Vers où va-t-on ?:Les racines du sionisme chrétien-protestant- américain 1/2; Les élites globalistes ne sont pas humaines; Le jour de la victoire 2018 a changé pour toujours la vision de la Russie et d’Israël dans les médias alternatifs

Vers où va-t-on ?


Les racines du sionisme chrétien américain 1/2

Posted: 25 May 2018 05:19 AM PDT

Article original de Christopher Pisarenko, publié le 25 janvier 2018 sur le site Katehon
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Bien avant que John Locke ne commence à écrire ses œuvres à la fin du XVIIe siècle qui ont jeté les bases du libéralisme politique dans le monde anglo-saxon (et l’Occident), il existait déjà les opinions religieuses profondément enracinées de Martin Luther et Jean Calvin. Les œuvres de ces deux pères fondateurs du protestantisme ont beaucoup influencé la Weltanschauung spirituelle, culturelle, politique, sociale et économique des Américains, beaucoup plus que tout écrit de Locke ou de l’un des autres philosophes du contrat social des Lumières (par exemple Hobbes, Rousseau, Kant, etc). Cette vision américaine unique du monde, ou plus spécifiquement de sa culture-âme, apparue sur les côtes rocheuses de la Nouvelle Angleterre durant la première moitié du XVIIe siècle, peut en effet être qualifiée de « calviniste » car elle présente de nombreux traits calvinistes tels que l’Éthique protestante, l’individualisme acharné, une obsession pour le concept du peuple élu de Dieu, la croyance en l’exceptionnalisme, une mission mondiale universelle, etc.

Cependant, il existe un catalyseur idéologique spécifique au sein du calvinisme, qui a jeté les bases de la tradition du sionisme chrétien − une tradition qui a fleuri en Amérique du Nord pendant les 400 dernières années et qui prospère aujourd’hui comme jamais auparavant parmi les chrétiens évangéliques, les néoconservateurs et une variété d’autres groupes. Le catalyseur idéologique auquel il est fait allusion est l’interprétation de la prophétie judéo-centrique. Sans ce catalyseur idéologique fondamental fermement implanté (tel qu’il l’était dans la théologie protestante primitive), il est hautement douteux que la doctrine subséquente du sionisme chrétien soit jamais apparue − une doctrine qui a eu une énorme influence non seulement sur la religion et la politique mais aussi sur la culture et l’identité américaines.

Sans aucun doute, les plus ardents défenseurs du sionisme chrétien aux États-Unis aujourd’hui sont des chrétiens évangéliques. Ici, il est important de comprendre que les évangéliques ne sont pas seulement un groupe religieux, mais qu’ils sont un bloc politique très mobilisé qui jouit d’un énorme soutien national (surtout dans le Sud et le Midwest), et qu’ils exercent donc une grande puissance politique. Le trait caractéristique des chrétiens évangéliques n’est pas leur croyance en Jésus (qui ne les rendrait pas différents des autres groupes chrétiens nominaux) mais plutôt leur soutien inconditionnel à l’État terroriste moderne d’Israël. En effet, c’est leur fanatisme sioniste sans bornes qui a amené beaucoup à désigner les évangéliques comme des « sionistes chrétiens » − et, de l’avis de l’auteur, ces deux termes (« évangélique » et « sioniste chrétien ») sont synonymes.

Comprendre les deux faits imbriqués que (1) les sionistes chrétiens possèdent beaucoup de pouvoir aux États-Unis et (2) ils sont absolument fanatiques quand il s’agit de soutenir Israël, aide aussi à comprendre pourquoi une organisation de lobbying pro-juive comme l’AIPAC (le American Israel Public Affairs Committee) a tellement d’influence politique aux États-Unis.

Mais alors se posent naturellement les questions suivantes : pourquoi y a-t-il tous ces chrétiens sionistes ? D’où viennent-ils ? Pourquoi le sionisme chrétien est-il si répandu en Amérique, etc. ? Pour répondre à ces questions, nous devons étudier à la fois les bases historiques et idéologiques de l’interprétation de la prophétie judéo-centrique, ainsi que la tradition judéo-centrique de l’herméneutique biblique en général. Nous devons donc commencer notre étude à l’endroit le plus évident : la Réforme protestante et Martin Luther.

La chose importante à savoir sur Luther en ce qui concerne l’interprétation de la prophétie judéo-centrique est son insistance absolue sur le littéralisme biblique − c’est-à-dire son insistance sur l’idée que quand on lit et interprète la Bible, elle doit être prise littéralement. Luther a inauguré cette vision manifestement protestante qui, il faut le dire, diffère fondamentalement de l’herméneutique médiévale. Par exemple, les théologiens médiévaux ont essayé d’embrasser autant d’approches que possible en interprétant des textes bibliques − ils étaient littéralement catholiques (c’est-à-dire universels) dans ce sens. Ils ont interprété la Bible métaphoriquement, allégoriquement, anagogiquement − d’autant de façons qu’il était possible afin d’extraire chaque goutte de « jus » biblique ou de signification du texte. Mais Luther est allé dans une direction très différente. Il a insisté sur le littéralisme. Ainsi, Luther a insisté pour interpréter toute l’histoire à travers une lentille biblique étroite. En d’autres termes, il a insisté sur la recherche d’événements historiques pour obtenir des confirmations et des indices sur les prophéties passées et futures.

En tant que fondateur sans équivoque (ou « premier père ») du protestantisme, Luther avait manifestement choisi comme ennemis préférentiels le Pape et toute l’Église catholique en tant qu’institution religieuse et politique. En conséquence, Luther dirigea ses attaques les plus passionnées contre le catholicisme. Néanmoins, il y avait une autre force politico-religieuse très puissante que Luther dénonçait fréquemment : l’Empire ottoman. Ainsi, dans son interprétation de la prophétie biblique, Luther considérait l’Antéchrist comme une entité démoniaque à deux têtes, c’est-à-dire un Antéchrist « turco-catholique ». Les musulmans et les catholiques étaient considérés comme les deux faces de la même pièce satanique, pour ainsi dire.

En ce qui concerne les juifs, il est bien connu que Luther est devenu notoirement anti-juif plus tard dans la vie, allant jusqu’à publier en 1543 un ouvrage intitulé Sur les juifs et leurs mensonges. Néanmoins, Luther fut le premier théologien à faire avancer la notion de conversion nationale juive − une croyance qui persiste encore chez certains sionistes chrétiens. Ceux qui souscrivent à la doctrine de la conversion nationale juive croient essentiellement que, précédant le retour du Christ, il y aura une conversion massive des juifs au christianisme, et que cette conversion précipitera réellement la seconde venue du Christ. Il faut souligner que Jean Calvin croyait aussi à l’idée d’une conversion nationale juive, en plus de toutes les autres idées avancées par Luther et tirées de son littéralisme biblique.

Bon nombre des partisans anglais de Luther et de Calvin étaient alors absolument fascinés par la perspective d’une conversion nationale juive − et c’est précisément en Angleterre que le sionisme chrétien a pris son envol en tant que force religieuse populaire. C’est à cause du plaidoyer pro-juif et de l’influence intellectuelle d’un certain nombre de sionistes chrétiens anglais qu’Oliver Cromwell fut persuadé de renverser l’interdiction séculaire des juifs d’entrer en Angleterre, interdiction qui avait été promulguée en 1290 par le roi Édouard Ier. Aussi, en 1657, les juifs ont de nouveau été autorisés (et même encouragés) à s’installer en Angleterre.

Les puritains anglais étaient, il va sans dire, très heureux de voir les juifs revenir. Ils ont interprété cet événement historique de la même manière que Luther ou Calvin − comme un signe clair de Dieu qui marquait le retour imminent du Christ. Et ainsi ils ont immédiatement commencé à essayer de convertir autant de juifs au protestantisme que possible, seulement pour trouver (à leur grande contrariété) qu’ils n’en convertissaient en fait aucun. Les puritains ont bientôt découvert que la conversion d’un seul juif était quelque chose d’extrêmement rare. De plus, ils se sont vite rendu compte que les juifs voulaient seulement rester dans leur propre communauté, maintenir leur propre culture et leurs propres traditions, mener leurs affaires et mener leur vie à bien. En d’autres termes, les juifs voulaient rester juifs. Ce fait a grandement déçu les puritains anglais parce que, de toute évidence, leurs espoirs apocalyptiques « chevauchaient » un résultat différent (pour ainsi dire) et n’étaient donc pas atteignables de manière littérale. Ainsi, leur interprétation herméneutique est passée d’un fort accent littéral à une interprétation plus allégorique du prétérisme. (La théologie prétériste soutient que les prophéties décrites dans la Bible ne sont pas vraiment des prophéties mais des ensembles d’allégories pour des événements qui se sont déjà produits).

Ainsi, les interprétations prétéristes ont commencé à apparaître parmi les puritains en Angleterre, et la philologie a commencé à être utilisée dans l’herméneutique par les principaux philosophes européens comme Hobbes, Grotius, Spinoza et d’autres. Il est important de souligner, à ce stade, qu’en raison de l’isolement relatif des colonies américaines par rapport aux événements qui se déroulaient en Angleterre, le détournement du littéralisme dans l’herméneutique ne s’est pas installé en Amérique. Au contraire, les idées entremêlées de littéralisme biblique et de sentiment pro-juif ne feront que croître et se renforcer pour devenir un élément essentiel de la religion américaine, la distinguant ainsi grandement de son homologue britannique.

Dans son fameux discours « City on a Hill » de 1630, John Winthrop (le premier gouverneur de la colonie de Massachusetts Bay) comparait ses colons puritains aux juifs de l’Ancien Testament. Winthrop a déclaré que, comme les juifs, les puritains ont été expulsés de leurs maisons en Angleterre ; comme les juifs, ils étaient persécutés ; et comme les juifs, ils avaient une alliance spéciale avec Dieu, c’est-à-dire que les puritains croyaient avoir reçu une mission spéciale de Dieu et qu’ils avaient un rôle spécial ou « exceptionnel » à jouer dans l’Histoire. Ce discours de Winthrop en 1630 − qui n’était en fait qu’une partie de son sermon, intitulé « un modèle de charité chrétienne » − constituait le début de ce qui allait émerger pour créer non seulement le sionisme chrétien mais aussi un éthos général en Amérique autour de l’idée de l’exceptionnalisme américain.

La grande figure « américaine » suivante à mentionner après le gouverneur John Winthrop est le révérend John Cotton (1585-1652). À partir de 1639, Cotton prononça un certain nombre de discours millénaristes et judéo-centriques qui prônaient aussi l’idée que les gens des colonies de la Nouvelle-Angleterre étaient un peuple spécial qui possédait une mission spéciale ordonnée par Dieu − qu’ils étaient « choisis », tout comme les israélites de l’Ancien Testament avaient été « élus ». Cette ligne de pensée a été approfondie par le travail de l’un des amis et associés proches de Cotton (qui possédait aussi un prénom plutôt étrange) : le Révérend Increase Mather (1639-1723).

En 1669, Mather a publié un livre intitulé Le mystère du salut d’Israël. Dans ce travail, Mather a insisté sur une interprétation littéraliste de la prophétie biblique et de toute la Bible en général. Homme d’une érudition considérable, Increase Mather était parfaitement conscient que les tendances anti-littéralistes (prétéristes) gagnaient du terrain en Angleterre (tendances avec lesquelles il était fortement en désaccord), et il s’engagea donc à défendre le littéralisme biblique contre toutes les autres tendances. Mather croyait fermement que si l’on n’interprétait pas littéralement la Bible − si les gens se laissaient prendre dans la métaphore et l’allégorie − alors le concept de foi religieuse finirait par perdre toute sa signification. Mather a également repris dans son travail plusieurs des mêmes thèmes de ses prédécesseurs sionistes chrétiens, allant jusqu’à Calvin et Luther. Des thèmes tels que la conversion nationale juive ouvrant la voie au retour du Christ, la destruction de l’Église catholique, le retour des juifs en Palestine et la destruction concomitante de l’islam qui accompagnerait le retour, etc.

Pendant ce temps, en Angleterre, non seulement une poussée croissante de l’anti-littéralisme prenait racine, mais il y avait aussi une indifférence croissante envers le destin global (spirituel ou autre) des colons de Nouvelle-Angleterre eux-mêmes. Par exemple, en 1634, l’érudit biblique anglais bien connu Joseph Mede (1586-1639), lorsqu’on lui demanda son opinion sur les colons de la Nouvelle-Angleterre, dit fondamentalement qu’il souhaitait bonne chance aux colons mais qu’il ne pensait pas que les colonies − et plus spécifiquement, celles d’Amérique du Nord − avaient une importance quelconque dans un sens eschatologique. Mede alla même jusqu’à dire qu’il croyait que l’Amérique était la terre sur laquelle Satan et ses armées avaient fui à un moment donné dans le passé lointain, parce que le message du Christ (qui avait été répandu dans le reste du monde connu) n’avait pas été reçu par les peuples autochtones avant l’arrivée des Européens. Donc selon la logique embarrassante et simpliste de Mede, Satan s’était retiré dans le vaste désert américain afin d’empêcher les Indiens de venir au Christ − et ceci expliquerait alors le fait que les Indiens n’avaient aucune idée de qui était le Christ ou le christianisme.

Ici, il faut comprendre qu’à cette époque de l’histoire, lorsque Mede a porté son jugement sur l’Amérique du Nord, il existait déjà une spéculation répandue parmi les colons chrétiens quant aux origines bibliques des Indiens américains − parce qu’à ce moment-là, la plupart des chrétiens croyaient que l’origine de chaque race, tribu et peuple sur la terre pouvait être trouvée dans les pages du livre de la Genèse. La « découverte » des peuples indigènes non blancs dans le Nouveau Monde a présenté aux théologiens chrétiens une grande énigme. Il ne suffisait pas de dire simplement que les peuples autochtones avaient toujours vécu en Amérique du Nord ; une explication formelle était requise. Ainsi, beaucoup ont commencé à supposer que les Indiens pouvaient avoir été les descendants des dix tribus perdues d’Israël. Cependant, les spéculations à ce sujet se sont finalement éteintes après que d’innombrables tentatives pour convertir les Indiens eurent complètement échoué. Avec le temps, la vision négative de Joseph Mede de l’Amérique du Nord et de sa population indigène a finalement trouvé une base de soutien significative en Angleterre. Certaines personnes ont commencé à croire que le Nouveau Monde était en fait la tanière de Satan et que les Indiens n’étaient rien de plus que des païens « cananéens » réincarnés, c’est-à-dire des sauvages, des pions adorateurs idolâtres de Satan.

Ce n’est qu’après la mort de Joseph Mede, un demi-siècle plus tard, que quelques colons de la Nouvelle-Angleterre commencèrent à répondre (dans les années 1690) à ce qu’il avait dit à propos de l’Amérique pendant toutes ces décennies. Le juge Samuel Sewall (1652-1730) était l’un deux en Nouvelle-Angleterre. Sewall déclara dans sa réponse qu’il n’était pas seulement en désaccord avec le point de vue de feu Joseph Mede selon lequel l’Amérique n’aurait pas sa place dans le Millénium (le règne millénaire de Christ), mais Sewall alla jusqu’à dire que l’Amérique serait l’hôte physique de la future Nouvelle Jérusalem. Être d’accord avec cette affirmation était une expression sans équivoque du patriotisme colonial, tout comme Sewall a été indiscutablement offensé par les déclarations de Mede. Un autre personnage de la Nouvelle-Angleterre, qui a lui aussi répondu, était le célèbre prédicateur colonial et polymathe Cotton Mather (1663-1728) − le fils d’Increase Mather et petit-fils de John Cotton. Dans sa réponse à Mede, Cotton Mather n’a pas montré autant de patriotisme que Sewall. Par exemple, il n’a pas osé épouser le point de vue non orthodoxe selon lequel le futur siège du Royaume du Christ sur terre serait situé en Amérique. Néanmoins, Mather a déclaré qu’il était déraisonnable de croire que, lors du retour du Christ, l’Amérique n’aurait aucun rôle à jouer dans le prochain millénium.

Globalement, dans ces réponses, on pouvait clairement détecter un nationalisme américain naissant et émergent se mêlant à une tradition puritaine plus ancienne de l’interprétation de la prophétie judéo-centrique. En effet, le patriotisme américain et le judéo-centrisme fusionnèrent pour créer une religion civique indubitable dans ce qui allait devenir les États-Unis.

La personne de Cotton Mather devrait être discutée ici un peu plus loin car, en toute honnêteté, il a été une figure historique assez intéressante et peut-être sous-estimée dans sa contribution à l’élaboration de l’identité américaine. En tant qu’auteur prolifique et philosophe confirmé, Cotton Mather était intéressé et connaissait une grande variété de sujets, et l’un de ces sujets était l’islam. Il était très intéressé par la culture islamique, son histoire, l’Empire ottoman, etc. Il faut dire qu’à cette époque de l’histoire coloniale il était très populaire de lire les récits de ceux qui avaient été enlevés et retenus captifs par les diverses tribus amérindiennes. Ainsi, d’une manière similaire (en raison de sa grande connaissance des cultures musulmanes), Mather a produit un certain nombre d’histoires populaires sur les expériences des marins anglo-américains qui avaient été capturés par les infâmes pirates barbares.

Par conséquent, l’écriture de Cotton Mather a contribué de manière significative à la formation du nationalisme américain. Par exemple, il écrivait sur les diverses épreuves et dégradations subies par les captifs américains, et sur le grand besoin pour eux de persévérer et de conserver leur foi chrétienne. Ces histoires ont donc servi à confirmer et à consolider l’identité nationale américaine et à favoriser un sentiment de patriotisme croissant dans les colonies.

Au fur et à mesure que Cotton Mather vieillissait, il s’est familiarisé avec les tendances non littéralistes et l’herméneutique qui faisait son retour en Angleterre. Et il a vu que beaucoup de gens avaient été systématiquement déçus par les interprétations littéralistes de divers ministres − ce qui veut dire que beaucoup avaient fini déçus par ces ministres qui, selon leurs propres interprétations littérales du texte biblique, avaient prédit que le Millénium arriverait à telle ou telle date. Par exemple, certains pasteurs ont prédit que le millénium viendrait en 1697, d’autres ont dit qu’il viendrait en 1716, etc. Inutile de dire qu’ils ont tous été contredits. À ce moment-là, après avoir vu les « grandes déceptions » des masses religieuses à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, Cotton Mather commença à se demander si une approche purement littérale dejl’interprétation de la prophétie biblique était correcte. Ainsi, Mather a essayé d’établir une approche hybride. Vers la fin de sa vie, cependant, il devint un pré-millénariste convaincu comme Joseph Mede, ce qui signifie que Mather ne croyait plus que les Juifs devaient être convertis comme condition préalable au retour du Christ, et que la seule chose qui empêche les événements de l’Apocalypse d’être mis en mouvement était la Volonté de Dieu. En d’autres termes, le Christ pourrait revenir à tout moment sans conditions préalables essentielles pour sa Seconde Venue.

En tout cas, au milieu du XVIIIe siècle, après plus d’un siècle d’endoctrinement judéo-centrique et de propagande basée sur la chaire, les colons anglais d’Amérique du Nord (et surtout ceux de Nouvelle-Angleterre) commencèrent à se considérer comme juifs, c’est-à-dire ils ont commencé à s’identifier fortement comme un deuxième Israël. Cette conviction est particulièrement forte dans les années qui ont précédé la guerre d’Indépendance américaine − pour former ce que l’historien Nathan Hatch appelle le millénarisme civil. Ce que Hatch entend par « millénarisme civil », c’est que l’idée de devoir civique ou patriotique et d’engagement politique a finalement coagulé avec la prophétie millénariste pour créer un système de croyance civique dans lequel l’identité politique et nationale se combine avec ses croyances religieuses. Et en effet, c’était un phénomène qui s’est produit énormément en Nouvelle-Angleterre et, par extension, dans toutes les autres colonies. Par rapport à toutes les autres colonies, la Nouvelle-Angleterre dominait en termes d’influence intellectuelle. Il est donc important que le lecteur comprenne que pratiquement toutes ces idées et ces premières œuvres « américaines » ont leur origine dans les esprits des zélateurs religieux les plus importants de la Nouvelle-Angleterre, depuis longtemps décédés.

Ainsi, alors que nous entrons dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, lorsque le gouvernement britannique a intensifié sa « tyrannie » contre les coloniaux libres et très prospères (via la loi sur le timbre, la loi sur le thé, etc.), la tradition de l’interprétation de la prophétie judéo-centrique (ainsi que la croyance ancestrale dans l’Antéchrist « turco-catholique ») était facilement combinée avec le millénarisme civil américain de manière à dépeindre le gouvernement britannique − et l’incarnation de ce gouvernement, le Roi George III − comme étant l’Antéchrist ou Satan incarné. Naturellement alors, la guerre éventuelle contre la Grande-Bretagne est apparue à beaucoup de ceux qui descendaient de la race puritaine comme une grande lutte cosmique et apocalyptique entre les forces du Bien et du Mal.

Bien sûr, beaucoup d’historiens américains traditionnels aiment souligner l’opinion dominante selon laquelle les fondateurs des États-Unis étaient de grands admirateurs et adeptes des idées de John Locke, et qu’ils croyaient tous fermement aux principes « libertariens » qui incluent la tolérance religieuse entre autres points de vue éclairés tels que la liberté d’expression ; les droits civils ; le gouvernement limité ; les droits de propriété, etc. Cependant, cette opinion dominante n’est pas du tout exacte. La vérité est que l’influence du puritanisme millénariste (alias le judéo-centrisme alias le sionisme chrétien) sur les fondements idéologiques des États-Unis est grossièrement sous-estimée et sous-représentée dans l’historiographie de l’expérience américaine. C’est une tradition qui nie fondamentalement la tolérance religieuse, nie les droits des minorités et nie la liberté d’expression. Et c’est la tradition sur laquelle les États-Unis sont véritablement fondés.

En fait, c’est le millénarisme civil, en particulier, qui a été le moteur idéologique de la « révolution » américaine (guerre d’indépendance). Puis, à l’Indépendance, l’idée millénariste civile s’est intégrée dans l’identité et la conscience nationales américaines. En d’autres termes, elle est devenue une partie de ce que signifie être « américain ». Ainsi, de plus en plus d’Américains, après l’indépendance, se sont vus comme le Nouvel Israël, le Nouveau Peuple élu, les détenteurs d’une autre alliance avec Dieu, la nation rédemptrice, le dernier bastion de la liberté sur terre, etc., etc. La « boule de neige » a commencé à dévaler la pente, pour ainsi dire. Il ne faut donc pas de grands efforts pour voir comment ce genre de système de croyances millénaristes a conduit à la religion civique moderne de l’exceptionalisme américain et à la vision manifestement fausse et hypocrite selon laquelle l’Amérique est synonyme « de liberté et de démocratie » dans le monde.

Christopher Pisarenko

Les élites globalistes ne sont pas humaines

Posted: 25 May 2018 04:33 AM PDT

Article original de Brandon Smith, publié le 16 mai 2018 sur le site alt-market.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr 

On dit souvent que mal percevoir les gens peut être dangereux, en particulier vos ennemis car cela peut être nuisible sur le plan tactique. D’une part, cela peut conduire à un faux sentiment de supériorité sur ces personnes alors que vous affirmez une sorte d’avantage génétique imaginaire. Cela peut aussi mener à des généralisations dangereuses sur de vastes groupes en catégorisant et en classant des millions de gens comme étant exactement les mêmes alors que c’est rationnellement impossible. Cependant, cette alternative est peut-être la seule option face à un type très particulier de personne embrassant une idéologie très particulière ; cela peut devenir une question de survie. Je parle bien sûr des globalistes.

Je ne parle pas du voyou bas de plafond et des idiots utiles poussant pour le « mouvement » globaliste, parce que beaucoup d’entre eux représentent simplement une crédulité ou une stupidité sous-jacente parmi les personnes attirées par le monde consanguin de l’université. Au lieu de cela, je parle des gens derrière le rideau, autoproclamés « globalistes » ou internationalistes qui se sont positionnés en centres de pouvoir stratégiques. Je parle des gens qui influencent ou contrôlent carrément la politique du gouvernement alors qu’ils se tiennent debout derrière l’épaule d’officiels soi-disant librement élus. Je parle des personnes qui influent sur la sécurité ou l’insécurité économique par le biais de conglomérats bancaires irresponsables. Je parle des hommes et des femmes qui désirent dicter le sort de milliards de gens.

Ces personnes ne sont pas facilement identifiables par autre chose que leur rhétorique et leurs actions. Elles ont constitué plusieurs groupes ethniques. Elles viennent de tous les coins de la planète. Elles ne souscrivent à aucune doctrine spirituelle, mais elles se consacrent publiquement à de nombreuses religions différentes comme moyen de s’intégrer auprès de citoyens ordinaires. Le globalisme est leur religion. Et leur dieu ? Eh bien, elles se considèrent comme des dieux.

Pour être un globaliste, cependant, il faut faire plus que simplement souscrire aux principes du globalisme ; il y a une question de traits de caractère et d’actions qui doit être examinée.
Après avoir étudié le comportement des globalistes et de leurs organisations pendant un certain temps, j’ai remarqué que leurs schémas psychologiques tendaient à correspondre à une bande étroite de gens qui sont décrits comme « criminellement fous ». Plus précisément, les globalistes se comportent comme des sociopathes narcissiques et des psychopathes de haut niveau. Mais quels sont les traits caractères de ces personnes ? Jetons un coup d’œil à certains d’entre eux…

Faux sentiment de supériorité  auto-glorification

Chaque personne veut être considérée comme importante ou unique. Mais les sociopathes narcissiques croient avoir droit à un traitement spécial et se considèrent comme étant au-dessus des lois et des subtilités de la société normale. Ils cherchent parfois à soutenir cette attitude à travers « un accomplissement », grattant des positions de pouvoir et d’influence afin de renforcer cette idée qu’ils sont spéciaux par rapport aux autres.

Bien sûr, le pouvoir est généralement une construction artificielle parce que le seul pouvoir que nous avons sur les autres est le pouvoir qu’ils nous donnent, sciemment ou inconsciemment. Le pouvoir ne fait pas de vous quelqu’un de spécial. Le sociopathe narcissique ne fait cependant pas de telles distinctions. Il/elle ne distingue que les personnes qui luttent pour la domination parmi toutes les autres. Dans leur esprit, les gens qui convoitent le pouvoir sont une sous-espèce supérieure, tandis que ceux qui ne le convoitent pas sont considérés comme des insectes.

Franchement, je ne vois pas pourquoi nous ne devrions pas faire la même déclaration absolue, mais en sens inverse.

Les sociopathes narcissiques et les psychopathes sont imprégnés de visions assumées de leur grandeur. Ils ne considèrent pas le contenu de leurs réalisations comme nécessairement important. C’est-à-dire qu’ils pensent qu’ils sont nés grands, et que par conséquent ce n’est pas à eux d’accomplir quoi que ce soit qui sert à aider les autres ou à faire progresser la connaissance de l’humanité. Ils ne se soucient pas de prouver leur grandeur par la réalisation légitime, ils se soucient seulement que les gens croient qu’ils sont spéciaux, qu’ils sont oints.

Manipulation et coercition

Les sociopathes narcissiques préfèrent généralement obtenir ce qu’ils veulent facilement. Ils s’attendent à ce que les gens leur offrent automatiquement l’adoration et le contrôle. Mais s’ils ne reçoivent pas ce qu’ils veulent, ils utiliseront tous les moyens à leur disposition.

Cela inclut généralement la menace ou l’usage de la force, le recours à la torture, aux mensonges et à des stratagèmes complexes pour pousser leur cible dans un coin (à se comporter d’une manière spécifique), l’utilisation du conditionnement psychologique (modifiant le comportement, généralement par des réponses de peur) ainsi que l’utilisation d’inversion accusatoire (accusant la cible d’être « folle » si elle ne souscrit pas à la vision tordue du monde du narcissique).

Bien sûr, ce genre de personne perturbée n’est jamais réellement satisfaite, même quand elle obtient ce qu’elle veut. Ils en veulent toujours plus, ils ont toujours besoin d’autre chose pour remplir le vide sans fin qui est en eux.

Manque d’empathie pour les autres

Tous les narcissiques ne sont pas des sociopathes, mais la plupart des sociopathes sont narcissiques. Lorsque nous parlons de narcissiques, il est important de se rappeler qu’il existe différents degrés de ce cancer psychologique. Quand je mentionne les globalistes en particulier comme étant « narcissiques », je fais référence à leur propension à être des narcissiques de haut niveau avec des tendances sociopathiques. En d’autres termes, ce sont des narcissiques qui ont non seulement un sentiment d’estime de soi exagéré, mais aussi un manque d’empathie et de conscience. Ils sont prêts à faire du mal aux autres à tout moment pour obtenir ce qu’ils veulent dans l’instant, aussi longtemps qu’ils pensent pouvoir éviter les conséquences de leurs actions.

Il y a aussi la question de la distinction entre sociopathes et psychopathes. C’est un peu difficile à décrire étant donné qu’ils sont très semblables à bien des égards. Je dirais que si les sociopathes poursuivent un but et sont prêts à marcher sur les gens pour y arriver, les psychopathes marchent sur les gens même s’ils n’ont pas de but en tête. C’est-à-dire que le psychopathe jouit de l’acte de destruction ; ce qu’ils veulent le plus, c’est la souffrance des autres.

Les sociopathes et les psychopathes semblent tous deux pénétrer les rangs des institutions globalistes. Certains d’entre eux veulent construire une idole et ne se soucient pas à qui ils nuisent dans le processus. Certains d’entre eux tirent un grand plaisir à simplement blesser autant de personnes que possible.

Besoin désespéré d’être adoré

Il ne suffit pas que le sociopathe narcissique atteigne un niveau de respect par la coercition. En fin de compte, ce qu’ils veulent, c’est que les masses humbles acceptent volontairement leur grandeur comme absolue, comme un fait évident et indéniable de la vie. Ce qu’ils veulent, c’est la révérence et la dévotion. Comme mentionné précédemment, ils veulent être traités comme des dieux par les gens autour d’eux, et s’ils sont particulièrement ambitieux, par tous à travers le monde.

C’est une dynamique étrange, car elle nécessite un ensemble très élaboré de schémas et de manipulations. Si le sociopathe n’est pas un grand, sans parler d’être Dieu, la quantité de conditionnement psychologique nécessaire pour convaincre les autres est substantielle. Cela fait du sociopathe narcissique un esclave potentiel de ses propres conspirations incessantes ; il accumule des mensonges sur des mensonges et des plans sur des plans dans la recherche de quelque chose qu’il ne réalisera jamais vraiment.

Les globalistes sont des non-humains psychologiquement brisés

Dans le monde de l’analyse alternative et du journalisme d’investigation, il n’est pas rare de tomber sur des gens qui attribuent un statut surnaturel aux globalistes. Certaines personnes les voient comme une représentation de l’Apocalypse biblique, des serviteurs des profondeurs de l’enfer. D’autres les voient comme des êtres littéralement étrangers, des « aliens » interdimensionnels se faisant passer pour des humains. Et tandis que beaucoup se moqueront de ces derniers comme des adeptes de la conspiration, je pense qu’il est important de comprendre pourquoi ils voient les globalistes de cette façon.

Face au mal véritable et organisé, vide de tout souci ou remords, on peut être tenté d’appliquer des explications surnaturelles. Je ne suis pas sûr d’être contre cette idée.

Les globalistes présentent la plupart, sinon tous, les signes révélateurs des sociopathes narcissiques, y compris d’être dépourvus de conscience et de boussole morale. Bien qu’il y ait de nombreuses définitions de ce qui nous rend humain, il y a une sorte d’exigence universelle indépendamment de la culture ; à savoir l’exigence de quelque chose comme une âme.

Qu’est-ce qui fait une âme ? Que diriez-vous d’un désir fondamental de faire le bien pour les autres, même si cela signifie ne pas obtenir ce que nous voulons tout le temps ? C’est un bon point de départ, mais il y a plus que cela.

Les psychologues et les scientifiques ont depuis de nombreuses décennies trouvé un modèle de traits de caractère inhérents à la psyché humaine, traits présents chez les humains depuis le moment de la naissance qui se tiennent en dehors des influences de l’environnement social. Carl Jung était le principal expert dans ce domaine des « qualités archétypales », avec un vaste catalogue d’études de cas dans le monde entier, y compris des études en Afrique tribale. Une partie importante des connaissances et traits archétypaux ou innés est la notion de bien et de mal ; nous naissons en comprenant que certains comportements sont constructifs alors que d’autres sont destructeurs et odieux. C’est probablement la source de ce que nous appelons la « conscience ».

Malheureusement, toutes les personnes ne naissent pas avec une conscience. Chez certaines personnes, la différence entre le bien et le mal ou un comportement constructif et destructeur est considérée comme floue ou frivole. Jung et d’autres psychologues considèrent ce sous-ensemble de notre espèce comme des sociopathes et des psychopathes « latents ». Ensemble, ils représentent environ 10% de toute culture ou groupe donné. Beaucoup d’entre eux restent « latents » et plus ou moins inoffensifs toute leur vie, à moins que certaines conditions environnementales instables alimentent leur dysfonctionnement. Environ 1% sont nés en tant que sociopathes et psychopathes. Ce sont ce que j’appellerais les « non-humains ».

C’est parce que le narcissisme de haut niveau et la sociopathie ne sont pas des « maladies mentales » traditionnelles, mais des traits de caractère profondément enracinés. Un sociopathe narcissique ne peut pas être « guéri » de son mal parce que ce n’est pas une maladie, c’est ce qu’il est. Si vous deviez leur enlever le narcissisme et la sociopathie, il n’y aurait plus rien de leur personnalité.
Quand une personne normale entre en contact avec quelqu’un qui n’a pas de conscience intrinsèque, elle a un recul immédiat ; le sentiment qu’elle vient de trébucher sur un monstre. Ce n’est pas une exagération, c’est tout à fait exact.

Les narcissiques et sociopathes de haut niveau sont physiquement humains bien sûr, mais si nous devions produire une représentation visuelle de leur psyché, on trouverait un terrain vague stérile, un endroit où se cachent des goules. Ils ne rêvent pas comme les gens normaux rêvent. Ils ne ressentent pas la joie comme le font les gens normaux. Ils ne sentent pas l’accomplissement dans les choses qui soulèvent généralement le reste d’entre nous. Ils sont incapables d’aimer les autres. Ils sont incapables de regretter leurs actions, et regrettent seulement de ne pas avoir ce qu’ils veulent. Ils ne voient pas les autres comme des individus, ils les voient comme des outils à exploiter.

Être sociopathe ne veut cependant pas dire qu’ils ignorent ce qui fait fonctionner le reste d’entre nous. Au contraire, les sociopathes sont très bons à identifier les désirs personnels et ce qui fait avancer les autres, et mimer les gens d’une manière qui les fait paraître « humain ». Ce sont des parasites par nature, et donc ils doivent être en mesure de se rapprocher de leurs victimes si elles veulent survivre à travers eux.

La dynamique globaliste est intéressante en ce qu’elle est un exemple de sociopathie narcissique organisée. Les globalistes ont été au premier plan de nombreuses guerres, effondrements économiques et tyrannies au cours des années, se terminant par de grandes souffrances pour les masses. Contrairement à la croyance populaire, les sociopathes et les psychopathes travaillent ensemble vers un but commun, tant qu’il y a un sentiment de bénéfice mutuel. En fait, ces personnes semblent graviter les unes vers les autres de façon étrange. Je crois que les hiérarchies globalistes cherchent réellement des personnes avec des personnalités narcissiques et sociopathes ; qu’ils le font délibérément quand elles souhaitent élargir leurs rangs. Cela semble être les seuls aspects qu’ils ont tous en commun.

Ça ressemble à une « théorie du complot », je sais. Mais regardez-le de cette façon : comment pouvons-nous expliquer leurs tendances et leurs comportements ? Si l’anéantissement organisé était une valeur intrinsèque de l’humanité, nous serions morts depuis longtemps. Les globalistes ne sont donc pas humains. Ils sont quelque chose de contraire, et si vous ne comprenez pas cette vérité fondamentale, ils peuvent être déconcertants et terrifiants.

Brandon Smith

Note du traducteur

Cet article représente un autre aspect du travail de cet auteur. Il a déjà abordé ce sujet dans cet autre article.

Le jour de la victoire 2018 a changé pour toujours la vision de la Russie et d’Israël dans les médias alternatifs

Posted: 25 May 2018 04:28 AM PDT

Article original de Andrew Korybko, publié le 11 mai 2018 sur le site Oriental Review
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Netanyahu and Putin at Victory Day parade 

La participation du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à la fête de la victoire comme invité d’honneur de Vladimir Poutine, la longue rencontre d’une journée et l’attentat à la bombe contre les positions iraniennes en Syrie plus tard dans la même nuit ont changé la vision de la communauté des médias alternatifs sur les relations russo-israéliennes.

Jusqu’au Jour de la Victoire 2018 à Moscou, la communauté des médias alternatifs était encore soumise à un lavage de cerveau autour du fait que la Russie était « contre » Israël malgré des années de preuves contraires, y compris plusieurs citations du président Poutine à ce sujet sur le site officiel du Kremlin. Tout cela a changé au début de la semaine lorsque le président Poutine a invité le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à assister à la célébration comme l’un de ses deux invités d’honneur, l’autre étant le président serbe Aleksandar Vucic. Ce ne devrait pas être une surprise que cela soit arrivé parce que, après tout, la Russie et Israël sont des alliés, comme je l’ai expliqué en septembre 2017.

L’essentiel de cette affirmation se résume aux liens ethnico-religieux qui unissent les deux parties et jettent les bases d’un partenariat global, que la Russie a habilement cherché à utiliser comme élément fondamental de sa stratégie d’« équilibrage ». Comment cela fonctionne-t-il dans la pratique ? La Russie, dont le mandat militaire en Syrie est strictement de combattre le terrorisme et n’est pas de protéger l’Armée arabe syrienne, permet passivement à Israël de bombarder ce qu’il prétend être des positions iraniennes en République arabe syrienne parce qu’il croit que le « retrait progressif » du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGR) de Téhéran et de leurs alliés du Hezbollah après la défaite de Daech est un « compromis nécessaire » pour « assurer la paix régionale ».

Cette observation « politiquement incorrecte » ne doit pas être considérée comme l’approbation personnelle de l’auteur de cette politique, mais simplement comme un reflet de la réalité telle qu’elle existe objectivement. De plus, au cas où les dizaines de frappes israéliennes qui se sont déroulées sans intervention russe depuis le début de l’opération antiterroriste de Moscou en septembre 2015 n’étaient pas suffisantes pour convaincre le lecteur que les deux parties coordonnent leurs activités, l’ambassadeur de Russie en Israël l’a ouvertement reconnu lui-même lorsqu’il a déclaré le mois dernier : « Nous nous coordonnons et nous nous mettons mutuellement à jour au sujet de la Syrie (…) Jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’incident entre nous, ni même d’allusion d’incident, et j’espère qu’il n’y en aura pas. »

Tout cela crée une toile de fond pour les 24 heures du 8 au 9 mai 2018.

Israeli forces carried out air strikes at targets in Syria
Les forces israéliennes ont effectué des frappes aériennes sur des cibles en Syrie

Israël a lancé une autre attaque surprise contre la Syrie dans la nuit du 8 mai, une heure à peine après que Trump a retiré les États-Unis de l’accord nucléaire iranien, tuant apparemment plusieurs Iraniens dans le processus. Ce raid audacieux a été rendu d’autant plus sensible qu’il s’est produit quelques heures avant l’arrivée de Netanyahou à Moscou, l’un des deux invités d’honneur du président Poutine pour fêter les événements du Jour de la Victoire. Alors qu’il se trouvait dans la capitale russe, le Premier ministre israélien a eu l’honneur de se tenir à deux sièges de son hôte et a été vu bavardant aimablement avec lui durant tout le séjour.

Après avoir regardé le défilé, les deux dirigeants ont marché vers le jardin d’Alexandre pour rendre hommage au tombeau du soldat inconnu, pendant lequel Netanyahou a fièrement dressé le portrait d’un ancien combattant juif de la Seconde Guerre mondiale. Puis il a participé au défilé du Régiment immortel russe, une tradition relativement nouvelle qui est déjà considérée comme presque sacrée et dans laquelle les Russes marchent dans les rues portant des photos des membres de leur famille qui ont servi et se sont sacrifiés pendant la guerre. Pendant tout ce temps, Netanyahou portait fièrement le ruban de Saint George pour commémorer les plus de 26 millions de citoyens soviétiques qui sont morts dans la guerre contre le fascisme.

De toute évidence, les bombardements israéliens sur la Syrie la nuit précédente n’ont eu aucun impact sur la façon chaleureuse dont le président Poutine a traité son invité d’honneur ni sur l’engagement de Netanyahou à observer les événements du Jour de la Victoire.

Lors de la conférence de presse Poutine-Netanyahou, ce dernier a révélé que l’ancien combattant qui se trouvait entre lui et le président Poutine était l’un des hommes qui a libéré Auschwitz, ce qui n’était évidemment pas une coïncidence et faisait clairement partie de la planification méticuleuse du Kremlin de cet événement. Cette observation a servi de préambule au Premier ministre israélien pour comparer l’Iran à l’Allemagne nazie et laisser entendre que ces derniers préparaient un « deuxième holocauste », justifiant le besoin de le « contenir » en Syrie. On ne peut que spéculer sur ce que les deux hommes se sont dits à huis clos avant cela, mais Netanyahou a dit avant son voyage qu’il s’agirait précisément de l’Iran et de la Syrie.

Vladimir Putin had talks with Prime Minister of Israel Benjamin Netanyahu in the Kremlin
Le 9 mai 2018, Vladimir Poutine s’est entretenu avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au Kremlin

Quelques heures après le départ de Netanyahou de Moscou et dans les 24 heures qui ont suivi le dernier bombardement israélien de la Syrie, un autre s’est produit, bien que cette fois-ci apparemment plus large que le précédent.

À ce stade, il n’y a plus aucune raison pour les médias alternatifs de le nier, la Russie et Israël sont en effet alliés, et ce qui s’est passé dans ces 24 heures du 8 et 9 mai était une démonstration de « diplomatie militaire » chorégraphiée avec en point d’orgue le « show syrien ». Parfois, les événements sont aussi simples qu’ils en ont l’air, ce qui signifie − que l’on y soit favorable, opposé ou indifférent − que la Russie et Israël ont coordonné les derniers mouvements de Tel Aviv en Syrie au plus haut niveau de leurs dirigeants et que ce qui s’est passé après le départ de Netanyahou de Moscou était apparemment avalisé par le président Poutine.

Les théories réelles de conspiration d’une explication autour d’une stratégie sophistiquée ou le slogan superficiel de « garder vos ennemis » que les démagogues des médias alternatifs continuent à utiliser pour maintenir leur campagne militarisée de désinformation que la Russie est en quelque sorte « contre » Israël, est en train de perdre de son lustre car il devient de plus en plus impossible de continuer à réprimer les faits sur la vraie relation entre les deux pays. Le président Poutine a invité Netanyahou à Moscou pour célébrer le Jour de la Victoire comme l’un de ses deux invités d’honneur afin de montrer au monde qu’Israël est un allié de la Russie tout autant que la Serbie, dont le président a également été personnellement invité.

Un point décisif pourrait donc avoir été atteint après que le Jour de la Victoire 2018 ait dégrisé l’esprit de beaucoup dans la Communauté des médias alternatifs et leur ait révélé que le dogme vendu par certaines sources et personnalités pendant des années à propos de la Russie et Israël est un mensonge complet.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici

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