The Maghreb and Orient Courier:DEBATE / SYRIE – L’ONU, une obsolescence programmée ?

DEBATE / SYRIE – L’ONU, une obsolescence programmée ?

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Une fois encore, les États-Unis et les puissances occidentales secondaires alliées ont négligé le droit international et méprisé les prérogatives onusiennes.

Depuis la décision unilatérale de Washington d’intervenir en Irak, en 2003, pour en renverser le gouvernement, le sentiment se développe, que l’ère de la loi internationale qui, peu ou prou, assurait la sécurité des États fait place à une époque nouvelle, celle des gangsters et des voyous qui agressent leurs voisins sur le théâtre mondial, affirmant plus que jamais que la loi du plus fort est toujours la meilleure…

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Évoquant l’attaque du territoire syrien, par une coalition française, britannique et américaine, survenue le samedi 14 avril, le président de la république française, Emmanuel Macron, a fait une déclaration surprenante, sur une chaîne de télévision de son pays.

Des propos qui rendent caduque, sans objet, l’existence même de l’Organisation des Nations unies (ONU) : « C’est la communauté internationale qui est intervenue. (…) Vous avez trois membres permanents du Conseil de Sécurité qui sont intervenus (…) dans le cadre strict de cette légitimité internationale, du fait du non-respect de l’interdiction des armes chimiques (…) mais sans déclarer la guerre au régime de Bachar al-Assad. »

En plus d’être inexact sur le plan légal, il s’agit d’un mensonge avéré.

Pour le président Macron, en effet, ce serait donc la « communauté internationale » qui serait intervenue. Le journaliste qui rencontrait le président français aurait été bien avisé s’il avait demandé à Emmanuel Macron de préciser en quoi consiste, pour lui, cette « communauté internationale » ; il ne l’a pas fait.

La Russie, la Chine et la Bolivie, qui ont condamné officiellement à l’ONU l’attaque menée par la coalition des trois pays évoqués, ne feraient donc pas partie de la « communauté internationale » ?

Faut-il ainsi expliquer à Emmanuel Macron que, si cette force de frappe implique effectivement trois des 192 membres de l’ONU, elle ne saurait en aucun cas prétendre agir au nom de la « communauté internationale » ? Faut-il lui rappeler ensuite que deux des cinq autres membres permanents du Conseil de Sécurité, titulaires d’un droit de veto, sont précisément la Russie et la Chine, qui ont dénoncé l’action illégale de la « communauté internationale » d’Emmanuel Macron ?

Il est aussi important d’insister sur le fait qu’aucune résolution de l’ONU n’a autorisé cette attaque, qui constitue donc une agression sauvage à l’égard d’un État souverain. Aucune preuve d’utilisation d’armes chimiques n’a été présentée et le concept de « ligne rouge », cher au président Barak Obama, et assez flou, outre qu’il n’a aucun fondement juridique.

Cette nouvelle incartade des puissances frappe l’observateur : la légèreté avec laquelle certains États (systématiquement des États membres de l’alliance atlantique) agissent en dehors du cadre légal instauré en 1945 par la création de l’ONU ne cesse de prendre de l’ampleur.

En 2003, Colin Powell, le Secrétaire d’État états-unien, avait au moins pris la peine de présenter devant le Conseil de Sécurités des (fausses) preuves de l’existence d’armes de destruction massive en Irak. Énorme mensonge aujourd’hui pleinement révélé (dans ses mémoires J’ai eu de la chance, publiées dix ans pus tard aux éditions Odile Jacobdix Powell reconnaissait que son discours new-yorkais du 5 février 2003 resterait comme une « tache » sur sa carrière) ; néanmoins, Washington se souciait encore d’essayer de préserver les formes.

Aujourd’hui, mentir à New York n’est plus nécessaire. Sera-ce même considéré, plus tard, comme un « tache », comme une faute, par des dirigeants sûrs de leur « bon droit » qui ont pris la décision de se passer du droit international et d’agir à leur guise ?

À ce propos, interrogé au lendemain des frappes sur la Syrie, l’intellectuel français Emmanuel Todd, le 15 avril, répondait : « [En Occident], la Russie, pas seulement Poutine, est [considérée comme] un monstre. Il y a une vision extrêmement négative de la Russie. Toutes les interventions russes… Tout ce que disent les Russes est considéré comme la parole de Satan, du mensonge.

Et puis nous, on fait comme si on était normaux. Mais la vérité, c’est que le monde (…) occidental (…) peut être considéré comme dans un état de fébrilité absolument incroyable. C’est un monde en crise. (…) La vérité, c’est que dans ces trois démocraties [États-Unis, Royaume-Uni et France], on est dans une situation d’instabilité et de schizophrénie.

(…) Si vous arrêtez de lire Le Monde et de croire ce qu’il y a dedans, vous vous dîtes : éh bien, écoutez ! Où est la rationalité ? Où est l’intelligence ? Où est le contrôle de soi ? C’est ça qui est important. »

Où sont la rationalité et le contrôle de soi ? La position de la Russie de Vladimir Poutine se conforme davantage au droit international : en Syrie –quoi qu’on puisse penser de la nature du régime (il s’agit ici de droit international)-, la Russie aide le gouvernement d’un État souverain allié, en concertation avec lui, à rétablir l’ordre dans son pays.

Le jeune président français serait-il, quant à lui, adepte de la pensée de Bismarck : « La force prime le droit » ? Ou bien trouve-t-il plus pragmatique d’en revenir à la « bonne vieille époque » des jeux d’alliances, constatant que, définitivement, le « gros machin » (l’ONU –dixit Charles de Gaulle) ne fonctionne pas ?

Attention : il ne s’agit pas de déterminer si une attaque chimique a eu lieu ou non dans le quartier de Douma, près de Damas ; ni, si elle a eu lieu, d’en identifier le coupable ; ni non plus de juger des responsabilités des acteurs du conflit syrien, ni de dénoncer les atrocités commises par les différents protagonistes en présence. Il s’agit de remettre en lumière les principes fondamentaux du droit international, et de prendre conscience que l’ONU, de plus en plus régulièrement, sert de chambre d’enregistrement qui rend légal n’importe quel acte de piraterie, pour peu que ses commanditaires soient du côté des plus forts.

En effet, au lendemain des bombardements sur la Syrie, François Delattre, ambassadeur de France près les Nations unies, a annoncé : « Nous présenterons dans les meilleurs délais un projet de résolution avec nos partenaires britanniques et américains. » Après quoi, les bombardements sur la Syrie du 14 avril seront effectivement légaux.

En fait, c’est très pratique, l’ONU !

À trop en abuser, toutefois, l’institution pourrait perdre toute forme de crédibilité. Elle a d’ailleurs pris ce chemin, depuis le début du siècle. Mais peut-être est-ce là l’objectif que caressent certaines chancelleries…

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« Ce que les mésaventures militaires de l’Occident ont provoqué nous est bien connu, si l’on considère les exemples de la Yougoslavie, de l’Irak et de la Libye. Et personne ne vous a conféré le pouvoir d’agir en tant que policiers du monde ou en tant qu’investigateurs, procureurs, juges et bourreaux en même temps. », avait déclaré Vassily Nebenzia, l’ambassadeur de la Fédération de Russie, devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, le 10 avril (à l’annonce des frappes), s’adressant aux représentants des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni. « Nous vous appelons à revenir à la légalité et à respecter la Charte des Nations unies, à affronter ensemble les problèmes qui surgissent, plutôt que d’essayer à chaque étape de faire avancer votre jeu géopolitique égoïste. »

Le 14 avril, après les frappes, le même concluait : « Les États-Unis et leurs alliés ont une fois encore démontré qu’ils n’ont que du dédain pour le droit international (…) que du mépris pour la Charte de l’ONU et le Conseil de Sécurité. »

L’impuissance des mots et de la loi, face aux intérêts des plus forts.

L’ambassadeur permanent syrien auprès de l’ONU, Bachar al-Jaafari, renchérissait : « Je demande aux représentants permanents attachés à la Charte de l’ONU d’appeler les États-Unis, la France et le Royaume-Uni à lire les dispositions de la Charte concernant notamment la souveraineté des États et le non-recours à la force dans les relations internationales. J’ai apporté trois exemplaires de la Charte de l’ONU et je demande au secrétariat de les remettre aux trois délégations concernées… »

« En tant que secrétaire général des Nations unies, il est de mon devoir de rappeler aux États membres qu’il y a une obligation, en particulier lorsqu’on traite les questions de paix et de sécurité, d’agir conformément à la Charte des Nations unies et au droit international en général », a conclu Antonio Guterres.

Nombre d’observateurs ont alors remarqué le petit sourire que Nikki Haley, l’ambassadrice des États-Unis près le Conseil de Sécurité, n’a pu réprimer

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