le Saker Francophone:La politique américaine n’est plus qu’une guerre civile par d’autres moyens Par James George Patras

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La politique américaine n’est plus qu’une guerre civile par d’autres moyens

Par James George Patras – Le 3 novembre 2018 – Source Strategic Culture

James George JATRASÀ la suite de l’envoi, par la poste, de dispositifs explosifs de capacité incertaine à des critiques éminents du président américain Donald Trump et d’une fusillade massive dans une synagogue de Pittsburgh – la faute de Trump, bien sûr – ainsi qu’une invasion de migrants s’approchant des États-Unis via le Mexique, il y a eu de nombreux appels à atténuer la rhétorique politique dure et « clivante ».

American Politics Is Now Just Civil War by Other Means

Bien sûr, étant donné la nature des médias américains et des autres voix de l’establishment, ces demandes visaient, de manière prévisible, presque uniquement Trump et ses sympathisants Déplorables, presque jamais ce même establishment qui vilipende sans cesse les radicaux de Trump et l’Américain moyen, littéralement caricaturés comme Hitler, tous soutenus par le nationaliste-blanc-diabolique-en-chef, le président russe Vladimir Poutine.

Ceux qui appellent à plus de civilité et à un retour au discours poli ont beau retenir leur souffle, c’est beaucoup, beaucoup trop tard pour ça.

Lorsque Trump qualifie les médias de l’establishment d’ennemis du peuple, c’est parce que ceux-ci – assistés de leurs drones passifs, les figurants zombies (NPC), et de leurs forces de maintien du désordre Antifa – sont des ennemis si, par « le peuple », nous entendons la nation américaine historique. Le péché de Trump est de les nommer pour ce qu’ils sont.

Trump n’a pas provoqué la polarisation d’aujourd’hui, il n’a fait que l’aggraver car il a riposté. Bien, puisse-t-il continuer à le faire. Rechercher une période plus policée en se référant à un pays appartenant à une époque révolue depuis longtemps est futile.

La politique américaine ne se réduit plus à un éventail restreint de styles de gouvernement ou d’intérêts économiques concurrents. Elle est maintenant tribale. Les « tribus » d’aujourd’hui sont définies en termes d’affinité ou d’hostilité envers l’ethnie américaine fondatrice caractérisée par une écrasante origine britannique et européenne (lire, « blanc »), chrétienne, principalement protestante et anglophones, avec en plus des membres d’autres groupes qui se sont totalement ou partiellement assimilés à cette ethnie ou du moins qui s’y identifient (pensez à M. Hamadura dans Le Camp des Saints).

Aparté

Malheureusement, nous n’avons pas de mot spécifique pour cette identité ethnique américaine fondamentale qui la distingue des références générales aux États-Unis au sens civique ou géographique. (Le russe, en revanche, établit une distinction entre l’appartenance ethnique русский (russkiy) et civique/géographique российский (rossiiskiy).) Peut-être pourrions-nous adopter « Usonian » de Frank Lloyd Wright ou « Americaner », comparable à Afrikaner ? « ou anglo-américain » ?)

Depuis que la gauche a renoncé à se focaliser sur les travailleurs industriels en tant que classe révolutionnaire, la vieille dichotomie bourgeoisie/prolétariat est effacée. Les tribus s’alignent maintenant par catégories dans un schéma marxiste culturel pluriel de couples oppresseurs/victimes, ces dernières réclamant réparation aux premiers. Comme le regrettait Joe Sobran, il faut avoir beaucoup d’influence pour être une victime en Amérique ces jours-ci.

Dans la plupart des catégories – sexe, race, langue, religion, économie etc. – certaines nuances peuvent augmenter l’intensité du statut d’oppresseur ou de victime. Par exemple, une victimisation certifiée dans une catégorie reconnue confère des points supplémentaires, comme Black Lives Matter pour la race (il est raciste de suggérer que « toutes les vies importent ») ou un groupe religieux défini, marginalisé par la « haine », principalement anti-juif ou anti- musulman, mais pas quelque chose comme anti-bouddhiste, anti-rastafarien, voire même anti-athéiste ou anti-sataniste parce que personne ne s’en préoccupe, la victimisation anti-chrétienne est un oxymore parce que le terme « chrétien » est une catégorie oppressive. En outre, l’appartenance à plus d’une catégorie confère un statut de victime privilégiée en vertu d’un principe appelé l’« intersectionnalité ».

Symétriquement, il existe des facteurs aggravants dans les catégories d’oppresseurs, tels que le fait d’être un policier (responsable de la structure d’oppression, indépendamment des attributs personnels de l’agent, mais pire si il est hétéro, blanc, chrétien, etc.) ou une sous-culture « haineuse » (un Sudiste qui ne se déteste pas lui-même publiquement est un sympathisant présumé du Klan, ainsi, un clochard géorgien diabétique, sans emploi et dépendant des opioïdes, est un oppresseur qui bénéficie de son « privilège blanc » et de sa « masculinité toxique ». malgré son statut socio-économique et sa santé. Tout comme vivre dans le Sud, être un Russe de souche est également un facteur aggravant.

Mélanger de manière créative ces descripteurs suggère un jeu de société divertissant, ou peut-être une série de blagues sans fin pour lesquelles vous pourriez être renvoyé si vous les faisiez au travail, par exemple :

Deux personnes arrivent dans un bar.

L’une d’entre elles est un homme, baptiste, hétérosexuel originaire de Virginie, dont les ancêtres viennent de Jamestown.

L’autre est un unijambiste, transsexuel, derviche somalien, bénéficiaire du programme de nutrition et de soins de l’État, clandestin avec un visa d’étudiant expiré.

Alors le barman dit… [libérez ici votre imagination].

Bien que Patrick Buchanan ait raison de dire que le niveau de violence domestique n’est pas à la hauteur de ce que les États-Unis ont connu en 1968, la fracture existentielle est beaucoup plus profonde. C’est pourquoi il est parfaitement acceptable pour un présentateur télé homosexuel noir d’un grand média de masse (CNN) de décrire collectivement les « hommes blancs » comme une « menace terroriste », mais lorsqu’une homologue blanche (sur USA Today), hétérosexuelle, fait une observation maladroite, mais modérée, sur le jeu de rôle ethnique [se grimer le visage en noir pour Halloween, NdT], elle est virée.

Aparté

Notez, bien que « femme » soit une catégorie majeure de victime assignée, que les femmes blanches peuvent être des « traîtresses au genre » si elles sont perçues comme faisant passer leur « privilège racial avant leur statut de genre de deuxième classe ». Si elles veulent rester des victimes conformes, alliées « aux groupes de victimes de castes supérieures » elles doivent juste apprendre à « fermer leur p***n de gueule » quand leurs consœurs de couleur (POC : People of color) jouissant d’un statut supérieur d’opprimées se présentent.

Du côté des victimes, on accuse les adversaires d’une litanie de péchés tels que racisme, sexisme, homophobie, islamophobie, etc., pour lesquels la solution est un remplacement démographique et idéologique – tout en niant que le remplacement est en cours, et souhaité. Ce n’est plus la compétition politique ordinaire, mais – dans une inversion du fameux aphorisme de von Clausewitz attribué à Michel Foucault – la politique « comme continuation de la guerre par d’autres moyens ». Dans son application immédiate, cette guerre est une seconde guerre civile américaine, mais elle peut aussi bien avoir d’énormes conséquences pour la guerre sur la scène internationale.

Pour emporter la victoire, les forces de la victimisation, défendues par le parti démocrate, doivent récupérer une partie de l’appareil de pouvoir qu’elles ont perdu lors de la victoire inattendue de Trump en 2016. En réalité, une grande partie de l’appareil de l’exécutif reste aux mains des démocrates, mais n’a qu’un rôle limité de « résistance » sous l’occupation usurpée de Trump. Au moment où ce commentaire apparaît, aux élections du 6 novembre, le GOP devrait conserver le contrôle du Sénat, mais la Chambre des représentants se tournerait vers les démocrates [bravo, bien vu, NdSF].

C’est ce qui est « supposé » se produire, tout comme Hillary Clinton était « censée » occuper la Maison Blanche il y a deux ans. La façon dont les élections vont se jouer reste à l’appréciation de chacun.

Mais, dans l’intérêt de la discussion, si le scénario prévu se concrétise, la dernière chance pour que la porte ouverte par l’élection de Trump afin de sauver ce qui reste de la nation américaine va probablement s’évanouir. Nous pouvons anticiper trois résultats :

Premièrement, sur le front politique intérieur, alors que les démocrates et leur chambre d’écho des médias de masse ont baissé d’un ton dans leurs discussions sur la destitution de Trump, il se vengeront le 7 novembre – comme par hasard, la grande journée de la révolution socialiste d’octobre en Russie en 1917 – si la Chambre change de mains. Contrairement aux rumeurs hésitantes du GOP au sujet des enquêtes et audiences relatives au complot américano-britannique de l’État profond visant à renverser l’élection de 2016 (elles seront enterrées à jamais), les démocrates seront absolument impitoyables dans l’utilisation de leur pouvoir avec un seul objectif : destituer Trump d’ici à 2020. Ils ne perdront pas beaucoup de temps sur la fausse histoire de « collusion » russe (le rapport de Robert Mueller sera un raté obscènement coûteux), ils se concentreront comme un laser sur l’obtention des déclarations de revenus de Trump, déterrant tout ce qu’ils peuvent trouver de sa longue participation au monde impitoyable de la concurrence au coude à coude sur le marché de la promotion immobilière à New York, assurés de pouvoir trouver quelque chose qui puisse être qualifié de crime ou de délit majeur – certaines saillies racistes ne feront pas de mal non plus. Le modèle sera celui du vice-président de Richard Nixon, Spiro Agnew, qui a été contraint de quitter son poste sous des accusations liées à sa vie politique dans le Maryland des années auparavant. Même le maintien du Sénat sous la coupe du GOP serait loin de garantir que Trump ne sera pas démis de ses fonctions. On peut aisément prévoir qu’une douzaine de sénateurs républicains, ou plus, seraient ravis de se débarrasser de Trump et de rétablir le statu quo du parti avec Mike Pence au bureau ovale. Comme avec Nixon, les républicains paniqueront devant le fait que les démocrates trouveront et demanderont à Trump de démissionner pour le « bien du pays et du parti », contrairement à la façon dont les démocrates ont formé une phalange protectrice autour de Bill Clinton. Contrairement à Nixon, Trump pourrait choisir de se battre au Sénat et pourrait même l’emporter. Dans tous les cas, un changement de contrôle d’une seule chambre signifie une crise politique prolongée qui maintiendra Trump dans sa cage où il sera perpétuellement sur la défensive.
Deuxièmement, les murs continueront à se fermer autour des partisans de Trump et des autres dissidents du Régime des victimes certifiées. La ghettoïsation numérique des points de vue alternatifs visant à « protéger notre démocratie » contre une ingérence extérieure supposée, assimilée à une « haine en ligne » va s’accélérer, les médias sociaux étant une cible particulière de la censure. Les services de renseignement et les forces de l’ordre de l’État profond intensifieront leurs actions pour sanctionner toute résistance à la violence de gauche pendant qu’elle se déchaînera en toute impunité. Trump n’a rien fait pour protéger la liberté de parole en ligne ou dans les lieux publics, tandis que ses ennemis continuent de réduire cet espace, mais les choses peuvent et vont vraisemblablement s’aggraver si les démocrates se sentent pousser des ailes la semaine prochaine. La protection de vestiges tels que la religion, la liberté de parole, le droit de porter des armes, et d’autres que nous possédons encore – pour l’instant – ne survivront probablement plus très longtemps, alors que l’édifice de la vieille Amérique continue de s’effondrer sous les méfaits de ceux-là mêmes qui prétendent en être les gardiens, l’exécutif, les autorités législatives et judiciaires.
Troisièmement, et le plus inquiétant, les chances d’une guerre majeure pourraient augmenter de façon exponentielle. Si Trump doit se battre pour survivre, les chances de purger le quatuor des terrible, horrible, pas bon et très mauvais, composant son équipe de sécurité nationale passeront de minces à nulles. Tout espoir d’une politique nationale basée sur les intérêts, dans le sens de ce que Trump avait promis en 2016 – et qui semble toujours être sa préférence personnelle – disparaîtra. Heureusement, le président de la Corée du Sud, Moon Jae-in, a saisi le ballon au début de l’année dernière et on espère que l’élan en faveur de la paix en Asie du Nord-Est sera durable. Avec un peu de chance, l’imbroglio de Khashoggi entre Washington et Riyad conduira les États-Unis à « minimiser et finalement à abandonner l’obsession anti-iranienne qui a jusqu’ici éclipsé notre politique régionale » et à mettre fin au carnage au Yémen, alors même que la guerre en Syrie semble proche de sa résolution. Pourtant, les États-Unis restent accrochés à des sanctions de plus en plus nombreuses et malgré les avertissements de la Russie et de la Chine déclarant qu’elles se préparent à subir la guerre – avertissements pratiquement ignorés par les médias et la classe politique américaine – les États-Unis continuent de faire pression sur tous les fronts : Arctique, Europe (retrait du traité INF), Ukraine, mer de Chine méridionale, détroit de Taiwan, Xinjiang et ailleurs. Trump devrait rencontrer Poutine et le président chinois Xi Jinping à la suite des élections américaines, mais ils devront peut-être conclure qu’il n’est pas capable de maîtriser la machine de guerre sous son commandement et planifieront en conséquence.

James George Patras

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Dans la même veine, lisez l’éditorial de Bruno Bertez sur les années 30.

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone
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