Vers où va-t-on ? Flash info! La troisième guerre mondiale est enfin terminée! L’individualisme comme facteur de risque Trouver refuge dans la folie

Vers où va-t-on ?

Flash info! La troisième guerre mondiale est enfin terminée!
L’individualisme comme facteur de risque
Trouver refuge dans la folie

Flash info! La troisième guerre mondiale est enfin terminée!

Posted: 25 Jul 2018 01:40 AM PDT
Article original de Dmitry Orlov, publié le 16 juillet 2018 sur le site Club Orlov
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Palmier Encoberto

À l’insu de tous, la troisième guerre mondiale fait rage depuis près de trois décennies, depuis l’effondrement du mur de Berlin. Elle a été précédé par la Guerre froide, qui a pris fin lorsque Mikhaïl Gorbatchev a capitulé face à l’Ouest, provoquant la dissolution du Pacte de Varsovie dans la confusion. En dépit de sa capitulation, l’Occident n’a jamais abandonné son plan de détruire le Pacte de Varsovie avec certaines parties de l’ex-URSS, puis de conquérir et démembrer la Russie elle-même. En l’absence de toute menace militaire à l’Est, l’OTAN, avec son jumeau parasite, l’Union européenne, s’est implacablement étendue vers l’Est, engloutissant pays après pays. Elle a maintenant conquis l’ensemble du Pacte de Varsovie, plus la Moldavie et les trois minuscules États baltes, et elle se lance maintenant vers d’autres espaces de l’ex-URSS : l’Ukraine, la Géorgie et l’Arménie. La raison pour laquelle presque personne en Occident ne se rend compte que la troisième guerre mondiale a eu lieu est que l’Occident a subi un effondrement mental aussi profond que l’effondrement physique de l’URSS. La Russie s’est remise de son effondrement ; l’Occident ne le fera probablement jamais.

Bien que l’Occident prétende lutter contre la Russie, c’est un pur fantasme. La posture défensive de la Russie est telle qu’aucune stratégie militaire contre elle n’est même planifiable. La doctrine militaire russe stipule qu’il n’y aura plus de guerres sur le sol russe : si elle est envahie, elle livrera immédiatement le combat à l’ennemi en utilisant des armes de précision à longue portée, y compris à portée intercontinentale. Elle stipule également que la Russie répondra à toute menace existentielle en utilisant des armes nucléaires si besoin est. Et donc le Pentagone, avec l’OTAN en remorque, ne rêve même plus d’attaquer la Russie. Ce rêve était vivant à un moment donné, quand les États-Unis ont cru possible d’éliminer la capacité de dissuasion nucléaire de la Russie en utilisant une première frappe nucléaire, mais depuis lors, la Russie s’est réarmée avec des armes plus avancées que les États-Unis. Le rêve est maintenant mort.

Au lieu de cela, l’effort consiste à « contrer une agression russe » qui n’existe pas. La Russie n’est simplement pas intéressée à envahir qui que ce soit ; elle a déjà toutes les terres et toutes les ressources naturelles dont elle pourrait avoir besoin. Après s’être réarmée et avoir fait ses preuves en Syrie, la Russie réduit maintenant ses dépenses de défense en faveur de programmes nationaux qui profiteront à sa population. Comparez cela aux dépenses de défense aux États-Unis et dans le reste de l’OTAN : elles établissent de nouveaux records. Clairement, l’Occident ne combat pas la Russie. Il se bat contre lui-même, et par conséquent, il va, par définition, à la fois perdre et gagner, en même temps. Avec ses dépenses militaires – de loin les plus importantes et le plus insensées du monde – les États-Unis se sont engagés dans la voie de la désagrégation financière, comme l’URSS auparavant.

Tout en prétendant combattre la Russie, l’Occident a attaqué et détruit des pays du monde entier – la plupart du temps avec beaucoup de succès, mais à quelques exceptions près. L’Afghanistan, l’Irak et la Libye sont maintenant en ruines. Ce succès est quelque peu tempéré partout où la Russie devient tangentiellement impliquée ; dans ces cas, le résultat inévitable est un état fragmenté et semi-défunt : l’Ukraine moins le Donbass et la Crimée, la Géorgie moins l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud et le prix dément de la province d’Idlib (la réserve à Gremilins désignée) moins le reste de la Syrie. Partout où les Occidentaux empiètent sur les intérêts russes, ouvertement et violemment ou par la boxe de l’ombre, la Russie impose facilement des lignes rouges que l’Occident n’ose pas affronter.

La seule sorte de guerre « chaude » entre l’Occident et la Russie (qui n’est vraiment que tiède) est dans le domaine des sanctions économiques, et la Russie en est très reconnaissante. Ces sanctions ont été très utiles pour stimuler le remplacement des importations, pour donner un élan nécessaire à la dédollarisation et pour développer des alternatives à la finance occidentale, tandis que les contre sanctions contre les exportations agricoles de l’UE ont stimulé l’agriculture russe. Depuis que les sanctions ont été imposées sur l’insistance des États-Unis, tout en nuisant largement aux pays de l’UE, elles ont contribué à désunir l’Occident. En vérité, la Russie ne pouvait pas demander un meilleur ennemi : impressionnant seulement sur le papier et toujours désireux de marquer contre son camp.

Mais toutes les bonnes choses doivent finalement prendre fin, et même la troisième guerre mondiale ne peut pas durer éternellement. Cette prise de conscience s’impose lentement, entraînant un comportement de trahison au sein du camp occidental alors que les différents États récemment conquis commencent à se retourner vers Moscou. Le président moldave, Dodon, a déclaré que son adhésion à l’UE ne mettrait pas en péril ses bonnes relations avec la Russie. La révolution colorée des manuels scolaires en Arménie a conduit le nouveau président soi-disant pro-occidental à se précipiter pour rassurer tout le monde sur le fait que l’Arménie restera un allié fidèle de la Russie, nonobstant les accords de coopération de l’UE.

Pendant ce temps, à travers l’océan Atlantique, les divers plans financiers frauduleux qui ont permis aux États-Unis, avec l’OTAN en remorque, de se noyer dans l’oubli, montrent des signes d’effondrement. Les barrières douanières appliquées aux pays avec lesquels les États-Unis accusent des déficits commerciaux obligeront la production à se tourner vers les producteurs nationaux. Mais il y a une raison pour laquelle ces produits ont été importés : les États-Unis sont un producteur relativement coûteux. Ramener la production au pays va donc entraîner de l’inflation. Et comme une grande partie de la dette américaine est indexée sur l’inflation, les paiements d’intérêts vont rapidement engloutir le budget fédéral. La seule solution est que les États-Unis commencent à augmenter encore plus rapidement leur dette, mais alors la dédollarisation va progresser à travers le monde et la demande pour la dette américaine sera en baisse.

Ce manque à gagner imminent dans les dépenses de défense peut-il être compensé ailleurs ? Eh bien non ; la France et l’Allemagne – les pays qui constituent le noyau de l’Imperium occidental – rejettent les demandes américaines d’augmentation des dépenses de défense, réalisant, malgré leur propre rhétorique, qu’il s’agit d’un gaspillage d’argent pur et simple. Il apparaît progressivement que les nouveaux systèmes d’armements défensifs et offensifs de la Russie ont rendu la plupart des armements occidentaux obsolètes et empêcheront les forces occidentales d’opérer dans les zones où ces nouvelles armes sont déployées. Par conséquent, ils sont en forte demande dans le monde entier. La Turquie, le deuxième membre de l’OTAN [par l’importance des troupes, NdT], cherche à acquérir plusieurs bataillons de systèmes de défense antiaérienne S-400, malgré les vives protestations américaines. L’Arabie saoudite, un allié américain convaincu, cherche à faire de même, ayant réalisé que les missiles Patriot de Raytheon qu’elle avait acquis sont pires qu’inutiles. En investissant plus d’argent dans les poches de Raytheon, Lockheed Martin, Boeing, BAE System ou d’autres entreprises de défense américaines, certains riches deviendront encore plus riches, mais cela ne rendra pas leurs produits plus abordables ou plus efficaces.

Pendant ce temps, l’OTAN continue d’avancer – une fuite en avant vers nulle part. L’OTAN est un mastodonte bureaucratique plus une poignée de soldats qui n’ont pas mené à bien une seule mission depuis des décennies. La bureaucratie se concentre sur la construction de l’Empire, toujours à la recherche de plus de points sur la carte à colorier, dans le but… d’ajouter à la taille de sa bureaucratie, bien sûr ! Mais il n’y a nulle part vers où l’OTAN puisse se développer une fois que les minuscules miettes du Monténégro et de la Macédoine auront été englouties. Ni l’Ukraine ni la Géorgie ne sont digestes puisque ces deux pays ne contrôlent même plus leurs propres territoires. En désespoir de cause, les bureaucrates de l’OTAN ont décidé de s’étendre… en Colombie, faisant de cette nation sud-américaine un « partenaire de l’OTAN ». Peut-être un changement de nom est-il en train de faire tomber le « N » ?

Ou peut-être est-il temps d’arrêter toute cette opération ? Mais comment ? La réponse est évidente : la troisième guerre mondiale doit se terminer par une victoire retentissante de l’Occident sur lui-même. La manière exacte de procéder est une question de propagande, mais comme en Occident la plupart des organisations médiatiques sont très peu nombreuses et largement contrôlées par la CIA, l’effort d’écriture de scénarios devrait être facile à organiser. Notez que la nouvelle réalité n’a pas besoin d’avoir quelque chose à voir avec la réalité réelle. Cela peut être une ruse transparente, comme « l’agression russe » (par laquelle la Russie est prête à envahir la Lituanie ou l’Estonie – une suggestion qui fait rire les Russes) ou l’idée que la Russie « a envahi » la Crimée ou l’Ukraine orientale. Les médias occidentaux mentent tous les jours, que ce soit sur les attaques chimiques syriennes ou sur les empoisonnements russes « hautement probables » au Novitchok en Angleterre. Les populations de l’Ouest sont déjà habituées à être trompées, ce serait donc plus ou moins la même chose.

Mais puisque l’Occident a combattu contre lui-même lors de cette troisième guerre mondiale, sa victoire sera aussi sa défaite. En effet, non seulement il est en train de perdre, mais il est également envahi – par des foules de migrants des différents pays qu’il a détruits, les ayant utilisés comme ennemis de substitution dans sa bataille fictive contre la Russie. Donnez-lui quelques décennies de plus, et à ce rythme, l’Occident ne sera plus, sa population à reproduction lente étant remplacée par les nouveaux venus beaucoup plus féconds. Les pays qui le composent se dissoudront dans une mer de migrants et ressembleront aux régions les plus peuplées du Tiers Monde. Cela rendra sans doute les Russes un peu tristes ; après tout, ils n’auraient pas pu demander un meilleur ennemi.

Les cinq stades de l’effondrement
Dmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

L’individualisme comme facteur de risque

Posted: 25 Jul 2018 12:19 AM PDT
Article original de Dmitry Orlov, publié le 12 juillet 2018 sur le site Club Orlov
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Les États-Unis attirent beaucoup de monde. En 2017, un million et demi de personnes ont immigré aux États-Unis, la plupart en provenance d’Inde, de Chine, du Mexique, de Cuba et des Philippines, dans cet ordre. Malgré une infrastructure désuète, un système éducatif défaillant qui se classe au 17e rang mondial, un système médical coûteux et inefficace, un système juridique qui est un labyrinthe impénétrable et de nombreux autres problèmes et insuffisances, les États-Unis sont toujours perçus comme attrayants, pas de manière générale mais pour un but précis : avoir une chance de gagner de l’argent. Dans une large mesure, à ce jour, le reste des pays du monde ont largement entamé leur part de richesse, laissant peu de gras à saisir facilement. Mais aux États-Unis, ces échecs mêmes offrent des occasions aux opportunistes nés à l’étranger.

Il y a actuellement près de 44 millions d’immigrants de première génération aux États-Unis, mais en tenant compte de toute l’immigration depuis le début de la colonisation européenne, 98% de la population est composée d’immigrants et de leurs descendants, et à l’exception d’un certain nombre d’exceptions (les Irlandais fuyant la famine, les juifs fuyant l’Holocauste), ils étaient tous des opportunistes qui sont venus pour saisir des chances.

Bien que beaucoup d’entre eux se soient accrochés à leurs propres tribus pendant une génération ou deux, reformant encore des enclaves ethniques, et sauf quelques exceptions notables (les juifs, les Arméniens, etc.), après quelques générations, la plupart d’entre eux sont devenus « américanisés », entremêlés par des mariages mixtes et ethniquement dénaturés. De toute évidence, les occasions qu’ils ont créées sont individuelles, pas des possibilités pour leurs groupes ethniques dans leur ensemble, et ceux qui vivent encore dans des enclaves ethniques, génération après génération, sont ceux qui ont le moins réussi. Ce processus a abouti à un pays extrêmement riche en individualistes opportunistes.

L’individualisme en tant que principe primordial est inscrit dans le document fondateur du pays – la Déclaration d’Indépendance, qui stipule que « tous les hommes sont créés égaux, qu’ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, parmi lesquels la Vie, la Liberté et la Poursuite du bonheur ». Bien sûr, certaines mises en garde sont immédiatement faites. Ce qui était entendu par « tous les hommes » était « tous les gentlemen propriétaires blancs ». Un droit essentiel a été omis, celui de posséder des biens, y compris des esclaves, peut-être parce que cela semblait trop évident pour être mentionné dans la définition de « tous les hommes » qui sont « créés égaux ».

Les droits individuels sont tout ce qu’il y a : il n’y a pas de droit des communautés, des tribus ou des nations ; il n’y a pas de droit de souveraineté, d’autodétermination, d’autonomie ou de sécession. Tout le monde est seul, seul contre le système entier. En outre, un effort important a été fait pour installer l’idéologie des droits individuels dans le cadre d’un système de valeurs universelles, et les « droits de l’homme » ont été utilisés à plusieurs reprises dans le monde entier pour dépouiller les autres nations du monde de leur souveraineté. Cela a permis à certains gentlemen propriétaires blancs de mieux affirmer leur droit tacite à la propriété, y compris la propriété d’autrui. Leur droit à la propriété semble « inaliénable », du moins jusqu’à ce que le marché boursier s’effondre et que le marché obligataire stagne.

Mais ces droits sont-ils vraiment « non aliénables » ? (Le mot anglais réel est « inaliénable » et signifie « incapable d’être pris ou donné »). La propriété est certainement aliénable : aux États-Unis, la police peut vous enlever votre propriété en utilisant ce qu’on appelle « la confiscation civile » sans vous arrêter ou vous accuser d’un quelconque crime. La police peut tirer sur vos animaux de compagnie sur un coup de tête. Les services de protection de l’enfance peuvent emmener vos enfants sans avoir à obtenir une ordonnance du tribunal. La vie est aliénable aussi : les États-Unis appliquent la peine de mort, et en 2017, le gouvernement a mis à mort 23 personnes par injection létale alors que la police en a abattu mortellement 987 de plus. La liberté est définitivement aliénable : les États-Unis ont la plus grande population carcérale par habitant au monde.

En dernier sur la liste, il y a « la poursuite du bonheur ». C’est toujours théoriquement possible : vous pouvez perdre vos biens par la confiscation civile, vos animaux de compagnie peuvent être abattus et vos enfants enlevés, puis vous pouvez être jetés en prison, mais vous pouvez toujours poursuivre le bonheur en étant assis dans votre cellule, par la méditation transcendantale je suppose. Ou vous pouvez simplement vous sentir misérable, comme toute personne normale le serait dans de telles circonstances, mais vous sentir généreusement désintéressé pour les autres qui ont un peu plus de chance dans l’exercice de leur droit individuel de poursuivre le bonheur. Bien sûr, un « individualiste désintéressé » est un peu un oxymore et, sans aucune possibilité de poursuivre le bonheur, un opportuniste individualiste a tendance à devenir aigri.

Laissant de côté quelques (dizaines de millions) de perdants endoloris, les États-Unis ne sont-ils pas encore la terre des chances, où les opportunistes peuvent et veulent poursuivre le bonheur, et le réaliser réellement ? Eh bien, pas vraiment. En fait, un grand nombre d’Américains non seulement ne souhaitent plus poursuivre le bonheur mais sont prêts à abandonner leur droit à la vie en se suicidant eux-mêmes. En moyenne, un citoyen américain se suicide toutes les 13 minutes. En 2016, il y a eu près de 45 000 suicides, soit plus de deux fois le taux de meurtres. Le suicide est la deuxième cause de décès chez les Américains de 15 à 34 ans.

Le taux de suicide aux États-Unis est de 16 pour 100 000, le plus élevé depuis la Grande Dépression. Il est toujours derrière la Lituanie, avec 32,7 pour 100 000, mais il rattrape son retard : selon la CDC, il a augmenté de 30% au cours de ce siècle et, dans certains États, il a augmenté de 58%. De plus, les surdoses d’opioïdes, qui ne sont pas considérées comme des suicides mais comme des morts accidentelles, ont triplé depuis le début de ce siècle.

Le groupe le plus à risque de suicide est celui des hommes blancs âgés de 45 à 64 ans : leur taux de suicide a augmenté de 63% depuis le début de ce siècle. C’est très inhabituel. Dans d’autres pays, ce sont les adolescents et les personnes âgées qui sont en tête. Le seul groupe qui fait encore pire que les hommes blancs d’âge moyen sont les femmes amérindiennes : leur taux de suicide a bondi de 89%. Deux groupes qui pourraient les rattraper à l’avenir sont les jeunes filles de 10 à 14 ans et les militaires : pour les deux, leur taux de suicide a triplé.

Il est possible de distinguer différents groupes à risque ; par exemple, les personnes souffrant de trouble bipolaire qui cherchent une aide psychiatrique se voient généralement prescrire des médicaments qui, parmi leurs autres effets secondaires, provoquent des pensées suicidaires. Mais la pandémie de suicides aux USA affecte les riches et les pauvres, les jeunes et les personnes âgées, les chômeurs et les personnes ayant un emploi rémunéré. Le problème n’est pas celui du résultat individuel mais du climat moral général du pays. Il n’a pas de valeur au-delà des droits individuels, mais l’exercice de ces droits individuels est devenu un exercice futile pour obtenir des résultats décents : un peu de dignité et de sécurité, une vie familiale stable, la capacité de subvenir aux besoins de ses enfants et pour préparer sa vieillesse.

Le contraire du rêve américain n’est pas un cauchemar, car il est possible de se réveiller d’un cauchemar. L’idéologie individualiste, associée à un désespoir total, équivaut à un arrêt de mort. Dans de telles circonstances (auxquelles la condition humaine n’est pas étrangère), il semble préférable d’être un Chinois, un Indien ou un Russe, dont le sens de soi est imprégné d’une profonde appréciation de son insignifiance complète et totale contrebalancée par l’incroyable pouvoir métaphysique accumulé au cours des siècles et des millénaires, d’un plus grand ensemble dont il fait partie.

Même si l’idéologie individualiste pouvait être détrônée du jour au lendemain, le pouvoir métaphysique du grand ensemble prendrait des siècles à se régénérer, car le processus qui l’anime – l’ethnogenèse – est assez lent et il faut plusieurs générations de sacrifices individuels pour assurer le succès du groupe, pour qu’il s’élève. Mais ce que nous pouvons observer est exactement le contraire : quelques succès individuels, présentés comme quelque chose pour lequel d’autres doivent se battre (mais qui se fondent sur la richesse) dans un contexte où les conditions s’aggravent constamment pour tous les autres. C’est le succès du groupe qui est sacrifié, sur divers autels – de la mondialisation, de la diversité, de l’équité, de l’égalité des sexes – et tous font partie du même culte qui vénère les droits individuels comme une valeur universelle.

Les cinq stades de l’effondrement

Dmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Trouver refuge dans la folie

Posted: 25 Jul 2018 12:16 AM PDT
Article original de Dmitry Orlov, publié le 10 juillet 2018 sur le site Club Orlov
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

La réalité peut être dure. « Les plans les mieux conçus des souris et des hommes souvent ne se réalisent pas », dit Robert Burns. Plus les plans sont ambitieux, plus les dieux se moquent de nous quand ils sont vains. Au fur et à mesure que notre lutte pour atteindre nos objectifs se durcit, notre conviction est que notre cause est juste, se pétrifiant dans une foi aveugle qui est imperméable aux faits contradictoires. Au lieu de réévaluer nos objectifs et de réexaminer notre stratégie, nous poussons simplement de plus en plus fort dans la même direction, en partant du principe que si la force brute ne fonctionne pas, c’est qu’elle n’est pas assez puissante.

Mais la façade apparemment impénétrable et à l’épreuve des faits cache derrière elle un organisme délicat et vulnérable : toute parole contraire qui passe à travers provoque une blessure ; chaque parcelle de vérité devient irritante. Au fur et à mesure que le rire des dieux se fait plus fort, nous fermons les yeux, nous nous bouchons les oreilles, et nous hurlons nos slogans sacrés à travers des amplificateurs réglés sur onze 1. Mais un moment arrive où la réalité de notre échec ne peut plus être ignorée, et alors il est temps pour une rupture, une rupture psychotique.

La transition du déni à la psychose peut ne pas être facilement détectable, mais elle est similaire à un changement de phase. Un changement de phase physique se traduit par une substance ayant des propriétés physiques différentes : vous pouvez marcher sur la glace, mais seul Jésus peut marcher sur l’eau, et même alors, seulement au figuré. De même, un changement de phase psychologique entraîne des individus et des populations entières à changer pour des propriétés psychologiques différentes.

Les gens qui sont dans le déni ne sont pas entièrement en dehors de la réalité consensuelle. Ils ne font que prendre une pause, mais restent des animaux semi-sociaux normaux et donc généralement conformistes : dès qu’ils verront qu’une masse critique de ceux qui les entourent sont sortis du déni, ils le feront aussi. En outre, beaucoup d’entre eux prétendront avoir été à l’avant-garde de cette nouvelle tendance passionnante, de peur d’être considérés comme des suiveurs. Leur chemin vers la réalité peut être envahi par les épines de leur ignorance délibérée et volontaire et semé d’embarras mineurs et majeurs, mais il existe.

Il n’en est pas de même pour les individus et les populations devenues psychotiques : ils habitent leurs propres royaumes imaginaires, et tout ce qui se passe dans le monde réel ne pénètre pas dans les leurs, sinon comme des bruits étouffés et des ombres mouvantes. Si la réalité les pousse trop fort, ils deviennent violents ou autodestructeurs, catatoniques ou hystériques. Pour eux, un chemin vers la réalité peut ne pas exister du tout. Mais comment pouvons-nous en être sûrs ? En regardant de l’extérieur, ils peuvent sembler relativement normaux et refuser simplement de prêter attention à des sujets qu’ils trouvent difficiles, inintéressants ou désagréables.

Certains – en particulier ceux qui sont obligés par leur situation de vivre dans la rue – peuvent avoir besoin d’aide chimique pour maintenir le pare-feu entre leur propre monde et le monde réel, et ils se soignent eux-mêmes à coups de drogues et d’alcool. Mais d’autres – ceux qui sont bien soignés et ont accès à un traitement médical – peuvent être parfaitement satisfaits de résider dans leurs propres domaines de fiction, séparément ou dans des groupes partageant les mêmes idées. Ils peuvent même être performants, avoir des capacités savantes et habiter des enclaves prospères.

Leurs problèmes psychologiques peuvent surgir s’ils ne sont pas suffisamment protégés – si les espaces sécuritaires qu’ils habitent ne sont pas suffisamment sûrs ou si leurs besoins de base ne sont pas suffisamment satisfaits ; mais tout cela se réduit à un seul problème: la qualité insuffisante des soins. Les sociétés les plus riches peuvent obscurcir plus complètement l’ampleur du problème : elles ont moins de gens qui dorment, sont en état d’ivresse permanente, et plus de gens vivant confortablement bercés par la pharmacopée. Dans les sociétés qui sont assez humaines pour prendre soin de leurs psychotiques, les rares cas observables en public ne sont qu’une partie de l’iceberg.

Un autre iceberg flottant est composé de ceux qui ne sont ni dans le déni ni psychotiques. La partie émergée de cet iceberg se compose principalement de ceux qui, grâce à une longue expérience, ont accumulé une abondance de connaissances sur le fonctionnement de divers domaines et disciplines ; qui ont la chance de ne plus être redevables des gardiens corporatifs, universitaires ou gouvernementaux du statu quo (par la retraite, la permanence académique ou l’indépendance financière) ; et qui ont un penchant pour dire la vérité. Grâce à Internet, les contrôleurs des médias n’ont plus la capacité de les réduire au silence alors que les gouvernements trouvent problématique de restreindre l’accès aux informations publiques ou d’interdire les expressions d’opinion, limitant leurs efforts aux questions de secret, de confidentialité et d’intention.

Mais alors que permettre aux gens de rester dans le déni (et de garder des espaces sécurisés sûrs pour les psychotiques) est une industrie majeure, informer les gens sur le véritable état du monde et ses perspectives ne l’est définitivement pas. C’est au mieux une petite industrie ou encore une activité artisanale. C’est parce que le déni se vend mieux : la réalité est dure, et il est toujours plus facile de vendre de beaux rêves que de tristes vérités. De plus, connaître de tristes vérités peut créer ses propres problèmes : nous sommes des animaux semi-sociaux qui aimons courir avec le troupeau, et le plus social d’entre nous peut devenir triste et solitaire quand le troupeau paît d’un côté d’un mur de déni alors que nous sommes de l’autre côté.

Quand finalement la réalité s’infiltre et que le rire des dieux sur notre folie conjointe devient assourdissant, nous pouvons être encouragés à voir ceux autour de nous sortir du déni, quelque peu honteux mais généralement amendables, ou nous pouvons être désespérés en réalisant que nous habitons parmi les psychotiques et que nous passeront le reste de nos jours à Bedlam. Il peut y avoir des moyens de savoir à l’avance dans quel camp vous allez plonger. Par exemple, dans les États-Unis d’aujourd’hui, vous pouvez en savoir beaucoup sur l’état mental de la population en posant aux gens une question simple: « Qui est votre président ? », si la réponse est un délire au sujet de la Russie, eh bien, vous avez votre réponse !

Les cinq stades de l’effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Lien
Cet article peut être avantageusement complété par cette récente note de lecture de Michel Drac sur un livre rédigé par un psychologue polonais confronté au système du Bloc de l’Est : l’étude de la genèse du mal, appliqué à des fins politiques.

Notes

Référence au film This is Spinal Tap. C’est une farce à propos d’un groupe de rock fictif dont les amplis customisés avaient un volume ajustable à 11 positions au lieu des 10 habituelles. Même puissance. Étant des idiots, ils pensaient que cela les f

Par défaut

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s