Vers où va-t-on ? Pourquoi la Russie ne réplique-t-elle pas ?

Vers où va-t-on ?

Pourquoi la Russie ne réplique-t-elle pas ?
Les États-Unis deviennent une menace pour l’économie et la sécurité de l’Europe
Les sanctions contre l’Iran menacent le pétrodollar

Pourquoi la Russie ne réplique-t-elle pas ?

Posted: 31 May 2018 06:26 AM PDT
Article original de Dmitry Orlov, publié le 24 mai 2018 sur le site Club Orlov
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

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Beaucoup de commentateurs ont remarqué un fait curieux : lors du défilé du 9 mai sur la Place Rouge à Moscou, Poutine est apparu en présence du Premier ministre israélien Netanyahou. À cette même époque, l’armée de l’air israélienne tirait des missiles sur des cibles syriennes et iraniennes en Syrie (Une grande partie des défenses aériennes syriennes ont été détruites [avec quelques réserves, NdT]) et les Syriens ont tiré sur des positions israéliennes sur les hauteurs du Golan (territoire syrien occupé, aussi cela n’a donc pas compté comme une attaque contre Israël à proprement dit). Pourquoi la Russie n’a-t-elle pas pris la défense de son allié syrien ? De plus, on parlait de vendre le très puissant système de défense antiaérien S-300 de la Russie à la Syrie, mais cette offre a été retirée par la suite. Est-ce vraiment là le comportement d’un allié ?

Ou prenons un autre exemple : les relations entre la Russie et l’Ukraine sont dans une spirale descendante depuis le putsch de Kiev en 2014 qui a renversé le gouvernement constitutionnel. La région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, souffre d’un affrontement militaire, et elle est en proie à des provocations ukrainiennes contre la Russie et des sanctions économiques et politiques de la part des États-Unis et de l’UE en réponse à l’annexion de la Crimée et au conflit instable dans le Donbass qui a fait près de dix mille morts. Et pourtant, le principal partenaire commercial de l’Ukraine reste… la Russie. Non seulement la Russie continue-t-elle à commercer avec l’Ukraine, mais elle a également absorbé un exode de réfugiés économiques, exportés par une économie ukrainienne effondrée, un exode qui se compte en millions de personnes. La Russie a réinstallé ces réfugiés, leur a permis de trouver du travail et leur permet d’envoyer de l’argent à leurs proches en Ukraine. En outre, la Russie a refusé de reconnaître politiquement les deux républiques séparatistes de l’Est de l’Ukraine. La seule réponse réelle de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine a été de revendiquer la Crimée. Mais cela coule plus ou moins de source : la Crimée faisait partie de la Russie depuis 1783, et le transfert de la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine, sous Nikita Khrouchtchev en 1954, violait la Constitution de l’URSS qui était en vigueur en ce temps.

Encore un autre exemple : les États-Unis, avec l’Union européenne agissant comme un serviteur obéissant, ont imposé diverses sortes de sanctions à la Russie depuis la loi Magnitski en 2012 qui a été poussée par l’oligarque incroyablement corrompu William Browder. Ces sanctions ont parfois été quelque peu dommageables, parfois utiles (stimulant le remplacement des importations en Russie) et parfois tout simplement sans intérêt. La Russie est trop grande, trop importante et trop puissante pour quiconque, même une entité aussi grande que les États-Unis et l’UE réunis, pour l’isoler ou la faire plier en imposant des sanctions. Dans certains cas, il y a eu un puissant effet boomerang qui a causé plus de souffrances aux sanctionneurs qu’aux sanctionnés. Mais la Russie n’a pas vraiment fait grand-chose pour y remédier, si ce n’est de travailler au remplacement des importations et d’établir des relations commerciales avec d’autres nations plus amicales. Elle aurait pu nuire aux États-Unis, par exemple, en bloquant la vente de pièces en titane sans lesquelles Boeing ne serait plus en mesure de construire ses avions. Ou elle pourrait interdire la vente de moteurs de fusée aux États-Unis, et les États-Unis seraient alors incapables de lancer des satellites. Mais la Russie n’a rien fait de tout cela. Au lieu de cela, elle n’a cessé de répéter que ces sanctions sont improductives et inutiles.

Un autre : en violation des accords conclus entre la Russie et les pays de l’OTAN, l’OTAN s’est étendue jusqu’à la frontière russe et a récemment transformé les petits États baltes d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie en une sorte de parc militarisé juste à côté de la frontière russe. L’OTAN y stationne des milliers de soldats et les entraîne à… attaquer la Russie. La Russie s’est plainte de cela, mais a continué à commercer avec tous les pays concernés. En particulier, elle a continué à fournir de l’électricité aux pays baltes et à utiliser les ports de la Baltique pour expédier ses produits. Lorsque la Lettonie a récemment interdit l’utilisation du russe dans les écoles (un tiers de la population est russe) et a commencé à violer les droits des Russes lituaniens qui tentaient de lutter contre cet affront, les Russes eux-mêmes ont avalé cet acte flagrant de discrimination anti-russe sans broncher. En Lettonie, les lumières sont toujours allumées et les trains de marchandises russes chargés roulent encore de l’autre côté de la frontière.

« Pourquoi cela ? », pourriez-vous me demander. « Pourquoi une telle attitude passive contre ces nombreux délits, magouilles et blessures ? » On ne peut pas dire que la Russie est trop grande pour être touchée. Les sanctions en 2012 ont été un fléau, puis en 2014 l’économie russe a pris un sérieux coup (mais la plupart du temps à cause des prix plus bas de l’énergie, pas de sanctions). Le rouble a perdu la moitié de sa valeur et le taux de pauvreté de la Russie a grimpé. Que se passe-t-il alors ?
Pour comprendre cela, vous devez prendre du recul et regarder le contexte global.

La Russie est le plus grand pays du monde en taille, mais certainement pas en termes de population. Ses frontières sont très bien défendues, mais elles s’étendent sur 61 000 kilomètres.
La Fédération de Russie est russe de nom, mais elle comprend plus d’une centaine de nations différentes, les Russes ethniques représentant un peu plus de 80% et six autres nations ayant plus d’un million de membres.
Elle est bordée par 16 États souverains, plus que tout autre pays, y compris deux frontières maritimes (avec le Japon et les États-Unis) et deux autres États non reconnus à l’échelle internationale (Abkhazie et Ossétie du Sud).
Elle a la plus grande diaspora au monde, avec entre 20 et 40 millions de Russes (selon la façon dont vous les comptez) vivant en dehors de la Russie proprement dite. La plus grande communauté russe à l’étranger est aux États-Unis et compte environ 3 millions de personnes.
Les troupes de maintien de la paix russes ont servi dans de nombreux pays autour de la Russie et dans le monde entier − Abkhazie ; Ossétie du Sud ; Arménie ; Transnistrie ; Tadjikistan ; Bosnie ; Kosovo ; Angola ; Tchad ; Sierra Leone ; Soudan − et continuent d’empêcher les conflits latents de se transformer en guerre ouverte.
L’immensité de la Russie et sa richesse en ressources naturelles en font l’un des principaux fournisseurs de produits économiquement essentiels dans le monde, notamment le pétrole, le gaz, l’uranium et le charbon qui empêchent les lampes de geler dans des dizaines de pays. Peu importe ce qui ne va pas dans les relations internationales, elle doit rester un fournisseur stable et fiable.

Dans cet environnement, contrer les gestes hostiles (et surtout futiles) émanant de l’autre côté de l’océan avec d’autres gestes hostiles (et généralement futiles) serait contre-productif : certaines personnes seraient touchées, et il est probable qu’elles seraient Russes.

Ainsi, une partie de l’approche gagnante consiste à se débrouiller, en maintenant les meilleures relations possibles avec autant de pays que possible, les voisins en particulier, parlant à tous dans chaque conflit et essayant de désamorcer et d’équilibrer soigneusement les intérêts disparates de tous. La Russie entretient de bonnes relations avec l’Iran et l’Arabie saoudite, qui sont des ennemis jurés, et avec la Syrie et Israël, qui se tirent dessus.

L’autre partie de l’approche gagnante pour affronter un monde extérieur de plus en plus hostile est de s’organiser doucement pour une autarcie limitée ; ne pas se fermer au monde, mais prendre des mesures pondérées pour devenir relativement invulnérable à ses vicissitudes. La Russie est déjà autosuffisante en énergie, fait des progrès dans son autosuffisance alimentaire, et le prochain défi est d’atteindre l’autosuffisance en matière de technologie et de finance.

Vu dans ce contexte, les échecs apparents de la Russie à agir avec force se révèlent être des étapes d’un équilibre prudent :

Les Israéliens bombardent la Syrie tandis que Netanyahou est à une place d’honneur lors du défilé à Moscou. La Syrie riposte en bombardant son propre territoire sur les hauteurs du Golan. Puis la Russie décide de ne pas vendre le système S-300 à la Syrie. Qu’est-ce qui vient de se passer ? Eh bien, Israël vient de reconnaître le Jour de la Victoire, le 9 mai, comme sa propre fête nationale. Un tiers des Israéliens sont en fait russes, et beaucoup d’entre eux se sont sentis très fiers d’être Russes ce jour-là, et ont participé à de grandes parades qui ont été diffusées à la télévision russe. Face à la montée de l’antisémitisme en Europe et aux néo-nazis incontrôlables en Ukraine, la Russie et Israël sont unis. Ensuite, il y a le fait qu’Israël n’aime pas qu’il y ait des Iraniens en Syrie. Ils ont certainement le droit de le faire, étant donné que les Iraniens continuent de parler de la façon dont Israël devrait être détruit [C’est l’avis de l’auteur, NdT]. Mais la présence iranienne en Syrie est sur invitation, ce n’est donc pas la préoccupation de la Russie. Voir Israël bombarder la Syrie n’aide pas la Russie, mais ce n’était pas la première fois et ce ne sera pas la dernière. La Syrie a réussi à abattre des missiles israéliens et à tirer sur des Israéliens sur les hauteurs du Golan. C’était une nouvelle évolution, une escalade et les escalades sont toujours mauvaises. Vendre le système S-300 aux Syriens aurait permis à la Syrie d’abattre n’importe quoi en l’air venant d’Israël, et comme la situation vient juste de s’envenimer, leur donner la possibilité d’augmenter le niveau d’escalade pouvait sembler une mauvaise idée.
L’Ukraine provoque continuellement la Russie et viole les droits des huit millions de Russes qui y vivent, et pourtant la Russie reste le plus grand partenaire commercial de l’Ukraine. Qu’est-ce que cela donne ? Eh bien, il y a le fait désagréable que l’Ukraine est actuellement gouvernée par des gens qui, pour employer un terme russe très spécifique, sont « inadéquats ». C’est un régime illégal, immensément corrompu, soutenu par un autre régime qui par delà l’océan est, en passant, aussi plutôt « inadéquat », dirigé par un bouffon ridicule qui est à son tour contrarié à tout instant par un « État profond » immensément corrompu. Mais ce sont des faits temporaires, et en aucun cas, ils ne l’emportent sur le fait intemporel que les Russes et les Ukrainiens sont essentiellement les mêmes personnes (à l’exception de quelques tribus qui habitent principalement à l’ouest du pays qui fut pendant des siècles un no man’s land au cœur de l’Europe centrale, juste à côté de la Transylvanie, d’où viennent les vampires). Les Russes et les Ukrainiens sont génétiquement indissociables, et il y a de nombreuses nations en Russie qui sont beaucoup plus différentes culturellement des Russes que les Ukrainiens. La stratégie gagnante dans ce cas est d’éviter de faire du mal à l’Ukraine, car elle se blesse déjà assez elle-même et parce que cela ne ferait que blesser d’autres Russes. Au lieu de cela, il est plus logique d’être patient et d’attendre. En fin de compte, les Ukrainiens en auront assez et prendront les choses en main, se débarrasseront de ces bons-à-rien et de leurs donneurs d’ordre outre-mer et la relation deviendra finalement plus normale
En ce qui concerne les sanctions occidentales, la Russie a imposé des contre-sanctions et elles étaient intelligentes. La Russie a interdit diverses catégories d’importations alimentaires en provenance de l’UE. Cela a permis d’augmenter la production alimentaire en Russie et d’amener la Russie vers l’autosuffisance. Étant donné que les agriculteurs dans l’UE sont politiquement assez puissants, cela a rendu les sanctions américaines impopulaires en Europe. Ajoutez à cela le fait que les États-Unis veulent maintenant sanctionner les importations d’énergie russe en Europe, forçant les Européens à acheter cette énergie aux États-Unis, dont les approvisionnements sont beaucoup plus chers et moins fiables, et vous pouvez voir pourquoi les Européens en ont déjà assez de l’ingérence de Washington. Bien sûr, après avoir abandonné une grande partie de leur souveraineté, il y a longtemps, les Européens font face à de grandes difficultés pour essayer de la récupérer, mais au moins ils commencent à y penser. C’est déjà une victoire pour la Russie : elle a besoin de pays indépendants et souverains comme voisins, et non pas d’une bande de vassaux irresponsables aux ordres de Washington. En ce qui concerne l’imposition de contre-mesures envers les États-Unis eux-mêmes, cela causerait plus de dommages économiques sans obtenir d’avantages politiques.
Sur l’empiètement de l’OTAN sur les frontières russes, les slogans anti-russes des milices baltes et les troupes de l’OTAN s’entraînant à « attaquer la Russie », pour être franc, les Russes se sentent un peu insultés, mais ils n’ont pas vraiment peur. Tout le monde sait que l’OTAN fait partie du racket des institutions de défense américaines. Son but est de voler des cargaisons d’argent, pas de faire des armes qui fonctionnent ou de former des armées qui peuvent se battre. Il y a maintenant un peu de blindage et de main-d’œuvre de l’OTAN prépositionnés dans les pays baltes, mais pas assez pour envahir réellement la Russie d’une manière significative. Et s’ils le font, ils se sentiront très vite très seuls. Vous voyez, les blindés de l’OTAN ne passent pas sous la plupart des ponts et ne peuvent pas parcourir de grandes distances sur des terrains accidentés comme les blindés russes. Ils doivent être transportés sur le champ de bataille en train ou sur des camions à plate-forme sur les routes fédérales. Ou ils doivent être expédiés via des ports en eau profonde. Donc, tout ce que la Russie a à faire, c’est de frapper des ponts et des installations portuaires en lançant des missiles d’à peu près n’importe où, puis de détruire le relativement petit contingent d’envahisseurs, et ce sera fini. L’OTAN le sait, et donc toute cette activité dans les pays baltes n’est qu’un moyen d’acheminer de l’argent vers les États baltes économiquement anémiques et en cours rapide de dépeuplement. Ils souffrent déjà; pourquoi les blesser plus. En ce qui concerne les droits des Russes en Lettonie, on pourrait penser qu’ils ne voient pas d’inconvénient à ce qu’ils soient violés, sinon ils déménageraient en Russie où il y a beaucoup de place pour eux. Ils méritent un fort soutien moral, bien sûr, mais c’est vraiment leur combat, pas celui de la Russie.

Cela ne fait pas de cet article la lecture la plus excitante au monde, mais qu’il en soit ainsi. Les gens recherchent sur Internet des histoires sur des tournants dramatiques, surtout parce qu’ils s’ennuient. Il arrive souvent que les développements les plus importants manquent de sensations, mais cela ne les rend pas moins importants. Par exemple, la Russie réduit ses dépenses de défense, car elle sera bientôt complètement réarmée. Les États-Unis et l’OTAN peuvent-ils faire de même ? Non ! Si jamais ils essayaient, l’establishment américain de la Défense corromprait une nouvelle série de membres du Congrès et de sénateurs, et les dépenses prodigues reprendraient immédiatement. Les Russes peuvent donc rester tranquillement assis, les bras croisés, et regarder la faillite des États-Unis. Ce sera certainement un tournant dramatique des événements ; vous devrez juste attendre.

Les cinq stades de l’effondrement

Dmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Lien

Retrouvez Dmitry Orlov sur Arte TV pour quelques jours (à partir de 14′), une interview assez honnête, juste un peu caricaturale avec un peu de pub pour le Salon de la Collapsologie.

Les États-Unis deviennent une menace pour l’économie et la sécurité de l’Europe

Posted: 31 May 2018 06:17 AM PDT
Article original de Elijah J Magnier, publié le 22 mai 2018 sur le site ejmagnier.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

L’Iran refuse d’envisager une alternative et pivote vers la Russie et la Chine

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« L’Iran rejettera toute offre de la Communauté européenne et même des États-Unis, de revenir à la table des négociations et de reprendre la rédaction de l’accord nucléaire en échange de garanties de Téhéran d’arrêter de développer son programme de missiles, de se retirer de Syrie en lâchant ses alliés (le Hezbollah au Liban, le Djihad palestinien du Hamas, les Houthis au Yémen) car ce qui est en jeu, c’est la sécurité nationale iranienne, sa constitution et sa doctrine », a déclaré un haut responsable iranien impliqué dans les négociations du programme nucléaire.

Tous les milliards que l’Europe pense pouvoir offrir à l’Iran pour restructurer et modifier l’accord nucléaire ne changeront pas nos vues et nos objectifs. L’Iran sera certainement touché par de nouvelles sanctions, mais il existe des alternatives économiques sur la table. Celles-ci existaient déjà au temps des précédentes sanctions qui ont duré des décennies. Aujourd’hui, l’Iran de 2018 n’est plus l’Iran de 1979. Nous avons des partenaires et des alliés dans le monde entier.

La source était inflexible : « L’Imam Ali Khamenei nous l’a dit clairement : Si les Américains demandent un doigt et que nous le leur donnons, ils demanderont la main, et s’ils prennent la main, ils demanderont le bras et s’ils l’obtiennent, ils demandent le corps. L’objectif est de soumettre Téhéran au contrôle américain et d’éloigner l’Iran de la Russie. Nous ne nous sommes pas soumis au cours des quatre dernières décades depuis que notre révolution islamique a gagné, alors cela ne se produira certainement pas aujourd’hui. »

La question est de soumettre l’Iran : c’est une question de contrôle, pas de fabrication de bombe nucléaire. Il s’agit de frapper les alliés de la Russie qui ont réussi à vaincre les États-Unis sur leur terrain de jeu (le Moyen-Orient) permettant à la Russie de revenir, plus forte que jamais, sur la scène internationale. Cet objectif américain (pas très bien caché !) est en effet clairement manifesté par les 12 conditions impossibles du secrétaire d’État américain Mike Pompeo, un diktat visant à soumettre l’Iran et permettre aux USA de définir les « choix » et les alliés de l’Iran.

Le jour où le président Donald Trump a annoncé le retrait américain de l’accord nucléaire, le président russe a souligné qu’il n’était pas intéressé par la position américaine : « Moscou est engagée dans tous ses accords avec l’Iran ».

L’Iran ne croit pas que Barack Obama ait poussé un accord nucléaire pour satisfaire Téhéran ou le récompenser. Et cette ancienne administration américaine était convaincue que l’Iran ne s’inclinerait pas. Ainsi, elle espérait que Téhéran serait prête à discuter d’autres questions (sa politique du Moyen-Orient, par exemple), et garderait ses distances avec les géants russe et chinois (les concurrents de Washington), prêts à remplacer les États-Unis et l’Europe en Iran pour aider à surmonter les sanctions américaines.

En effet, l’Iran estime que la Russie, la Chine et de nombreux autres pays (comme l’Inde et la Turquie) ne respecteront pas non plus les sanctions américaines. Même si l’Europe se retirait de l’accord nucléaire dans le délai proposé par l’Iran à l’UE (40 à 60 jours) sans donner des garanties suffisantes, l’Iran ne respecterait en aucun cas une proposition américaine.

Lors de la signature de l’accord sur le nucléaire en 2015, l’Iran était divisé en deux clans : un voulait passer des contrats économiques avec l’Europe et un autre voulait se concentrer sur des contrats avec principalement la Chine et la Russie.

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Aujourd’hui, si l’Europe se retire ou ne fournit pas de garanties adéquates à l’Iran, d’autres partenaires (Russie et Chine) sont prêts à intervenir. Par exemple, si Total se retire du champ gazier South Pars, la CNPC chinoise est prête à le remplacer (Total possède 50,1% du gâteau, la CNPC 30% et PetroPars 19,9%). Si Airbus et Boeing se retirent de l’accord en réponse à la volonté et aux sanctions américaines, ils vont perdre 39 milliards de dollars et seront remplacés par des firmes russes.

Cela ne signifie pas que l’Iran ne perdra pas de vrais partenaires en Europe. Cependant, il n’a pas beaucoup gagné jusqu’à présent, car il n’a reçu que 10 des 150 milliards de dollars d’actifs iraniens gelés aux États-Unis. Par conséquent, la « perte réelle » n’a pas eu lieu − parce que l’Amérique n’a pas respecté l’accord mais l’a laissé moisir avant de le transmettre finalement à l’ère Trump.
Trump ne comprend pas que la politique de piraterie et sa conduite avec les pays du Moyen-Orient soient pour eux un cadeau et une forme de chantage qui maintient leurs dirigeants au pouvoir. Trump veut dominer la République islamique et maintenir un « contrôle » mondial unilatéral : Obama a compris qu’il ne pouvait plus prétendre à cela. Trump n’accepte tout simplement pas le retour de la Russie et refuse de partager le pouvoir.

Il est vrai que la Russie s’était aussi engagée dans les sanctions américaines contre l’Iran, alors qu’elle était faible (à partir des années 1990 et jusqu’en 2011). Mais la situation a changé depuis la guerre en Syrie. Les changements dans l’équilibre du pouvoir ont émergé lorsque l’axe de résistance dans la guerre syrienne − avec la Russie (qui n’en fait pas partie, mais le soutien au Levant) − a vaincu les États-Unis et ses alliés européens et moyen-orientaux en prévenant un « changement de régime ». Ainsi, l’Iran − et ses alliés − ne se sentent nullement en position de faiblesse face à l’escalade des positions américaines à leur encontre.

Il y a longtemps que le président Bachar al-Assad a été invité à abandonner la cause palestinienne et les organisations qu’il hébergeait en Syrie et le « Hezbollah » libanais : il a refusé et la guerre a été menée contre son pays. Le Hezbollah a reçu une offre en milliards de dollars pour arrêter d’attaquer Israël et retirer ses armes du sud du Liban : son secrétaire général a rejeté les offres japonaises et américaines répétées. L’Iran a également rejeté ces milliards et la levée des sanctions pour cesser de soutenir la Palestine et le Hezbollah. Lorsque les États-Unis ont découvert que le recours à la force militaire et au changement de régime ne fonctionnait pas au Levant pour écraser les ennemis d’Israël et ceux en dehors de son orbite dominante, ils se sont tournés vers la guerre économique et de nouvelles sanctions.

Aujourd’hui, la Communauté européenne rejoint la ligne de « l’axe de la résistance » contre l’intimidation de Trump. Le vieux continent dominé par l’UE sera le plus touché par les sanctions américaines contre l’Iran et son partenaire américain. Trump se comporte avec ce que l’on suppose être ses partenaires européens de la même manière qu’il traite les pays arabes (une politique d’encouragement et d’intimidation, principalement avec l’Arabie saoudite, Bahreïn et les Émirats).
Ainsi, les États-Unis ont non seulement menacé l’Iran et « l’axe de la résistance », mais ils menacent la sécurité et l’économie des pays européens, alliés historiques. Trump pousse le monde vers le militarisme, et vers la séparation et l’aliénation aux États-Unis, avec sa politique unilatérale débridée qui refuse d’accepter le fait accompli : le temps de l’unilatéralisme est terminé.

Elijah J Magnier

Les sanctions contre l’Iran menacent le pétrodollar

Posted: 31 May 2018 06:03 AM PDT
Article original de Irina Slav, publié le 14 mai 2018 sur le site oilprice.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Iranian oil

Un pays doit être très satisfait de la perspective de nouvelles sanctions économiques américaines contre l’industrie pétrolière iranienne, et ce pays est le plus gros importateur de pétrole du monde et le plus grand client pour le pétrole iranien.
Lorsque la Chine a lancé le mois dernier ses contrats à terme sur le pétrole, tant attendus, elle l’a fait dans le cadre de sa stratégie visant à accroître le poids international de sa monnaie. Maintenant, avec les sanctions américaines à l’horizon contre l’Iran, le yuan pourrait encore progresser sur cette voie, Pékin ayant promis de continuer à acheter du brut iranien, qui sera probablement payé en yuan.

L’Iran devrait être d’accord avec cette idée. Le pays a clairement fait savoir, avant même que le président Trump ne se retire du JCPOA, qu’il préférerait régler ses échanges dans des devises autres que le billet vert, auquel il a un accès limité.

Le mois dernier, Téhéran et Moscou ont conclu un accord pour mener toutes leurs affaires avec des biens plutôt qu’en dollars car les deux cherchent à réduire l’influence de la monnaie américaine sur leurs économies. Un mois plus tôt, l’Iran a interdit le règlement des transactions d’importation en dollars et a abandonné cette monnaie en faveur de l’euro pour déclarer ses réserves de change. En d’autres termes, l’Iran sera plus qu’heureux de recevoir du yuan chinois contre son brut, ou bien d’appliquer un système d’échange pétrole contre biens de consommation, similaire à celui convenu avec la Russie.

Le fait est que ce million de barils quotidien que les nouvelles sanctions iraniennes est censé retirer du marché, pourrait en définitive ne pas l’être. Les analystes citent ce chiffre parce que c’est la quantité de brut iranien qui a été retiré des marchés mondiaux au cours de la période où les États-Unis et l’UE avaient imposé des sanctions contre Téhéran.

Mais ils ont ensuite accepté le JCPOA, communément appelé accord sur le nucléaire iranien, et les sanctions ont été levées. Cette fois, Washington joue seul le jeu des sanctions. Les signataires européens de l’accord ont clairement fait savoir qu’ils ne se retireraient pas simplement parce que Washington l’avait fait.

L’Allemagne, l’un des signataires, a également déclaré qu’elle protégerait ses entreprises faisant des affaires en Iran. Il y a des chances que la France suive, Total ayant un intérêt majeur dans le champ gazier de South Pars en Iran. En plus de cela, l’Europe est le plus grand acheteur de pétrole iranien. Les pays européens ont acheté 624 000 b / j en moyenne l’année dernière.

Contrairement à la dernière fois, tout le monde veut continuer à acheter du pétrole iranien, et bien que certains puissent être obligés d’en acheter moins, la Chine n’est pas liée par une quelconque dépendance économique ou de sécurité nationale vis-à-vis des États-Unis. L’Iran, pour sa part, a besoin de marchés pour son pétrole, même s’il le vend en yuan et convertit ensuite la monnaie chinoise par exemple en euros, ce qui aura un coût. Après tout, il vaut mieux vendre moins cher que de ne pas vendre du tout.

De plus, la Chine augmentera probablement ses investissements dans l’industrie pétrolière iranienne. L’Iran fait partie de l’initiative d’investissement dans l’infrastructure « One Belt, One Road » de Pékin, et la sécurisation d’une partie de l’industrie pétrolière iranienne est un élément naturel de l’initiative. L’achat de pétrole iranien en yuans ne fera que le compléter.

Régler les importations iraniennes en yuan n’est qu’un début. À long terme, il serait logique que de nombreux contrats autour du pétrole soient effectués dans la monnaie du principal importateur. Mais il faudra des années pour que le yuan sape le dollar en tant que pétro-monnaie ultime, et cela impliquerait aussi des risques, notent certains observateurs familiers avec le dilemme de Robert Triffin. À court terme, toutefois, les sanctions américaines pourraient bien présenter une situation gagnant-gagnant pour la Chine et l’Iran.

Irina Slav

Note du traducteur

Cet article est extrait d’une analyse du blog Les Chroniques du Grand Jeu dont on ne peut que vous recommander la lecture assidue.

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