Institut des libertés:Les conséquences géopolitiques du communisme

Les conséquences géopolitiques du communisme
Quand en octobre 1917 les bolcheviks se sont emparés du pouvoir, la plupart des observateurs
européens n’imaginaient pas les causes nombreuses que ce nouveau régime allait provoquer. La
révolution d’octobre était dans la continuité de celle de février, qui avait renversé un tsar affaibli
que personne ne semblait vraiment regretter.
La lecture des chroniques diplomatiques de Jacques Bainville publiées au cours de cette année
montre que cet historien, très au fait de la Russie, analyse l’événement d’octobre dans sa
continuité. Ce n’est que plus tard que cet événement a été perçu comme une rupture, quand il
est apparu aux yeux de tous que ce n’était pas seulement un nouveau régime qui avait pris le
pouvoir, mais aussi une nouvelle idéologie.
Les conséquences géopolitiques de l’arrivée du communisme furent multiples. En Europe, il
contribua à l’arrivée au pouvoir du nazisme et du fascisme. Ces idéologies s’inscrivent dans
l’histoire particulière de l’Allemagne et de l’Italie, mais elles se sont aussi développées à cause de
la peur du communisme propagée dans certaines couches de la population. Populations qui n’ont
pas vu, d’ailleurs, que le fond de ces idéologies était le même, à savoir le socialisme. C’est cette
« guerre civile européenne » qu’a analysée l’historien allemand Ernst Nolte, dans un ouvrage qui
fit beaucoup de bruits dans le monde intellectuel allemand. L’irruption du bolchévisme a donc
fracturé l’Europe dès les années 1920.
C’est une Europe coupée en deux qui a surgi de la Seconde Guerre mondiale, la partie ouest se
rattachant irrémédiablement aux États-Unis pour éviter d’être mangé par Moscou. Là aussi, la
peur de l’invasion communiste, réelle quoiqu’amplifiée, a eu des répercussions géopolitiques : la
construction européenne d’une part, l’inféodation aux États-Unis d’autre part. De l’autre côté du
mur, c’est la peur agitée de l’invasion américaine qui a servi de justification à Moscou pour
contrôler les territoires occupés. Le communisme provoqua une rupture artificielle et nouvelle
entre Europe de l’Est et Europe de l’Ouest, qui demeure encore aujourd’hui dans les esprits. C’est
aussi une des conséquences de la fin de l’empire autrichien, qui a laissé l’Europe centrale avec un
ventre mou.
La terre du milieu de Mackinder
La Guerre froide a donné lieu à une intense pensée géopolitique dans le monde anglo-saxon, alors
même qu’il fut interdit de l’employer à l’université française parce que le concept fut assimilé au
nazisme. Pour les Américains, la Guerre froide semblait en effet valider les thèses d’Halford
Mackinder (1861-1947). Cet amiral anglais et professeur de géographie à Oxford c’était fait
connaître par un article dans le
Geographical journal
de 1904. Il y développait le concept
géopolitique de centre géographique. Pour lui, c’est autour du pivot (le heartland) que s’articulent
toutes les dynamiques géopolitiques de la planète. Ce pivot c’est l’Eurasie, qui est tenue par la
Russie, et que l’Angleterre n’arrive pas à atteindre.
Pour ceinturer le heartland, il faut tenir les coastlands, c’est-à-dire contrôler les territoires autour
de la Russie. En 1904, l’Angleterre était ennemie de l’empire russe, l’empêchant notamment de
contrôler les détroits et d’arriver à la Méditerranée. Londres encerclait Saint-Pétersbourg en
contrôlant les Indes, en étant présent en Chine et en luttant en Afghanistan. Mackinder, en bon
marin, ne cessait de rappeler le rôle essentiel de la marine pour la domination mondiale. Il
s’agissait aussi d’empêcher l’alliance de l’Allemagne et de la Russie, qui permettrait le contrôle
des terres intérieures, la constitution d’une zone inattaquable de défense et la mise en commun
d’immenses ressources. Couper à tout prix l’Allemagne de la Russie passait par un traité
d’alliance conclu avec les tsars (la triple entente) pour contrebalancer la Triple alliance. Mackinder
s’inquiéta lorsqu’en 1939 Hitler et Staline s’allièrent par un traité dont les clauses secrètes
allaient beaucoup plus loin que la simple non-agression. De même lorsqu’en 1945, Moscou mis la
main sur une grande partie de l’ancien empire allemand : Pologne et Allemagne de l’Est. Mais
l’histoire nous montre que les alliances terrestres ont toujours échoué jusqu’à présent. Napoléon,
Hitler, Staline : tous ont tenté cette alliance et tous l’ont brisée.
Le
containment
de Kennan
L’Américain Georges Kennan, diplomate et journaliste, reprit la thèse de Mackinder pour
l’actualiser face à la guerre froide naissante. C’est à lui que l’on doit la définition du
containment
,
qui servit de doctrine à quasiment tous les présidents américains jusqu’à Ronald Reagan. En juin
1947, sous le pseudonyme de X, il écrivit un article,
The Sources of Soviet Conduct
(Les sources
de la conduite soviétique). Il y explique la politique étrangère de Staline comme une combinaison
de l’idéologie marxiste-léniniste, qui prône la défaite des forces capitalistes à travers le monde, et
sa propre détermination à utiliser la notion d’« encerclement capitaliste » comme feuille de vigne
pour légitimer son embrigadement de la société soviétique et consolider son pouvoir. Il est donc
nécessaire, selon Kennan, que les États-Unis répliquent par une politique d’
endiguement
destinée
à contenir l’expansionnisme soviétique. C’est le fameux principe du containment. Cet
endiguement doit se faire en tenant les côtes pour éviter que la centralité soviétique ne se
diffuser vers l’Europe et l’Asie.
Il faut donc mettre en place des contre-forces au pouvoir soviétique. Beaucoup pensent que les
contre-forces sont militaires, ce qui n’est pas l’esprit de Kennan. Pour lui, elles sont politiques.
L’URSS ne cherche pas à prendre les pays par la force, mais par l’intrusion des partis politiques,
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