Vers où va-t-on ? Les États-Unis s’efforcent-ils de déclencher une nouvelle guerre froide

Vers où va-t-on ?

Les États-Unis s’efforcent-ils de déclencher une nouvelle guerre froide ?

Posted: 29 Oct 2018 08:13 AM PDT
Article original publié le 10 octobre 2018 sur le site Gefira
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

L’administration de Donald Trump accroît régulièrement la présence militaire en Europe centrale. L’idée actuellement discutée est de créer une base militaire américaine permanente en Pologne 1, c’est-à-dire un nouveau déplacement de la présence militaire américaine vers la frontière russe. La question se pose de savoir si, par la présence constante de l’armée américaine en Pologne, Donald Trump veut améliorer la défense du Vieux Continent ou s’efforce de jouer les uns contre les autres les intérêts individuels des membres de l’Union européenne. Plus l’Europe est faible, plus les États-Unis sont forts.

Bien que l’idée d’une présence militaire américaine permanente en Europe centrale ne soit pas nouvelle, elle a fait l’objet d’une grande publicité après la rencontre du président polonais Andrzej Duda et de Donald Trump en septembre à la Maison Blanche. Varsovie a suggéré non seulement de construire une base, mais aussi de lui donner un nom : Fort Trump. C’est pourquoi, quelques jours plus tard, le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, a indiqué que certaines zones étaient déjà en cours d’évaluation pour déterminer si elles étaient adaptés à cet objectif. 2 Si on laisse de côté la question de l’amélioration présumée de la sécurité du flanc est de l’OTAN, il y a plus à voir que ce à quoi on peut penser avec cette présence permanente des Américains en Pologne. Varsovie considère les États-Unis comme un allié dans leur différend en cours avec l’UE. Les relations entre Bruxelles et Washington se sont également détériorées. Par conséquent, en déplaçant ses troupes à l’est, les États-Unis feraient pression sur l’Allemagne pour qu’elle augmente ses dépenses de défense, importe du GNL américain ou oppose son veto à Nord Stream II.
Un équipement, pas une base
La construction d’un simple fort américain signifie non seulement la création d’installations militaires, mais aussi la fondation d’une petite ville où il y aurait des jardins d’enfants, des écoles, des cliniques, des hôpitaux, des cinémas et des magasins. Le président Duda a déclaré que le coût du lancement de Fort Trump, estimé à 2 milliards de dollars, serait pris en charge par la Pologne. À titre de comparaison : le séjour des soldats américains en Europe représente un fardeau de 2,5 milliards de dollars par an. 3. C’est beaucoup. Du point de vue de la Pologne, il serait plus raisonnable d’investir cet argent dans l’équipement et la formation militaires. Ou elle pourrait acheter 230 chars M1A2 ou 20 avions F-35 ou 33 F-16, ou construire 3 sous-marins.
Intérêt américain, pas polonais
Tout au long de la guerre froide, jusqu’en 1993, des troupes soviétiques (russes vers la fin de la période) étaient stationnées en Pologne, et leur tâche consistait à contrebalancer la présence américaine en Allemagne ainsi qu’à protéger les intérêts de Moscou. Le fardeau de la construction et de l’entretien partiel des installations militaires était supporté par la Pologne. Bien que l’adhésion au Pacte de Varsovie devait être éternelle, la Pologne est devenue membre de l’OTAN à la suite de changements politiques intervenus sur la scène internationale en quelques années.

La relocalisation permanente d’unités américaines en Pologne n’augmente pas la sécurité de cette dernière, qui peut être assurée par la présence déjà existante de soldats de l’armée américaine en rotation. 4 L’idée d’établir un Fort Trump repris par Washington est beaucoup plus bénéfique pour les États-Unis que pour Varsovie car l’avant-poste militaire étendu plus à l’est donne à Washington une meilleure opportunité pour influencer les pays qui sont situés près de lui.

De plus, comme Washington envisage un tel investissement en Pologne, l’importance des bases allemandes diminuerait (voir ci-dessous). Dans le même ordre d’idées, dans quelques années, une proposition pourrait être avancée pour établir une base dans l’un des États baltes, ce qui ferait perdre à Fort Trump son caractère stratégique actuel. Cela montre également qu’investir dans l’établissement d’une base pour les États-Unis est associé à la seule promotion des intérêts américains.
Fort Trump, la Russie et l’Allemagne : polarisation des intérêts en Europe
Les États-Unis comptent près de 35 000 soldats en Allemagne, ce qui représente environ la moitié de toutes les forces américaines sur le Vieux Continent. L’armée américaine était stationnée en Allemagne de l’Ouest au début de la guerre froide et faisait partie de la stratégie de dissuasion de l’Union soviétique. Jusqu’au début des années 1990, il y avait environ 200 000 soldats américains. En 2014, ce nombre est tombé à 42 000 personnes stationnées dans 38 localités. Stuttgart abrite le commandement européen des forces armées américaines, tandis que la Rhénanie abrite la plus grande base aérienne du continent. Les Allemands se sont habitués à la présence militaire américaine. Par conséquent, ils n’attachent pas beaucoup d’importance aux investissements militaires et ne se donnent pas la peine d’augmenter le secteur de la défense dans le budget à 2% du PIB, comme le prescrit l’OTAN. Ce n’est pas au goût de Washington. Trump a déclaré à plusieurs reprises que les États-Unis assurent la protection de l’Allemagne et que Berlin ne prend pas en charge les dépenses nécessaires à la réalisation de cet objectif 5, ce qui a également provoqué un différend sur le soutien financier de l’infrastructure américaine en Allemagne. 6. L’administration américaine a tenté d’influencer Berlin en menaçant de retirer une grande partie de ses soldats. 7. La création du Fort Trump entraînerait le transfert d’une partie de l’armée américaine vers la Pologne. Cela signifierait un déclin de l’importance de l’Allemagne, qui cesserait d’être l’avant-poste le plus à l’Est de l’armée américaine déployé en Europe.

Cela obligera les décideurs allemands à faire des investissements militaires plus importants que ceux exigés par Trump afin de combler le « vide militaire » après le départ des troupes américaines. On peut s’attendre à ce que Berlin tente de bloquer l’idée de créer des installations militaires en Pologne, en voulant garder les troupes américaines chez elle. L’administration de Donald Trump envisageant de construire une base en Pologne a également un autre but. Washington veut influencer Berlin à abandonner le projet Nord Stream II et en même temps augmenter les importations de GNL en provenance des États-Unis.

Compte tenu des enjeux géopolitiques, la ligne séparant les intérêts de l’Occident et de la Russie ne longe plus la frontière occidentale allemande, mais elle s’est déplacée vers l’Est. L’importance des bases américaines dans ce pays n’est plus aussi grande qu’avant 1999, lorsque l’Allemagne était un pays frontalier de l’OTAN. Par conséquent, les Américains ne décideront pas d’augmenter les dépenses afin de maintenir leur armée dans une nouvelle installation européenne, et ils déplaceront une partie de leur équipement et de leur armée vers de nouveaux endroits à l’Est à travers l’Oder.

Le déplacement de la présence américaine permanente vers l’est, plus près de la frontière russe, ne rencontrera certainement pas l’approbation de Moscou. Nous attendons du Kremlin qu’il renforce sa présence militaire dans la région de Kaliningrad ainsi qu’en Biélorussie, ce qui incitera les pays d’Europe centrale et orientale à exiger un renforcement encore plus important du flanc est de l’OTAN. Cela déclenchera la spirale de la course aux armements et suscitera des suspicions mutuelles.

L’objectif des États-Unis est que l’UE reconnaisse la Russie comme un ennemi. L’acceptation de la rhétorique américaine par Paris, Berlin, Varsovie et d’autres capitales détériore les relations entre le Kremlin et l’Occident. Cela facilitera à son tour une augmentation des exportations américaines d’énergie, de technologie militaire et d’autres biens vers le Vieux Continent. Il en résulte que Bruxelles devrait se concentrer sur des problèmes imaginaires, alors qu’elle devrait se concentrer sur les affrontements en matière d’immigration de masse et de questions démographiques.

Les États-Unis tentent de construire un partenariat contre le « comportement agressif » de la Russie 8 afin d’accroître réellement leur présence en Europe centrale. Des pays comme la Pologne sont la monnaie d’échange de Trump dans les négociations avec l’Allemagne et la Russie. Washington creuse un fossé entre les pays concernés. Ceci, d’autre part, aide à réaliser les objectifs américains aux dépens du Vieux Continent. La demande omniprésente de sanctions et le déplacement des Américains vers l’Est accentuent le contraste économico-politique entre les pays mentionnés, ce qui pourrait conduire à une nouvelle guerre froide.

Notes

La Pologne n’est peut-être pas prête pour « Fort Trump » selon le chef de l’armée américaine, France24 2018-09-19 ↩
Le Pentagone examine un terrain en Pologne après l’offre de la base Fort Trump, The Washington Examiner 2018-09-24 ↩
Les alliés européens paient 2,5 milliards de dollars US par an pour y maintenir des troupes, PolitiFact 2018-07-12 ↩
La Pologne accueille des milliers de soldats américains lors de la démonstration de force de l’OTAN, CNN 2017-01-14 ↩
Trump exige que l’Allemagne paie pour la protection américaine, Stars and Stripes, 2017-03-18 ↩
Des Allemands irrités par les demandes de soutien financier pour les bases américaines, Stars and Stripes, 2017-02-02-02 ↩
Les États-Unis évaluent le coût du maintien des troupes en Allemagne dans les batailles de Court-Circuit avec l’Europe, The Washington Post 2018-06-29 ↩
La Pologne ne sera pas en mesure de faire face à la crise aux États-Unis, Die Welt 2018-09-19 ↩

L’heure du marteau

Posted: 29 Oct 2018 06:03 AM PDT
Article original de James Howard Kunstler, publié le 12 octobre 2018 sur le site kunstler.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

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On dirait que quelqu’un a jeté un chat mort sur la piste de luge de Wall Street pendant la nuit pour stopper temporairement la chute de 2000 points de l’indice Dow Jones – et une large sensation de chute libre sur d’autres indices boursiers, y compris dans d’autres pays. Une pause vendredi dans le carnage financier a donné aux « hedge funders » l’occasion de planter des pancartes « à vendre » le long des allées dans les Hamptons [Zones de vacances des riches new-yorkais, NdT], mais qui pourraient être les acheteurs ? Des « hedge funders » d’une autre planète, peut-être ? Vous pouvez compter la-dessus. Et pendant que vous y êtes, comment ça s’écrit, problème de liquidité ?

Bienvenue dans la zone de convergence de la longue urgence, où la loi de Murphy rencontre la loi des effets pervers et la loi des retours décroissants, les « Trois Amigos » de l’effondrement. C’est là que le fait d’être « réveillé » commence enfin à avoir un sens. À savoir, qu’il y a des choses plus importantes dans le monde que l’hystérie sexuelle comme, par exemple, la baisse de votre niveau de vie (et celui de tous ceux qui vous entourent).

La rencontre entre Kanye West et le président D.J. Trump a été une métaphore encore plus riche de la situation : deux « génies » autoproclamés se la pétant devant des caméras dans le bureau ovale, comme des enfants dans un bac à sable, sans une seule idée intelligible émergeant de la rencontre, et des adultes gênés qui se tenaient tous autour en prétendant que c’était un grand moment de l’histoire. Il fallait se demander quelle part de la fortune de Kanye était cachée dans la maison en flammes des actions des FAANG. Peut-être que ça a fait basculer son interrupteur bipolaire. Ou était-il même attentif à l’action des marchés derrière toutes ces démonstrations de virilité et les câlins avec Trump ? (Il avait son téléphone en main.) Pendant ce temps, M. Trump semblait traverser l’instant derrière son puissant bureau Resolute comme s’il s’était « réveillé » en réalisant que danser sur une bulle financière mondiale épique ne voulait pas vraiment dire être « en train de gagner ».

Si j’étais président, je déclarerais le 12 octobre Journée de la bêtise… plus grande. Plus personne n’aime Christophe Colomb, ce monstre génocidaire du privilège agonisant des hommes blancs. Le futur est en train de s’agrandir au moment où j’écris, un dernier tour d’horizon pour les salauds de l’OD corral, ce qui m’amène à la question : qui va se présenter lundi ? Personne, je le prédis. Et ensuite quoi ?

Le grand faux front des marchés financiers va recommencer à baisser influençant les élections de novembre, agitant les décombres de tout ce qui reste de l’industrie automobile et du marché immobilier. Les répercussions de la crise seront décrites comme le début d’une récession qui se fait attendre depuis longtemps, mais il s’agira en fait de quelque chose de bien pire, qui n’est pas près de s’arrêter.

Le Parti démocrate n’est peut-être pas assez agile pour tirer parti de la disparition soudaine du capital. Leur seul espoir jusqu’à présent a été d’obtenir le vote de toutes les Américaines, afin d’augmenter leur électorat constitué des victimes enflammées et lésées par des injustices non fondées. C’était amusant de jouer ces cartes, et le Parti ne sait peut-être même pas comment jouer à un jeu différent à ce stade. Les politiciens démocrates peuvent aussi faire partie de ceux qui voient leur valeur nette augmenter dans les vapeurs d’essence de l’effondrement des marchés, les laissant trop engourdis pour agir. La dernière fois qu’une telle chose s’est produite, à l’automne 2008, le candidat Barack Obama savait à peine quoi dire de la chute de Lehman Brothers et de la cascade de misère qui a suivi – bien qu’il soit déjà un otage de Wall Street à l’insu des électeurs.

Pour compliquer les choses cette fois-ci, il y aura le chaos déclenché au niveau de la politique intérieure et du gouvernement lorsque le mélodrame de la « collusion russe » qui dure depuis longtemps se transformera en une série d’accusations contre les acteurs de la communauté des services secrets et du ministère de la Justice ET du Comité national démocratique, et peut-être même avec le dernier porte-drapeau du Parti, Hillary Clinton, pour avoir fait de l’affaire Russe et des collusions annoncées, une opération de sédition. Les rouages de la loi tournent lentement, mais ils tourneront même lorsque les marchés financiers seront par terre. Et la menace pour l’ordre public pourrait être si grande qu’il faudrait déclarer un « état urgence » sans précédent, avec des soldats dans les rues de Washington, comme ce fut malheureusement le cas en 1861, la première fois que le pays a été sens dessus dessous.

Too much magic : L’Amérique désenchantée

James Howard Kunstler

Pour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statis

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