Vers où va-t-on ?:Comment reconnaître quand votre société subit un déclin dramatique Ce que les États-Unis veulent vraiment de la Russie Traductions

Vers où va-t-on ?


Comment reconnaître quand votre société subit un déclin dramatique

Posted: 16 Apr 2018 04:19 AM PDT

Article original de Brandon Smith, publié le 5 avril 2018 sur le site alt-market.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr 



 
Lorsque les historiens et les analystes se penchent sur les facteurs entourant l’effondrement d’une société, ils se concentrent souvent sur les événements et les indicateurs les plus importants − les moments d’infamie. Cependant, je pense qu’il est important de considérer une autre réalité. Le déclin sociétal à grande échelle est construit sur un mélange d’éléments, importants aussi bien que petits. L’effondrement est un processus, pas un événement singulier. Cela arrive au fil du temps, pas du jour au lendemain. C’est un spectre de moments et de choix terribles, mis en mouvement dans la plupart des cas par des personnes en position de pouvoir, mais aidées par des idiots utiles parmi les masses. Le déclin d’une nation ou d’une civilisation nécessite la complicité d’une foule de saboteurs.

 

Ainsi, au lieu de nous concentrer sur l’approche descendante, qui est plutôt courante, partons des fondements de notre culture pour mieux comprendre pourquoi il y a une déstabilisation claire et définissable.

Boussole morale déclinante

Il y a toujours un conflit entre gain personnel et conscience personnelle − c’est la nature d’un être humain. Mais dans une société stable, ces deux choses ont tendance à s’équilibrer. Ce n’est pas le cas lors d’un déclin sociétal car le gain personnel (et même le confort personnel et la gratification) tend à l’emporter largement sur les freins et contrepoids des principes moraux.

Les gens confondent souvent le terme « moralité » avec une création religieuse, mais ce n’est pas nécessairement ce à quoi je fais allusion. Les concepts de « bien » et de « mal » sont archétypaux − c’est-à-dire qu’ils sont psychologiquement inhérents à la plupart des êtres humains depuis leur naissance. Ce n’est pas une question de foi, mais une question de fait, observée par des spécialistes dans le domaine de la psychologie et de l’anthropologie au cours de siècles d’études. Notre relation avec ces concepts peut être affectée par notre environnement et notre éducation mais pour l’essentiel, notre boussole morale est psychologiquement enracinée. C’est à nous de la suivre ou de ne pas la suivre.

Regarder comment les gens gèrent ce choix est un de mes passe-temps et je prends des notes. Vous pouvez en apprendre beaucoup sur l’état de votre environnement en observant ce que les gens autour de vous ont tendance à faire face à ce conflit entre gain personnel et conscience personnelle. Il est triste d’admettre que même si je vis dans l’Amérique rurale, où vous êtes plus susceptible de trouver une certaine autonomie et une stabilité culturelle, je peux pourtant voir notre nation chanceler.
J’ai vu des soi-disant bonnes personnes agir malhonnêtement dans des accords commerciaux. J’ai vu des institutions locales escroquer des citoyens travailleurs. J’ai vu un système judiciaire plein de préjugés adopter une attitude de favoritisme « à la papa ». J’ai vu des compagnies locales prétendre être des contributrices bienveillantes de la communauté tout en organisant des fraudes et des rackets. J’ai même vu quelques personnes au sein même du mouvement de la liberté mettre en péril le mouvement avec leur propre avarice, leur gourmandise, leur narcissisme et leur sociopathie.
Encore une fois, il est important de prendre note de ces personnes et de ces institutions car à mesure que le système poursuit sa spirale descendante, ce sont ces personnes qui présenteront la plus grande menace pour les innocents.

Comme le note Carl Jung dans son livre The Undiscovered Self, il y a toujours un contingent de sociopathes latents et de psychopathes dans toute culture ; habituellement environ 10% de la population. En temps normal, ils sont obligés, au moins pour la plupart d’entre eux, de s’acclimater moralement au reste de la population. Mais en période de déclin, ils semblent sortir du bois comme les champignons après la pluie. Pendant la période intense de l’effondrement, ils n’ont plus à faire semblant d’être normaux et ils montrent leur vraie nature.

Le moment le plus dangereux est celui où les sociopathes latents ou les sociopathes épanouis assument des rôles de direction ou de pouvoir au pire de la crise. Alors que tout le monde est distrait par sa propre situation, ces personnes peuvent devenir un cancer, infectant tout avec leurs poursuites narcissiques et causant la destruction dans leur sillage.

Désintérêt pour récompenser la conscience

Au cours d’un effondrement culturel plus large, il peut devenir « à la mode » de considérer les actes de principe comme une chose à ridiculiser ou dont se moquer ou même de les voir comme des menaces au statu quo. Le concept d’« aller de l’avant » a préséance sur ce qui est juste même quand c’est difficile ; cette attitude n’est pas reléguée aux gens les moins honnêtes de la société.
Au fur et à mesure qu’un système s’effondre, un brouillard d’apathie peut en résulter. Les bonnes personnes peuvent devenir passives, se précipitant dans leur coin de pays et espérant que les temps mauvais passeront. L’expression « Je veux juste mettre tout ça derrière moi » est régulièrement invoquée ; mais alors que nous ignorons les offenses de ces terribles hommes et femmes, nous leur permettons également d’être. Comment ? Parce qu’en ne faisant rien, nous leur permettons de continuer leurs activités criminelles et nous soumettons les personnes et les générations futures à la victimisation.

Quand faire une chose bonne est considéré comme risible ou « folle » par ce qui semble être une majorité au milieu de la corruption généralisée, vous êtes vraiment au milieu d’un grand déclin.
Dans les cercles chrétiens, on parle parfois de l’idée de « vestige ». En termes chrétiens, cela représente généralement une minorité de vrais croyants survivant à une époque tumultueuse et immorale. Je vois ces « vestiges » non seulement comme un contingent de chrétiens, mais comme un contingent de personnes qui continuent de maintenir leurs principes et leur conscience face à une adversité sans précédent. Aux pires moments, ces personnes restent inflexibles, même si elles sont ridiculisées pour cela.

Désintérêt pour l’effort indépendant

On dit que dans ce monde il y a deux sortes de personnes − les leaders et les adeptes. Je n’en suis pas si sûr, mais je peux voir pourquoi cette philosophie est promue ; cela aide les personnes malfaisantes au pouvoir à rester au pouvoir en encourageant l’acceptation passive.

Je dirais qu’il y a en fait deux types de personnes dans ce monde − les personnes qui veulent contrôler les autres et les personnes qui veulent simplement être laissées tranquilles. Dans la vie, nous sommes parfois à la fois des leaders et des suiveurs. Nous devons juste être sûrs que lorsque nous menons, nous menons par l’exemple et non par la force et quand nous suivons, nous suivons quelqu’un qui en vaut la peine.

En tout cas, la passivité n’est pas une solution pour déterminer nos rôles dans la société. Dans la plupart des situations, une action indépendante est requise de chaque personne pour rendre le monde meilleur. Pourtant, dans une ère de crise systémique, c’est habituellement les efforts indépendants qui sont abandonnés en premier. Des millions et des millions de personnes attendent quelqu’un, n’importe qui, pour leur dire ce qu’ils devraient faire et comment ils devraient le faire. De cette façon, la société se retrouve en stase, figée dans une position d’inaction. Le collectivisme empoisonné l’emporte par l’agression de masse mais aussi par la passivité de masse.

En fait, lorsque les individualistes prennent des mesures, ils peuvent être réprimandés en cas de rupture de la société, même si leurs actions ont le potentiel de résoudre un problème. L’idée qu’un homme ou une femme (ou un petit groupe de personnes) puisse faire n’importe quoi, est qualifiée de « fantaisie » ou d’« illusion ». Mais les mouvements de masse de citoyens travaillant vers un objectif pratique sont rares et ils sont encore plus rares s’ils ne sont pas contrôlés ou manipulés au profit de l’ordre établi. Ce ne sont pas les mouvements de masse qui changent le monde pour le meilleur, mais les individus et les petites organisations dévoués, agissant sans permission et sans administration.
Ce sont ces individus et ces petits groupes qui, avec le temps et grâce à des efforts incessants, inspirent une majorité pour faire ce qui est nécessaire et juste. Ce sont ces personnes qui inspirent les autres à prendre enfin le leadership dans leur propre vie.

S’isoler soi-même

J’écris souvent sur la situation critique des droits individuels au sein de la société  et je continue de considérer le facteur de l’individu comme l’élément le plus important de toute culture. Une culture fondée sur la protection et la promotion de l’individualisme et du bénévolat est, à mon avis, la seule culture qui réussira à éviter un effondrement total. Cela dit, l’inconvénient de l’individualisme manifeste est le danger de l’isolement. C’est-à-dire que lorsque les vrais individualistes ne se préoccupent que de leur situation personnelle et ignorent les circonstances du reste du monde, ils finissent par se mettre eux-mêmes en position d’être écrasés par ce monde.

L’organisation sur une base volontaire est non seulement saine mais vitale pour la longévité d’une société. Plus les gens se replient sur eux-mêmes et se soucient seulement de leurs propres conditions générales, plus il est facile pour les méchants de faire des choses mauvaises sans être remarqués. En outre, le repli sur soi à la suite d’un effondrement met les individus en échec car personne n’est capable de survivre sans au moins l’aide d’un plus large bassin de connaissances et de talents.
Dans un système basé sur la corruption, l’établissement encouragera l’isolement comme un moyen de contrôler la population. Ou, ils offriront un faux choix  entre l’isolement et le collectivisme aveugle. La vérité est qu’il y a toujours un juste milieu. L’organisation volontaire et l’individualisme ne s’excluent pas mutuellement. J’appelle cela la « différence entre la communauté et le collectivisme ». Une communauté ne supplante pas l’individu, tandis qu’un collectif exige l’effacement complet des activités et de la pensée individuelles.

Si vous vous trouvez entouré de gens qui refusent toute organisation, même pratique et bénévole face à l’instabilité, alors votre société vit sans doute les derniers stades d’un effondrement.

Déni de désastre

Même si une crise ou un effondrement se déroule, si une société réalise, réagit et prend note du problème, il y a de l’espoir pour cette société. Si, cependant, cette société ignore volontairement le danger et nie même qu’il existe lorsqu’il se présente avec des preuves accablantes, alors cette société va probablement subir une désintégration complète et devra probablement repartir de zéro − avec un ensemble de principes et d’idéaux basés sur la conscience et l’honneur.

La force d’une culture peut être mesurée par sa volonté de réfléchir sur elle-même. Sa survie peut être déterminée par sa volonté d’accepter ses défauts lorsqu’ils surviennent et sa volonté de réparer les dégâts causés. Les sociétés conscientes sont difficiles à corrompre ou à contrôler. Ce n’est que dans le déni que les gens peuvent facilement être manipulés et réduits en esclavage.

Si vous ne pouvez pas accepter la réalité de l’abîme, vous ne pouvez pas bouger pour l’éviter ou vous préparer à survivre à la chute. Je vois cette question comme l’élément le plus important dans la lutte pour sauver les parties de notre société qui méritent d’être sauvées. Éduquer les gens sur les faits flagrants derrière notre propre déclin national peut dissoudre le mur du déni et peut-être nous trouverons quand la catastrophe frappera, qu’il y a beaucoup plus de personnes éveillées et conscientes prêtes à agir que nous ne le pensions initialement.

Brandon Smith

Ce que les États-Unis veulent vraiment de la Russie

Posted: 16 Apr 2018 04:15 AM PDT

Article original de Andrew Korybko, publié le 3 Avril 2018 sur le site Oriental Review
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Trump Putin New Detente 

La récente offensive asymétrique multidimensionnelle des États-Unis contre tous les intérêts russes n’est pas le symptôme aléatoire d’une russophobie psychotique mais fait partie d’une stratégie globale visant à faire pression sur Moscou pour que la Russie abandonne sa coopération étroite avec la Chine et l’Iran en échange d’une « nouvelle détente ». Un scénario qui ne devrait pas être exclu si Trump reste cohérent lors de la prochaine rencontre avec le président Poutine.


Beaucoup de gens luttent pour trouver une quelconque cohérence ou raison derrière les mouvements anti-russes des USA au cours des deux dernières années, en particulier ceux pour qui Trump est supposé être contraint par « l’État profond » avec la croyance erronée que cela soulagerait son administration de la pression des fake news dans le cadre du RussiaGate, mais la réponse à tout cela est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît. Le fait est que tout ce qui se passe est intentionnel et fait partie d’une stratégie globale pour amener la Russie à abandonner sa coopération étroite avec la Chine et l’Iran en réponse à l’offensive asymétrique multidimensionnelle des États-Unis contre ses intérêts, bien qu’il soit maintenant acquis que ce plan a échoué et nécessite une réforme urgente. Qu’il s’agisse de la chasse aux sorcières de la « propagande anti-russe » de l’Occident ou du scandale de l’attaque sous « faux drapeau » des armes chimiques de l’affaire Skripal, chaque geste anti-russe entrepris ces dernières années vise à faire avancer cet objectif.

Démonter le triangle multipolaire

Iran

Il y a eu des spéculations crédibles juste après la victoire de Trump en 2016 que son gouvernement allait tenter de diviser le triangle multipolaire russo-sino-iranien en Eurasie. C’est exactement ce que le président et son équipe tentent de faire mais d’une manière différente de ce à quoi beaucoup s’attendaient. Trump a calculé à juste titre que l’avancée sans précédent d’Obama vers l’Iran grâce à l’accord nucléaire de 2015 était mise à profit par Téhéran et que la République islamique n’avait jamais eu l’intention d’accepter le quiproquo tacite offert à l’époque pour remplacer l’Arabie saoudite en tant que partenaire régional préféré de l’Amérique. En conséquence, il a décidé de s’éloigner de la politique de son prédécesseur et de n’utiliser que des « moyens musclés » pour forcer l’Iran à se soumettre à la puissance militaire américaine. Le travail est en cours et sera certainement rendu difficile par Téhéran, passé maître dans les réponses asymétriques.

Chine

Quant à la Chine, Trump a également appris de l’erreur de son prédécesseur, qui a offert à la République populaire un partenariat mondial à travers le concept « G-2 » ou « Chimerica ». Celui-ci a été repoussé par Pékin, à la fois trop fière de partager le leadership mondial avec l’Amérique et réticente à accepter d’être trompée pour assumer des responsabilités qu’elle n’a pas acceptées ou anticipées à l’époque. Ce n’est pas une coïncidence si l’échec du G-2 a été suivi par l’annonce par la Chine de sa conception globale de la nouvelle Route de la Soie (OBOR) afin de réformer économiquement la base structurelle du « Consensus de Washington » et, par conséquent, de faciliter l’émergence de l’ordre mondial multipolaire. La réponse de Trump, le Kraken, a été de poursuivre la politique de guerre hybride d’Obama en ciblant les États de transit les plus vulnérables de l’hémisphère sud nécessaires aux méga-projets d’infrastructures transnationales chinoises, en même temps qu’il entamait une guerre commerciale contre la République populaire.

Russie

La résistance idéologique totale de l’Iran à conclure un « accord avec le diable » et l’engagement indéfectible de la Chine à défier la domination unipolaire des États-Unis signifient qu’il n’y a aucune chance réaliste que l’un d’eux revienne sur son précédent refus d’abandonner l’autre en échange d’un allègement de la pression américaine sur leur pays. Cela indique ainsi à Trump la direction de la Russie parce qu’il considère que c’est le « maillon faible » dans cet arrangement multipolaire. Après tout, la Russie a toujours affirmé avec une totale sincérité qu’elle ne veut rien de plus qu’une relation égale avec ce qu’elle continue à appeler ses « partenaires occidentaux », ce qui devrait les amener logiquement à respecter la soi-disant « sphère d’influence » du pays à l’ère soviétique. Les administrations américaines précédentes ont rejeté le rameau d’olivier tendu par la Russie chaque fois qu’il était offert, mais Trump semble être réellement intéressé à conclure un accord avec Moscou avant que « l’État profond » n’intervienne pour l’arrêter.

La folie de l’« État profond »

Ironiquement, cette décision pourrait entrer dans l’histoire comme la dernière chance possible pour que les États-Unis ramènent la Russie dans le « consensus de Washington » par des moyens pacifiques. En effet, Moscou a indiqué qu’elle était prête à entrer dans une « nouvelle détente » avec Washington, ce qui aurait évidemment impliqué des « concessions mutuelles et des compromis ». Cette « occasion perdue » pourrait ne jamais être retrouvée, la résolution de la Russie s’étant durcie après sa trahison par Trump et son assujettissement aux châtiments humiliants de son administration pour ne pas s’être soumise à l’Amérique sans conditions préalables. C’était la volonté de l’« État profond », qui a fait une énorme erreur de jugement, convaincu par la « pensée de groupe » que le président Poutine suivrait les traces d’Eltsine et se rendrait si la puissante classe « oligarchique » le pressait de le faire en échange de la levée des sanctions. Ce navire a chaviré et ce qui se passe maintenant est une combinaison de mépris et de stratégie.

Les États-Unis ne pardonneront jamais au président Poutine d’avoir refusé de se plier à l’« État profond » libéral-mondialiste de la période Obama, le même qui a saboté le plan marketing de Trump, ce qui explique pourquoi il se livre à cette chasse aux sorcières contre les médias russes sous des prétextes fallacieux. Pour l’« État profond » c’est devenu une affaire « personnelle », et même si Trump semble comprendre « l’efficacité des coups tordus » comme une forme de guerre psychologique contre les dirigeants russes, il ne s’est jamais publiquement écarté de sa promesse de campagne de s’entendre avec la Russie si c’était possible (c’est-à-dire si l’« État profond » ne lui savonne pas la planche). C’est dans ce contexte que Trump a invité le président Poutine à la Maison Blanche pour une prochaine réunion qui visera probablement à « aplanir leurs divergences » et à avancer un objectif vraisemblablement mutuel d’une soi-disant « nouvelle détente » – mais pas sur les termes inconditionnels et unilatéraux qui obsèdent l’« État profond ».

Décrire la « nouvelle détente »

Trump s’est rendu compte que la Russie approfondissait ses partenariats avec la Chine et l’Iran en réponse à l’agression asymétrique multidimensionnelle de l’« État profond » et que cette politique était contre-productive devant l’intérêt prédominant de la Nouvelle Guerre froide américaine à « contenir » la Chine. De plus, le président semble avoir convaincu les éléments « patriotiques et pragmatiques de l’État profond » que c’est le cas et qu’il est impossible pour l’Amérique de faire des progrès tangibles pour bloquer la Route de la Soie si elle doit « contenir » la Chine, l’Iran et la Russie sur des théâtres très divers et avec des méthodes complètement différentes. Il vaut mieux, a estimé l’homme d’affaires milliardaire, revenir en arrière sur certaines des actions inutilement agressives de son administration en Europe et peut-être ailleurs, comme des « concessions/compromis mutuels » de son pays avec la Russie pour une « nouvelle détente » au lieu de continuer cette politique de pression qui a échoué.

Ce que les États-Unis veulent de la Russie en échange est simple. Ils attendent de Moscou que la Russie réduise ses partenariats stratégiques avec Téhéran et Pékin et qu’elle n’interfère pas avec les campagnes de « confinement » de Washington contre les deux. La Russie autorise déjà passivement les États-Unis et leurs alliés à « contenir » l’Iran en Syrie par une prudence intéressée en empêchant la Troisième Guerre mondiale, mais elle doit encore revenir sur sa relation avec la Chine. On ne sait pas exactement comment les États-Unis envisagent que la Russie pourrait le faire d’une manière « plausible » qui reflète l’approche iranienne et évite de provoquer une réaction hostile de la part de la Chine. Mais l’administration Trump espère que Moscou l’acceptera pour que le président Poutine puisse oublier les drames internationaux et se concentrer entièrement sur l’accomplissement du programme de réforme interne globale qu’il prévoit de mener pendant son quatrième et dernier mandat.

Il est impossible de spéculer sur la question de savoir si la Russie est déjà intéressée par un tel scénario pour l’instant, compte tenu de tout ce qui s’est passé entre elle et l’Occident l’année dernière, mais en jouant un moment le rôle d’« avocat du diable », il y a un autre attrait en plus des aspects intérieurs qui pourrait décider Moscou à « jouer ce jeu ». La polarisation croissante du système économique mondial vers une mondialisation chinoise et une Amérique protectionniste ramène les relations internationales à la bipolarité de l’ère de la guerre froide avant sa transition vers la multipolarité. La Russie pourrait jouer un rôle central en dirigeant un nouveau Mouvement des non-alignés (néo-MNA) pour aider les autres pays à « équilibrer » leurs relations avec les deux superpuissances. Les États-Unis pourraient être contraints, à contrecœur, dans les circonstances actuelles et les limites objectives de leur pouvoir, d’accepter la réduction relative de leur influence sur certains pays par la Russie, tant que Moscou joue un rôle similaire vis-à-vis de la Chine.

La grande inconnue

C’est un pari risqué car un néo-MNA dirigé par la Russie pourrait tout aussi bien faire pencher la balance stratégique de l’influence mondiale vers la Chine plutôt que vers l’Amérique. Mais Washington parie que Moscou pourrait conclure que son intérêt personnel serait servi au mieux en maintenant l’« harmonie » entre les deux superpuissances en Eurasie, permettant ainsi aux États-Unis de se concentrer davantage sur la déstabilisation de la Route de la Soie par des guerres hybrides en Afrique et dans les parties du supercontinent non couvertes par ce « bloc d’équilibre ». Les investissements « équilibrants » à faible coût mais à fort impact de la Russie pourraient générer d’énormes dividendes pour son influence, tandis que toute désescalade potentielle en Europe due à la « nouvelle détente » libérerait les ressources du pays pour se concentrer davantage sur l’ambitieux projet du président Poutine. Il s’agit du programme de réforme interne et la réalisation de ses promesses campagne qu’il a faites à ses compatriotes afin de garantir durablement son héritage.

Réflexions finales

Pour insister sur ce qui vient d’être écrit, il n’y a aucun moyen de savoir avec certitude si ce dernier pari américain, essayant de promouvoir une « nouvelle détente » avec la Russie, réussira ou non. Il faut cependant reconnaître que les agressions asymétriques multidimensionnelles menées contre les intérêts russes finiront par provoquer des ravages financiers et le président Poutine pourrait avoir de plus en plus de mal à exécuter son vaste programme de réformes sur le front intérieur, à moins qu’il ne conclue une sorte d’accord. Cela n’implique pas que la Russie coure le risque de se « vendre » aux États-Unis mais simplement que le président Poutine doit d’abord rendre des comptes à son peuple et ensuite uniquement aux partenaires internationaux de son pays.

Si le Kremlin conclut que les intérêts de la Russie seraient mieux garantis en s’engageant dans une série de « concessions/compromis mutuels » avec les États-Unis dans le cadre d’une « nouvelle détente » il n’hésitera pas à le faire. De même, si le dirigeant russe avisé reconnaît qu’il est « baladé » par Trump et que son « homologue » lui offre un accord déséquilibré qui le condamne à faire de son pays un « partenaire junior » en Eurasie, il ne s’y prendra pas à deux fois avant de partir sans « accord ». En fin de compte, tout dépend de ce que Trump met sur la table et s’il peut convaincre le président Poutine que sa nouvelle trêve avec les néoconservateurs se traduit par l’assurance que l’« État profond » se conformera aux termes d’un accord éventuel.

Si la Russie est influencée par la combinaison de l’engagement sincère de l’administration Trump à une « nouvelle détente » en échange d’un allégement des pressions multiples et parfois humiliantes contre elle, les implications géopolitiques seraient profondes puisque Moscou serait dans une position idéale pour « équilibrer » les affaires eurasiennes. Il faudrait non seulement l’appui tacite de la Chine à cette initiative, mais aussi celui de l’Amérique, car chaque superpuissance apprécierait que Moscou devienne une force d’« équilibre » vis-à-vis de l’autre et les libère pour leur permettre de se concentrer sur leur rivale sur d’autres théâtres, surtout en Afrique. En tant que telle, la Russie pourrait espérer être courtisée par les deux et finalement atteindre son grand objectif stratégique, être le facteur d’« équilibre » en Eurasie, à condition toutefois que cet accord putatif soit d’abord respecté par les États-Unis.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traductions

Posted: 16 Apr 2018 04:21 AM PDT

L’objectif de cette page est de donner accès à une information internationale à ceux qui ne comprennent pas l’anglais. La langue est une barrière pour certains et il est du devoir de ceux qui le peuvent de proposer le point de vue des autres peuples pour que tous, nous puissions nous comprendre sans l’intermédiaire des filtres de nos médias. Les citoyens américains ont un point de vue, les allemands aussi ainsi que les russes ou les ivoiriens. Entendre leur vision du monde, c’est élargir la notre et c’est le meilleur moyen de ne pas se faire manipuler par la peur et par la haine.

Vous ne changerez jamais les choses en combattant ce qui existe déjà.
Pour changer les choses, construisez un nouveau modèle qui rendra l’ancien obsolète.
Richard Buckminster Fuller (1895-1983)

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