Pour une école libre au Québec:Québec — Encore moins d’enseignants masculins France — Pour les médias, un bon étudiant est un étudiant « en grève » Lab-École et l’architecture : Comme une contradiction ? Garderies : plus ciblées, moins universelles, de meilleure qualité et soutenir d’autres choix…

Pour une école libre au Québec


Québec — Encore moins d’enseignants masculins

Posted: 20 Apr 2018 11:00 PM PDT

Les profs masculins sont toujours de plus en plus rares dans les écoles du Québec, a constaté Le Journal.

Selon les plus récents chiffres obtenus par le Journal de Québec auprès du ministère de l’Éducation, les hommes représentent 24,7 % du personnel enseignant des commissions scolaires, comparativement à 25 % pour l’année précédente. Cette proportion est en baisse constante dans le réseau scolaire québécois depuis au moins dix ans.

Les hommes sont encore plus rares dans les écoles primaires, où ils ne représentent que 14,2 % des enseignants. En maternelle, ils ne comptent que pour 2 %. Au secondaire, les hommes occupent 35 % des classes, un nombre qui est aussi en diminution. La situation a toutefois déjà été différente, puisque les enseignants masculins ont été majoritaires au secondaire jusqu’en 1997.

Un « cercle vicieux »

Éric Tremblay, qui enseigne à des élèves de sixième année, voit dans ces chiffres un « cercle vicieux » à briser.

« Il y a de moins en moins de gars en enseignement, donc de moins en moins de modèles. C’est extrêmement dommage », affirme cet enseignant qui a discuté de cette réalité avec ses élèves, en classe.

Selon M. Tremblay, le modèle traditionnel de la classe est moins attirant pour les hommes.
« Les gars me disent qu’ils ne se reconnaissent pas là-dedans », lance-t-il.

Cet enseignant n’a toutefois pas hésité à bousculer le statu quo dans sa classe, qui ne ressemble à aucune autre.

Heureusement, le réseau scolaire est de moins en moins rigide, ajoute-t-il. « Il y a de plus en plus de place pour être toi-même et ça fait du bien. »

En baisse dans les directions

Dans les rangs des directeurs d’école, les hommes sont aussi de moins en moins nombreux.

Seulement 34,7 % d’entre eux dirigent une équipe-école, une proportion qui est aussi en baisse constante.

De nombreux experts ont souvent souligné l’importance d’avoir une présence masculine plus forte en enseignement.

Source : Journal de Québec
France — Pour les médias, un bon étudiant est un étudiant « en grève »

Posted: 20 Apr 2018 10:23 PM PDT

Du carnet d’Ingrid Riocreux, un décryptage de la rhétorique des médias français (qui s’appliquerait sans doute aux québécois) :

Pour les médias, un bon étudiant est un étudiant « en grève »
La violence ne viendrait pas des bloqueurs, mais des anti-bloqueurs

On trouve sans peine des articles et des reportages intitulés :

Mais on cherchera en vain : « qui sont les bloqueurs qui s’en prennent aux étudiants non grévistes ? »

Pourtant, le Premier Ministre, comme celui de l’enseignement supérieur, ou encore le Président de la République ont insisté sur le caractère minoritaire des étudiants au sein des comités de blocage des universités. Mais il est vrai qu’ils ont tout intérêt à nier la légitimité de ceux qui s’opposent à la réforme portée par le gouvernement :

Je constate quand même que dans beaucoup d’universités occupées, ce ne sont pas des étudiants, mais ce sont des agitateurs professionnels, les professionnels du désordre dont parlait Michel Audiard. […] [Et les vrais étudiants] doivent comprendre que s’ils veulent avoir leurs examens en fin d’année, c’est mieux de les réviser, parce qu’il n’y aura pas d’examens en chocolat dans la République. (Emmanuel Macron sur TF1)

Sur les examens en chocolat, on pourra aussi écouter Raphaël Enthoven et son billet matinal particulièrement bien senti :

Le problème est, en réalité, beaucoup plus large et devrait amener les médias à s’interroger sur la manière dont ils traitent les mouvements de contestation en milieu étudiant. On ne devrait pas les aborder comme n’importe quel soulèvement social. À proprement parler, un étudiant ne peut pas être « en grève » puisqu’il n’est pas salarié. La Charte de Grenoble (1946) qui consacre l’avènement du syndicalisme étudiant peut bien présenter les étudiants comme des « travailleurs », reste que les moyens d’action de ces mouvements eux-mêmes et leur capacité de nuisance invalident cette assimilation abusive.

L’étudiant « gréviste » peut, pour participer à des manifestations, se priver de cours. Mais c’est un risque qu’il prend, un dommage qu’il s’inflige et dont il doit être prêt à assumer les conséquences. Il ne pénalise que lui-même puisque, étant étudiant, il n’apporte rien à l’institution, mais a tout à recevoir d’elle.

À l’inverse, un ouvrier gréviste, au surplus s’il bloque son usine, paralyse les moyens de production et refuse de contribuer par sa force de travail à la prospérité de l’entreprise. Son action a donc un sens, en lien direct avec l’objet de sa colère.

Mais un étudiant qui bloque une université nuit seulement aux autres étudiants. Son action n’a donc aucun sens, manque sa cible et ne peut aboutir qu’à jeter le discrédit sur les revendications du mouvement.

Sans compter que n’importe quel petit lettreux un peu politisé ne saurait, avec ses petits bras, lancer et tenir un blocage. Les infos que j’ai pu recueillir ici et là confirment que « les étudiants » (dixit les médias) qui bloquent telle ou telle fac ne sont que très minoritairement des étudiants de la fac en question, certains n’étant même pas étudiants du tout.

Et là, on attendrait une enquête journalistique un peu rigoureuse pour nous donner des informations plus précises sur : qui vient d’où ? dans quel but et dans quelles proportions ? À bon entendeur…

La focalisation diabolisante sur les anti-bloqueurs, facilement réduits à quelques groupuscules néo-fascistes venus en découdre avec leurs homologues d’extrême gauche (dont tout le monde, en revanche, s’obstine à nier l’existence) prouve une nouvelle fois que, même pour les journalistes, un bon étudiant anti-blocage est un étudiant qui se tait.

Les bloqueurs ont le droit de transformer les AG en séances d’intimidation collective n’ayant absolument rien de démocratique, ils ont le droit de dégrader les locaux et de brutaliser leurs camarades de promo qui persistent à demander la tenue des cours et des examens.

Ils ont une marge de manœuvre très large avant qu’on les accuse de violence. Ceux d’en face ont des possibilités d’action bien plus réduite. S’ils essaient de forcer un barrage de grévistes : ce sont eux qui font preuve de « violence ».

À la grande époque du CPE [contrat première embauche], j’étais en classe préparatoire [aux Grandes écoles], ce qui signifie que la plupart des bloqueurs autour de moi étaient des lycéens (+ quelques étudiants de prépa). Avant de leur abandonner l’établissement, le proviseur avait négocié avec eux pour que les étudiants de prépa puissent continuer à bénéficier des cours, si bien que nous devions, chaque jour, présenter notre carte de khâgneux à des gamins qui nous autorisaient alors à entrer dans notre propre établissement ! Un matin, j’ai estimé que je n’avais pas à me plier à cette mascarade et j’ai fait mine de passer sans les voir. Une petiote m’a rattrapée et m’a réclamé mon attestation d’inscription en prépa. « Ah oui, c’est vrai, ai-je répondu, il faut que je te montre mon Ausweis pour entrer dans mon propre lycée ». Je l’ai vue se décomposer. Pas une seconde elle n’avait imaginé qu’on puisse la considérer comme une fasciste. Elle dut s’en ouvrir à ses camarades de lutte, car le lendemain, une affiche en format A3 était placardée à l’entrée de l’établissement ; paradoxalement, elle ne s’adressait pas aux personnes qui voulaient y entrer, mais aux élèves qui tenaient les piquets de grève : « ils nous traitent de fascistes ! » en était le titre chargé d’un étonnement rageur. L’épisode de l’Ausweis y était relaté : « alors qu’elle réclamait sa carte d’étudiante à une élève de classe préparatoire, l’une de nos camarades s’est vu répondre, etc. » et le document expliquait que les grévistes étaient déjà bien gentils d’accepter de nous laisser entrer et qu’il fallait remettre les choses à leur place : si fascistes il y avait, c’était moi, c’étaient tous ces gens qui ne soutenaient pas le mouvement de protestation contre le CPE et qui étaient donc « les complices du gouvernement, du grand capital et de la police ». Les mêmes rebelles à la petite semaine furent pourtant bien obligés de l’appeler, la police, quand quelques jours plus tard, les élèves de la ZEP [euphémisme pour zone d’éducation prioritaire, comprendre banlieue immigrée] décidèrent de venir casser du bourgeois gréviste à coups de barres de fer. Maman ! Le même genre d’incidents eut lieu dans d’autres établissements, mais les élèves de ZEP n’étant pas des néonazis, le silence médiatique autour de ces faits fut à peu près total : rien à voir avec le récent scandale de Montpellier…

En conclusion, je dirai juste : laissez bosser ma petite-sœur, elle a ses partiels dans un mois et là, elle en a vraiment marre de votre cirque.

Lab-École et l’architecture : Comme une contradiction ?

Posted: 20 Apr 2018 09:38 AM PDT

Tiré du très intéressant site du Professeur Masqué :

Lab-École : comme une contradiction

Dans son livre « Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire », le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, affirme : « l’architecture seule n’a pas une incidence significative sur la réussite des élèves ». (p. 50)

Or, dans cet article du chroniqueur François Bourque, du Soleil, on peut lire :

« Une étude britannique vient cependant de démontrer un lien entre l’environnement physique des classes et la réussite des élèves. Jusqu’à 16 % de mieux en lecture, écriture et mathématiques. [Note du carnet : argument déjà repris dans Osons l’école d’Ugo Cavenaghi et Isabelle Sénécal.]

Cette recherche a inspiré l’architecte Pierre Thibault, le chef Ricardo Larrivée et le promoteur de sport Pierre Lavoie pour le projet de Lab-École. »

Qui entre le ministre et les gens qu’il a choisis dit vrai ? À cette ère des données probantes, pourrait-on faire preuve d’harmonie à défaut de rigueur ? :)

En fait, les deux ne sont pas contradictoires. Cette étude de l’université Salford au Royaume-Uni nous apprend que les facteurs de l’environnement physique qui favorise la réussite sont notamment :

  • la qualité de l’air dans la classe ;
  • la température de la classe ;
  • la couleur et simplicité des murs (couleurs pastel, pas trop de couleurs vives, pas de murs surchargés) ;
  • et la lumière naturelle.

La couleur et la simplicité des murs est pour 23 % de cette amélioration de 16 %.

Les trois autres facteurs (qualité de l’air, température, lumière naturelle) expliquent environ 50 % de cette amélioration.

Par contre, la même étude souligne que l’architecture hors de la classe, la taille de l’établissement, les couloirs, les salles ou ateliers où les élèves se rendent à l’occasion, le design des bâtiments ont peu d’effets. C’est la classe qui compte.

Pour ce carnet, cela ne doit pas valoir licence à construire de laides écoles, des blocs bien carrés et bétonnés, car de beaux bâtiments (pas trop dispendieux toutefois) peuvent embellir la ville et être une fierté pour tous, parents, professeurs et élèves.

Voir

BARRET, Peter et al. Clever Classrooms: Report of the HEAD Project, University of Salford, Manchester, 2015.

Garderies : plus ciblées, moins universelles, de meilleure qualité et soutenir d’autres choix…

Posted: 20 Apr 2018 12:46 AM PDT

Radio-Canada et L’Actualité ont chacun publié des articles qui parlent des effets bénéfiques des CPE (garderies) québécois, ce que les études universitaires prouveraient. Radio-Canada s’étonnait qu’aucune autre province n’ait copié la merveilleuse réussite québécoise en matière de garderies subventionnées. Pierre Fortin dans L’Actualité distinguait toutefois les Centres de la petite enfance (CPE) publics de bonne qualité et les autres types de garderies qui seraient de moindre qualité.

Nous pensons qu’il serait utile de reproduire et traduire ici un entretien que Steven Lehrer, professeur d’économie de l’université Queen’s, a eu avec Andrea Mrozek la directrice du programme Famille de l’Institut Cardus.

Andrea Mrozek. — Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a récemment déclaré que le modèle de garderie du Québec pourrait libérer un potentiel de main-d’œuvre inexploité dans ce pays. Il n’est peut-être pas familier de la recherche publiée sur les effets des garderies sur les enfants et les familles, mais il ne peut pas ignorer que des garderies de qualité soient coûteuses. En tant qu’économiste, quel genre de calculs supposez-vous qu’il fait ?

Enfants polonais de maternelle

Stephen Lehrer. — Je pense que ses commentaires épousent le discours ambiant des politiciens qui préconisent plus de mesures visant les femmes au Canada. L’une des difficultés avec ce qu’ai j’ai pu lire c’est que si vous poussez les mères à revenir sur le marché du travail, cela ne signifie pas que vous créez plus d’emplois. [Poloz] comprend, j’en suis sûr, le concept de plein emploi. Si les gens réintègrent le marché du travail, ils en évinceront probablement d’autres, vraisemblablement de nouveaux diplômés. Je me rends compte que les gens aiment entendre certaines réponses, et c’est exactement comme ça que j’ai commencé dans ce domaine. Intuitivement, je ne pouvais pas imaginer pourquoi l’éducation de la petite enfance ne serait pas efficace. Mais maintenant, après avoir travaillé dans ce domaine, je comprends mieux pourquoi cela peut être inefficace. Le développement de l’enfant est un processus très, très complexe. Les parents, les compagnons, les écoles y contribuent tous et nous ne comprenons pas vraiment l’efficacité de ces différents facteurs ni les différents effets que ceux-ci peuvent avoir sur différents enfants.

Andrea Mrozek. — Vous en êtes venus à considérer les garderies universellement d’un autre œil, n’est-ce pas ? Comment votre pensée a-t-elle évalué et dans quel sens ?

Steven Lehrer. — Je participe actuellement à une conférence dont le slogan est « preuves à l’appui ». Tout le monde reçoit un badge orné de ce slogan. C’est mon credo quand il faut élaborer des politiques : s’il existe des données probantes de haute qualité, cela devrait orienter nos politiques et nous aider à réviser ces politiques.

Je me suis intéressé aux garderies universelles lorsque Michael Baker est venu à Queen’s et a présenté les résultats de la recherche qu’il avait faite avec Kevin Milligan et Jon Gruber. Ils avaient constaté que le programme de garde d’enfants du Québec, l’accès à des services de garde subventionnés universels, aboutissait à une augmentation d’effets comportementaux défavorables chez l’enfant et de résultats préjudiciables dans la famille.

Je vais être franc : je n’y avais pas cru. Je pensais l’inverse.

J’avais alors un étudiant en maitrise très talentueux, Michael Kottelenberg, je l’ai convaincu de voir s’il pouvait reproduire les résultats. Cela a abouti à quatre articles publiés dans des revues à comité de lecture ainsi qu’à deux autres articles prêts à être publiés. [Par exemple : New Evidence on the Impacts of Access to and Attending Universal Childcare in Canada]

Le principal résultat de nos études fut que le travail de Baker, Gruber et Milligan était correct à 100 %. C’était du solide. Au contraire, notre propre travail, y compris un document publié dans Politique publique canadienne et qui a remporté le « prix du meilleur article » pour cette année-là, établissait en fait que ces effets néfastes s’amplifiaient avec le temps, en moyenne.

Beaucoup de critiques disent : « c’est l’effet de l’accès aux services de garde, ce n’est pas vraiment l’effet des services de garde eux-mêmes. » Nous avons fait une analyse qui fait des hypothèses solides, et nous avons constaté que les effets de la garde des enfants sont également négatifs.

Je pense que la leçon à en tirer qui devrait éclairer nos politiques c’est que la qualité des services est importante et qu’il existe beaucoup d’hétérogénéité [tant dans les clientèles que les effets].

Jim Heckman, lauréat du prix Nobel en économie, a parlé de la manière dont l’éducation et les soins de la petite enfance peuvent à la fois promouvoir l’équité et l’efficacité, mais il axe son attention sur les personnes défavorisées et non sur tout le monde.

En fait, dans l’article que Mike Kottelenberg et moi venons de publier l’an dernier dans le Journal of Labor Economics, nous expliquons cette hétérogénéité. En effet, nous constatons que les garderies universelles s’accompagnent de gains importants pour les enfants dans la partie inférieure de la distribution, ceux provenant de ménages monoparentaux. En revanche, pour la plupart des enfants au milieu de la distribution issus de familles biparentales, nous observons bien des effets néfastes. Ce n’est pas que la garde d’enfants universelle soit efficace ou inefficace, elle est efficace pour certains et inefficace pour d’autres.

Nous émettons une hypothèse qui guide certains de nos travaux futurs sur ce qui se passe, c’est-à-dire que lorsque les parents envoient leurs enfants à la garderie, ils finissent par s’occuper nettement beaucoup moins de celui-ci, ils lisent notamment nettement moins à l’enfant. Les parents supposent que leur enfant bénéficie de nombre d’activités éducatives dans les garderies. Ils pensent qu’il s’agit plus d’une éducation précoce que d’une garde précoce. Ce que nous avons constaté, c’est que les enfants qui sont vraiment très peu stimulés à la maison bénéficient de la garderie qu’ils y reçoivent plus de stimulation qu’à la maison. Mais pour les autres enfants, ils finissent par s’en tirer plus mal parce qu’une garde collective n’est pas aussi efficace qu’une garde individuelle.

C’est, selon nous, ce qui explique cette divergence.

Nous avons maintenant un autre article dans lequel nous examinons cette question plus formellement pour tenter de fournir la première preuve causale en ce sens. Mais dans quelques-uns de nos articles, cette association est bien présente.

Il existe d’autres travaux, produits par d’autres que nous, mais par des psychologues comme Christa Japel et Richard Tremblay qui ont montré que la qualité de ces garderies n’est pas très élevée. Lorsque ce programme a été introduit, ils n’ont pas immédiatement augmenté le nombre des garderies. L’existence de listes d’attente est bien connue. Mais l’une des découvertes surprenantes est que les effets sont devenus plus négatifs à mesure que d’autres centres étaient créés. À la lumière des rapports sur la qualité de ces garderies, on observe que leur qualité n’est pas très élevée.

Je pense que des garderies de haute qualité sont très, très bénéfiques, mais qu’une grande partie de la garde d’enfants qui finit par être offerte ne se situe pas à un niveau de qualité très élevé.

AM. — J’étais au courant du rapport Japel qui établissait la qualité médiocre des garderies au Québec. Habituellement, les partisans de la garde universelle classent le Québec en première place au Canada, mais un rapport récent a montré que le Québec avait perdu cette première place. Si la qualité des soins était médiocre auparavant et que maintenant le Québec glisse, que faut-il conclure ?

SL. — C’est l’un des défis. Je ne pense pas qu’il faudrait en conclure que les garderies ne fonctionnent pas. C’est-à-dire que si un gouvernement veut mettre en place un réseau de garderies, il doit soit cibler cette mesure de façon appropriée, soit investir beaucoup d’argent pour en assurer la qualité. Cette question de haute qualité a un impact du point de vue de l’équité. Généralement, les parents plus éduqués sont mieux renseignés sur la qualité des services de garde. Ainsi si ces parents bien éduqués envoient leurs enfants dans de meilleurs centres et que des parents moins éduqués finissent par envoyer leurs enfants dans des centres de qualité inférieure, cela ne fait qu’augmenter les inégalités. Il est donc très important, du point de vue de l’équité sociale, de parler de la qualité des services.

AM. — Comment réagiriez-vous alors, en tant qu’économiste, à cette assertion : le Canada est une nation riche, ne pourrait-il pas simplement investir des milliards et des milliards dans un programme de garderies universel pour s’assurer qu’elles soient vraiment de haute qualité ? Quels coûts et avantages y voyez-vous ?

SL. — Nous devrions tirer les leçons de la Grèce et les difficultés que ce pays a connues quand ses créditeurs se sont fait entendre. Nos déficits et nos dettes ne cessent d’augmenter. Je pense que nous devons réfléchir à l’utilisation la plus efficace des deniers publics. Est-ce que dépenser ces sommes très importantes dans les garderies serait le meilleur investissement ? Probablement pas. Il y a probablement d’autres domaines dans lesquels le gouvernement pourrait investir ces sommes, domaines qui pourraient avoir des rendements plus importants. Je pense que les décideurs doivent s’asseoir et réfléchir aux autres options et considérer celles qui auront le meilleur rendement financier plutôt que celle qui rapportera le plus de voix lors du prochain cycle électoral.

AM. — Je suis fascinée par vos recherches sur les différences entre les garçons et les filles dans les garderies au Québec. Les garçons font apparemment moins bien. Pourriez-vous nous en dire davantage ?

SL. — Un article qui sera publié le prochain numéro de la Revue canadienne d’économie, probablement le mois prochain. C’était quelque chose qui nous a surpris. Avant de commencer à examiner les effets distributifs, nous avons essayé d’examiner les différences entre les caractéristiques des enfants, telles que l’âge des enfants et le sexe des enfants. Ce que nous avons constaté, c’est que la majeure partie des effets négatifs du programme touchait en réalité des garçons. Les effets négatifs étaient plus importants chez les garçons. La raison précise est vraiment difficile à identifier. Mais il faut garder à l’esprit ces différences entre les sexes. Et ces effets néfastes pour les garçons diffèrent de ce que les chercheurs avaient observé lors d’études à petite échelle aux États-Unis, notamment dans le programme Perry Preschool. Le projet Perry Preschool était, je crois, plus efficace pour les garçons. Cela pourrait s’expliquer par le type d’emplois que ces garçons ont décroché plus tard dans la vie.

Nous constatons désormais qu’il existe très tôt des conséquences importantes sur le développement des enfants. Encore une fois, les parents ont une influence différente selon le sexe des enfants que nous observons, et il y a aussi différentes réponses parentales une fois que l’enfant a accès aux services de garde subventionnés.

Pour ce qui est de l’âge, les conséquences néfastes se concentrent sur les plus jeunes enfants. On ne s’est pas penché sur la mixité des âges. Dans la plupart des écoles, si vous avez une classe de première année, on n’y trouve que des élèves de première année. Vous n’avez pas de cours où vous mélangez des élèves de première année avec des élèves de quatrième année. Si nous mettons des enfants de zéro à quatre dans la même garderie, il est fort probable que l’attention se concentre sur les plus grands parce qu’ils bougent davantage. Peut-être les puéricultrices sont-elles moins attentives aux besoins des plus jeunes ?

Peut-être faut-il avoir des garderies réservées aux enfants de zéro à un an, d’autres réservées aux enfants de deux à trois ans et enfin d’autres pour les enfants de quatre ans. Nous ne savons pas si cette division selon l’âge serait plus bénéfique. On peut déjà faire beaucoup dans le cadre existant. Il existe beaucoup de données et d’analyses sur les garderies, si des politiciens veulent dépensent des milliards de dollars dans ce domaine. L’article de Baker, Gruber, Milligan a également remporté plusieurs prix de meilleur article universitaire. C’est un travail de haute qualité auquel les gouvernements devraient prêter attention. Il est public. Facile d’accès. Il ne faut pas l’ignorer.

AM. — Outre Baker, Gruber et Milligan, qui d’autre au Canada s’intéresse à ce sujet et fait de la recherche de bonne qualité ?

SL. — À l’Université du Québec à Montréal, il y a Philip Merrigan et Pierre Lefebvre. Il y a Catherine Haeck et Pierre Fortin. Il fait plus de travail en demandant si, avec le retour au travail des mamans, les taxes qu’elles paient couvrent les coûts du programme. C’est plus axé sur l’aspect budgétaire. Je pense que le débat sur les services de garde d’enfants devrait davantage se concentrer sur le développement du capital humain et moins sur ces considérations fiscales.

Pour que le Canada demeure compétitif dans les années à venir, malgré toute la rhétorique actuelle entourant les guerres commerciales, il faut se rendre compte que l’économie est nettement plus mondialisée. Les entreprises déménagent désormais très facilement de pays, principalement en fonction des taux d’imposition. Les individus changeront probablement de pays assez souvent. Beaucoup de gens de ma propre université ne travaillent pas au Canada. Ils travaillent partout dans le monde. Je pense donc qu’il s’agit d’essayer de produire des travailleurs exceptionnellement talentueux et de les aider à prendre un bon départ. Quelle est la meilleure façon de faire cela ? L’autre grande leçon est qu’il s’agit vraiment plus d’une question de soins précoces que d’éducation précoce.

AM. — Je pense que c’est Pierre Fortin qui a dit que le système québécois était rentable. Cela s’est retrouvé sur toutes les unes. Ce calcul se fonde-t-il exclusivement sur les impôts des mères au travail, et non sur les résultats des enfants à long terme ?

SL. — Il s’agit d’un calcul strictement fiscal pour autant que je sache. Il ne considère également pas le fait que si les mères obtiennent un travail plus tôt elles évincent peut-être quelqu’un d’autre pour obtenir ce travail. En conséquence, peut-être que de nouveaux diplômés n’obtiennent pas de travail. Fortin a simplement examiné le taux d’emploi des jeunes femmes et l’augmentation des taxes perçues auprès de ces personnes et comment cela compense les coûts. [Ajoutons que le taux d’emploi de ces jeunes femmes a également augmenté ailleurs au Canada, sans un tel programme ruineux. D’autres causes sont donc peut-être en cause comme un changement de mentalité chez les jeunes femmes, des changements économiques qui forceraient plus de femmes à travailler, etc.]

AM. — Je m’efforce de trouver le juste milieu. Je pense que vous avez mentionné certains concepts qui peuvent servir de terrain d’entente. Par exemple, tout le monde pense que l’apprentissage précoce et la garde des enfants sont très importants. Si nous voulions trouver un compromis politique en matière de garderie, d’éducation préscolaire et de garde d’enfants, que conseillez-vous ?

SL. — Je pense qu’il faudrait mieux cibler dans les années à venir et se concentrer davantage sur la qualité. Pour l’instant, on discute uniquement de quantité : fournissons beaucoup, beaucoup de services de garde. Je pense que nous devrions penser à la façon dont nous pouvons fournir des services de garde de haute qualité à ceux qui en bénéficieraient le plus. Et puis nous pourrions voir à quelle vitesse nous pourrions augmenter cela. Et je ne pense pas que nous devrions nous attendre à ce que nous puissions le faire rapidement. Même lorsqu’on consulte un médecin ou l’on va chez Weight Watchers, les effets diffèrent selon les personnes. Nous devons cibler ceux qui en bénéficieront le plus.

[Ce carnet est globalement d’accord avec ce constat. Il faudrait cependant, parlant d’équité entre les familles, se demander pourquoi les mères qui gardent elles-mêmes leurs enfants à la maison pendant les premières années devraient être privées d’aide financière alors que des sommes énormes sont consacrées à mettre un programme qui sera probablement de plus en plus coûteux, car syndiqué et de meilleure qualité si les vœux du prof Lehrer sont exaucés… Steven Lehrer omet également tout aspect sur ce que les garderies devraient apprendre. L’État voudra-t-il y imposer des valeurs contestables, des réflexes ? Y lutter contre les stéréotypes genrés, insupportables pour tant de gauchistes ? Pourra-t-on y faire une petite prière, recevoir des explications religieuses ? Ce n’est plus le cas au Québec…]

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Étude Fortin, Godbout sur les garderies : « étude loufoque », système injuste, Ottawa premier gagnant

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