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septembre 11, 2018 par LHK
Economie espagnole: suite et fin. Par Nicolas Klein

(Source image: agefi.fr)

Au terme de ce long dossier, il apparaît que la crise économique de 2008 a durement touché l’Espagne et a eu de nombreuses répercussions dans le pays, forçant sa population à se passer dans une grande mesure de l’État afin de trouver les ressorts de croissance (et, plus prosaïquement, un emploi) qui permettent aujourd’hui au pays de rebondir. Certes, la baisse du « coût du travail », le bas prix du pétrole et l’euro bon marché ont aidé notre voisin ibérique à se relever après les coups durs subis durant près de dix ans. Néanmoins, il ne faudrait pas surestimer l’impact réel des réformes de José Luis Rodríguez Zapatero et Mariano Rajoy ni penser que seuls les facteurs extérieurs ont pu aider à ce redressement.

Les atouts industriels et le dynamisme exportateur de l’Espagne doivent eux aussi être analysés si l’on veut comprendre la forte croissance et la réduction du chômage des dernières années. L’émergence de ce pays comme acteur de poids au niveau mondial[1] a été contrariée par la crise mais rien ne dit qu’elle sera définitivement entravée. La formidable projection des multinationales espagnoles au niveau planétaire n’a pas toujours eu les conséquences souhaitées sur la richesse du pays mais elle lui a donné des cartes à jouer dans le contexte actuel[2]. Ce savoir-faire a également eu des conséquences positives dans le pays, par exemple pour la qualité de ses infrastructures[3].

Alors, la question se pose : la crise est-elle terminée en Espagne ? Pas tout à fait. Les soucis restent nombreux (abandon de la scolarité, taux de pauvreté, inégalités régionales ou de revenus, etc.)[4]. Les défis de l’exportation espagnole et, plus globalement, de son modèle productif sont légion et il faudra que les gouvernements en place ou à venir s’y attèlent sérieusement[5].

C’est à la faveur des déchirures du tissu social espagnol et de la longue crise que le pessimisme est durablement revenu outre-Pyrénées et que les citoyens ont commencé à avoir la sensation que jamais ils ne pourraient rejoindre le niveau de productivité et de richesse des autres Européens de l’Ouest. Réapparaissent ainsi les vieux discours sur la « stagnation séculaire » (estancamiento secular) de l’Espagne, pays qui aurait toujours été incapable de se moderniser et d’adopter les modalités politiques, économiques et culturelles en vigueur chez ses principaux voisins. Alors que certains commentateurs français s’interrogeaient jadis sur l’existence d’un « modèle espagnol »[6], beaucoup de journalistes espagnols se demandent à l’heure actuelle si leur nation pourra un jour dépasser le stade de l’économie low cost[7] – ce qui est un jugement sévère.

Il faut dire que l’obsession de l’Espagne ces trois derniers siècles réside dans une idée simple : rattraper les autres pays d’Europe occidentale. Ce mantra de la convergence (convergencia) a traversé toutes les époques et tous les milieux politiques. Il explique en partie que les gouvernements espagnols successifs aient tant investi dans les infrastructures du pays depuis 1975[8].

Comme le disaient il y a quelques années deux professeurs d’économie : « L’Espagne a-t-elle crû au cours des deux derniers siècles ? Oui, et même beaucoup. A-t-elle convergé vers les pays d’Europe occidentale ? Non, absolument pas. […] À notre avis, le problème central de l’économie espagnole tout au long du xixe et du xxe siècle est celui de la convergence ou de la divergence vis-à-vis du standard communautaire. […] Le problème de base est, évidemment, celui de la non convergence. Malgré toute la croissance que nous avons connue, et qui nous permet d’être bien plus prospères qu’en 1800 – environ quatorze ou quinze fois plus –, nous sommes plus éloignés de nos voisins. La lancinante sensation d’« échec » ou de « retard » a dominé des générations d’Espagnols. Des romantiques aux régénérationnistes, de la droite à la gauche, des habitants de la capitale aux habitants des régions périphériques, la question est toujours la même : pourquoi l’Espagne n’est-elle pas parvenue à rattraper le niveau de l’Europe occidentale ? »[9].

[1] Voir, par exemple, Viaña, Daniel, « España: potencia económica mundial », El Mundo, 25 février 2018.

[2] Voir notamment Muñoz, Ramón, « Las grandes constructoras salen de la crisis gracias a su internacionalización », El País, 13 mars 2018 ; Rivas Moreno, Sara, « España, el imperio de las obras enormes », Cinco Días, 28 septembre 2017 ; Barciela, Fernando, « La década prodigiosa de las constructoras españolas », El País, 4 mai 2018 ainsi que Guillén, Mauro F. et García-Canal, Esteban, The new multinationals – Spanish firms in a global context, Cambridge : presses universitaires, 2010.

[3] Voir Díaz, Bernardo, « El gran maná de las infraestructuras », Cinco Días, 1er avril 2018.

[4] Voir Sánchez Vicente, Teresa, op. cit.

[5] Voir Chislett, William, A new course for Spain – Beyond the crisis, op. cit., « The shape of things to come », pages 171-177 ; Buendía, Luis et Molero-Simarro, Ricardo (coord.), op. cit., « Conclusions – Spain’s lost decade », pages 150-155 et « Estructura de la economía española por sectores económicos y empleo (2016) », blog Economy, 2 mars 2017.

[6] Voir Touraine, Alain, « Y a-t-il un modèle espagnol ? » in Pouvoirs, Paris : Le Seuil, 2008, n° 124, pages 145-156.

[7] Voir Díez, José Carlos, « ¿Estamos condenados a ser un país low cost? », Cinco Días, 1er mai 2018.

[8] Voir Díez, Anabel et Mateo, Juan José, « El Gobierno se vuelca en las infraestructuras para compensar la parálisis legislativa », El País, 9 mars 2018.

[9] Voir Carreras, Albert et Tafunell, Xavier, Historia económica de la España contemporánea (1789-2009), Barcelone : Crítica, 2012, « Prólogo a la primera edición », page ix – C’est nous qui traduisons.

Nicolas Klein

Ce billet vient conclure une série d’autres qui traite de l’économie espagnole. Vous pouvez les trouver ICI

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