Vers où va-t-on ? La communauté du renseignement américain conduit vers l’effondrement

Vers où va-t-on ?

La communauté du renseignement américain conduit vers l’effondrement

Posted: 01 Aug 2018 12:03 AM PDT
Article original de Dmitry Orlov, publié le 24 juillet 2018 sur le site Club Orlov
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Dans les États-Unis d’aujourd’hui, le terme « espionnage » n’est pas utilisé en dehors de certains contextes spécifiques. On parle encore sporadiquement d’espionnage industriel, mais en ce qui concerne les efforts des Américains pour comprendre le monde au-delà de leurs frontières, ils préfèrent le terme « intelligence ». Cela peut être un choix intelligent ou non, selon la façon dont vous regardez les choses.

Tout d’abord, les « services de renseignements » américains ne sont que vaguement liés au jeu de l’espionnage tel qu’il a été traditionnellement joué, et tel qu’il est encore joué par des pays comme la Russie et la Chine. L’espionnage implique la collecte et la validation d’informations stratégiquement vitales et leur transmission aux seuls décideurs pertinents de votre côté tout en gardant cachés le fait que vous les collectez et les validez à tous les autres.

Dans le passé, un espion, s’il était découvert, essayait de mordre dans une capsule de cyanure ; de nos jours, la torture est considérée comme un acte de cruauté, et les espions attrapés doivent attendre patiemment d’être échangés dans un échange d’espions. Une règle de bon sens, non écrite, sur les échanges d’espions, c’est qu’ils sont faits discrètement et que ceux qui sont relâchés ne sont plus approchés parce que cela compliquerait la négociation de futurs échanges d’espions. Ces dernières années, les agences de renseignement américaines ont décidé que la torture des prisonniers était une bonne idée, mais elles ont surtout torturé des spectateurs innocents, pas des espions professionnels, les forçant parfois à inventer des choses comme Al Qaïda, avant que les renseignements américains ne le popularisent en tant que marque parmi les terroristes islamiques.

Plus récemment, les « services spéciaux » britanniques, qui sont une sorte de Mini-Moi du Docteur Denfer qu’est l’appareil de renseignement américain, ont jugé bon d’interférer avec un de leurs propres espions, Sergei Skripal, un agent double qu’ils ont fait sortir d’une prison russe dans un échange d’espions. Ils l’ont empoisonné à l’aide d’un produit chimique exotique et ont ensuite tenté de rejeter la faute sur la Russie sans aucune preuve. Il n’y aura probablement plus d’échange d’espionnage britannique avec la Russie, et les espions britanniques travaillant en Russie devraient probablement se faire délivrer de bonnes capsules de cyanure démodées (puisque les Britanniques conservent du Novichock supposément super-puissant dans leur laboratoire « secret » à Porton Down mais qui ne fonctionne pas correctement car il n’est mortel que 20% du temps).

Il existe une autre règle de bon sens, non écrite, sur l’espionnage en général : quoi qu’il arrive, tout doit être tenu à l’écart des tribunaux, car le processus judiciaire obligerait l’accusation à divulguer des sources et des méthodes. Une alternative est de tenir des tribunaux secrets, mais comme ils ne pourraient pas être vérifiés de manière indépendante selon le processus et les règles de preuve, ils n’ajoutent pas beaucoup de valeur au processus.

Une norme différente s’applique aux traîtres ; ici, les envoyer devant les tribunaux est acceptable et sert un but moral élevé, puisque la source est la personne sur le banc des accusés et la méthode – la trahison – peut être divulguée sans dommage. Mais cette logique ne s’applique pas aux bons espions professionnels qui font simplement leur travail, même s’ils s’avèrent être des agents doubles. En fait, quand le contre-espionnage découvre un espion, la chose professionnelle à faire est d’essayer de le recruter comme agent double ou, à défaut, d’essayer d’utiliser l’espion comme un canal pour injecter de la désinformation.

Les Américains ont fait de leur mieux pour enfreindre cette règle. Récemment, l’avocat spécial Robert Mueller a inculpé une douzaine d’agents russes travaillant en Russie pour avoir piraté le serveur de courrier de la DNC et envoyé les courriels à Wikileaks. Pendant ce temps, ce serveur est introuvable (il a été égaré) alors que les horodatages sur les fichiers publiés sur Wikileaks montrent qu’ils ont été obtenus en copiant sur une clé USB au lieu de les envoyer sur Internet. Ainsi, c’était une fuite, pas un hack, et cela n’aurait pas pu être fait par quiconque travaillant à distance depuis la Russie.

De plus, c’est un exercice futile pour un fonctionnaire américain d’inculper des citoyens russes en Russie. Ils ne seront jamais jugés devant un tribunal américain en raison de la clause suivante dans la Constitution russe : « 61.1 Un citoyen de la Fédération de Russie ne peut pas être expulsé de Russie ou extradé vers un autre État ». Mueller peut convoquer un groupe de travail pour interpréter cette phrase, ou il peut juste la lire et pleurer. Oui, les Américains font de leur mieux pour briser la règle non écrite qui consiste à empêcher les espions d’être traînés devant les tribunaux, mais faire de leur mieux est loin d’être suffisant.

Cela dit, il n’y a aucune raison de croire que les espions russes n’auraient pas pu pirater le serveur de messagerie DNC. Il fonctionnait probablement sous Microsoft Windows, et ce système d’exploitation a plus de trous qu’un bâtiment dans le centre-ville de Raqqa, en Syrie, après que les Américains eurent bombardé cette ville en la transformant en un tas de ruines, tuant aussi beaucoup de civils. Interrogé sur ce prétendu piratage par Fox News, Poutine (qui avait travaillé comme espion dans sa carrière précédente) a eu du mal à garder un visage impassible et a clairement apprécié le moment. Il a souligné que les courriels piratés/divulgués montraient un schéma d’actes répréhensibles : les fonctionnaires de la DNC ont conspiré pour voler la victoire électorale à la Primaire Démocratique à Bernie Sanders, et après que cette information ait été divulguée, ils ont été contraints de démissionner. Si le piratage russe a eu lieu, ce sont les Russes qui ont tenté de sauver la démocratie américaine. Alors, où est la gratitude ? Où est l’amour ? Oh, et pourquoi les cadres de la DNC ne sont pas en prison ?

Puisqu’il existe un accord entre les États-Unis et la Russie pour coopérer dans les enquêtes criminelles, Poutine a offert aux américains d’interroger les espions mis en accusation par Mueller [en Russie, Ndt]. Il a même proposé à Mueller de participer à la procédure. Mais en échange, il voulait interroger des responsables américains qui auraient aidé et encouragé un criminel condamné du nom de William Browder, qui doit purger une peine de neuf ans en Russie, condamné par contumace, et qui, soit dit en passant, a donné de copieuses quantités de son argent mal acquis à la campagne électorale Hillary Clinton. En réponse, le Sénat américain a adopté une résolution pour interdire aux Russes d’interroger les responsables américains. Et au lieu d’émettre une demande valide pour que les douze espions russes soient interrogés [en Russie, NdT], au moins un fonctionnaire américain a fait la demande étonnamment stupide de les faire venir aux États-Unis à la place. Encore une fois, quelle partie de 61.1 ne comprennent-ils pas ?

La logique des responsables américains peut être difficile à suivre, mais seulement si nous adhérons aux définitions traditionnelles de l’espionnage et du contre-espionnage – « intelligence » dans le langage américain – qui est de fournir des informations validées afin de prendre des décisions éclairées sur les meilleurs moyens pour défendre le pays. Mais tout cela prend tout son sens si nous renonçons à appliquer des notions aussi étranges et acceptons la réalité de ce que nous pouvons réellement observer : le but de « l’intelligence » américaine n’est pas de trouver ou de travailler avec des faits mais simplement de « remuer la merde ».

Les « renseignements » fournis par les agences de renseignement américaines peuvent être de tous ordres ; en fait, plus c’est bête, mieux c’est, parce que leur but est de permettre à des gens sans intelligence de prendre des décisions inintelligentes. En fait, ils considèrent que les faits sont néfastes – qu’il s’agisse d’armes chimiques syriennes ou de conspiration pour voler la victoire lors de la primaire de Bernie Sanders, ou d’armes de destruction massive irakiennes, ou d’Oussama Ben Laden – parce que les faits exigent précision et rigueur alors qu’eux préfèrent se vautrer dans le royaume du pur fantasme et de la fantaisie. En cela, leur objectif réel est facilement discernable.

L’objectif des services de renseignement américains est d’aspirer toute la richesse restante des États-Unis et de ses alliés pour s’en emparer autant que possible tout en prétendant la défendre contre les agresseurs fantômes en gaspillant des ressources financières inexistantes dans des opérations et des systèmes d’armes militaires inefficaces et hors de prix. Là où les agresseurs ne sont pas des fantômes, ils sont spécialement organisés dans le but d’avoir quelqu’un à combattre : des terroristes « modérés » et ainsi de suite. Une avancée majeure dans l’état de l’art a été de passer de véritables opérations sous faux-drapeaux, comme avec le 9/11, à de fausses opérations sous faux-drapeaux, comme les « attaques chimiques » en Syrie (depuis discréditées). L’histoire de l’ingérence électorale russe est peut-être la dernière étape de cette évolution : aucun gratte-ciel new-yorkais ou enfant syrien n’a été blessé lors de l’élaboration de ce faux récit, et ce récit peut être maintenu vivant uniquement à force de battements de lèvres. C’est maintenant une escroquerie de confiance pure. Si vous n’êtes pas assez impressionné par leurs récits inventés, alors vous êtes un théoricien de la conspiration ou, dans la dernière révision, un traître.

Trump a récemment été interrogé quant à savoir s’il faisait confiance aux renseignements américains. Il a botté en touche. Une réponse badine aurait été :

« Quel genre d’idiot êtes-vous pour me poser une question aussi stupide ? Bien sûr, ils mentent ! Ils ont été surpris en train de mentir plus d’une fois et, par conséquent, ils ne peuvent plus être dignes de confiance. Pour prétendre qu’ils ne mentent pas, vous devez déterminer quand ils ont cessé de mentir et s’ils n’ont pas menti depuis. Et cela, sur la base des informations disponibles, est une tâche impossible. »

Une réponse plus sérieuse et plus concrète aurait été :

« Les agences de renseignement américaines ont fait une déclaration scandaleuse : que je me suis associé avec la Russie pour truquer les résultats de l’élection présidentielle de 2016. Le fardeau de la preuve est sur eux. Ils doivent encore prouver leur cas devant un tribunal, qui est le seul endroit où l’affaire peut légitimement être réglée, si elle peut d’ailleurs être réglée. Jusqu’à ce que cela se produise, nous devons traiter leur revendication comme une théorie du complot, pas comme un fait. »

Et une réponse plus « pince-sans-rire » aurait été :

« Les services de renseignement américains ont juré de faire respecter la Constitution américaine, selon laquelle je suis leur commandant en chef. Ils me rapportent à moi, pas moi à eux. Ils doivent être loyaux envers moi, pas moi envers eux. S’ils me sont déloyaux, alors c’est une raison suffisante pour leur renvoi. »

Mais un tel dialogue réaliste et terre-à-terre semble possible. Tout ce que nous entendons sont de fausses réponses à de fausses questions, et le résultat est une série de décisions erronées. En se basant sur de faux renseignements, les États-Unis ont passé presque tout ce 21ème siècle dans des conflits très coûteux et finalement futiles. Grâce à leurs efforts, l’Iran, l’Irak et la Syrie ont formé un croissant continu d’États alignés religieusement et géopolitiquement avec la Russie. En Afghanistan, les talibans repartent au combat et luttent contre ISIS, une organisation qui s’est unifiée grâce aux efforts américains en Irak et en Syrie.

Le coût total des guerres de ce siècle pour les États-Unis serait de 4 575 610 429 593 $. Divisé par les 138 313 155 Américains qui produisent des déclarations de revenus (la fait qu’ils paient réellement une taxe est une question trop subtile), cela équivaut à un peu plus de 33 000 $ par contribuable. Si vous payez des impôts aux États-Unis, c’est votre facture jusqu’à présent pour les diverses « peaux de bananes » du renseignement américain.

Les 16 agences de renseignement américaines ont un budget combiné de 66,8 milliards de dollars, et cela semble beaucoup jusqu’à ce que vous réalisiez à quel point elles sont extrêmement efficaces : leurs « erreurs » ont coûté au pays près de 70 fois leur budget. Avec un effectif de plus de 200 000 employés, chacun de ces employés a coûté en moyenne 23 millions de dollars aux contribuables américains. Ce nombre est totalement hors norme ! Le secteur de l’énergie a les plus hauts revenus par employé, environ 1,8 million de dollars. Valero Energy se démarque avec 7,6 M $ de revenu par employé. À 23 millions de dollars, la communauté du renseignement américain a fait trois fois mieux que Valero. Chapeau ! Cela fait de la communauté du renseignement américaine de loin le meilleur guide vers un effondrement le plus efficace possible.

Il y a deux hypothèses possibles pour expliquer pourquoi c’est ainsi.

Tout d’abord, nous pouvons supposer que ces 200 000 personnes sont extrêmement incompétentes et que les fiascos qu’elles précipitent sont accidentels. Mais il est difficile d’imaginer une situation où des personnes grossièrement incompétentes parviendraient néanmoins à injecter 23 millions de dollars, en moyenne, dans un assortiment d’aventures futiles de leur choix. Il est encore plus difficile d’imaginer que de tels incapables seraient autorisés à magouiller d’une décennie à l’autre sans être virés pour leurs erreurs.

Une autre hypothèse, beaucoup plus plausible, est que la communauté du renseignement américain a fait un excellent travail de mise en banqueroute pour amener le pays vers un effondrement financier, économique et politique en l’obligeant à s’engager dans une série interminable de conflits coûteux et futiles, le plus grand larcin étalé sur une si longue période que le monde ait jamais connu. Comment cela peut-il être une chose intelligente à faire dans votre propre pays et pour toute définition imaginable de « l’intelligence », je vous laisse y réfléchir par vous-même. Pendant que vous y êtes, vous voudrez peut-être aussi trouver une meilleure définition de « trahison » : quelque chose de mieux que « une attitude sceptique envers les affirmations absurdes et non fondées faites par ceux qui sont connus pour être des menteurs perpétuels ».

Les cinq stades de l’effondrement
Dmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

La dépendance de la dette américaine en fait une cible économique facile

Posted: 31 Jul 2018 11:59 PM PDT
Article original de Brandon Smith, publié le 20 juin 2018 sur le site alt-market.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Il existe une tactique de dénégation classique que beaucoup de gens utilisent lorsqu’ils sont confrontés à des faits négatifs sur un sujet auquel ils ont un attachement personnel. Je l’appellerais « déni de report » – ou un report psychologique de la réalité.

Par exemple, rappelez les fondamentaux sur l’économie américaine, par exemple que le chômage n’est pas inférieur à 4% comme le suggèrent les chiffres officiels, mais plus proche de 20% quand vous prenez en compte les 96 millions de personnes non comptées qui survivent sans prestations chômage. Ou rappelons que la véritable inflation supportée par les consommateurs aux États-Unis n’est pas de l’ordre de 3% comme le prétendent la Réserve fédérale et le Bureau of Labor Statistics, mais plus proche de 10% selon la façon dont le CPI était calculé avant que le gouvernement ne tripatouille les chiffres. Pour une grande partie du public, y compris beaucoup d’analystes économiques, il y a peut-être une acceptation momentanée du danger, mais ensuite un report immédiat : « Eh bien, peut-être que les choses vont empirer dans 10 ou 20 ans, mais ce n’est pas si mal aujourd’hui… »

C’est la dissonance cognitive dans sa grande pureté. L’économie est en déclin rapide maintenant, mais un esprit dans le déni dit « ça pourrait être pire », et c’est ainsi que vous obtenez des populations entières prises complètement au dépourvu par un krach financier. Ils auraient facilement pu voir les signes, mais ils voulaient désespérément croire que toutes les mauvaises choses n’arrivent que dans un futur illusoire, pas aujourd’hui.

Il y a aussi une autre tactique de dénégation que je vois souvent dans le monde politique et économique, que j’appelle le « remboursement ». C’est ce que font les gens quand ils ont un attachement partial à une personne ou à une institution et refusent de voir les terribles implications de leurs actions. Par exemple, quand nous soulignons que quelqu’un comme Donald Trump prend des décisions destructrices, comme le soutien continu d’Israël et de l’Arabie saoudite en Syrie et au Yémen, ou le rétablissement du financement pour les Casques blancs en Syrie liés à l’EI, les partisans de Trump diront souvent : « Eh bien, et Obama ? ».

C’est un jeu à responsabilité changeante. Une personne est-elle pire que l’autre ? Peut-être. Je dis qu’on peut lui donner du temps et prendre des notes. Cependant, les décisions négatives d’un politicien que nous n’aimons pas ne diminuent pas les décisions négatives d’un autre politicien que nous pourrions aimer. Ils devraient tous les deux être tenus pour responsables.

Il en va de même pour les pays et les économies. Quand un analyste souligne que la dette américaine est à des niveaux historiques et qu’elle est totalement insoutenable, les gens dans le déni diront : « Mais qu’en est-il de la Chine ou de l’Europe ? » On ne nie pas l’autre et, bien sûr, il y a des différences qui rendent la situation aux États-Unis beaucoup plus tendue.

Je parle principalement de la dépendance sans fin de l’Amérique à l’égard du statut de réserve mondiale du dollar américain et, au-delà, de l’expansion constante de la dette à des taux d’intérêt bas au cours de la dernière décennie.

La Réserve fédérale, cette fois l’acheteur n°1 de la dette américaine, a pour l’essentiel déclaré couper son soutien et a commencé à organiser la revente des actifs de son bilan. Les seuls actifs que la Fed semble maintenir sont les Mortgage Backed Securities (MBS). Tous les autres sont coupés, y compris les bons du Trésor. L’économie américaine est inexorablement attachée à l’idée que notre dette du Trésor est un investissement sûr, avec une dette nationale supérieure à 21 000 milliards de dollars et des milliers de milliards de dollars supplémentaires dus aux programmes d’admissibilité, selon la façon dont vous calculez les dépenses. Ils sont un besoin vital des investissement étrangers dans la dette américaine.

Mais que se passe-t-il lorsque l’investissement dans la dette américaine devient politiquement peu recommandable ? Considérez l’escalade actuelle de la guerre commerciale. Par le passé, de nombreuses têtes parlantes pro-dollar et leader d’opinion ont soutenu qu’aucune nation n’aurait le courage de vendre massivement des actifs libellés en dollars et risquer la colère de la « puissance économique » américaine. Mais, nous avons déjà vu la Russie revendre la moitié de ses avoirs en un seul mois et la guerre commerciale ne fait que commencer.

L’action de la Russie est-elle un signe des choses à venir ? Est-ce que d’autres pays comme la Chine vont suivre la même stratégie ? Nous devrons attendre et voir, mais je crois que c’est le résultat inévitable de la guerre commerciale si elle traîne pour le reste de l’année.

La nature dépendante de l’Amérique, se nourrissant de l’investissement étranger pour soutenir ses dettes, est une catastrophe qui attend de se produire. Le concept de « relance » économique est risible jusqu’à ce que cette question soit abordée. Et entrer dans une guerre commerciale tout en ignorant cette faiblesse flagrante est stupide, c’est le moins qu’on puisse dire.

Au-delà de la question de la dette publique (des contribuables), n’oublions pas les sociétés et les consommateurs américains. La dette des entreprises américaines exprimée en pourcentage du produit intérieur brut se situe à des niveaux historiques jamais vus depuis la bulle immobilière de 2008 ou la bulle Internet de 2001. Il existe cependant une nette différence qui rend la bulle d’aujourd’hui beaucoup plus insidieuse. Après des années de taux d’intérêt proches de zéro, les entreprises sont devenues dépendantes de la dette bon marché. Tellement qu’elles ont emprunté sans arrêt pour soutenir leurs propres actions en manipulant le niveau des actions. Mais maintenant la Fed relève les taux d’intérêt et s’est engagée à augmenter les hausses à l’avenir.

Alors, que vont faire les entreprises alors que la dette bon marché se tarira ? Jusqu’à présent, elles dépensent la majorité de leur réduction d’impôt offerte par Trump à essayer de soutenir artificiellement les marchés. Lorsque cet argent sera épuisé (et je crois que ce sera beaucoup plus rapide que ne le pensent les médias dominants), la dette existante de ces entreprises coûtera beaucoup plus cher à financer, et les emprunts futurs au même rythme deviendront impossibles. C’est une menace qui se développe maintenant, pas dans un avenir lointain.

En fin de compte, les entreprises devront réduire considérablement leurs dépenses plutôt que d’emprunter. Cela signifie des licenciements collectifs, des fermetures de magasins et des réductions potentielles des retraites. Et, bien sûr, plus de rachats d’actions, ce qui signifie un effondrement du marché.

Qu’en est-il du consommateur américain ? La dette des consommateurs américains devrait atteindre de nouveaux sommets d’ici la fin de l’année ; environ 4 000 milliards de dollars selon les estimations officielles. Alors que la discussion se poursuit au sujet de la prétendue « pénurie de main-d’œuvre » aux États-Unis, une chose est claire : les emplois existants ne paient PAS des salaires qui suivent la véritable inflation. Lorsque nous constatons des pics dans les ventes au détail aux États-Unis et que c’est applaudi comme une reprise de l’économie, très peu d’analystes traditionnels soulignent que les ventes au détail plus élevées ne font que suivre une inflation plus élevée.

C’est-à-dire que les consommateurs dépensent plus d’argent pour moins de choses. Encore une fois, ce n’est pas viable, c’est pourquoi la dette des consommateurs explose. La dépendance à l’égard des cartes de crédit et des prêts est utilisée par la population pour compenser des coûts beaucoup plus élevés. Mais comme la Fed relève les taux d’intérêt, cela finira aussi. Les taux plus élevés de la Fed se traduisent par des taux de crédit plus élevés ainsi que par des taux hypothécaires plus élevés (indirectement). Avec des paiements d’intérêt plus élevés vient une grande baisse dans les dépenses globales.

Comme vous pouvez le voir, il y a au moins deux forces à l’œuvre ici qui finiront par parler de relance américaine et qui saperont toute notion de force économique – la première est la guerre commerciale, qui est une distraction massive pour détourner l’attention des actions des banques internationales et des banques centrales. La deuxième est la Réserve fédérale, qui a accroché le pays à un régime de monnaie bon marché et qui maintenant retire la drogue. Nous pouvons nous tromper en pensant que cette tendance restera lente ou qu’elle ne se transformera pas en accident à court terme. Nous ne pouvons pas non plus nous cacher derrière d’autres pays comme la Chine ou ceux d’Europe, comme si leurs problèmes étaient en quelque sorte plus graves et que par conséquent les nôtres ne sont pas une source de préoccupation.

Le fait que la santé de l’économie américaine repose inexorablement sur la demande étrangère continue pour le dollar et la dette du Trésor signifie que toute réduction du statut de réserve mondiale du dollar ou du pétro-statut, ou toute baisse des achats de trésorerie, affectera directement l’image de l’Amérique comme un système stable. Sans une résurgence soudaine et agressive de la production et de l’innovation nationales, l’Amérique n’a pas de filet de sécurité au cas où notre dépendance à la dette serait utilisée contre nous.

L’argument selon lequel la banque centrale peut intervenir à tout moment pour monétiser cette dette et réduire le danger est également illusoire. Cela suppose d’abord que la Fed VEUT réduire le danger. Je crois qu’ils veulent que le danger augmente, pas qu’il diminue. La monétisation de la dette a également l’avantage supplémentaire de générer encore plus d’inflation, les investisseurs étrangers retournant leurs actifs libellés en dollars aux États-Unis. La monétisation est un poison, pas un remède.

La crise est ici, maintenant. Voir et accepter cela nous permet de nous préparer en conséquence. La nier comme insignifiante place les gens comme victimes de leur propre parti pris et de leur ignorance.

Brandon Smith

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