Vers où va-t-on ? |
| La nouvelle position de Pompeo est la preuve de la trêve des néocons avec Trump
Posted: 04 Apr 2018 05:00 AM PDT Article original de Andrew Korybko, publié le 26 mars 2018 sur le site Oriental Review
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr Le secrétaire d’État, Rex Tillerson, a été remplacé par le chef de la CIA, Mike Pompeo.
Il y avait des rumeurs que c’était dans les tuyaux depuis un certain temps, mais Trump l’a finalement décidé pendant que Tillerson revenait de sa première tournée en Afrique. Le transfert de Pompeo de la CIA au Département d’État achève le « nettoyage » de l’« État Profond » que Trump a tacitement commandé depuis son entrée en fonction. Le corps diplomatique américain n’hésite pas à manifester son hostilité envers le président, mais les alliés libéralo-globalistes des administrations Obama, Bush et Clinton verront assurément le reste de leur influence se réduire sous le mandat de Pompeo, tout comme leurs homologues de la CIA l’année passée. Cela ne signifie pas qu’ils seront complètement étouffés, mais simplement que Trump chargera son nouveau secrétaire d’État nommé de finir le processus de « nettoyage de la maison » que Tillerson a commencé. Ce que l’on entend par là, c’est que Trump consolide finalement son pouvoir après avoir conclu divers compromis avec certains de ses ennemis les plus féroces, et une partie du prétendu gentlemen’s agreement est qu’il confie un contrôle substantiel de la politique étrangère américaine aux néoconservateurs. Entre combattre ses ennemis dans la bureaucratie permanente, essayer de faire avancer son agenda domestique, se préparer pour les prochaines élections de mi-mandat plus tard cette année et se préparer pour sa campagne de réélection de 2020, Trump a réalisé qu’il n’avait tout simplement pas assez de temps pour créer une « troisième force » à partir de zéro pour remplacer à la fois les libéraux-globalistes et les néoconservateurs. C’est pourquoi il a pris la décision de se ranger du côté de ces derniers contre le premier à ce stade. Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici. |
| Poutine prépare la Russie à se passer de lui
Posted: 04 Apr 2018 02:51 AM PDT Article original de Lauren Goodrich, publié le 15 mars 2018 sur le site Stratfor
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr
À la fin de son deuxième mandat en 2008, la Russie était relativement stable financièrement et unifiée socialement et politiquement, et elle revenait sur la scène mondiale. Poutine a bénéficié des prix élevés de l’énergie à l’échelle mondiale, ce qui lui a permis de remplir les coffres du Kremlin. Cela a aussi permis à son gouvernement de financer la re-stabilisation de la Russie. Le système de Poutine ne doit pas son succès qu’à l’argent. Il a également réussi parce qu’il a utilisé beaucoup de roublardises découlant d’une connaissance profonde des contraintes autour de la cohésion russe et des défis que chaque dirigeant russe fort doit relever. Malgré une réélection certaine le 18 mars, il pense déjà à un monde et à une Russie post-Poutine. Défis imminentsMême à l’apogée de son agressivité, la Russie est un pays intrinsèquement faible. Géographiquement, c’est le plus grand État du monde, et le transport de l’énergie, de la nourriture et des ressources sont des efforts intimidants. Tout au long de son histoire, le pays a maintenu sa dépendance à l’égard des exportations de produits de base. La Russie abrite 160 groupes ethniques et peuples autochtones distincts. Et de puissantes puissances rivales sont assises sur ou près de ses longues frontières. Pour ces raisons combinées, les dirigeants russes, comme Poutine, sont contraints de maintenir la stabilité avec une poigne de fer. Entrant dans son quatrième mandat, deux grands changements – économique et démographique – menacent la capacité de Poutine de maintenir la stabilité et son emprise sur le pouvoir. Le contrat social de Poutine. Quand il est arrivé au pouvoir, Poutine a négocié un contrat social informel avec le peuple russe pour maintenir la stabilité financière et économique. Le contrat comprend des chèques de paie fiables, des pensions sécurisées, un système bancaire fiable, le soutien de l’État aux actifs stratégiques et des possibilités pour la prochaine génération. La position économique de la Russie façonne la loyauté (ou du moins la conformité) des élites, de la population en général et des services militaires et de sécurité. Sous Poutine, la Russie a relativement bien rebondi contre les difficultés économiques. Cependant, le pays se trouve actuellement dans une période prolongée de stagnation post-récession qui se répercute dans tout le pays. Le niveau de pauvreté de la Russie augmente à son rythme le plus rapide en deux décennies, et son salaire minimum est inférieur aux niveaux de subsistance. Les Russes moyens dépensent la moitié de leurs salaires pour la nourriture, et plus de 25% signalent des interruptions régulières ou des réductions de leurs salaires. Le Kremlin a dilapidé son Fonds de réserve au début de l’année, et il creuse maintenant dans le Fonds national de prévoyance, qui vise à garantir les pensions. Le système bancaire russe se rétrécit rapidement, la Banque centrale ayant fermé un tiers (300) des banques en difficulté du pays au cours des trois dernières années. L’économie est la principale préoccupation des Russes. Sur plus de 1 100 manifestations en 2017, les deux tiers étaient liés à l’économie. Des pancartes tenues par des manifestants lors de manifestations de grande ampleur en juin 2017 ont appelé le Kremlin à payer pour du pain et non pour des bombes – un coup porté aux interventions militaires très médiatisées de Moscou en Syrie et en Ukraine. ![]() Un mécontentement similaire se développe parmi les élites russes, tant au sein du Kremlin qu’au sein de l’oligarchie. Les élites soutenaient Poutine tant que leurs fiefs étaient protégés et grandissaient. Mais maintenant, leurs possibilités commerciales et financières diminuent en raison de la stagnation de l’économie et de la pression accrue des sanctions occidentales découlant des activités de Moscou à l’étranger. De nombreuses élites ont perdu ou craignent de perdre leurs systèmes de soutien financier (banques personnelles en Russie ou sécurité des liquidités à l’étranger), et le Kremlin assume de plus en plus de responsabilités autour de ces systèmes. Cela a déclenché une concurrence accrue entre les élites et réduit la capacité de Poutine à freiner ou à intervenir dans ces batailles. L’exemple le plus frappant est la mise à pied du chef du développement économique, Alexei Oulioukaïev, par le chef de Rosneft, Igor Sechine, l’année dernière, pour avoir tenté d’empêcher le tsar du pétrole de s’accaparer des biens – un geste que Poutine a tenté d’interdire mais sans effet. D’autres exemples sont les batailles relancées pour le contrôle des actifs par les oligarques des métaux et la transformation incontrôlée de la Tchétchénie en un mini-fief basé sur les valeurs islamiques conservatrices sous Ramzan Kadyrov. De plus, les grands services de sécurité exercent une pression sur les actifs et les portefeuilles clés, ce qui risque de constituer un défi pour le quatrième mandat de Poutine, en ce qui concerne le pouvoir de cibler d’autres élites. Démographie. Le contrat de Poutine avec son peuple et ses élites s’effiloche et cela survient alors qu’il fait face à un autre défi bien distinct : la démographie. La population ethnique russe du pays est en forte baisse, les estimations des Nations Unies prévoyant un déclin global de 10% d’ici 2030. Ce déclin aura lieu en dépit d’une population musulmane ethnique en forte hausse, passant de 13 millions en 1990 à plus de 20 millions 2030. Cette tendance exacerbe les tensions sociales entre groupes ethniques, en particulier parce que de nombreuses régions musulmanes russes, telles que la Tchétchénie et le Daghestan, sont fortement subventionnées par le Kremlin et que de nombreux musulmans russes envahissent les villes les plus ethniquement russes. Ce changement démographique accentue également l’importance des dirigeants musulmans, tels que Kadyrov, et leur capacité à exercer le pouvoir. Un changement générationnel saisit aussi la Russie, avec près d’un tiers de la population du pays née après la chute de l’Union soviétique en 1991. Cette classe démographique n’a finalement connu que le seul Poutine comme chef du pays, et n’a presque aucun souvenir de la situation chaotique des années 1990. Les Russes qui arrivent à maturité ne sont pas anti-Poutine en tant que tels, bien qu’ils veuillent largement choisir qui les dirige au lieu d’un chèque en blanc donné à Poutine pour gouverner sans alternance. Un récent sondage réalisé par le sondeur indépendant Levada a révélé que seulement 15% des Russes âgés de 18 à 24 ans pensent que Poutine sert les intérêts du peuple russe, et 74% pensent que Poutine est responsable des problèmes de la Russie. Cette nouvelle génération est douée pour les médias sociaux, diluant le message du Kremlin à son peuple. Les jeunes visages ont massivement protesté ces dernières années, comparé aux manifestations de 2011-12 qui étaient le fait de la classe moyenne. Les manifestations sont de plus en plus organisées sur les médias sociaux, ce qui empêche le Kremlin de les freiner ou de les perturber. Défis externes. Les défis internes de plus en plus profonds auxquels la Russie est confrontée se juxtaposent à ses efforts pour maintenir sa position dans le grand monde. La Russie fait face à une confrontation durable avec l’Occident, ce que ne fait qu’exacerber la situation économique intérieure provoquée par les sanctions américaines. Elle étend son ambitieux programme de réarmement, à mesure qu’une nouvelle course aux armements s’accélère et que les traités existants de contrôle des armements sont sapés. La défense nationale du pays est un problème sur lequel M. Poutine a refusé à plusieurs reprises de transiger, et il injecte encore plus de capitaux dans le secteur de la défense, malgré le budget serré du pays. L’État prend en charge la responsabilité de nombreuses entreprises de défense, de sorte qu’il peut facilement investir de l’argent dans leurs programmes. Alors que les relations avec l’Occident continuent à se dégrader, la Russie renforce ses liens avec la Chine et de nombreux pays du Moyen-Orient. Outre les armes, la Russie investit dans des liaisons énergétiques coûteuses avec la Turquie, la Chine et d’autres pour lui donner de la flexibilité alors qu’elle dépend du marché de l’énergie occidental. Poutine tente de positionner la Russie à l’étranger afin d’isoler le pays des chocs internes. Cependant, une plus grande exposition sur la scène mondiale augmente l’attention des joueurs étrangers qui peuvent s’immiscer en Russie en retour. Le Kremlin a tenté de sévir contre les tentatives étrangères de pénétrer en Russie via les médias et les médias sociaux, mais la main lourde du gouvernement risque d’enflammer davantage le mécontentement dans son pays. La politique et PoutinePlus un leader reste longtemps au pouvoir, plus il doit être débrouillard pour le conserver. Une des stratégies utilisées par Poutine permet à un certain niveau de débat politique de refaire surface en Russie après une décennie où il a été étouffé par la censure des médias indépendants et étrangers, les assassinats et arrestations de journalistes et d’opposants et la diffusion de messages contrôlés par l’État. Des points de vue contestataires et dissidents ont commencé à émerger au cours des dernières années, même dans les médias soutenus par l’État. Le Kremlin comprend que le peuple russe – à tous les niveaux – a besoin d’un exutoire pour exprimer son mécontentement et promouvoir ses projets. Un discours politique relativement progressiste peut être entendu par les manifestants, les médias, les groupes de réflexion, les chefs d’entreprise et les politiciens, se propageant à travers les classes et les factions. Ce dialogue s’accompagne d’un risque, et le régime de Poutine se demande dans quelle mesure il peut permettre à ces voix et ces points de vue de résonner sans réaction. Le Kremlin envisage également d’inclure divers chefs de l’opposition dans les débats gouvernementaux sur les politiques nationale et étrangère afin de créer un système d’opposition moins antagoniste et plus constructif. La discussion avec l’opposition et les factions indépendantes intervient alors que le gouvernement fait face à des décisions difficiles sur la façon de faire face à une série d’infortunes russes. Le Kremlin envisage une série de réformes difficiles pour le budget de l’État, dans le secteur de l’énergie, des services de sécurité et du système bancaire. La direction de ces réformes de grande envergure n’est pas claire, mais le Kremlin semble prendre en compte des points de vue contradictoires. Le retour du débat politique ne signifie pas que Poutine soit confronté à un véritable concurrent ou à une formidable opposition. Au lieu de cela, ses vrais rivaux sont les défis auxquels fait face le pays et le système de culte de la personnalité qu’il a construit autour de lui. Cela doit amener Poutine – et une grande partie du pays – à penser à l’avenir de la Russie sans lui, un sujet précédemment interdit dans la plupart des médias russes. Au cours de l’année écoulée, une série de responsables, choisis par Poutine, dans la trentaine et la quarantaine, ont pris des postes clés, de gouverneurs à ministres, dans ce qui est considéré comme des postes tests par Poutine pour accéder à un futur leadership et à un poste supérieur. Le ministre du Développement économique, Maxime Orechkine, 35 ans, se distingue particulièrement; le chef d’état-major présidentiel Anton Vaino, 40 ans, ainsi que le PDG de la Banque agricole russe Dmitri Patrouchev, 40 ans, dont le père est également à la tête du Conseil de sécurité russe. Pendant la période soviétique, les observateurs du Kremlin étudiaient l’ordre des sièges dans les box du Politburo au Ballet du Bolchoï pour évaluer l’importance et les faveurs de tel ou tel parmi l’élite. Aujourd’hui, les kremlinologues regardent les matchs de hockey de Poutine sur la Place Rouge ou la vidéo des pitreries machistes des élites, comme ces images datant d’octobre qui montrent des responsables de région plongeant des falaises. Les rendez-vous et les sorties sont la manière de Poutine de gérer le tutorat de cette prochaine génération pour juger de leur aptitude au travail et à apparaître en public. Il est peu probable que Poutine choisisse un successeur unique, mais il peut essayer de transformer le système personnalisé en une version plus collective, un peu comme le Politburo soviétique des derniers jours. Tenter de créer un système post-Poutine avec la Russie face à tant de défis nationaux et internationaux semble devenir le plus grand test pour lui. Conscient de l’histoire récente de la Russie, il tentera de réussir là où d’autres dirigeants russes tels que Leonid Brejnev et Mikhaïl Gorbatchev ont échoué. L’ampleur de son succès deviendra plus clair dans les années à venir, ce qui montrera la viabilité de la stabilité dans la continuité de la Russie et sa capacité à maintenir sa place dans le monde. Lauren Goodrich est une analyste confirmée de l’Eurasie et spécialiste de l’Union Soviétique. Ses principaux domaines d’expertise sont la politique, les affaires, l’économie et la sécurité dans la Communauté des États indépendants (CEI). Note du traducteur Le début de l’article est très intéressant car il brosse un portrait assez neutre et honnête de la situation, non sans un petit point Godwin avec Staline. Les dérapages commencent avec Navalny, présenté comme un démocrate. Il fallait oser. Ce qui est rassurant avec ce genre d’argument c’est qu’il est facile, sur les médias alternatifs, de trouver le pédigrée de Poutine, dont les racines remontent à la période Eltsine. Les attaques sur la partie économique sont plus pernicieuses, par exemple, car il est bien difficile de distinguer un certain enrichissement personnel du contrôle d’actifs direct pour des besoins de sauvegarde de l’État afin d’éviter leur accaparement par la 6e colonne mondialiste. Le clan souverainiste doit se préparer aussi à une alternance politique avec le camp mondialiste, ou du moins avec un camp plus corruptible. Dans ce cadre, la popularité extrême de Vladimir Poutine est un handicap à surmonter, car c’est très probablement son dernier mandat. Tout le monde va surveiller l’émergence d’un éventuel successeur et tout sera fait par les zélites occidentales pour pourrir ce dernier mandat. Si on regarde l’analyse de la démographie, on peut découvrir le cynisme des think tanks qui parlent d’invasion musulmane en Russie. Le discours pour l’Europe est tout autre. On touche là les éléments de langage de la guerre hybride jouant sur l’aggravation des tensions ethniques comme levier de déstabilisation des États cibles. Le reste est à l’avenant, avec un sondage que l’actuelle élection vient de contredire. Le pivot vers l’Asie est caricaturé, retournant le sens de la dépendance énergétique de l’Europe de l’Ouest, et il n’y a pas grand chose sur les formidables possibilités de co-développement avec l’Asie centrale, sans parler de la Chine. Faire peur, instiller le doute. C’est, de ce point de vue pro-occidental, assez bien écrit. La dernière partie, si on enlève les références au Politburo, est même assez juste et bien décrite. Il faut qu’à la fin de son mandat, une nouvelle génération soit prête à prendre la relève. Il faudra aussi remplacer Lavrov comme ministre des Affaires étrangères. |


