Russie politics: Quand Koudrine veut blanchir Serebrennikov aux frais de l’Etat : l’amitié, rien

de tel !

Posted: 15 Nov 2018 12:46 AM PST

Le très controversé Alexeï Koudrine, à la tête de la Cour des comptes russe, vient de faire une déclaration des plus étonnante, si l’on a à l’esprit qu’il n’est pas en train de faire ses premiers pas à Bolotnaya ou à une réunion de sa plateforme d’opposition néolibérale, mais qu’il s’agit bien d’un haut fonctionnaire chargé de la surveillance de la bonne utilisation des fonds publics. Ainsi, l’affaire Serebrennikov, dans laquelle le metteur en scène a été interpelé pour détournement de fonds publics à grande échelle, doit servir de base pour repenser le contrôle de l’utilisation des fonds publics – dans le domaine culturel. Certes … Mais y aurait-il donc « détournement » inacceptable pour la masse et « détournement compréhensible » pour la bonne société culturelle ?

Alexeï Koudrine est un personnage incontournable de la Russie contemporaine, l’un des artisans de son virage néolibéral, l’un des soutiens indéfectibles de tout mouvement globaliste. Régulièrement appelé à devenir Premier ministre, enfin par la presse libérale, après avoir quitté le Gouvernement suite à un conflit avec Medvedev, où justement, il pensait pouvoir récupérer la direction de l’exécutif, il a fait un saut dans l’opposition au moment des mouvements contestataires de Bolotnaya (2011), mais sa personnalité n’en fait pas un politique, il n’a aucun contact avec le peuple qu’il méprise ouvertement. En revanche, il est parfaitement soutenu par la bulle néolibérale globaliste et très bien vu à l’étranger. Toujours dans les parages du pouvoir malgré son départ, grâce à sa réputation discutable de grand penseur, fondée en réalité sur la traduction de l’anglais vers le russe de la plupart des recommandations internationales, il a retrouvé une position officielle à la tête de la Cour des comptes.

Le rôle de la Cour des comptes est de surveiller l’utilisation des fonds publics, autrement dit de vérifier qu’ils soient bien utilisés dans les buts pour lesquels ils furtent attribués. Or, dans l’affaire Serebrennikov (voir notre texte ici), le metteur en scène a été accusé d’avoir personnellement détourné 68 millions de roubles et en tout, avec des complices, d’en avoir subtilisé plus de 200 millions. La comptable en chef, Nina Maslyaeva, également interpelée mais qui, bizarement n’intéresse ni la bonne conscience occidentale, ni la presse dite libérale, a déclaré sous serment que Serebrennikov a mis sur place le fameux 7e Studio justement dans le but de détourner des fonds publics et qu’une caisse noire permettait de financer des opérations illégales. Selon la lettre en soutien à Serebrennikov envoyée par la productrice en fuite, une double comptabilité a bien été organisée, il y avait une différence entre les personnes qui officiellement touchaient les fonds et celles qui étaient réellement rétribuées, une différence également entre les montants réellement versés et ceux affichés. Mais pour tout ce beau monde, ce n’est pas du tout un détournement de fonds ….

Le Comité d’enquête, par ailleurs, a mis sous séquestre certains biens de Serebrennikov acquis à l’époque des détournements de fonds afin de compenser les pertes occasionnées au budget : un appartement en Allemagne pour un montant de 300 000 euros, une voiture d’une valeur d’environ 7 millions de roubles, des bijoux et de l’argent (5000 euros et 100 000 dollars).

Mais Koudrine, pourtant à la tête (maintenant) de la Cour des comptes, dans la presse dite libérale, semble lui aussi avoir une conception à dimension variable de l’utilisation des fonds publics, en fonction – manifestement – des personnes qui les utilisent. Il déclare ainsi que l’affaire Serebrennikov doit être l’occasion de réfléchir à la modification de la manière d’apprécier l’utilisation des fonds publics dans le domaine culturel. Si cette position est attendue de la part des inculpés, afin de diminuer leur responsabilité, elle est plus surprenante de la part de la personne – qui n’est plus dans l’opposition – mais à la tête de l’organe public chargé de l’utilisation des fonds publics …

Bref, une comptabilité parallèle (établie), des paiements fictifs, des montants fictifs, la « privatisation » de quelques millions de roubles … ne constituent pas un détournement de fonds publics – si vous êtes « un artiste ».

Comme dit Koudrine: « le milieu de la culture est un milieu sensible. Il ne peut y avoir la même approche que dans les autres domaines ». Que ne ferait-on pour ses amis!

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