Les grandes orientations de philosophie morale mises en jeu en bioéthique et éthique médicale

Les grandes orientations de philosophie morale
mises en jeu en bioéthique et en éthique médicale
L’éthique médicale est-elle une éthique particulière ou est-elle un domaine de l’éthique en général ?
Lorsque les soignants se trouvent confrontés à des problèmes éthiques qu’ils n’ont jamais rencontrés,
ils ont parfois l’impression d’être mis face à des difficultés nouvelles pour lesquelles ils ne
disposent d’aucun outil intellectuel satisfaisant.
Ce sentiment est-il justifié ou ne résulte-t-il pas plutôt de ce que les problèmes se posent dans des
conditions nouvelles ?
Les problèmes éthiques et moraux que rencontre aujourd’hui la médecine sont principalement dus
au fait que, disposant de moyens nouveaux, les soignants sont confrontés à des choix plus nombreux
qui les conduisent à se poser la question de savoir ce qu’ils doivent faire ; quels moyens ils
doivent utiliser et pour quelles fins ?
La question de l’acharnement thérapeutique ou, pour reprendre les termes de la loi française de
l’obstination déraisonnable, ne se posait pas lorsque le nombre des traitements possibles, qu’ils
soient curatifs ou palliatifs, était limité.
Mais, finalement, si les problèmes se posent en des termes nouveaux ou plutôt dans des conditions
nouvelles, s’agit-il pour autant de problèmes fondamentalement nouveaux ? ou plutôt de problèmes
auxquels la philosophie morale a toujours tenté de répondre, mais qui se posent différemment, dans
un autre contexte ?
Ainsi, par exemple, la question de savoir si l’on doit ou non dire la vérité, en matière de diagnostic
et de pronostic, à un malade, concerne celle plus générale du droit de mentir traitée par le philosophe
allemand Emmanuel Kant au XVIII° siècle dans un opuscule s’intitulant Du droit de mentir par
humanité.
La question de savoir si l’on doit poursuivre des soins curatifs pénibles pour le malade lorsque l’on
sait que les chances d’amélioration de son état de santé sont faibles ou s’il est préférable de recourir
aux soins palliatifs pour améliorer sa qualité de vie en sachant que son espérance de vie s’en trouvera
réduite, ne se résume-t-elle pas, sous certains de ses aspects, à la question de savoir si parfois il
n’est pas préférable de laisser faire la nature (qui selon Aristote ne fait jamais rien en vain) en permettant
au malade de s’éteindre dans des conditions dignes plutôt que de vouloir à tout prix vaincre
la maladie.
En conséquence, si l’on suppose que la philosophie morale a déjà abordé toutes les difficultés auxquelles
nous nous trouvons aujourd’hui confrontés, nous pouvons par conséquent en déduire que
même si elle ne nous propose pas des solutions toutes faites, elle est au moins en mesure de nous
fournir les outils conceptuels pour poser les problèmes le plus clairement possible.
C’est pourquoi nous tenterons dans cet exposé de mettre en évidence les grands courants de la philosophie
morale et de montrer en quoi ils sont en mesure d’orienter la pensée éthique contemporaine
dans le domaine médical, en fournissant aux praticiens des éléments théoriques leur permettant
de formuler, d’une manière peut-être différente de ce qu’ils font habituellement, les problématiques
auxquelles ils se trouvent confrontés.
Éthique et morale
À l’origine, éthique et morale sont deux termes identiques puisqu’ils désignent l’un et l’autre ce qui
concerne les moeurs, ce qui relève des règles qui guident nos actions, éthique venant du grec ethos
et morale du latin mores. Cependant, avec le temps, ces termes se sont distingués l’un de l’autre et
la morale en est venue à désigner plutôt une doctrine de l’action fondée sur un système de valeurs
posées comme des normes absolues définissant le bien et le mal, le permis et le défendu.
La morale présente donc un certain caractère statique et dogmatique que l’on ne rencontre pas dans
ce que l’on a coutume d’appeler aujourd’hui éthique.
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L’éthique possède en effet un caractère plus dynamique et plus réflexif, elle est un mouvement de
retour de la conscience sur elle-même pour tenter de définir, de la manière la plus adéquate, ce que
doit être pour chacun son rapport à l’autre.
C’est pourquoi l’éthique n’est pas au sens strict du terme une science, elle ne fait pas l’objet d’un
savoir positif, elle ne résulte pas simplement de l’étude des faits et des comportements. Une telle
étude, si elle présente un réel intérêt, ne peut suffire pour établir des valeurs ; décrire et expliquer ce
qui est ne suffit pas pour définir ce qui doit être.
En tant que réflexion sur la manière dont nous devons agir pour réaliser des fins qui soient en adéquation
avec ce que nous devons être, l’éthique est donc avant tout une discipline philosophique, au
sens où la philosophie est, comme son étymologie nous l’indique, amour de la sagesse, amour d’un
savoir qui est porteur d’une certaine forme de vertu, d’un savoir nous permettant d’accéder à ce que
les anciens appelaient “la vie bonne”.
Il y a donc, dans l’éthique, deux dimensions pouvant être prises en compte, d’une part celle concernant
la recherche du bonheur et d’autre part celle concernant la recherche du bien, et ce, toujours
dans le cadre d’une réflexion sur ce que doit être notre rapport à l’autre.
Comment dois-je considérer cet autre, qui est à la fois mon semblable et celui qui est différent de
moi ? qui est cet autre moi qui n’est pas moi et que je ne peux connaître objectivement dans la mesure
où jamais je ne pourrai pénétrer l’intimité de sa conscience ? Cependant l’autre n’est pas non
plus pour moi un total étranger, j’entretiens avec lui un rapport singulier, dans le cadre d’une intersubjectivité
conditionnant les sentiments qu’il m’inspire, ainsi que l’intuition que je puis avoir de
ses sentiments et de ses pensées.
La question éthique pourrait donc se résumer ainsi : comment dois-je considérer autrui, avec qui je
partage mon humanité, avec qui je forme une communauté dans laquelle quelque chose d’universel
peut être mis en commun ?
Dois-je le considérer comme une objet, comme une chose, comme un simple moyen me permettant
d’arriver à mes fins ou dois-je le considérer comme un sujet libre et autonome, comme une fin dépassant
mes intérêts particuliers ?
En conséquence l’éthique est donc l’exercice même de la réflexion par laquelle un sujet moral se
constitue, elle ne peut donc être une science, elle n’est pas la connaissance d’un objet extérieur à un
sujet, elle n’est même pas la connaissance du sujet s’observant et s’étudiant lui-même comme un
objet, elle est le mouvement par lequel le sujet se constitue comme sujet dans son rapport à autrui et
dans son rapport à l’humanité, tant relativement à l’humanité qui est en lui, que dans sa relation à
celle présente en autrui.
L’attitude éthique, la démarche éthique n’est-elle pas finalement le cheminement par lequel l’être
humain a la possibilité de devenir toujours un peu plus humain qu’il n’est ? L’humanité n’étant pas
ici considérée comme un aboutissement, mais comme une perfection à réaliser.
Cependant pour viser cette perfection humaine de nombreux chemins ont été empruntés et ce sont
quelques uns de ces parcours que nous allons tenter de suivre maintenant en essayant de préciser en
quoi ils rencontrent les préoccupations plus spécifiques de l’éthique médicale.
Hétéronomie et autonomie
Dans son ouvrage intitulé Fondements philosophique de l’éthique médicale, la philosophe Suzanne
Rameix distingue dans l’histoire de la philosophie deux types de morale ou d’éthique, celles qui
s’appuient sur un fondement extérieur (hétéronomie) à l’homme (la nature, Dieu) et celles qui
s’appuient sur un fondement autonome c’est-à-dire sur l’homme lui-même, l’autonomie renvoyant
étymologiquement à la capacité de se donner à soi-même (auto) ses propres lois (nomos).
Les morales de l’antiquité l’homme intégré à la nature
Pour les anciens et principalement chez les grecs, l’homme est une partie de la nature et la vertu
consiste à vivre en accord avec la nature. Comme l’homme dispose d’une certaine liberté, il est le
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seul être qui puisse s’écarter de la nature, c’est donc à lui de déterminer la voie à suivre pour
s’accorder avec elle.
La nature se définit pour la mentalité antique comme le cosmos, un tout organisé dans lequel chacun
a sa place et doit trouver sa place. Dans une telle conception du rapport de l’homme à la nature, il
est clair que la notion d’individu n’a pas de réelle signification, l’être humain ne se conçoit qu’en
fonction de l’ensemble plus vaste dont il fait partie, d’abord son peuple et sa cité (on est grec ou
barbare, athénien ou spartiate) puis au-delà, la nature dans son ensemble. C’est pourquoi la maxime
socratique “connais-toi toi-même” ne doit pas être comprise comme concernant la personnalité individuelle.
Ce serait un contresens de croire qu’il s’agit là de faire son introspection, il s’agit au
contraire de comprendre quelle est sa place dans le tout et de remettre en question ses pensées particulières
et individuelles (ses opinions) pour accéder à une vérité plus universelle principalement en
matière de morale.
L’auteur qui a peut-être le plus poussé la réflexion éthique dans l’antiquité est Aristote qui conçoit
la nature en terme de finalité, “la nature ne fait rien en vain”, autrement dit la nature agit toujours
intelligemment en poursuivant des fins et la fin ultime de la nature est le Bien.
Cependant, il y a de la contingence dans la nature, et la liberté humaine en est la forme la plus manifeste,
en conséquence même si le bien est ce que poursuit la nature, il n’est pas toujours certain
qu’elle l’atteigne.
L’homme doit donc réaliser son essence qui est double, puisqu’il est un être doué du logos (langage
et raison) et un animal politique. En conséquence son existence va s’orienter dans deux directions
complémentaires la vie contemplative par la recherche de la connaissance (“les hommes désirent
naturellement connaître”) et la vie active et pratique, par la recherche de la justice dans ses rapports
avec les autres hommes.
Dans les deux domaines, la raison est à l’oeuvre mais de manières différentes, dans la recherche de
la connaissance, la science se préoccupe du général, de l’être en tant qu’être (la science des premiers
principes, la métaphysique) et de la recherche des causes qui expliquent la nature (la physique)
; dans le domaine éthique elle est confrontée au particulier ; il s’agit de savoir comment agir du
mieux qu’il est possible en fonction de la situation précise à laquelle on est confronté, et comme
l’on est jamais confronté à deux situations identiques, il s’agit non seulement de déterminer le principe
de la règle que l’on doit appliquer dans l’action, mais ensuite de savoir l’adapter à la particularité
de ce que l’on doit juger.
C’est pourquoi, si la justice est la vertu principale vers laquelle doit tendre l’homme pour Aristote,
la qualité fondamentale qu’il faut développer pour y parvenir est la prudence, c’est-à-dire la capacité
de délibérer sur des choses particulières afin de trouver le juste milieu, la juste mesure permettant
d’agir de manière adaptée. Ainsi, si le principe de la justice est l’égalité, il ne peut s’agir d’une égalité
arithmétique (de quantité) mais géométrique (de rapport), c’est donc dans la proportionnalité
que s’exerce et s’applique la justice, dans la juste mesure.
Ici l’éthique conduit à la réunion du bonheur et de la vertu, agir moralement c’est agir conformément
à des fins fixées par la nature, toute la difficulté étant de savoir adapter le principe de son action
à la particularité de la situation, d’ajuster la pratique afin d’aller au mieux dans le sens que
poursuit la nature.
Application à l’éthique médicale
Dans une situation dans laquelle on va s’interroger quant à savoir s’il faut ou non interrompre les
soins au sujet d’un malade pour lequel le diagnostic et le pronostic laissent peu d’espoir de guérison,
l’on va se trouver confronté à la nécessité de juger une situation particulière et d’ajuster
l’attitude à adopter par rapport à celle-ci. Si l’on choisit de refuser de poursuivre des soins intensifs
que l’on juge inutiles, si l’on veut éviter l’acharnement thérapeutique, on fait le choix de s’en remettre
à une puissance extérieure : la nature, pour qu’elle décide de ce qui doit advenir du malade.
Certes une telle décision nécessite délibération, réflexion sur la particularité du cas que l’on doit
traiter, elle nécessite donc que l’on fasse preuve de prudence pour agir justement afin de ne pas lais4
ser échapper une chance de remédier au sort du malade, il faut que la décision prise soit proportionnelle
à l’état de santé du malade. Mais si l’on décide d’arrêter les soins, on choisit finalement de
laisser faire la nature dont on pense comme Aristote qu’elle ne fait rien en vain et qu’elle fixe un
terme à cette vie pour nous éviter des souffrances inutiles qu’une obstination déraisonnable dans
l’acte médical pourrait entraîner. On ne transgresse ici en rien l’obligation de préserver la vie et
l’interdiction de tuer, l’arrêt des soins n’est pas euthanasie, il n’y a pas ici d’acte positif accompli
par le soignant dans le but de donner la mort, ce n’est pas lui qui met fin au jour du patient mais la
maladie elle-même, la nature qui accomplit son oeuvre.
Avec l’avènement du christianisme les problèmes vont se poser dans d’autres termes, on restera toujours
dans le cadre de l’hétéronomie, mais la puissance à laquelle on se soumettra ne sera plus la
nature, mais Dieu.
Le christianisme ; la naissance de la notion de personne
Dans l’antiquité comme nous l’avons déjà souligné la notion de sujet individuel n’a pas de réelle
signification, aussi le respect de la personne humaine n’est pas au centre des préoccupations morales
des anciens, ce qui explique que l’esclavage ne pose problème pour aucun penseur antique.
Avec le christianisme et l’idée que tout homme est une créature de Dieu, est affirmée l’idée que
l’individu a une valeur, que la personne humaine est digne de respect.
Ainsi l’un des pères de l’église Saint Augustin (354 – 430) va-t-il rédiger ses Confessions à la première
personne en s’interrogeant sur le mal que nous pouvons faire et en plaçant au centre de sa réflexion
la notion de responsabilité.
Application à l’éthique médicale
La notion de personne va d’ailleurs se trouver aujourd’hui au centre de nombreuses problématiques
en bioéthique et en éthique médicale :
– La question du statut de l’embryon
– La question du statut des patients en état végétatif chronique
==> en fonction de quels critères peut-on affirmer qu’un individu est ou n’est pas une personne ?
Peut-on considérer à l’instar certains penseurs contemporains comme le philosophe australien Peter
Singer qu’il y a des êtres humains qui ne sont pas ou plus des personnes ? Selon lui, avant 1 mois,
un nouveau né n’est pas une personne.
Quoi qu’il en soit, malgré la naissance de la notion de personne, la pensée chrétienne reste hétéronome
dans la mesure où elle se réfère à une puissance extérieure qui est Dieu.
Cependant, à la différence des morales antiques qui se fondent sur le souci de vivre en accord avec
la nature, la morale chrétienne va être essentiellement déontologique, fondée sur la notion de devoir.
Au nom de valeurs transcendantes l’homme doit s’opposer à ses penchants naturels qui sont marqués
par le sceau du péché. Cependant, au nom de la compassion et à cause de la difficulté pour
l’homme de vivre dans un monde perturbé par le péché, la morale déontologique chrétienne réintroduira
l’idée d’une application des règles morales au cas par cas, ce sera l’objet de la casuistique,
l’art de traiter des cas de conscience.
Application à l’éthique médicale
Ce type de cas de conscience se rencontre fréquemment dans le domaine de l’éthique médicale
lorsque l’on doit décider une poursuite ou un arrêt de soins, ou lorsque l’on doit choisir entre soins
curatifs ou soins palliatifs.
La découverte de l’homme à la Renaissance et à l’époque moderne
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Avec Galilée la science va vivre une révolution qui ne sera pas que scientifique, mais qui aura également
une dimension métaphysique dans la mesure où le modèle héliocentrique, le décentrement
de la terre par rapport à l’univers infini, constituera ce que Freud désignera comme la première
blessure narcissique de l’humanité. L’homme ne se perçoit plus au centre d’un univers ordonné
pour lui, il perd tous les repères qui étaient les siens jusque là.
L’homme se retrouve donc en quelque sorte face à lui-même, cela se traduit par la Réforme sur le
plan moral et religieux, l’individu est seul face à Dieu et sa conscience. Sur le plan philosophique,
cette révolution va déboucher sur le cogito cartésien qui donnera naissance à la notion moderne de
sujet.
Descartes, voulant fonder la science sur des bases plus solides, va rechercher une première certitude
indubitable et pour cela s’appuiera sur la méthode du doute hyperbolique qui, très rapidement, se
résume ainsi : je puis douter de tout, la seule chose dont je ne puis douter, c’est que je pense et que
j’existe en tant que sujet pensant, puisque pour pouvoir douter il faut que je pense et que, pour que
je pense, il faut que je sois. D’où le cogito ergo sum (“je pense donc je suis”), qui sera au fondement
de la philosophie cartésienne.
Ce sujet est celui des sciences et des techniques qui peut se rendre “comme maître et possesseur de
la nature”, qui peut connaître le monde et agir sur une nature qui s’explique par elle-même, obéissant
à des lois mécaniques et constantes pouvant être formulées en termes mathématiques.
La physique, de qualitative devient quantitative, et la nature n’est plus interprétée en termes de finalité,
elle n’est plus qu’un monde de choses obéissant à une nécessité aveugle.
Conséquences éthiques
Si la nature n’est plus qu’un monde de choses, qu’en est-il de l’homme lui-même à l’intérieur de
celle-ci ?
Sur le plan médical et scientifique cela nous conduit à nous interroger sur les limites de nos droits
en ce qui concerne l’expérimentation sur le corps humain ou l’utilisation de certains organes.
Si le corps humain n’est qu’une machine, sur quoi pouvons nous fonder la dignité et la dimension
morale de l’être humain ? Peut-être est-ce pour cela que Descartes a toujours conservé à l’homme
sa spécificité, par rapport aux animaux qui ne sont que des machines, en adoptant une position dualiste,
l’homme étant l’union d’un corps et d’une âme ?
Cette question pourrait concerner aujourd’hui celle de savoir jusqu’où nous pouvons intervenir sur
le cerveau humain au risque de modifier la personnalité d’un individu ?
La question est donc, à l’issue de cette révolution, de savoir comment penser l’éthique si l’être ne
peut plus fonder le devoir être, si la nature n’est plus ce cosmos auquel il faut s’accorder et si la loi
de Dieu n’est plus finalement que celle de ma conscience.
Un philosophe parviendra cependant à dégager une éthique de cette nouvelle conception du monde,
il s’agit de Spinoza.
Reprenant les principaux concepts du cartésianisme pour en changer radicalement le sens, il remettra
en cause le dualisme de Descartes pour défendre une conception moniste de l’être et une éthique
du désir, il n’y a qu’une seule substance, Deus sive natura (“Dieu c’est-à-dire la nature”) que nous
percevons au travers deux de ses attributs que sont la pensée et l’étendue, en conséquence l’âme et
le corps ne sont pas deux réalités distinctes, ils ne peuvent agir l’un sur l’autre, ils sont deux perceptions
différentes d’une seule et même réalité.
Tous les êtres sont animés par un même effort pour persévérer dans l’être, le conatus, qui chez
l’homme se manifeste sous la forme du désir qui est au fondement même des valeurs : “ce n’est pas
parce qu’une chose est bonne que nous la désirons, c’est parce que nous la désirons que nous la
jugeons bonne.”
L’homme n’est donc qu’une partie de la nature et il se trouve soumis à ses lois, comme tous les
êtres vivants, la notion de libre arbitre n’est donc qu’une illusion, “l’homme n’est pas dans la na6
ture comme un empire dans un empire” et s’il se croit libre c’est parce qu’il ignore les causes qui le
déterminent.
Cependant une autre forme de liberté est possible, l’adhésion à la libre nécessité par la connaissance
de la nature, et donc de la nature de l’homme, grâce à la raison ; c’est le désir éclairé par la réflexion
qui nous permet d’agir en poursuivant ce qui est bon pour nous par l’accroissement de notre
puissance qui nous permet d’accéder à la joie.
On pourrait croire qu’il s’agit là d’un retour aux éthiques hétéronomes de l’antiquité, mais ce serait
une erreur car, à la différence du cosmos des anciens, le Dieu de Spinoza ne poursuit aucune fin et
n’est régi que par des causes efficientes, la sagesse à laquelle l’homme peut accéder est donc autonomie
dans la mesure où, grâce à la connaissance, l’homme devient cause adéquate de ses actes ;
sinon, mu par des causes extérieures qu’il ignore, il est soumis à des passions dont il est esclave.
Application à l’éthique médicale
Une telle philosophie peut trouver son application face au problème du refus de soins d’un malade.
Face à une telle situation le soignant se trouve en quelque sorte face à deux choix tout aussi insatisfaisants
l’un que l’autre, soit essayer plus ou moins directement de contraindre le malade à se soigner,
ce qui s’oppose au respect de la liberté individuelle, soit l’abandonner à son triste sort ce qui
s’oppose à l’obligation, qu’il ressent comme sienne, de venir en aide à celui qui souffre et qui un
jour est venu le consulter pour cela.
Dans une perspective spinoziste la solution serait d’essayer, si cela est possible, de comprendre,
avec le malade, les causes qui le poussent à refuser ou à ne pas suivre rigoureusement son traitement.
En aidant le malade a prendre conscience des causes qui le déterminent, il peut être possible
de modifier son attitude et de faire en sorte qu’il revienne ensuite de lui-même vers une conduite
plus conforme à la raison et à l’essence de même du désir qui est effort pour persévérer dans l’être.
Malgré sa grande modernité et sa grande rigueur rationnelle, la philosophie de Spinoza aura plus
d’écho au XIX° et au XX° siècle qu’au XVII°, par exemple son grand ouvrage L’Éthique, achevé
aux environs de 1675, ne sera traduit en français qu’en 1852. Accusé d’athéisme (à tort ou à raison),
la philosophie de Spinoza sera souvent connue de seconde main et le plus souvent diabolisée par
ceux qui y font référence.
La philosophie, qui va avoir un grand écho dans le domaine moral au XVIII°, sera celle du philosophe
allemand Emmanuel Kant, qui défendra l’idée d’une morale du devoir, s’intégrant dans le cadre
de l’opposition chrétienne de l’homme et de la nature.
Kant : la morale du devoir
Le rationalisme du XVII° siècle prépare le XVIII° siècle et les Lumières, l’homme croit en la raison
grâce à laquelle il peut connaître la nature et établir les lois de son organisation politique. Cette autonomie
de la raison va également se traduire sur le plan moral et c’est principalement le philosophe
Emmanuel Kant (1724 – 1804) qui va être à l’origine de cette évolution.
Il ne peut y avoir pour Kant de morale que fondée sur le devoir, ce ne sont pas les conséquences de
l’acte qui fondent sa valeur morale, mais l’intention qui est à son origine. C’est donc la bonne volonté
qui fait de nous des êtres moraux capable d’agir par devoir et pas seulement conformément au
devoir (exemple du commerçant qui ne ment pas à ses clients pour conserver leur confiance et non
par respect pour la loi morale et qui agit conformément au devoir, mais non par devoir).
C’est donc l’homme qui détient en lui-même les principes de l’action morale et qui grâce à sa raison
est en mesure d’établir les principes des règles qu’il doit suivre. C’est la forme même de la règle qui
va définir son caractère moral, la loi morale ne peut se définir que par sa forme, son accord avec
l’idée même de loi, son universalité, d’où la formulation kantienne de l’impératif moral qualifié de
catégorique : “Agis toujours de telle sorte que la maxime de ton action puisse également valoir
comme loi universelle.”
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L’action doit toujours obéir à une règle universalisable (ex: la maxime tu dois mentir, n’est pas
universalisable, en revanche la maxime tu dois dire la vérité l’est), et c’est uniquement par respect
pour la loi morale que je dois agir, mes désirs, mes sentiments, la poursuite du bonheur ne doivent
pas intervenir dans les mobiles qui me poussent à agir moralement. Le mobile essentiel qui me fait
agir moralement c’est la considération de l’homme comme fin en soi, l’homme que je ne dois pas
considéré comme une chose ou comme un simple moyen, mais que je dois considérer, en raison de
sa dignité de sujet libre, comme une fin.
« Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de
tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen »
La dignité de l’homme venant précisément de ce qu’il est le seul être capable de se donner à luimême
sa propre loi, de faire preuve d’une volonté autonome.
Comment une telle autonomie est-elle possible ?
Elle ne l’est qu’à la condition de penser l’homme comme appartenant à deux mondes différents,
celui de la nature et celui de la liberté. En tant qu’il est soumis au déterminisme naturel, il appartient
à la nature, mais parce qu’il est en mesure de se penser comme volonté libre (chaque fois que
nous commettons un acte, il est toujours possible de penser que nous aurions pu ne pas le commettre),
il est susceptible de se déterminer de manière autonome.
Certes, nous ne pouvons démontrer que nous sommes libres, mais c’est une exigence de la raison
pratique de vivre comme si nous l’étions, afin de construire le règne des fins, un monde dans lequel
les hommes seront des fins en soi et pas seulement des moyens au service d’autres hommes.
Applications à l’éthique médicale
On a là affaire à une morale déontologique qui rejette toute forme de conséquentialisme, ce ne sont
pas les conséquences de l’acte qui le légitiment, mais la forme même de la loi que je respecte par
devoir.
Du point de vue de Kant, il serait totalement immoral de mentir à un malade au sujet du diagnostic
et des pronostics concernant sa maladie, il n’y a pas de droit de mentir par humanité, le mensonge
est par définition immoral puisque la maxime “tu dois mentir” ne peut être érigée en loi universelle.
La distinction entre les choses et les personnes et le refus de considérer l’homme comme un simple
moyen nous offre également des éléments pour nourrir une réflexion au sujet du statut du corps
humain, justifiant l’interdiction de sa commercialisation partielle ou totale.
Elle nous permet également de réfléchir sur le statut et l’utilisation de l’embryon, quoiqu’il faudrait
également pour cela avoir résolu la difficile question de savoir s’il est ou non une personne.
Cette distinction peut également intervenir dans la question de la procréation en vue de prélever sur
l’enfant qui va naître des éléments nécessaires pour soigner un autre membre de sa famille (le bébé
médicament), est-ce réduire l’enfant qui va naître dans ce contexte à un simple moyen ? Le problème
se pose de manière encore plus crucial si l’on doit effectuer un choix entre plusieurs embryons
à implanter pour des raisons de compatibilité génétique.
Les fondements de l’éthique aujourd’hui
Globalement les deux grands principes d’hétéronomie et d’autonomie continuent de traverser la
pensée éthique aujourd’hui.
Nouvelle hétéronomie : Hans Jonas et l’heuristique de la peur
Par exemple une nouvelle forme d’hétéronomie a vu le jour avec le philosophe Hans Jonas (1903-
1993) qui fut l’un des théoriciens de la pensée écologiste contemporaine et qui replace dans la nature
le principe de légitimité de nos actions en fondant celles-ci sur un nouvel impératif catégorique
:
“Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie
authentiquement humaine sur terre le plus longtemps possible.”
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À cette impératif s’ajoute ce que Jonas nomme une “heuristique1 de la peur”, qui doit nous obliger
à prendre en considération les dangers même les plus improbables, et qui est à l’origine de ce que
l’on nomme aujourd’hui principe de précaution.
Application dans le domaine de la bioéthique et de l’éthique médicale
Précautions prises dans le domaine des manipulations génétiques :
– prise en compte des risques sur l’environnement et sur l’évolution de l’espèce humaine
– éviter les risques d’eugénisme incompatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine.
Nouvelle autonomie : la théorie procédurale de John Rawls
John Rawls (1921-2002) est l’un des théoriciens qui ont fortement marqué la seconde moitié du
XX° siècle dans le domaine de la philosophie politique et son oeuvre Théorie de la justice (1971),
dans laquelle il développe une théorie procédurale de la justice, est au coeur de la pensée politique
contemporaine.
Il s’agit en réalité d’une théorie du contrat social qui définit la justice en fonction de la procédure
selon laquelle seront établis les principes de la justice elle-même. Cette procédure s’effectue dans le
cadre d’une situation initiale envisagée selon l’hypothèse du voile d’ignorance.
Tous les membres contractants définissent les principes et les règles fondamentales selon lesquels
sera établie la société juste. Chacun participe donc à l’élaboration des lois sans savoir quelle sera sa
position dans cette société, sans savoir s’il fera partie des plus favorisés ou des plus mal lotis. Les
lois seront donc établies de façon à ce qu’elles profitent à tous même aux plus mal lotis.
Une loi juste doit donc satisfaire aux principes suivants :
– principe de liberté : Chacun doit pouvoir jouir quelque soit sa position des libertés fondamentales.
« Chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de liberté de
base égale pour tous, compatible avec un même système pour tous. »
– principe de différence concernant les inégalités sociales et économiques et qui se subdivise
en deux sous principes :
– 1) Égalité des chances
– 2) Que ces inégalités soient à l’avantage de chacun.
Application à l’éthique médicale
Choix d’un receveur pour une transplantation d’organe : Le choix sera considéré comme juste si le
principe selon lequel la décision a été prise pourra être considéré, par ceux qui n’ont pas bénéficié
de la transplantation, comme résultant d’une procédure d’élaboration à laquelle ils auraient pu participer
avec les autres sous le voile d’ignorance.
Ainsi la théorie de la justice replace le sujet autonome au centre de la morale et de la politique puisqu’il
est seul à établir les principes de justice sans référence à une quelconque puissance supérieure
ou transcendante.
Conclusion
L’éthique et en conséquence l’éthique médicale se trouve donc traversée par des tensions entre lesquelles
elle doit se constituer, tension entre hétéronomie et autonomie, entre conséquentialisme et
déontologie. C’est d’ailleurs peut-être pour cela qu’elle est et qu’elle restera au centre de la réflexion
philosophique et qu’elle ne pourra jamais devenir une science positive. C’est seulement par
un travail de la conscience humaine qu’elle se constitue indéfiniment. Vouloir faire de l’éthique un
1 L’heuristique désigne la science de ce qui est utile à la recherche et à la découverte. L’heuristique de la peur
prônée par Jonas a donc pour but de guider notre recherche sur les conséquences de nos actes au regard des dangers
qu’ils peuvent entraîner.
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savoir positif, c’est peut-être l’attitude la moins éthique qui puisse être, car c’est vouloir échapper à
sa responsabilité d’homme en échappant à l’inquiétude fondamentale qui est en toute conscience
humaine, qui n’est jamais certaine d’avoir fait le choix qui convient et qui est sans cesse aiguillonnée
par le doute.
Doute qui est peut-être le signe de notre fragilité, mais qui est aussi ce qui aiguise notre responsabilité
en nous incitant en permanence à la réflexion et à l’interrogation, nous évitant de prendre mécaniquement
des décisions qui engagent l’humanité dans son intégralité.
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Bibliographie
Ouvrages généraux traitant de philosophie morale et d’éthique médicale
Rameix Suzanne, Fondements philosophiques de l’éthique médicale, Ellipses, 1996.
Colin Denis, Questions de morale, Armand Colin, 2003.
Folsheid Dominique, Feuillet-Le Mintier Brigitte, Mattei Jean François, Philosophie, éthique et
droit de la médecine, PUF, 1997.
OEuvres classiques de la philosophie morale
Aristote, Éthique à Nicomaque, traduction J. Tricot, Vrin, 1990.
Saint Augustin, Les confessions, traduction Joseph Trabucco, GF-Flammarion, 1964.
Kant Emmanuel, Du droit de mentir par Humanité, éd. GF-Flammarion.
Kant Emmanuel, Fondements de la métaphysique des moeurs, Traduction V. Delbos
Kant Emmanuel, Critique de la raison pratique, Vrin, 1965.
Spinoza, Éthique, GF-Flammarion, Traduction CH. Appuhn, 1965.
Descartes, Discours de la méthode.
Descartes, Méditations métaphysiques.
Jonas Hans, Le principe de responsabilité, Collection Champs; Flammarion.
Rawls John, Théorie de la justice, Collection Point Essais, Seuils.
Commentaires et ouvrages de présentations
Depré Olivier, Hans Jonas, Ellipses, 2003.
Gauthier René-Antoine, La morale d’Aristote, PUF, 1973.
Gourinat Michel, De la philosophie, Tome 1, Chap. 7, Les fondements de la morale, Hachette.

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Wikisrrike:Les USA menacent « d’attaquer » les villes russes

Wikistrike

Les USA menacent d’« attaques dans les villes russes »

Publié par wikistrike.com sur 30 Septembre 2016, 11:49am

Catégories : #Politique internationale

Les USA menacent d’« attaques dans les villes russes »

Imaginons un instant Maria Zakharova, porte parole du Ministre des Affaires Etrangères de Russie, déclarer « Si les Etats-Unis continuent à soutenir les terroristes, ils pourraient subir des attaques dans les villes américaines ». Imaginez le tollé des Américains et de leurs roquets européens, imaginez les titres des médias occidentaux « La Russie menace d’attaquer les Etats-Unis », etc…

Eh bien lors de son point de presse quotidien du 28 septembre, John Kirby, porte-parole du Département d’Etat américain (State Department) a directement menacé la Russie d’attaques dans ses villes si la Russie ne cesse pas de soutenir le Président Assad.

Voici sa déclaration exacte: « The consequences are that the civil war will continue in Syria, that extremists and extremists groups will continue to exploit the vacuums that are there in Syria to expand their operations, which will include, no question, attacks against Russian interests, perhaps even Russian cities, and Russia will continue to send troops home in body bags, and they will continue to lose resources – even, perhaps, more aircraft. »

En français: « Les conséquences (de l’aide Russe, voir la totalité de sa déclaration ici) seront que la guerre civile continuera en Syrie, que les groupes extrémistes profiteront du chaos en Syrie pour étendre leurs opérations, ce qui impliquera des attaques contre les intérêts Russes, peut-être même les villes Russes. La Russie continuera à renvoyer ses troupes dans des sacs mortuaires et ils continueront de perdre leurs ressources matérielles, sans doute plus d’avions »

Le chantage américain est clair: Soit la Russie cesse de soutenir Assad soit…

On notera que dans le même temps les Etats-Unis « menacent » de cesser toute concertation avec la Russie concernant les opérations en Syrie, n’appréciant visiblement pas que leurs protégés, les fameux « terroristes modérés », soient en totale déroute grâce aux opérations conjointes de la Syrie et de ses deux seuls intervenants légitimes, la Russie et l’Iran.

Il est certain que la Russie ne répondra pas à cette menace autrement qu’en confirmant sur le terrain son soutien au gouvernement syrien, c’est à dire en poursuivant les opérations d’anéantissement de tous les groupes terroristes, y compris ceux soutenus par les Occidentaux. Et concernant les menaces directes d’attentats dans nos villes de Russie, les américains devraient tout de même faire preuve de prudence: Ce sont eux-mêmes qui ont annoncé il y a quelques semaines « savoir » que la Russie maintient un très grand nombre d’« agents dormants » aux Etats-Unis… Et ceci, ni Maria Zakharova ni aucun officiel Russe n’aura besoin de le dire.

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Land destroyer:US treaten to Al Quaïda,ISIS with anti-air missiles

 

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US Threatens to Arm Al Qaeda, ISIS with Anti-Air Missiles

Posted: 30 Sep 2016 01:25 AM PDT

September 30, 2016 (Tony Cartalucci – NEO) – US officials have threatened Syria and its allies – including Russia specifically – that the collapse of a US-proposed ceasefire will lead « Gulf states » to arm militants with shoulder-fired anti-aircraft missiles.

A Reuters article titled, « Gulf may arm rebels now Syria truce is dead: U.S. officials, » would elaborate, claiming:

One U.S. official, speaking on the condition of anonymity to discuss American policy, said Washington has kept large numbers of such man-portable air defense systems, or MANPADS, out of Syria by uniting Western and Arab allies behind channeling training and infantry weapons to moderate opposition groups while it pursued talks with Moscow.

But frustration with Washington has intensified, raising the possibility that Gulf allies or Turkey will no longer continue to follow the U.S. lead or will turn a blind eye to wealthy individuals looking to supply MANPADS to opposition groups.

« The Saudis have always thought that the way to get the Russians to back off is what worked in Afghanistan 30 years ago – negating their air power by giving MANPADS to the mujahideen, » said a second U.S. official.

However, in reality, ambitions to down Russian and Syrian aircraft over Syria are not Saudi in origin, but rather come from the highest levels of policy and politics within Washington.  Washington-based corporate-financier policy think tank, the Brookings Institution, in a paper titled, « What to do when containing the Syrian crisis has failed, » would admit (emphasis added):

We must also be clever about employing various options for no-fly zones: We cannot shoot down an airplane without knowing if it’s Russian or Syrian, but we can identify those aircraft after the fact and destroy Syrian planes on the ground if they were found to have barrel-bombed a neighborhood, for example. These kinds of operations are complicated, no doubt, and especially with Russian aircraft in the area—but I think we have made a mistake in tying ourselves in knots over the issue, since there are options we can pursue.

In a 2015 Fox News interview, US Senator John McCain would admit:

I might do what we did in Afghanistan many years ago, to give those guys the ability to shoot down those planes. That equipment is available.

When asked to clarify his statement as to who would be shooting down the planes, McCain would answer:

The Free Syrian Army, just like the Afghans shot down the Russian…

In essence then, the US is merely laundering anti-air weapons and the ambition to use them through Saudi Arabia, as it has done so with all the weapons, terrorists, vehicles, money, and support used to trigger and perpetuate the ongoing war in Syria – with the Saudis at best, merely partners.

The US is Knowingly Going to Arm Al Qaeda, ISIS with Anti-Air Missiles

US politicians and policymakers are already acutely aware that any weapons they send into Syria – including anti-air missiles – will immediately end up in the hands of designated foreign terrorist organizations, including Al Qaeda and ISIS. They are aware of this because thousands of anti-tank missiles the US has sent into the country, as well as fleets of Toyota trucks, ammunition, food, and other supplies have already ended up in Al Qaeda and ISIS’ hands.

This is not only through the seizure of weapons by terrorist organizations from « moderate rebels, » but because America’s « moderate rebels » have either voluntarily joined the ranks of designated terrorist organizations, including Al Qaeda and ISIS – or were affiliated with terrorists from the very beginning and even before the conflict even began.

In a particularly embarrassing episode, it was reported by the pro-war, corporate-financier funded and chaired Foundation for Defense of Democracies (FDD) blog, The Long War Journal in an article titled, « Islamic State used US-made anti-tank missiles near Palmyra, » that:

In a new video released by the Islamic State, the jihadist group shows the capture of the ancient city of Palmyra, also known as Tadmur in Arabic. During the video, at least one US-made BGM-71 TOW anti-tank missile is seen being used against Syrian regime troops near the city.

The report continued by stating:

This is not the first time the Islamic State has shown with TOWs. Last December, the jihadist group also published photos showing its forces using TOW missiles against Free Syrian Army (FSA) forces in the Damascus countryside. The United States has supplied several FSA groups with TOW missiles, which have sometimes fallen into the hands of jihadist groups or have been used to assist jihadist groups. The TOW used in Palmyra was likely captured from battles with the FSA in other parts of Syria.

It is not only possible that any anti-air weapons sent into Syria will end up in the hands of Al Qaeda or ISIS, it is inevitable.

Any nation supplying militants with such weapons is all but intentionally ensuring they eventually end up in the hands of terrorist organizations.

America Sowing the Seeds for New Levels of Global Terrorism for Decades to Come
And what US policymakers seem unaware or unconcerned with is the possibility that such weapons may be turned against their own forces not only in Syria – including US and European warplanes – but across the region, including on the battlefield in Yemen, targeting US-made Saudi warplanes.

Also possible is that these weapon systems are spirited out of the region and used to target civilian aircraft in terrorist attacks around the world.

As the US continues leveraging the downing of MH-17 over Ukraine against Russia, it simultaneously attempts to all but ensure the most dangerous terrorist organizations on Earth gain access to anti-air weaponry. It is a clear indicator that the US, not Russia nor the Syrian government, pose a threat to global peace and stability.

The same US who knowingly created and wielded Al Qaeda against the Soviet Union in Afghanistan in the 1980s before claiming to be victimized by this mercenary force on September 11, 2001 -precipitating a decade and a half of « War on Terror » – is hereby standing up a terrorist mercenary force larger and better armed than ever before. The US is sowing the seeds of global terrorism for decades to come by doing so.

America’s fueling of the Syrian conflict directly and through its Persian Gulf proxies has turned the entire Middle East and North African region into a hotbed of failed states, terrorism, and humanitarian crises. Russia’s failure to prevent US intervention in Libya has left the nation divided and destroyed, hemorrhaging refugees across the Mediterranean Sea into Europe and inviting terrorist organizations like Al Qaeda and ISIS to expand across not only the ruins of Libya, but also across the rest of the region and beyond.

Russia’s failure to stop the division and destruction of Syria will result in a catastrophe greater still – and despite the level of destruction and violence unfolding today in Syria – should Damascus collapse and militant groups be left intact – Syria will face exponentially greater violence and destruction that will make Libya’s ongoing sociopolitical and humanitarian catastrophe pale in comparison.

The US, by erasing the lines of even rhetorical sensibility, does however open a window of opportunity for Syria and its allies to respond with asymmetrical warfare, targeting US and European warplanes illegally operating over Syria in such a way as to make it difficult if not impossible to determine whether or not America’s own anti-air weapons are being used against its and its allies’ warplanes.

US policy which essentially places anti-air missiles into the hands of terrorists – is so ill-conceived and desperate, the fact that it has been tabled in the first place illustrates Washington’s increasingly weak and desperate hand. If this policy is properly exposed for what it truly implies both for Syria and the state of global security for decades to come, and should it be countered intelligently by Syria and its allies, it can be turned back against Washington and add further impetus to finally end this war in the Syrian people

 

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The long war : Turkistan Islamic Party in Syria shows more ‘little jihadists’

Turkistan Islamic Party in Syria shows more ‘little jihadists’

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Children as seen in the video

The Turkistan Islamic Party in Syria (TIP), an al Qaeda-linked Uighur jihadist group, has released a new video showing celebrations for the Muslim holiday Eid al Adha. Part of the video is dedicated to what it refers to as “little jihadists,” or children members of the group.

Most of the video includes small clips and photos from the Eid al Adha celebrations, combat footage from recent battles, and some of its killed fighters. Around halfway through the video, children are shown posing with AK-47 assault rifles, pistols, and attending Sharia classes. Many of the children are boys, but some girls are also seen with weapons in the video. It was a release similar to a video from last September, but that video also showed the children partaking in weapons training. (See LWJ report, Uighur jihadist group in Syria advertises ‘little jihadists’.)

Last July, the group first publicized a training camp in Idlib. Earlier this year, TIP-affiliated Twitter accounts published photos showing children attending a military training camp somewhere in northwestern Syria.

While the TIP has been active in Syria, the organization’s core leadership is based in Afghanistan and Pakistan and operates in those countries as well as in China. The TIP has also advertised camps for children in the Afghan-Pakistan region.

In a video released in 2013, the jihadist group promoted a camp for children in Pakistan, some of whom appear to be no older than six. The children were shown firing handguns, AK-47 assault rifles, and a PKM machine-gun from various positions. As the children fired their weapons, the black flag of the Taliban and a light blue banner used by the Turkistan Islamic Party could be seen flying in the background.

The TIP is not the only foreign al Qaeda ally in Syria known to train children. In December, the Imam Bukhari Jamaat (also known as Katibat Imam Bukhari), an Uzbek group in Syria loyal to the Taliban, released an 18-minute video showing the group training dozens of children. The children, who range from under 10 to mid-teens, are seen taking part in physical exercises and lessons on how to handle and fire weapons. (See LWJ report, Uzbek group in Syria trains children for jihad.)

The popular Saudi cleric Abdullah al Muhaysini’s Jihad Callers Center also released a video last September showing native Syrian children training at a camp ran by the group. Muhaysini is closely tied to al Qaeda and the Al Nusrah Front. Additionally, the Chechen-led Junud al Sham, led by US-designated terrorist Muslim Shishani, is known to have ran training camps for children in the past. The Islamic State, which garners the most media attention, is infamous for its training camps for children.

Screenshots from the video:

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Caleb Weiss is an intern at the Foundation for Defense of Democracies and a contributor to The Long War Journal.

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One Peter Five : That Zero In on Dangers of Amoris Laetitia

Three Must-Read Articles That Zero In on Dangers of Amoris Laetitia

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In his May 23, 2015 address to the John 17 Movement, Pope Francis said that he "like saying something that may sound controversial, or even heretical, perhaps."

The volume and scope of the analysis by Church scholars, theologians, and other Catholic writers on the topic of Pope Francis’ post-synodal apostolic exhortation, Amoris Laetitia (AL), is little short of staggering. But in recent weeks, since the pope’s brazen approval of the Argentine Bishops’ letter making clear that there is “no other interpretation” than that AL chapter 8 provides a path for Catholics who are sexually active in post-marital second unions to receive the sacraments of Confession and Holy Communion, the urgency and forthrightness of these analyses have intensified.

I’ve spent a good portion of my day reading through and comparing three of these, and I think their importance cannot be overstated. It is worthy of note that the three publications in which they appeared — Catholic World Report, First Things, and The New York Times, respectively — while not averse to reasoned critiques, are also not among those outlets known for the staunchest of opposition to Francis’ agenda. That such thoughtful criticism is appearing in the larger world with increasing regularity is, I think, a sign that for the revolutionaries who have somehow captured the helm of Peter’s barque, their time to implement the program is running out.

The first of the articles in question is by E. Christian Brugger, a professor of Moral Theology at St. John Vianney Theological Seminary in Denver and Senior Fellow of Ethics at the Culture of Life Foundation in Washington, D.C. Having previously treated of the subject of AL’s problems in a widely-shared analysis in April of this year, Dr. Brugger returned to the subject in a September 20 essay that addresses the inherent dangers of AL’s attempt to subjectivize acts of conscience on matters of objective moral certitude:

Other authors have commented and reported on the papal reply, so I will not do so here. The purpose of this article rather is to critique the account of moral conscience implicit in the reasoning of the ABs and AL as defended in a recent article in National Catholic Reporter by Michael Lawler and Todd Salzman entitled: “In Amoris Laetitia, Francis’ model of conscience empowers Catholics”. The Salzman-Lawler (SL) duet made fame in 2008 for its publication of the book The Sexual Person, which set forth a fulsome defense of same-sex genital acts from Scripture, tradition, and natural reason, and which wascensured by the Committee on Doctrine of the USCCB in 2010.

In the NCR article, the authors consider what they refer to as two “diametrically opposed” understandings of conscience, one which they say overly emphasizes the “objective realm” of moral truth, and the other which, in their opinion, rightfully emphasizes the “subjective realm” of freedom and individuality. Let’s call these the “objectivist” and “subjectivist” models.

SL say that St. John Paul II,1 Archbishop Charles Chaput (“Pastoral Guidelines for Implementing Amoris Laetitia”) and Germain Grisez2 represent the objectivist model; and Pope Francis (in Evangelii Gaudium 231-232 and Amoris Laetitia Ch. 8), the German Jesuit theologian Josef Fuchs, and German Redemptorist theologian Bernard Häring represent the subjectivist school.

[…]

Before summarizing SL’s account, it’s important to understand a presupposition of their theory. They follow the reasoning of Fuchs and Häring, who in the years after Vatican II became Europe’s foremost defenders of the moral theory known as “Proportionalism”.3Although it comes in different flavors, common to all proportionalists is the insistence that intending evil as an end or means (what defenders refer to variously as “premoral evil”, “ontic evil”, “disvalue”, etc.) does not by that fact make an action morally wrong. If there are “morally relevant circumstances” justifying the commission of the evil—what they call “proportionate reasons” (not to be confused with proportionate reason as used in the classical Principle of Double Effect)—then it can rightly be chosen.

Why do I say this is important to understand? Because Proportionalism denies the existence of intrinsically evil actions, types of behavior that when freely chosen always constitute a disorder of the will. If there are no intrinsically wrongful types of action, then the Church, when it has taught that there are (e.g., adultery), has taught illicitly. And so whereas according to the Church’s teaching, conscience never rightly deliberates over whether or not to have sex with someone other than one’s valid spouse, conscience in the proportionalist account may indeed (in fact sometimes must) remain open to it. Why? Because if there are proportionate reasons for doing so, then under the circumstances it may be the right thing for me to do.

Subjectivizing the acts of conscience are a notable and consistent theme of this papacy, perhaps most infamously in the now twice-asked “Who am I to judge?” of Pope Francis. One sees evidence of this also, for example, in the permissive attitude offered by the pope as regards Lutherans making a personal decision to receive Holy Communion in a Catholic Church: “Life is bigger than explanations and interpretations,” the pope said in a meeting with Lutherans last November. “Always refer back to your baptism. ‘One faith, one baptism, one Lord.’ This is what Paul tells us, and then take the consequences from there. I wouldn’t ever dare to allow this, because it’s not my competence. One baptism, one Lord, one faith. Talk to the Lord and then go forward. I don’t dare to say anything more.”

Brugger expands on this mentality:

They [SL] bitterly criticize Archbishop Chaput’s statement that “the subjective conscience of the individual can never be set against objective moral truth.” On the contrary, they say, Vatican II’s advocacy for religious liberty demonstrates that what’s most central to conscience is its “sincere…search for goodness”, not necessarily its identification with what’s objectively good: “conscience is not at the service of doctrine.” To be sure, they say, objective moral truth is not irrelevant. But “the authority of conscience is not identified with whether or not it obeys the objective norm.”

And where have we heard this idea before of a “sincere…search for goodness”? Not long after his “Who am I to judge” statement, Pope Francis conducted the first of several papal interviews with La Reppublica’s Eugenio Scalfari. And in it, the following question and answer between journalist and pontiff transpired:

Your Holiness, you wrote that in your letter to me. The conscience is autonomous, you said, and everyone must obey his conscience. I think that’s one of the most courageous steps taken by a Pope.

“And I repeat it here. Everyone has his own idea of good and evil and must choose to follow the good and fight evil as he conceives them. That would be enough to make the world a better place.”

 

Dr. Brugger then makes the reasonable assertion that the solution to this problem of subjective inculpability for sin due to poorly-formed consciences is not to create loopholes so that these people may continue in their sin unawares, but to form them:

This leads to an unavoidable conclusion. If faced with a putatively ignorant conscience, Catholic pastors should make every reasonable effort to assist it to step out of the darkness of ignorance into the light of moral truth. We should form consciences, not leave them in error. How can one “prove what is the will of God, what is good and acceptable and perfect” (Rom 12:2), if one lacks knowledge of God’s law and the principles of the moral order (cf. VS 64)? When JPII exhorts pastors to put themselves “at the service of conscience”, he means at the service of true human freedom. Unless consciences are formed in the truth, they won’t be able to avoid being “tossed to and fro and carried about with every wind of doctrine, by the cunning of men, by their craftiness in deceitful wiles (Eph 4:14).” Forming consciences assists them “not to swerve from the truth about the good of man,” it helps them, especially in more difficult questions, not only “to attain the truth with certainty”, but also “to abide in it” (VS 64). Only through a “frank and open acceptance of the truth” can conscience attain to authentic freedom.

To authors who say that it is better to leave people in ignorance than to teach them truths that might be hard for them to bear, we should reply that every conscience has a right not to be left in confusion and error (RP, 33). Pastors entrusted with the care of consciences have a responsibility to serve the truth.

[…]

[C]onscience in the Catholic view does indeed stand in obedience to the moral law. But this obedience is not servile and passive, not the obedience of a slave to his master. It’s the obedience of a scientist to the truth, or a famished man to a feast, or the ear to sound and the eye to color, or an explorer to his longed-for destination, or of a hunting dog to his quarry. Conscience is made for moral truth. It searches for, finds, probes and understands more deeply, then directs action as best as it can in accord with it. How can this be a threat? Is a hand a threat to a glove, or a key to a lock? A healthy conscience doesn’t close us down and restrict us. It opens us up to the good and ultimately to God. It makes possible the flourishing of the gift of freedom (See JPII,General Audience, Aug. 17, 1983, 2; Insegnamenti, VI, 2 (1983), 256).

Dr. Brugger also tackles the thorny question of whether AL demands the assent of the faithful:

One of my seminarians recently came to me with a worried look on his face wondering whether because this was taught in a papal document he was obliged in conscience to accept it as true. I told him that Vatican II teaches that Catholics are obliged to receive the teaching of the Ordinary Magisterium, which the teaching of Amoris Laetitia constitutes, with a “religious submission of mind and will” (“religiosum voluntatis et intellectus obsequium”;Lumen Gentium 25). I said this obsequium is different from the “assent of faith” (de fide credenda) required for the truths of Divine Revelation (cf. CDF, Donum Veritatis, no. 23). Obsequium means we come to the teaching with intellectual docility, giving it a presumption of truth, with a readiness to assent to it, and, if it’s moral instruction, to apply it to our lives.

But neither intellectual docility, nor readiness of will implies that we accept the teaching of the Ordinary Magisterium without subjecting it to the authority of faith and reason. We are obliged in conscience to accept what’s true. The Holy Spirit guards the Church from error when she teaches infallibly, and so we can be confident that teachings taught infallibly are true. But the guidance of the Holy Spirit to the pope and bishops when they exercise their Ordinary Magisterium does not guard them from error.

And so we must always consider these teachings of the Church in the light of what we already know to be true concerning Catholic faith and morals. If after careful consideration we conclude that some teaching of the pope or bishops is inconsistent with the teaching of Christ or with moral or pastoral issues that the Church has already authoritatively and rightly settled, then we have no obligation to assent to it and we may be obliged to oppose it.

It is on this point that I would like to turn from Dr. Brugger’s analysis to that provided by Dr Jessica M. Murdoch, a professor of fundamental and dogmatic theology at Villanova. In her September 27 article at First Things, entitled, “Creeping Infallibility”, she grapples more extensively with the question of whether AL requires our assent — particularly in light of Cardinal Schönborn’s comments — made after he was tapped by Francis as the official interpreter of AL — that AL is “an act of the magisterium” and “an authentic teaching of sacra doctrina.” Murdoch breaks down the Viennese prelate’s claims:

The Cardinal’s statement does not equivocate. It can be translated into four propositions. First,Amoris Laetitia is a binding document of the ordinary magisterium. Second, it is meant to be universal in scope. Third, it bears a doctrinal character. Fourth, it is to be understood as an authentic interpretation of the deposit of the faith. These assertions, if correct, are extremely consequential. Under settled doctrine, Catholics would be required to assent intellectually and submit their minds and wills to the pronouncements in the Exhortation. The Cardinal’s conclusions, however, do not withstand scrutiny in light of principles governing the interpretation of magisterial documents.

Space will not permit me to cite her examples as to why his conclusions fall flat, but they bear reading. Murdoch’s examination of papal authority — when it is binding and when it is not — is simultaneously one of the most accessible and comprehensive I’ve seen. I’ll excerpt some of the meatiest bits here:

The basic principles of the Church’s doctrine of infallibility provide substantive guidance here. First and foremost, the Petrine ministry participates in the infallibility of the deposit of Revelation. This is crucial to hold in view, because Revelation is ultimately the criterion of truth. The special, divine assistance of infallibility is a privilege attached to the Holy Father as the center of unity of the Church, yet this privilege is always given for the entire Church. Besides the infallibility attached to the Pope’s pronouncements taught with the fullness of his supreme authority (the “extraordinary magisterium”), the “ordinary magisterium” can also be a source of infallible teaching, when it concerns de fide doctrine (concerning faith and morals), when it is marked by unity and unanimity, and when it is proposed to be definitive and absolute teaching. Not every teaching of the ordinary magisterium, however, fulfills these criteria. Some teachings of the ordinary magisterium can be fallible, and do not command interior assent of mind and will, if such teachings are clearly contrary to reason, or to the natural law, or to the divine positive law.

And in all of this one must keep ever in mind that the charism of infallibility is one of assistance and not of inspiration. In other words, the Holy Father cannot create doctrine, but can only explain the deposit of the faith more clearly. This consideration of assistance versus inspiration raises another question, namely, what is to be done when a direct contradiction appears between one pontificate and another, or between pontifical documents? Cardinal Schönborn suggests that in such cases the older pronouncements must yield to the newer. The Cardinal said that we read Nicaea in light of Constantinople I, and Vatican I in light of Vatican II. But the Church’s longstanding practice is precisely the contrary. It emphasizes that which is prior, that is, the Church’s tradition, over and against that which is posterior and, therefore, untested. Thus, the typical hermeneutic of the Church is to read Vatican II in light of Vatican I, Vatican I in light of Trent, Trent in light of what has preceded it and so on. In other words, tradition is always privileged as the remote rule of faith.

Responding faithfully to the trans-temporal magisterium of the Church (and not simply to the magisterium of one’s own times) requires holding in view two other principles of interpretation. First, “the minor must give way to the major.” Second, the “one must give way to the many.” Taking the first principle: If there is question of conflict between two pontifical documents, the privilege must be given to the document that bears higher magisterial authority. For example, an apostolic exhortation of one pontificate does not possess more authority than an encyclical of a prior papacy. Thus, Amoris Laetitia cannot supersede the encyclical Veritatis Splendor. Now, when the documents are of the same authoritative rank, the second principle comes into play: One must privilege the harmony of the many pontificates in union with each other, and their unanimity with the Fathers and Doctors of the Church, over the one seemingly dissonant voice. This concept was famously expressed over 1,500 years ago in the Canon of St. Vincent of Lerins: “Now in the Catholic Church itself we take the greatest care to hold that which has been believed everywhere, always and by all.” Although Amoris Laetitia and St. John Paul II’s Familiaris Consortio are both apostolic exhortations, this principle would justify privileging John Paul’s document, because it seems to be more harmonious with prior magisterial teaching, both extraordinary and ordinary.

Ultimately, however, this level of discernment cannot be a matter of private judgment, but of magisterial decision. In case of real conflict between the teaching of various popes or between the teaching of one pontificate and natural or divine positive law, only the magisterium bears the obligation and authority to clarify any errors publicly.

One of the most important takeaways from the preceding four paragraphs is that we never read older or more authoritative Church documents “in light of” newer or less authoritative ones. I’ve been hearing the contrary from theologians — even at “orthodox” Catholic colleges — for years now. I’m deeply grateful that Dr. Murdoch puts this error to rest as part of her larger exposition.

So the question is: where does this all leave us?

That’s where Matthew Schmitz, literary editor of First Things, comes in. In an op-ed yesterday at The New York Times, Schmitz asks the fundamental question: “Has Pope Francis Failed?

In a certain sense, things have changed. Perceptions of the papacy, or at least of the pope, have improved. Francis is far more popular than his predecessor, Pope Benedict XVI. Sixty-three percent of American Catholics approve of him, while only 43 percent approved of Benedict at the height of his popularity, according to a 2015 New York Times and CBS News poll. Francis has also placed a great emphasis on reaching out to disaffected Catholics.

But are Catholics actually coming back? In the United States, at least, it hasn’t happened. New survey findings from Georgetown’s Center for Applied Research in the Apostolate suggest that there has been no Francis effect — at least, no positive one. In 2008, 23 percent of American Catholics attended Mass each week. Eight years later, weekly Mass attendance has held steady or marginally declined, at 22 percent.

[…]

In spite of Francis’ personal popularity, young people seem to be drifting away from the faith.

Schmitz admits that it may take time to evaluate the full effect of the Francis papacy, but offers a compelling theory as to why the pope’s popularity hasn’t translated into actual bottom line results:

Francis is a Jesuit, and like many members of Catholic religious orders, he tends to view the institutional church, with its parishes and dioceses and settled ways, as an obstacle to reform. He describes parish priests as “little monsters” who “throw stones” at poor sinners. He has given curial officials a diagnosis of “spiritual Alzheimer’s.” He scolds pro-life activists for their “obsession” with abortion. He has said that Catholics who place an emphasis on attending Mass, frequenting confession, and saying traditional prayers are “Pelagians” — people who believe, heretically, that they can be saved by their own works.

Such denunciations demoralize faithful Catholics without giving the disaffected any reason to return. Why join a church whose priests are little monsters and whose members like to throw stones? When the pope himself stresses internal spiritual states over ritual observance, there is little reason to line up for confession or wake up for Mass.

[…]

Francis has built his popularity at the expense of the church he leads. Those who wish to see a stronger church may have to wait for a different kind of pope. Instead of trying to soften the church’s teaching, such a man would need to speak of the way hard disciplines can lead to freedom. Confronting a hostile age with the strange claims of Catholic faith may not be popular, but over time it may prove more effective. Even Christ was met with the jeers of the crowd.

The hallmark of this papacy — the legacy that Francis will leave behind — is one of confusion and discord. He is a bringer of chaos. The debate rages on in many corners of the Catholic world about whether he’s even a legitimate pope at all. As I’ve said before, it’s not our place to decide, and in practical terms, it makes little difference in terms of the aftermath he will leave in his wake. (If anything, proving that Francis was an anti-pope will make cleanup easier; at least then, some of his catastrophic decisions could be nullified.)

What we are left with is a Church being systematically dismantled by the man who should be its fiercest guardian. Honest, everyday Catholics wishing to be faithful and obedient do not know what to do or whose lead to follow. Pope Francis could die tonight in his sleep, and the damage that has been done would take decades to undo. Even then, things will never be the same. They may be repaired, but the scars will remain: souls lost, divergent paths ossified in the unchangeable paths that were laid down, leading many astray. The kind of scandal being wrought here on a global scale makes Christ’s parable of the millstone seem like a slap on the wrist.

In his analysis of the 2014 Synod on the Family, Bishop Athanasius Schneider said, referring to the now-infamous mid-term relatio:

Such a synod document, even if only preliminary, is a real shame and an indication to the extent the spirit of the anti-Christian world has already penetrated such important levels of the life of the Church. This document will remain for the future generations and for the historians a black mark which has stained the honour of the Apostolic See.

Would that it were the only such black mark. Wherever one looks in Rome, such defacements of the beauty doctrinal truth is in evidence for all to see.

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About Author

Steve Skojec

Steve Skojec

Steve Skojec is the Founding Publisher and Executive Director of OnePeterFive.com. He received his BA in Communications and Theology from Franciscan University of Steubenville in 2001. His commentary has appeared in The New York Times, USA Today, The Washington Post, The Washington Times, Crisis Magazine, EWTN, Huffington Post Live, The Fox News Channel, Foreign Policy, and the BBC. Steve lives in Northern Virginia with his wife Jamie and their seven children.

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Wikistrike : Washington utilise la trêve pour réarmer les groupes terroristes en Syrie

 

 

Wikistrike

Washington utilise la trêve pour réarmer les groupes terroristes en Syrie

Publié par wikistrike.com sur 30 Septembre 2016, 08:56am

Catégories : #Politique internationale

Washington utilise la trêve pour réarmer les groupes terroristes en Syrie
Selon l’ambassadeur syrien en Russie Riad Haddad, les déclarations des États-Unis au sujet de la crise syrienne sont de la propagande et Washington pourrait ne pas souhaiter un accord sur la crise en Syrie.
« Les États-Unis n’ont pas respecté l’accord, ils ont poursuivi leurs manœuvres et leurs astuces pour gagner du temps (…) ils ont utilisé la cessation temporaire des hostilités (…) pour fournir aux groupes terroristes tous ce qu’ils voulaient en reconstituant leurs pertes en armes et en munitions. Les militants se sont regroupés et ont repris l’offensive, ayant renforcé leurs positions », a fait savoir M. Haddad.
Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré jeudi que Moscou ne veut pas voir une situation où les USA couvrent leur incapacité par des « attaques verbales » et des « accusations absolument sans fondement » contre la Russie.
Le représentant permanent de la Russie à l’Onu, Vitaly Tchourkine, qui s’exprimait le 25 septembre à l’occasion d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies, a déclaré que la Russie ne s’opposerait désormais à toute action unilatérale concernant la Syrie. Dans son discours, le diplomate russe a souligné que lors de la discussion sur le cessez-le-feu en Syrie, une exigence avait été posée, selon laquelle « le gouvernement syrien, comme condition préalable et unilatérale, devait stopper les missions aériennes de ses forces aériennes. » Selon lui, « ces petites considérations tactiques ne peuvent pas continuer indéfiniment. »
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La Lettre d’Orient XXI – Semaine du 23 au 30 septembre 2016:Les multiples visages de Shimon Pérès par Dominique Vidal-et varia

La Lettre d’Orient XXI – Semaine du 23 au 30 septembre 2016

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La Lettre d’Orient XXI
Semaine du 23 au 30 septembre 2016
© Bruno Boudjelal, «  11 septembre 2011  »

Évènements

L’auteure de l’article « Cette étrange obsession française pour le voile » expliquera pourquoi l’obsession française pour le foulard ne se retrouve pratiquement nulle part ailleurs dans le monde, lors d’une rencontre autour de ses travaux et du numéro du Monde des religions consacré à l’histoire du voile (actuellement en kiosques) qui sera présenté par Virginie Larousse, rédactrice en chef du magazine.

Orient XXI et Le Comité de vigilance pour une paix réelle au Proche-Orient organisent un colloque à l’occasion du centième anniversaire du soulèvement arabe contre les Turcs, le samedi 8 octobre 2016, de 8 h 30 à 17 h, au Palais du Luxembourg (Paris).

Orient XXI s’associe au magazine Le Monde des Religions pour un cycle de conférences sur des sujets d’actualité, qui seront approfondis. La première aura lieu le jeudi 6 octobre, avec Henry Laurens.

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À propos de l’occupation et de la colonisation israélienne :

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Orient XXI : À Jérusalem-Est, l’archéologie c’est la guerre

À Jérusalem-Est, l’archéologie c’est la guerre

Orient XXI > Magazine > Julie Couzinet > 15 juillet 2014

Alors qu’à Gaza une guerre ouverte contre les Palestiniens est menée, ailleurs, c’est l’archéologie qui sert de moyen d’asseoir le contrôle israélien sur la Palestine. À travers les fouilles menées dans la « Cité de David », l’association Elad, avec l’appui des autorités israéliennes, poursuit une politique d’annexion « culturelle », ou si l’on préfère, de colonisation de Jérusalem-Est par d’autres moyens.

Dans un magasin pour touristes et fondus d’archéologie, des lézardes entaillent les murs. La boutique se trouve à Wadi Hilweh, un quartier de la banlieue palestinienne de Silwan à Jérusalem-Est, à côté de la piscine de Salomon, lieu historique pour les trois monothéismes. «  Ils ont décrété qu’il y avait une autre piscine plus bas. La première est un site important pour les musulmans (…). Il y a cinq ou six ans, le ministère du tourisme, la municipalité de Jérusalem, la Direction de la nature et des parcs d’Israël sont venus nous expliquer que le site allait nous permettre d’ouvrir des commerces, que ce serait profitable pour tout le monde  », relate son propriétaire, dont l’anonymat sera préservé pour raisons de sécurité. Trois sites d’excavations ont été ouverts dans les années 1990. Les fouilles incluent de nombreux tunnels, creusés jusque sous les maisons palestiniennes de Silwan, entraînant de sévères dommages pour leurs fondations. «  Si on pouvait seulement en parler, ce serait bien. Mais chaque fois que quelqu’un essaye, il se retrouve en prison  », déplore le propriétaire du magasin.

Pour Jawad Siyam, directeur du Wadi Hilweh Information Center de Silwan, il ne s’agit pas d’anciens tunnels «  Ils retirent la terre (…). Vous pouvez voir les brèches dans les maisons, les effondrements  ». Les tunnels percés sur ces sites auraient ainsi sérieusement endommagé plus d’une quarantaine de maisons — l’une d’entre elles s’est en partie effondrée —, une mosquée, trois magasins et une école.

«  La raison pour laquelle nous creusons si vite est que les Palestiniens pourraient se soulever et prendre le contrôle du site (…). Ils n’aiment pas nous voir creuser ici. Ils pourraient, une fois le contrôle repris, tout recouvrir au bulldozer  », déclare de son côté un guide de l’association israélienne Elad, gestionnaire des sites, aux visiteurs du premier chantier de fouilles situé au pied de la mosquée d’Al-Aqsa — le troisième lieu saint de l’islam.

Silwan, chantier de fouilles sous les maisons
© Julie Couzinet, mai 2014.

Une gestion controversée

L’objectif d’Elad est explicite : «  révéler à la population le glorieux passé de l’Ancien Jérusalem à travers quatre initiatives clés : les fouilles archéologiques, le développement touristique, les programmes éducatifs et la revitalisation résidentielle.  » Elad veut démontrer par ces fouilles une présence historique juive à travers la découverte des restes de la «  Cité de David  »1, du roi du même nom. L’association a ainsi développé un programme touristique orienté vers les jeunes militaires en service et les étudiants, et tente de transformer progressivement le quartier de Wadi Hilweh en parc touristique. L’expression «  revitalisation résidentielle  » fait quant à elle référence à une politique de colonisation progressive avec l’implantation de familles israéliennes juives dans la zone.

Elad, qui signifie «  la Cité de David  » en hébreu2 est l’acronyme d’une organisation à but non lucratif créée à la fin des années 1980 par l’ex-commandant d’unité d’élite David Be’eri, connu pour avoir heurté deux enfants palestiniens avec sa voiture après qu’ils lui avaient lancé des pierres3. D’après l’association américaine T’ruah : the Rabbinic call for Human Rights4, elle serait financée à hauteur de 2 à 4 millions de dollars par an par la fondation Friends of Ir David, Inc (ou American Friends of Ir David) basée aux États-Unis.

Autobus touristiques au pied du quartier de Silwan
© Julie Couzinet, mai 2014.

Depuis 1997, Elad est chargée d’administrer le site de la Cité de David. La responsabilité lui en aurait été cédée en 1998 par la Direction de la nature et des parcs d’Israël sur ordre du ministère de l’environnement israélien5. La propriété du site n’est cependant pas claire. Le Fonds national juif (Jewish National Fund, JNF) en aurait progressivement acquis les terres dans les années 1930. Elad aurait travaillé pour le JNF, qui aurait ensuite passé le relais à la Direction de la nature et des parcs — un accord ayant été signé au préalable entre le JNF et Elad afin d’assurer à ce dernier le statut de gestionnaire.

Cet accord de gestion signé entre Elad et la Direction de la nature et des parcs et renouvelé en 2005 a été remis en question en 2011 par l’association Ir-Amin devant la Cour suprême de justice israélienne, qui a cependant débouté la demande, sur la promesse que la Direction de la nature et des parcs renforcerait sa supervision de la gestion du parc par la Cité de David et que l’association n’en aurait pas le contrôle total.

Un rapport interne6 pointe un flou notable dans les relations entretenues entre l’institution publique et Elad. Le superviseur du site pour la Direction de la nature et des parcs, Assaf Avraham, verrait 50 % de son salaire et sa voiture (ainsi que son entretien) pris en charge par Elad, l’entité même qu’il est supposé contrôler. Les relations entre la Direction et l’association semblent également facilitées par le fait que Evyatar Cohen, le responsable de l’organisme public pour Jérusalem-Est — un colon —, est lui-même un ex-dirigeant d’Elad.

Ouvrier sur le site de fouilles de la«  Cité de David  »
© Julie Couzinet, mai 2014.

Des fouilles idéologiques

L’Autorité israélienne des Antiquités (Israel Antiquities Authority, IAA) se trouve en porte-à-faux entre la Direction de la nature et des parcs et Elad. Les archéologues travaillant sur le site dépendent en effet des services de l’IAA mais l’un des 40 archéologues, resté anonyme, indique être employé par Elad. Par le passé, l’IAA s’est révélée très critique à propos de l’association. Le président du bureau de l’Autorité des antiquités, Benjamin Kedar, l’aurait en effet qualifiée d’«  organisation à l’objectif idéologique affiché, présentant l’histoire de la Cité de David de manière biaisée.  » Doron Ben Ami, archéologue en charge du site depuis sept ans, dément ces accusations, assurant que les chercheurs sur le site sont libres de toute influence de la part d’Elad et ne dépendent que de l’IAA.

D’après un rapport de 2010 du Ma’an Development Center, «  les fouilles archéologiques permettent aux colons de créer une continuité territoriale souterraine entre les sites situés dans des zones palestiniennes densément peuplées et dont ils prennent le contrôle en creusant des tunnels sous les maisons palestiniennes.  » Pourtant, les recours sont rarement possibles pour les habitants. Une demande de suspension des fouilles présentée à la Cour suprême israélienne par les habitants de Silwan a été rejetée au motif que cette zone fait partie du patrimoine juif. Les fouilles peuvent donc continuer. «  Nous n’avons aucune chance de les stopper, nous allons devant la Cour de temps en temps, les fouilles s’arrêtent quelques mois. Nous espérons que l’Unesco, un jour, fera quelque chose. Ils critiquent, ils écrivent des rapports mais ils ne font rien  », déplore Jawad Siyam.

Un récent rapport de l’Al-Aqsa Foundation for Endowment and Heritage fait état de la destruction du patrimoine historique musulman et arabe lors de ces recherches7. Pour Siyam, «  ils utilisent l’archéologie comme outil pour atteindre leurs objectifs idéologiques (…). Le patrimoine historique n’a pas d’importance pour eux, ils ne se soucient que de leur propre histoire.  »

Prendre le contrôle de l’enceinte d’Al-Aqsa

«  S’ils affaiblissent la zone est, c’est-à-dire Silwan, il devient facile d’atteindre Al-Aqsa. C’est la seule zone directement connectée à Al-Aqsa. Les colons tentent d’obtenir le contrôle total de la zone. Ils en contrôlent actuellement 35 %. Ils considèrent cette zone comme étant “verte”. Ça sonne bien  », commente encore Siyam. Qui fait l’amer constat que les colons membres de l’association Elad tentent de prendre le contrôle de l’enceinte d’Al-Aqsa, depuis le Mur des Lamentations situé dans la vieille ville jusqu’à la Cité de David à Silwan, ce que confirme une déclaration de David Be’eri, dans une interview d’avril 2009 : «  Aujourd’hui, 70 % de la colline de la Cité de David sont entre les mains des Israéliens, et l’idée est d’acquérir des bâtiments sur le Mont Zion, situé à côté, afin de créer un continuum avec le quartier juif [de la vieille ville]  »8

Menachem Klein, ex-membre de l’équipe israélienne de négociateurs à Camp David, spécialiste de Jérusalem et professeur à l’université Bar-Ilan, rappelle que Silwan se différencie des autres lieux d’implantation de colons et de fouilles dites «  archéologiques  » par sa localisation au pied même de la vieille ville et, plus exactement, de la mosquée d’Al-Aqsa, «  dans une zone que le gouvernement israélien de droite et les colons veulent constituer en anneau autour de la vieille ville en mettant en place des outils de contrôle (…). Silwan est particulièrement important du fait de son importance archéologique pour les juifs, une rhétorique servant à justifier, pour Israël, le contrôle de la vieille ville de Jérusalem (…)  ». Pour lui, les millions de visiteurs accueillis chaque année sur le site par Elad servent à valider un processus de colonisation engagé à Jérusalem-Estdans les années 1980 et qui s’est fortement accentué depuis les années 2000, avec l’arrivée au pouvoir du Likoud.

La mosquée Al-Aqsa vue de l’entrée de Silwan
© Julie Couzinet, mai 2014.

La course pour le contrôle du mont du Temple où se trouve la mosquée d’Al-Aqsa prend aussi la forme d’incursions de plus en plus fréquentes de groupes de colons9 sous haute garde et de soldats israéliens10, entraînant de violents affrontements et la fermeture régulière du site aux croyants musulmans.

Pour Menachem Klein, ces actions ont un potentiel explosif conséquent à Jérusalem où religion, histoire et occupation israélienne se mêlent sans distinction : «  les mobilisations de masse [à l’étranger et sur place] ont généralement lieu quand les Israéliens mettent en place une opération armée et tuent de nombreux Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza (…). Lorsque des civils meurent, alors les manifestations s’étendent à travers toutes les capitales européennes (…). Mais on ne sait jamais, Al-Aqsa pourrait allumer la mèche, même sans morts.  » Jawad Siyam affirme quant à lui que les habitants de Silwan sont déterminés à rester et à lutter : «  ce n’est pas comme en 1967, quand certains ont décidé de partir, pour de multiples raisons. Cela n’arrivera plus. Les gens sont bien plus obstinés.  »

1NDLR. La Cité de David est, selon la Bible, l’emplacement d’origine de la vieille ville de Jérusalem à l’époque du roi David. Elle était située au sud du mont du Temple — le «  Noble Sanctuaire  » des musulmans.

2Également dénommée Ir David Foundation.

3Lire à ce sujet Melanie Lidman, «  Elad director runs over rock-throwing youths in Silwan  », The Jerusalem Post, 10 août 2010.

4Anciennement dénommée Rabbis for Human Rights, North America – Rabbins pour les droits humains.

5Akiva Eldar, «  The very eye of the storm – Silwan  », Architects and Planners for Justice in Palestine (apjp.org), 4 avril 2009

6Nir Hasson,«  Rightist NGO Elad defied court over City of David, report reveals  », Haaretz, 13 janvier 2014 (édition abonnés).

8Cf. note 4.

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Polemia : Ecole Primaire « Mais qui sont les assassins de l’école ? » de Carole Barjon

 

Articles

Ecole Primaire

« Mais qui sont les assassins de l’école ? » de Carole Barjon

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Brighelli – Les fossoyeurs de l’école démasqués

Jean-Paul Brighelli, enseignant et essayiste

♦ Carole Barjon, journaliste à L’Obs, est partie à la recherche des grands nuisibles qui ont démantelé l’Éducation nationale. Et elle en donne les noms !

 Mais qui sont les assassins de l’école ? (Robert Laffont) se demande Carole Barjon. Rassurons tout de suite le lecteur : à cette question l’auteur répond en alignant nommément tous ceux qui, depuis quarante ans, ont empilé réforme sur réforme, affirmations hasardeuses sur certitudes accablantes afin que nos enfants, comme le prédisait Marc Le Bris en 2004, ne sachent plus lire ni compter.

Et pas même « vivre ensemble », cette tarte à la crème de ces faux pédagogues que sont les pédagogistes, au pouvoir Rue de grenelle – et sans interruption – depuis que René Haby a institué le collège unique. Non. Juste le vide.


L’insoutenable légèreté des bonnes intentions

« Un crime », dit Carole Barjon. Oui : les assassins dont elle brosse brillamment le portrait sont des tueurs en série qui ont bousillé déjà deux générations, et qui comptent bien sur l’actuelle réforme du collège, si on la laissait prospérer, pour en flinguer une troisième.

Carole Barjon se présente, dès les premières pages où elle raconte sa stupéfaction devant les déclarations des maîtres de ses enfants, comme un Candide égaré au pays des idéologues. Mais les secrets les mieux gardés finissent par filtrer. François Bayrou a eu beau « enterrer promptement », assassins-de-lecolepour ne pas « insulter » les instituteurs, le rapport sur l’illettrisme qui, déjà en 1996, expliquait que « 15 à 20 % d’élèves de chaque génération ne maîtrisent pas la lecture à l’entrée au collège », ça a fini par se savoir – à force de recevoir des mails illisibles, des demandes d’emploi phonétiques, et de constater que des journalistes, même d’un grand quotidien de référence, bousculaient l’orthographe. Il ne s’agissait pas pourtant d’incriminer les individus, mais les méthodes prônées par les IUFM, qui d’innocents stagiaires faisaient, malgré eux, des instituteurs – heureusement camouflés en « professeurs des écoles ».

Carole Barjon n’instruit pas le dossier, a priori, à charge. Elle a cherché à comprendre ce qui avait bien pu pousser des militants de gauche, « inspirés à l’origine par les meilleures intentions du monde », sincèrement épris du bien-être des classes laborieuses, à « compromettre l’apprentissage de la langue française », mais aussi à « aggraver les inégalités – à instituer de fait un système qui avilit encore davantage ceux qui n’avaient aucun bagage et privilégie davantage les « héritiers », objets de leur suspicion. À instaurer, dit le philosophe Marcel Gauchet qu’elle cite fréquemment et avec bonheur, une vraie « fracture éducative ». Comme elle le dit fort bien, « ceux qui voulaient rendre l’école moins inégalitaire en sont arrivés à la rendre plus injuste ».

Les grands nuisibles

Parmi les insectes rongeurs, il y a des institutions prises en vrac – l’inspection générale, par exemple, dont Chevènement confiait déjà à Sophie Coignard il y a cinq ans : « Quand j’étais ministre de l’Éducation nationale, j’ai tout de suite vu que la moitié des inspecteurs généraux étaient à pendre, et l’autre à fusiller. » Je ne suis pas si catégorique – j’en ai connu, comme Pascal Charvet ou Anne Armand, qui tâchaient de protéger les enseignants entrés en résistance contre les bonnes intentions mortelles des ministères successifs. Mais le fait est que l’inspection générale de Katherine Weinland, d’Anne Vibert valait son pesant d’arsenic, comme le disait jadis madame de Rambouillet.

Puis il y a l’essaim des prédateurs connus. Christian Forestier, « l’insubmersible », chouchou de tous les régimes, qui, sous Bayrou-Lang et encore aujourd’hui, « a appuyé le mouvement pédagogique, cautionné les nouvelles règles d’enseignement de la lecture à l’école primaire et du français au collège ». Le voici à la fois conseiller occulte des ministres de gauche et président du conseil scientifique de la Fondation pour l’école, émanation du très libéral Institut Montaigne : de l’art et de la manière de garder toujours deux fers au feu. À lui le mérite d’avoir empêché Gilles de Robien de promouvoir dès 2006 la méthode alpha-syllabique.

En cela, il a été puissamment aidé de Roland Goigoux qui, du bout des dents, consent à admettre que oui, peut-être, « on » a été trop catégorique en matière de méthode à départ global… Goigoux, le deus ex machina de l’enseignement de la (mauvaise) lecture. L’homme à qui une génération entière, nourrie de Ratus et de Crocolivre, doit de ne lire jamais qu’avec ses pieds – et comme un pied. Viviane Bouysse, autre inspectrice générale, « impératrice du primaire », a puissamment épaulé – et encore aujourd’hui – ces deux idéologies inspirées par les théories fumeuses de Jean Foucambert et de sa méthode « idéo-visuelle ». Ou d’Éveline Charmeux, le gourou hystérique des dyslexies provoquées.

M le Maudit

Sans oublier l’homme par qui le scandale est vraiment arrivé – Lionel Jospin et sa loi de juillet 1989, bel anniversaire ! L’homme qui a mis l’élève au centre du système et le « constructivisme » (l’élève construit seul son propre savoir) sur un piédestal. L’homme qui a inventé les IUFM, sur les conseils de l’ineffable Philippe Meirieu – « M le Maudit », s’amuse Carole Barjon –, qui préconisait d’apprendre à lire dans les notices d’appareils ménagers (Carole Barjon a retrouvé la trace exacte de cette monstrueuse proposition) parce qu’il faut « partir de ce qui intéresse les masses » : jamais le mépris du peuple dans la bouche d’un homme de gauche ne s’est exprimé avec une telle pureté.

Et il y a encore le cas des deux Alain – Alain Boissinot et Alain Viala. Le premier, inspecteur général, caution « pédago » chez Bayrou, indégommable depuis, a recruté le second, alors professeur de littérature du XVIIe siècle à Paris-III (il venait de publier Racine, la stratégie du caméléon, dont on se demandera toujours si c’était un ouvrage de dramaturgie ou le début d’une autobiographie). Ensemble, ils ont modifié en profondeur l’enseignement du français, appliquant à la lettre les consignes héritées (si je puis dire) de Bourdieu, le gourou à distance de tous ces idéologues coupés du réel.

Comme le dit très bien l’ancien recteur Alain Morvan, interviewé par l’auteur, « on a remplacé une culture élitaire par une culture anti-élitaire qui est franchement élitiste ». Les programmes de français du collège ont été rédigés par un émule de Meirieu – Jean-Michel Zakhartchouk. Déjà retraité, jamais retraité.

J’allais oublier François Dubet, le sociologue de service, « le vrai penseur organique du ministère de l’Éducation », dit encore Marcel Gauchet. L’homme des IUFM et de la loi Jospin, du socle commun qui a abaissé sous le niveau de la mer le seuil d’exigence, et des « compétences » conformes aux diktats de Bruxelles. Carton plein. Pour lui, « les contenus du collège devaient être adaptés à « ce que doit savoir le plus faible des élèves quand il en sort »,  expliquait cet augure en 2001. Mission accomplie.

Tous insubmersibles, parce que « les ministres passent, les pédagos restent », dit Carole Barjon avec perspicacité. Aujourd’hui sont encore au pouvoir Florence Robine (à la tête de la DGESCO) et Michel Lussault, concepteur des nouveaux programmes, l’homme qui n’aime ni la nation ni les Lumières, et qui change en cet automne tous les programmes de tous les niveaux à la fois.

Même Denis Paget, qui a contribué aux travaux de cette commission d’apocalypse, a murmuré à Barjon que c’était « une première et une folie ». Même Jack Lang, que l’on croyait proche du pouvoir en place, lui a affirmé que c’était « un pur scandale ».

Un enfant scolarisé aujourd’hui bénéficie, rien qu’en primaire, de 630 heures de français de moins qu’un enfant des années 1960.

Retenez bien tous ces noms : un vrai gouvernement de salut public, comme en 1793, serait bien avisé de leur demander des comptes. Parce que ce n’est pas seulement l’école qu’ils ont assassinée, c’est la France – et cela s’appelle de la haute trahison. Quant à celles et ceux qui se sont opposés à eux depuis trente ans… Tous réacs ! Fachos, même !

De pseudo-z’intellectuels sans doute.

S’appuyant sur les travaux incontestables de l’association Sauver les lettres, Carole Barjon explique, niveau par niveau, qu’un enfant scolarisé aujourd’hui bénéficie, rien qu’en primaire, de 630 heures de français de moins qu’un enfant des années 1960. Presque deux ans ! Quand il sort aujourd’hui de CM2, l’écolier français a eu autant d’heures de français que son homologue de CE2 en 1968.

Ils ont tiré sur la République !

Alors oui, il faut impérativement réécrire les programmes du primaire, rallonger la semaine – passée de 30 à 24 heures de cours – et consacrer la moitié des cours à faire du français, de façon systématique et répétitive – ce n’est pas une offense, ce n’est pas une injure, c’est nécessaire pour créer un réflexe qui persistera tout au fil de la vie, et que l’on pourra transférer, par exemple, dans un apprentissage décent des langues étrangères. Comment, s’indigne Carole Barjon, un collégien peut-il comprendre qu’un adjectif épithète anglais ne s’accorde pas quand il ignore qu’en français c’est le contraire ? Il faut faire de la grammaire de façon méthodique, de la « grammaire de phrase », et non cette « grammaire de texte » où au hasard on picore pour expliquer tel fait grammatical non connecté aux autres. Il faut faire des dictées, encore et encore, et ne pas se contenter, comme le dit avec naïveté ou cynisme telle conseillère de Vallaud-Belkacem, d’un effet d’annonce « pour le grand public ».

Mais, surtout, il faut se méfier d’une chose, comme le souligne pertinemment Carole Barjon :à démanteler l’école de la République, on a ruiné le modèle jacobin, de façon à mettre en place la possibilité d’une école décentralisée, dépendante des initiatives locales, une école à deux, trois, dix vitesses en fonction de vos revenus et des impératifs communautaires. Oui, ces « assassins » n’ont pas seulement cherché à tuer l’école : ils ont tiré sur la République, sur les savoirs, sur la laïcité, et ont fabriqué la génération intenable qui cherche, dans un jusqu’au-boutisme d’adolescents perpétuels, à combler le vide creusé dans leurs caboches par les grands fossoyeurs dont Carole Barjon tire magistralement le portrait.

Jean-Paul Brighelli
24/09/2016

Mais qui sont les assassins de l’école ?, Carole Barjon, Laffont, 24/09/2016, 234 pages.

Jean-Paul Brighelli est ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Saint Cloud, agrégé de lettres modernes, enseignant et essayiste et fut révélé au grand public lors de la parution de La Fabrique du crétin.

Source : Le Point
 

 

 

 

 

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Polemia : Vers un mondialisme identitaire

Terre Vue De Lespace

Vers un mondialisme identitaire

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Frédéric Villaret, essayiste

♦ L’objet de ces lignes est de susciter une pensée identitaire fédératrice… mondialiste pour sortir d’une situation potentiellement conflictuelle. En effet, résumer la sensibilité identitaire par « les bougnoules dehors » est le meilleur moyen d’éloigner d’honnêtes personnes, de toutes origines, potentiellement réceptifs à un discours identitaire.


Face au triomphe de la mondialisation cosmopolite dont les premières victimes sont nos identités historiques, biologiques et sociales, la première réaction est de s’entourer de barrières. Temporairement cela peut aider, mais à long terme, la défaite est garantie (1). Aussi, devons-nous dès à présent consacrer toute notre énergie à envisager une perspective identitaire fédératrice. Or, pour cela, il est nécessaire de comprendre pourquoi les idéologies mondialistes actuelles rencontrent de tels succès. Une de leurs forces est qu’elles promettent un monde meilleur demain. L’identitaire pense le contraire. Pour lui, rompre avec les déterminismes nés de l’Histoire menace tout le monde.

En face des mondialistes cosmopolites, les identitaires sont peu nombreux. Mais surtout, ils ne disposent pas des armes intellectuelles pour affronter leurs adversaires. Au judo, le principe de base est d’utiliser la force de l’adversaire pour le vaincre. Donc, utiliser ce qui fait la force des idéologies mondialistes cosmopolites pour les terrasser serait opportun. Le parti pris de ce texte est que seul un mondialisme identitaire permettra de faire refluer, voire disparaître, ces idéologies dissolvantes nous détruisant.

Le combat décisif, demain, devrait donc opposer des mondialistes cosmopolites à des mondialistes identitaires.

Mondialisme et Modernité

Cette idéologie mondialiste a suscité des centaines de milliers de pages, voire plus. Quelles en sont les composantes principales ? La première est d’éliminer toute singularité locale. Le mondialiste rêve d’un monde unifié par des valeurs communes transcendant tous les particularismes. L’Homme nouveau en est la pierre angulaire. Sa création impose de détruire ce que l’Histoire et l’Evolution ont produit. La finalité est un monde de paix ayant éliminé toutes les contrariétés s’imposant au genre humain, jusqu’à la mort. Les transhumanistes en rêvent.

Etre Moderne aujourd’hui, c’est admettre le bien-fondé d’une des multiples manifestations de cet esprit se réalisant dans une idéologie mondialiste s’auto-entretenant par le développement de la Technè. Tout ceci s’incarne dans l’ambition politique d’un Nouvel Ordre mondial imposant la Mondialisation comme aboutissement de la Modernité. La destruction de la Nature et de l’Histoire comme fondements de l’Etre est le prix à payer pour garantir la réalisation du Paradis perdu identifié comme le monde parfait.

Le mondialisme

Difficile de nier la mondialisation. Sa réalisation est multiforme et chacun d’entre nous, selon les circonstances, y participe dans un monde sur-artificialisé de bientôt dix à onze milliards d’humains.

Ainsi, le tourisme de masse en est une des conséquences les plus manifestes. Cette activité représenterait 9% du PIB mondial. Le temps est passé où l’aviation commerciale était utilisée exclusivement par des buziness-mannes. Aujourd’hui l’essentiel de ce trafic est dû aux déplacements de touristes aux quatre coins du globe. Le nombre de passagers transportés annuellement représente près de la moitié de la population humaine actuelle, soit environ 3 milliards d’individus.

La circulation de l’information est dans la même situation. Avec Internet, désormais, en chaque point du globe, le reste du monde est accessible. A travers les images reçues, le consommateur des pays riches se voit allongé sur une plage immaculée au soleil des Tropiques. Le non-consommateur d’un pays pauvre rêve de faire ses courses dans un supermarché d’un pays septentrional grâce à la manne sociale qu’il aura reçue.

Le monde se connaît maintenant. Il n’y a plus de terra incognita. En outre, ce monde connu est perçu de dimensions finies. C’est le village planétaire porté à notre conscience dans les années 1960-1970. Les photos de la terre prises de l’espace en ont bouleversé notre représentation. Paradoxalement, toutes les idéologies de la Modernité postulent un monde infini. Les économistes mondialistes envisagent, par exemple, un développement économique infini alors même que le plus discret des biologistes sait qu’à un moment ou à un autre toute croissance est confrontée à un facteur limitant. Et ainsi de suite. On ne parlera pas des flux financiers, de la circulation des marchandises, etc., et bien évidemment des mouvements humains. Tout ceci a été initié pendant la seconde moitié du XXe siècle.

Que l’on loue ou déplore la mondialisation, factuellement, elle est incontestable. Dans les années 1990, dans les milieux écologistes, circulait le chiffre de 20.000 individus humains n’ayant jamais eu accès à notre monde. Combien sont-ils aujourd’hui ? Le tourisme « ethnique » les a sans doute débusqués.

Ce constat est-il la conséquence d’une volonté politique ou d’une évolution naturelle ? Chacun a son point de vue, mais nul ne pourra nier cette réalité.

En revanche, combattre les idéologies mondialistes cosmopolites s’impose à quiconque craint que celles-ci ne nous mènent dans une impasse délétère. D’où la nécessité de concilier une réalité – la mondialisation factuelle – et une perspective salutaire. Une alternative fondamentale est à créer. L’une des branches sera cette idéologie mondialiste cosmopolite multifaciale ; l’autre est à inventer. Mais elle ne pourra rompre totalement avec les fondements de la mondialisation portée par toutes les idéologies de la Modernité.

Les composantes structurant cette Modernité animant les idéologies mondialistes sont innombrables. Mais l’une d’entre elles mérite une attention particulière. Il s’agit du credo que demain sera mieux qu’aujourd’hui. Etre moderne, c’est être nouveau, donc mieux.

La Modernité en quelques lignes

Depuis des temps immémoriaux, une des dialectiques fondamentales animant l’intelligentsia oppose les Modernes aux Traditionalistes (ou Anciens, c’est selon). Pour les uns, le mieux est demain ; pour les autres, c’est ainsi et c’est bien. Dans la classification politique contemporaine, les uns sont à gauche, les autres sont à droite. Les contributeurs à ces polémiques sont pléthoriques. Aussi est-il parfois un peu difficile d’envisager une synthèse valable. Nous devrons donc nous contenter de quelques idées-clés pour soutenir le fond de cet article.

Le Traditionaliste envisage l’Etre comme la conséquence de causes incommensurables s’étant réalisées dans le passé ; fruit d’une loi naturelle si vous croyez en Dieu, ou du hasard si vous croyez en Monod (humour) (2). Pour les déistes, cette loi naturelle est l’expression d’une volonté divine. Selon leur déisme, le monde sera parfait ou tel qu’il est. C’est à ce niveau que le Moderne postule que le monde parfait est possible. Les modernes de droite (qualifiés d’extrême droite ou d’ultra-droite par leurs adversaires) l’imaginent dans un passé idéalisé avec lequel renouer ; le moderne de gauche ambitionne de le créer demain à partir de rien. Aujourd’hui, cette ambition d’un monde meilleur est portée par l’idéologie du Développement durable, alors qu’une approche plus réaliste n’envisagerait qu’un monde durable.

Historiens, philosophes, épistémologues situent cette espérance d’un monde parfait dans la Bible. Dans les autres déismes antiques, le monde terrestre était à l’image du monde des dieux. Chez ces derniers, guerres, cocufiages, trahisons, etc., mais aussi, paix, fidélité, courage, honneur, etc., coexistaient. Les hommes étaient à l’image des dieux. Chez les monothéistes en revanche, le monde de Dieu est parfait, alors que le monde des hommes ne l’est pas. Le(s) peuple(s) élu(s) ont donc vocation à réaliser le monde terrestre à l’image du monde de Dieu selon sa volonté. Toutes les manifestations du désordre et du mal auront alors disparu. C’est le monde que la mécanique céleste envisage ; celui d’un ordre terrestre conforme à l’ordre divin dont le mouvement des planètes rend compte. De ce monde sont bannies la maladie, la guerre, la famine, la mort, etc. Cette composante essentielle anime nos contemporains, et avant eux nos aïeux depuis le début de notre civilisation. Elle en est vraiment une composante organique. Toutes les idéologies animant notre noosphère, qu’elles soient d’essence religieuse ou profane, postulent cette ambition théo-téléologique. Ainsi, que ce soit par la domination du Kapital US ou la réalisation de la Oumma musulmane – les deux grandes idéologies mondialistes animant notre temps –, toutes aspirent à la société parfaite. Aujourd’hui, tous les nootypes procèdent de cette noogénèse.

On y distinguera le judaïsme se réalisant en Israël par l’association de types ethniques divers ; le christianisme et ses nuances (catholique, orthodoxe, protestant, etc.) ; l’islam, lui aussi avec ses variétés ; le libéralo-capitalisme, le socialo-communisme, le libéralo-socialisme, etc. Les espaces où se déployèrent ces idéologies furent chronologiquement les USA, l’URSS puis Israël. L’une est tombée ; la Russie de Riourik est revenue. Les deux autres tiennent encore. L’Europe dominée par les USA subit aujourd’hui ce forçage politique.

Pour aller encore plus loin, et au risque d’être perçu comme provocateur, même le nazisme s’envisage(a) comme porteur d’un monde meilleur. Pour ses prosélytes, là où l’esprit aryen avait triomphé, les peuples connurent la prospérité et la félicité. C’est l’idée essentielle d’Alfred Rosenberg dans Le Mythe du XXe siècle.

Rompre avec le suprématisme

Un autre aspect d’un discours identitaire fédérateur serait de rompre avec le discours des Modernes voyant en chaque point du globe l’ « Homme » et non pas des Français, des Russes ou des Papous comme Joseph de Maistre l’envisageait. Rompre avec les idéologies suprématistes s’impose pour des Européens bercés par ces discours depuis des lustres. On rangerait alors Jules Ferry et Léon Blum dans les musées car ces deux personnages, parmi d’autres, voyaient dans la civilisation des Blancs l’aboutissement s’imposant à chaque peuple. Léon Blum n’affirmait-il pas que « Nous admettons qu’il peut y avoir non seulement un droit, mais un devoir de ce qu’on appelle les races supérieures, revendiquant quelquefois pour elles un privilège quelque peu indû, d’attirer à elles les races qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de civilisation » (3). Au nom de ce principe, l’immigrationnisme n’est que le prolongement du colonialisme. L’un et l’autre reviennent finalement à dénier à l’Autre le droit immanent d’être ce qu’il est.

Respecter l’Autre et le territoire l’ayant engendré permettra de trouver des alliés dans cette lutte. Prolongeant en cela le combat des écologistes fondamentalistes, c’est la Vie dans sa diversité qu’il est à respecter. Comme Hans Jonas l’a exprimé en d’autres termes, garantir la vie de l’Autre, car notre Technè permet de la détruire, est désormais notre responsabilité d’Homme postmoderne. Le Papou ou l’ours blanc ont un droit inaliénable à l’existence que les prolifiques hommes modernes, qu’ils soient blancs, bruns ou blonds, noirs foncés ou pâles, jaunes clairs ou bronzâtres, etc., ne doivent amputer à leur profit.

Rompre avec le suprématisme consubstantiel à l’esprit moderne est donc un des préalables pour avoir à nos côtés les ours et les Papous dans le combat identitaire. Donc à la trappe le racisme, l’anthropocentrisme et tous les centrismes suprématistes envisageables. Respecter l’Autre sur le territoire l’ayant engendré serait la loi d’airain d’un mondialisme identitaire à développer. D’autres attributs seraient à envisager. Il appartient à chacun de les identifier et de les intégrer comme armes pour lutter contre le mondialisme cosmopolite dissolvant.

C’est dans cet esprit que le débat sur les composantes principales de notre futur devrait se poser.

Vers un mondialisme identitaire

Ce mondialisme identitaire est à inventer. Il sera le garant de la diversité de la Vie sur la planète, et pas seulement de la vie des peuples et des civilisations humaines. Mais à la place d’une société uniformisée, fruit du mélange de tout ce qui est mélangeable que promeut le mondialisme anthropocentré cosmopolite, il sera respectueux des identités historiques dans un monde sachant désormais qu’il se connaît. Ce changement de perspective est plus que fondamental. Aucune autre espèce que les humains n’a acquis la conscience de la singularité de son statut sur terre. Aussi, c’est toute notre noosphère à reconstruire selon ces nouvelles ambitions. Les idéologies de la Modernité ont-elles les ressources pour penser ces nouveaux défis ou bien alors doit-on envisager sereinement de s’en débarrasser et de les laisser aux historiens des idées ?

Aucune réponse n’est certaine à ce jour. Il y a tant à faire sur ce thème. En revanche, s’engager à penser un mondialisme identitaire pour contrer ce mondialisme cosmopolite délétère est un devoir pour chacun le craignant. En phase avec le paradigme structurant la pensée moderne, ce mondialisme identitaire devra lui aussi promettre des lendemains qui chantent. Mais, de grâce, interrogeons-nous aussi sur l’issue d’un combat mené, blottis dans des forteresses, en regardant derrière soi. On ne reviendra jamais au temps des moines-soldats qu’admirait Julius Evola. Le monde a changé depuis. Notre avenir est dans le futur.

Frédéric Villaret
27/09/2016

Notes :

(1) Forteresse Europe ! Et après ?
(2) Par référence à Le Hasard et la Nécessité, de Jacques Monod.
(3) Léon blum, 9 juillet 1925, débat sur le budget des colonies à la Chambre des députés.

Correspondance Polémia – 29/09/2016

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