros acteurs.Prenons Vanguard Group (un des 4 assets managers derrière Blackrock), il détient 16.9 millions d’actions Google et 136 millions de Facebook.

Même les entreprises suivantes peuvent être des « poulains » du Système. Voici l’actionnariat de l’entreprise « chinoise » Alibaba dont près de 50% des actions sont réparties entre Softbank et Yahoo.

actionnariat Alibaba.PNG

Et qui est Softbank qui est en pole position de l’actionnariat de Alibab? Qui sont les pilotes de son actionnariat? Des entreprises américaines avec… Vanguard bien sûr!

actionnariat Softbank.PNG

Bref, le Système phagocyte l’économie libérale, détruit les entrepreneurs, emporte les emplois et… concentre les richesses et les pouvoirs. Et ce aux quatre coins de la planète.

Non seulement ce système n’est pas libéral, mais il est liberticide.

Liliane Held-Khawam

 http://www.investopedia.com/articles/insights/082216/top-9-shareholders-facebook-fb.asp?ad=dirN&qo=investopediaSiteSearch&qsrc=0&o=40186
http://www.investopedia.com/articles/markets/011516/top-5-google-shareholders-goog.asp
http://www.investopedia.com/articles/investing/111114/top-five-alibaba-shareholders.asp
http://investors.morningstar.com/ownership/shareholders-major.html?t=SFTBF

Deux entreprises américaines – Google et Facebook – et trois firmes chinoises – Tencent, Baidu et Alibaba – absorbent les deux tiers de tout l’argent dépensé pour la publicité en ligne.

50 % de la publicité numérique est confiée à Facebook et Google, une combinaison qualifiée de « duopole » américain dans l’édition la plus récente du PriceWaterhouseCooper’s Entertainment and Media Global Outlook. Récemment, l’Association des éditeurs  Digital Content Next avait calculé que 83 % de tout nouveau dollar dépensé sur la publicité numérique aboutissait chez Google et/ou Facebook. Les trois entreprises chinoises, quant à elles, contrôlent 60 % du marché chinois de la publicité et 15 % du marché mondial.

Quelques chiffres sont renversants :

Les recettes publicitaires de Google (C’est son CEO Pichar Sundai qui figure sur notre photo) sont maintenant presque aussi élevées que celles qui se rapportent aux annonces qui apparaissent dans les médias “print” (imprimés). Le chiffre d’affaires publicitaire de Facebook s’approche des recettes générées par les annonces diffusées à la radio.

Les 12 entreprises (Yahoo!, Microsoft, Linkedin, IAC, Verizon, Amazon, Pandora, Twitter, Yelp, Snapchat, Sina et Sohu) qui suivent le « Big Five » présenté plus tôt, gagnent près de la moitié de ce que Google obtient toute seule chaque année.

Pourquoi est-ce important ?

Il n’existe actuellement pas de réglementation pour limiter la domination de ces géants de la technologie. Au fil du temps, ils gagnent en puissance, et ils ont complètement transformé la façon dont les gens consomment les actualités et la publicité.

Les groupes de médias belges se plaignent aussi des abus de Facebook et Google et ils espèrent pouvoir juguler (temporairement) cette déferlante par une plus grande coopération sur l’espace publicitaire.

Gert Ysebaert, CEO de Mediahuis, dans De Tijd :

« Il est vrai que la plupart des dépenses publicitaires se déplacent vers Facebook et Google. Voilà pourquoi je veux unir les forces avec d’autres acteurs locaux pour faire face à ce problème. J’ai lu récemment dans De Tijd que Christian Van Thillo, CEO de De Persgroep, s’inquiète de la façon dont il peut défendre sa position contre les grands acteurs technologiques. Nous partageons ces préoccupations et nous sommes prêts à travailler avec lui ».

Paul Lembrechts, CEO de VRT, dans De Tijd:

« Les Facebook et Google détiennent maintenant 70 % de la publicité en ligne belge. Voilà pourquoi j’ai alerté d’autres groupes de médias pour les exhorter formuler une réponse, par exemple en faisant travailler ensemble nos régies de publicité. […] Mon premier but est d’agrandir le gâteau publicitaire. Mais nous ne pourrons parler d’augmenter notre chiffre d’affaires que si cela fonctionne. Mais si nous ne travaillons pas ensemble, nous perdrons le combat contre la Silicon Valley ».

 

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conseil dans l’espérance du roi:Le gruyère de Menton.

Le gruyère de Menton.

 

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