Les Crises:Les nouvelles sanctions contre l’Iran risquent de provoquer un isolement à long terme des États-Unis. Par Patrick Lawrence

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Créé par Olivier Berruyer
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18.novembre.2018 // Les Crises
Les nouvelles sanctions contre l’Iran risquent de provoquer un isolement à long terme des États-Unis. Par Patrick Lawrence
Union européenne, USA
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Source : Patrick Lawrence, Consortium News, 01-11-2018

1er novembre 2018

Les États-Unis frappent au point le plus faible en imposant de nouvelles sanctions à l’Iran afin de punir ceux qui font du commerce avec Téhéran. Mais les États-Unis pourraient avoir une bataille à mener dans un possible tournant de l’après seconde guerre mondiale, écrit Patrick Lawrence.

L’Europe et l’Asie pourraient se rebeller contre les sanctions américaines

La prochaine étape de la campagne de « pression maximale » de l’administration Trump contre l’Iran aura lieu ce dimanche 4 novembre, lorsque les sanctions les plus sévères seront imposées à la République islamique. Il est essentiel qu’elles s’appliquent non seulement à l’Iran, mais aussi à tous ceux qui continuent de faire affaire avec ce pays.

On ne sait pas encore à quel point cette mesure sera déstabilisante. Alors que l’intention des États-Unis est d’isoler l’Iran, ce sont les États-Unis qui pourraient finir par être plus isolés. Cela dépend de la réaction du reste du monde, et en particulier de l’Europe.

La question est tellement épineuse que les différends sur la façon d’appliquer les nouvelles sanctions ont même divisé les fonctionnaires de l’administration de Trump.

L’administration s’attaque cette fois-ci au point le plus faible. Elle veut ramener les exportations iraniennes de pétrole et de produits pétrochimiques à un niveau aussi proche que possible de zéro. Au moment où ces mesures sont rédigées, elles excluent également l’Iran du système interbancaire mondial connu sous le nom de SWIFT.

Il est difficile de dire laquelle de ces sanctions est la plus sévère. Les exportations pétrolières de l’Iran ont déjà commencé à diminuer. Elles ont culminé à 2,7 millions de barils par jour en mai dernier, juste avant que Donald Trump ne retire les États-Unis de l’accord des six nations régissant les programmes nucléaires de l’Iran. Début septembre, les exportations de pétrole étaient en moyenne inférieures d’un million de barils par jour.

En août, les États-Unis ont interdit à l’Iran d’acheter pièces d’avions et de voitures américaines et étrangères libellées en dollars américains. Depuis lors, le rial iranien s’est effondré pour enregistrer des plus bas records et l’inflation a dépassé les 30 pour cent.

Révoquer les privilèges SWIFT de l’Iran aura pour effet de couper la nation de l’économie mondiale dominée par le dollar. Mais il y a des mouvements en cours, en particulier de la part de la Chine et de la Russie, pour s’éloigner d’une économie basée sur le dollar.

L’affaire SWIFT a provoqué des querelles intestines dans l’administration entre le secrétaire au Trésor Mnuchin et John Bolton, le conseiller de Trump pour la sécurité nationale, qui compte parmi les faucons anti-iraniens les plus vigoureux de la Maison-Blanche. Mnuchin pourrait gagner un délai temporaire ou des exemptions pour quelques institutions financières iraniennes, mais probablement pas beaucoup plus.

Dimanche, la deuxième série de sanctions entrera en vigueur depuis que Trump a retiré les États-Unis de l’accord nucléaire soutenu par l’administration Obama en 2015, qui avait levé les sanctions contre l’Iran en échange de contrôles rigoureux sur son programme nucléaire. L’Agence internationale de l’énergie atomique a certifié à plusieurs reprises que l’accord fonctionne et les autres signataires – la Grande-Bretagne, la Chine, la France, l’Allemagne et la Russie – ne se sont pas retirés et ont repris leurs échanges avec l’Iran. La Chine et la Russie ont déjà dit qu’elles ignoreraient les menaces américaines de les sanctionner pour la poursuite de leurs relations économiques avec l’Iran. La question clé est de savoir ce que feront les alliés européens de l’Amérique.

Les Européens réagissent

L’Europe est déstabilisée depuis que Trump s’est retiré de l’accord nucléaire en mai dernier. L’Union européenne est en train d’élaborer un mécanisme commercial pour contourner les sanctions américaines. Connu sous le nom de Special Purpose Vehicle (Fonds Commun de Créances : FCC), il permettrait aux entreprises européennes d’utiliser un système de troc similaire à celui utilisé par l’Europe occidentale pour ses échanges commerciaux avec l’Union soviétique pendant la guerre froide.

Juncker : Souhaite négocier en euros.

Les fonctionnaires de l’UE ont également fait pression pour préserver l’accès de l’Iran aux opérations interbancaires mondiales en excluant la révocation des privilèges de SWIFT de la liste des sanctions de Trump. Ils comptent Mnuchin, qui tient à préserver l’influence américaine dans le système commercial mondial, parmi leurs alliés. Certains responsables européens, dont Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, proposent de faire de l’euro une monnaie d’échange mondiale pour concurrencer le dollar.

À l’exception de Charles de Gaulle qui a brièvement retiré la France de l’OTAN en 1967, et de l’Allemagne et de la France qui ont voté au Conseil de sécurité de l’ONU contre l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003, les pays européens sont subordonnés aux États-Unis depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Les grandes compagnies pétrolières européennes, qui ne veulent pas risquer la menace de sanctions américaines, ont déjà signalé leur intention d’ignorer le nouveau mécanisme commercial de l’UE. Total SA, la compagnie pétrolière française et l’une des plus importantes d’Europe, s’est retirée de ses activités en Iran il y a plusieurs mois.

Plus tôt ce mois-ci, un responsable américain a prédit avec confiance que les sociétés européennes ne seraient guère demandeurs du mécanisme de troc proposé.

Que l’Europe réussisse ou non à défier les États-Unis sur l’Iran est presque hors de propos dans une perspective de long terme. Des dégâts transatlantiques ont déjà été faits. Un fossé qui a commencé à se creuser sous l’administration Obama semble sur le point de s’élargir encore.

L’Asie réagit

Les pays asiatiques résistent également aux sanctions américaines imminentes. Il est peu probable qu’ils puissent absorber toutes les exportations que l’Iran perdra après le 4 novembre, mais ils pourraient faire une différence importante. La Chine, l’Inde et la Corée du Sud sont les premier, deuxième et troisième importateurs de brut iranien ; le Japon est sixième. Les pays asiatiques pourraient également essayer de contourner le régime de sanctions américain après le 4 novembre.

L’Inde envisage d’acheter du brut iranien par le biais d’un système de troc ou d’opérations libellées en roupies. La Chine, ayant déjà dit qu’elle ignorerait la menace américaine, ne souhaiterait rien de mieux que d’étendre un commerce du pétrole dominé par le yuan, et ce n’est pas une décision difficile : Elle se trouve dans une longue guerre commerciale avec les États-Unis, et un marché à terme du pétrole lancé à Shanghaï au printemps dernier détient déjà environ 14 % du marché mondial des contrats à terme « du mois le plus proche » couvrant les expéditions les plus proches de la livraison.

Trump : jouant à son insu avec l’avenir à long terme des États-Unis.

Comme pour la plupart des politiques étrangères de l’administration Trump, nous ne saurons pas comment les nouvelles sanctions fonctionneront tant qu’elles ne seront pas lancées. Il pourrait y avoir des dérogations pour des pays comme l’Inde ; le Japon en a déjà demandé une. La structure Special Purpose Vehicle de l’U.E. ne pourrait guère s’avérer au mieux qu’un succès modeste, mais cela reste incertain. Personne n’est sûr de savoir qui va gagner la querelle interne de l’administration sur le SWIFT.

Conséquences à long terme pour les États-Unis

La dé-dollarisation de l’économie mondiale s’accélère progressivement. La sagesse orthodoxe sur les marchés a longtemps été que la concurrence d’autres monnaies avec le dollar s’avérerait finalement une réalité, mais qu’elle ne sera pas de notre vivant. Mais avec les réactions européennes et asiatiques aux sanctions imminentes contre l’Iran, cela pourrait arriver plus tôt que prévu.

La fusion des puissances émergentes en une alliance non occidentale – surtout la Chine, la Russie, l’Inde et l’Iran – commence à ressembler à une autre réalité à moyen terme. Cela est motivé par des considérations pratiques plutôt qu’idéologiques, et même s’ils essayaient, les États-Unis ne pourraient pas faire plus pour encourager cela. Lorsque Washington s’est retiré de l’accord avec l’Iran, Moscou et Pékin se sont immédiatement engagés à soutenir Téhéran en s’en tenant aux termes de cet accord. Si les États-Unis rencontrent une résistance importante, en particulier de la part de leurs alliés, cela pourrait constituer un tournant quant à la domination américaine d’après la Deuxième Guerre mondiale.

De nouveaux pourparlers prétendument envisagés

Tout cela a pour but de forcer l’Iran à retourner à la table des négociations pour une réécriture de ce que Trump appelle souvent « le pire accord de tous les temps ». Téhéran a indiqué clairement à maintes reprises qu’il n’avait pas l’intention de renégocier le pacte, étant donné qu’il en a toujours respecté les termes et que les autres signataires de l’accord s’y conforment toujours.

Les États-Unis pourraient dramatiquement surjouer leur jeu et en payer le prix par un isolement international accru déjà aggravé depuis l’arrivée au pouvoir de M. Trump.

Washington fait une orgie de sanctions depuis des années. Celles qui sont sur le point d’entrer en vigueur semblent imprudemment étendues. Cette fois-ci, les États-Unis risquent d’être durablement rejetés, même par leurs alliés qui leur ont toujours été les plus proches.

Patrick Lawrence, correspondant à l’étranger depuis de nombreuses années, principalement pour l’International Herald Tribune, est chroniqueur, essayiste, auteur et conférencier. Son livre le plus récent est Time No Longer : Americans After the American Century (Yale) [l’époque est révolue : les Américains après le siècle américain (Yale)]. Suivez-le sur @thefloutist. Son site Web est http://www.patricklawrence.us. Soutenez son travail via http://www.patreon.com/thefloutist.

Source : Patrick Lawrence, Consortium News, 01-11-2018

Traduit par les lecteurs du site http://www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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