Vers où va-t-on ?:Le sort des Empires et la recherche de leur survie 3/5

Vers où va-t-on ?


Le sort des Empires et la recherche de leur survie 3/5

Posted: 16 Mar 2018 06:49 AM PDT

Article original de Sir John Glubb, publié en 1977 sur le site The Organic Prepper
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

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Sir John Bagot Glubb par Boris Chaliapine

[On continue la lecture de ce livre. Cette troisième partie d’un livre publié en 1977, rappelons-le, est sans doute la plus prémonitoire sur le cycle de vie d’un Empire et le rôle de l’intellectualisme et des immigrants au sein d’une unité primordiale qui se fissure. Le parallèle avec notre post-modernité est saisissant, la société du spectacle dévissait déjà ainsi que… l’influence des femmes en politique. NdT]

17. Passage en mode défensif

Un autre changement extérieur qui marque invariablement le passage de l’âge des conquêtes à l’âge de l’abondance est la propagation d’une attitude défensive. La nation, immensément riche, ne s’intéresse plus à la gloire ni au devoir, mais veut simplement conserver sa richesse et son luxe. C’est une période de défense, de la Grande Muraille en Chine, au mur d’Hadrien à la frontière écossaise, à la ligne Maginot en France en 1939.

humain imagine facilement ses propres justifications. La préparation militaire, ou l’agressivité, est dénoncée comme primitive et immorale. Les peuples civilisés sont trop fiers pour se battre. La conquête d’une nation par une autre est déclarée immorale. Les empires sont méchants. Ce dispositif intellectuel nous permet de supprimer notre sentiment d’infériorité, lorsque nous lisons l’héroïsme de nos ancêtres, puis contemplons avec tristesse notre position aujourd’hui. « Ce n’est pas que nous ayons peur de nous battre, disons-nous, mais nous devons considérer cela comme immoral » ce qui nous permet même d’adopter une attitude de supériorité morale.

La faiblesse du pacifisme est qu’il y a encore beaucoup de peuples agressifs dans le monde. Les nations qui se déclarent peu disposées à combattre sont susceptibles d’être conquises par des peuples au stade du militarisme – peut-être même de se voir incorporées dans un nouvel empire, avec le statut de simples provinces ou de colonies.

Savoir quand être prêt à utiliser la force et quand céder le pas est un problème humain perpétuel, qui ne peut être résolu qu’au mieux de ce que nous pouvons faire à chaque situation successive qui se présente. En fait l’histoire semble indiquer que les grandes nations ne désarment pas normalement pour des motifs de conscience, mais en raison de l’affaiblissement du sens du devoir chez leurs citoyens, et de l’augmentation de l’égoïsme et du désir de richesse et de vie facile.

18. L’âge de l’intellect

Nous avons maintenant, peut-être arbitrairement, divisé l’histoire de notre grande nation en quatre âges. L’âge des pionniers (ou l’expansion), l’âge des conquêtes, l’âge du commerce et l’âge de la richesse. La grande richesse de la nation n’est plus nécessaire pour fournir les simples nécessités, ou même les luxes de la vie. Des fonds abondants sont également disponibles pour la poursuite de la recherche de la connaissance.

Les princes marchands de l’âge du commerce recherchent la gloire et les louanges, non seulement en finançant des œuvres d’art ou en parrainant la musique et la littérature, mais ils financent également des écoles et des universités. Il est remarquable de constater avec quelle régularité cette phase suit celle de la richesse, empire après empire, décalé de plusieurs siècles.

Au XIe siècle, l’ancien empire arabe, alors en plein déclin politique, était dirigé par le sultan seldjoukide, Malik Shah. Les Arabes, qui n’étaient plus des soldats, étaient encore les leaders intellectuels du monde. Pendant le règne de Malik Shah, la construction des universités et des écoles est devenue une passion. Tandis qu’un petit nombre d’universités dans les grandes villes avaient suffi aux années de gloire du monde arabe, une université naissait maintenant dans chaque ville.
De notre vivant, nous avons été témoins du même phénomène aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Lorsque ces nations étaient au sommet de leur gloire, Harvard, Yale, Oxford et Cambridge semblaient répondre à leurs besoins. Maintenant presque chaque ville a son université.

L’ambition des jeunes, une fois engagés dans la poursuite de l’aventure et la gloire militaire, puis dans le désir de l’accumulation de la richesse, se tourne finalement vers l’acquisition des honneurs académiques.

Il est utile de noter ici que presque toutes les activités suivies avec une telle passion à travers les âges étaient en elles-mêmes bonnes. Le culte viril de la hardiesse, de la franchise et de la vérité, qui caractérisait l’âge des conquêtes, a produit beaucoup de héros vraiment splendides.

L’accès aux ressources naturelles et l’accumulation pacifique des richesses, qui marquèrent l’âge du commerce, a semblé introduire de nouveaux triomphes dans la civilisation, dans la culture et dans les arts. De la même manière, la vaste expansion du champ de la connaissance réalisée par l’âge de l’intellect a semblé marquer une nouvelle étape du progrès humain. Nous ne pouvons pas dire que ces changements étaient « bons » ou « mauvais ».

Les caractéristiques frappantes dans le spectacle historique d’un Empire sont :

  1. L’extraordinaire exactitude avec laquelle ces étapes se sont succédées, empire après empire, sur des siècles ou même des millénaires ; et,
  2. Le fait que les changements successifs semblent représenter de simples changements dans la mode populaire – de nouvelles modes et fantaisies qui balaient l’opinion publique sans raison logique.

Au début, l’enthousiasme populaire est consacré à la gloire militaire, puis à l’accumulation de la richesse et plus tard à l’acquisition de la renommée académique.

Pourquoi toutes ces activités légitimes, et même bienfaisantes, ne pourraient-elles pas être menées simultanément, chacune d’entre elles avec modération ? Pourtant, cela n’a jamais semblé arriver.

19. Les effets de l’intellectualisme

Il y a tant de choses dans la vie humaine qui ne sont pas rêvées par notre philosophie populaire. La diffusion des connaissances semble être la plus bénéfique des activités humaines, et pourtant chaque période de déclin est caractérisée par cette expansion de l’activité intellectuelle. « Tous les Athéniens et les étrangers qui s’y trouvaient ne passaient leur temps à rien d’autre qu’à dire ou à entendre quelque chose de nouveau » est la description donnée dans les Actes des Apôtres du déclin de l’intellectualisme grec.

L’âge de l’intellect s’accompagne de progrès surprenants dans les sciences naturelles. Au IXe siècle, par exemple, à l’époque de Mamoun, les Arabes mesuraient la circonférence de la terre avec une précision remarquable. Sept siècles devaient s’écouler avant que l’Europe occidentale découvre que le monde n’était pas plat. Moins de cinquante ans après les incroyables découvertes scientifiques sous Mamoun, l’empire arabe s’est effondré. Aussi merveilleux et bienfaisant qu’est le progrès de la science, il n’a pas sauvé cet empire du chaos.

La pleine floraison de l’intellectualisme arabe et perse ne s’est pas arrêtée après l’effondrement impérial et politique. Par la suite, les intellectuels ont atteint de nouveaux triomphes dans le domaine académique, mais politiquement ils sont devenus les serviteurs abjects de dirigeants souvent analphabètes. Lorsque les Mongols conquirent la Perse au XIIIe siècle, ils étaient eux-mêmes entièrement incultes et furent obligés de dépendre entièrement des autorités perses indigènes pour administrer le pays et percevoir les revenus. Ils ont retenu comme Vizir, ou Premier ministre, Rashid al-Din, un historien de réputation internationale. Pourtant, le Premier ministre, en parlant au second Khan Mongol, fut obligé de rester à genoux tout au long de l’entrevue. Lors des banquets d’État, le Premier ministre se tenait derrière le siège du Khan, en attente. Si le Khan était de bonne humeur, il passait de temps en temps à son Vizir un morceau de nourriture par dessus son épaule.

Comme dans le cas des Athéniens, l’intellectualisme mène à la discussion, au débat et à l’argumentation, comme c’est le cas des nations occidentales aujourd’hui. Ces débats dans les assemblées élues ou les comités locaux, dans des articles de presse ou dans des interviews à la télévision, sont interminables et incessants. Les hommes sont très différents et les arguments intellectuels conduisent rarement à un accord. Ainsi les affaires publiques vont de mal en pis, au milieu d’une cacophonie incessante d’argumentation. Mais ce dévouement constant à la discussion semble détruire le pouvoir de l’action. Au milieu d’une tour de Babel de conversations, le navire dérive sur les rochers.

20. L’insuffisance de l’intellectualisme

Peut-être le sous-produit le plus dangereux de l’âge de l’intellectualisme est la croissance inconsciente de l’idée que le cerveau humain peut résoudre les problèmes du monde. Même au niveau le plus bas des affaires courantes, c’est manifestement faux. Toute activité humaine même petite, le club de boules local ou le club organisant des déjeuners pour ses dames, nécessite pour sa survie une dose d’auto-suffisance et de service de la part des membres. Dans une sphère nationale plus large, la survie de la nation dépend essentiellement de la loyauté et du sacrifice de ses citoyens. L’impression que la situation peut être sauvée par l’intelligence mentale, sans désintéressement ou dévouement humain, ne peut que conduire à l’effondrement.

Ainsi, nous voyons que la culture de l’intellect humain semble être un idéal magnifique, mais seulement à la condition qu’il n’affaiblisse pas le désintéressement et le dévouement humain à son service. Pourtant, à en juger par les précédents historiques, il semble que c’est exactement ce qui se passe. Ce n’est peut-être pas l’intellectualisme qui détruit l’esprit du sacrifice de soi, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que l’intellectualisme et la perte du sens du devoir apparaissent simultanément dans l’histoire de la vie de la nation.

En effet, il apparaît souvent chez les individus que la tête et le cœur sont des rivaux naturels. L’intellectuel brillant mais cynique apparaît à l’extrémité opposée du sacrifice émotionnel du héros ou du martyr. Pourtant, il y a des moments où l’autodétermination peut-être simpliste du héros est plus essentielle que les sarcasmes de l’intellectuel.

21. Les dissensions civiles

Un autre symptôme remarquable et inattendu du déclin national est l’intensification des haines politiques internes. On aurait pu s’attendre à ce que, lorsque la survie de la nation deviendrait précaire, les factions politiques abandonneraient leur rivalité et se tiendraient côte à côte pour sauver leur pays.

Au XIVe siècle, l’empire faiblissant de Byzance était menacé, et même dominé, par les Turcs ottomans. La situation était si grave qu’on aurait pu s’attendre à ce que chaque sujet de Byzance abandonne ses intérêts personnels et se lève avec ses compatriotes dans une dernière tentative désespérée pour sauver le pays. L’inverse s’est produit. Les Byzantins passèrent les cinquante dernières années de leur histoire à se battre les uns contre les autres dans des guerres civiles à répétition, jusqu’à ce que les Ottomans débarquent et leur administrent le « coup de grâce ».

La Grande-Bretagne a été gouvernée par un Parlement élu pendant de nombreux siècles. Pendant toutes ces années, les partis rivaux ont observé de nombreuses lois non écrites. Aucun des partis n’a souhaité éliminer l’autre. Tous les membres se sont présentés comme des honorables gentlemen. Mais de telles politesses sont maintenant périmées. Huées, cris et bruits ont miné la dignité de la Chambre, et les échanges sous le coup de la colère sont plus fréquents. Nous sommes chanceux si ces rivalités sont réglées au sein du Parlement, mais parfois ces haines sont portées dans la rue, ou dans l’industrie sous la forme de grèves, de manifestations, de boycotts et d’activités similaires. Fidèle au cours normal suivi par les nations en déclin, les différences internes ne sont pas rapprochées pour tenter de sauver la nation. Au contraire, les rivalités internes deviennent plus aiguës, à mesure que la nation s’affaiblit.

22. L’afflux d’étrangers

L’un des phénomènes souvent répétés des grands empires est l’afflux d’étrangers dans la capitale. Les historiens romains se plaignent souvent du nombre d’Asiatiques et d’Africains à Rome. Bagdad, à son apogée au IXe siècle, avait une population cosmopolite. Perses, Turcs, Arabes, Arméniens, Égyptiens, Africains et Grecs se mêlaient dans ses rues.

À Londres, aujourd’hui, les Chypriotes, les Grecs, les Italiens, les Russes, les Africains, les Allemands et les Indiens se bousculent dans les bus et dans le métro, de sorte qu’il semble parfois difficile de trouver des Britanniques. La même chose s’applique à New York, peut-être même plus. Ce problème ne consiste pas dans l’infériorité d’une race par rapport à une autre, mais simplement dans les différences entre elles.

À l’âge de la première phase d’expansion et à l’âge des conquêtes, la race est normalement plus ou moins homogène sur le plan ethnique. Cet état de choses facilite le sentiment de solidarité et de camaraderie. Mais dans les âges du commerce et de l’abondance, toute sorte d’étrangers envahissent la grande ville dont les rues sont réputées pavées d’or. Comme, dans la plupart des cas, cette grande ville est aussi la capitale de l’empire, la foule cosmopolite au centre même de l’empire exerce une influence politique largement supérieure à son nombre relatif.

Les immigrants étrangers de deuxième ou de troisième génération peuvent sembler de l’extérieur totalement assimilés, mais ils constituent souvent une faiblesse dans deux directions. Premièrement, leur nature humaine fondamentale diffère souvent de celle du stock génétique impérial original. Si la première race impériale était têtue et lente au changement, les immigrants pourraient provenir de races plus émotionnelles, introduisant ainsi des fissures et des schismes dans les politiques nationales, même si tous sont par ailleurs loyaux.

Deuxièmement, alors que la nation est toujours riche, toutes les races diverses peuvent sembler également loyales. Mais dans une situation d’urgence aiguë, les immigrants seront souvent moins disposés à sacrifier leurs vies et leurs biens que ne le seront les descendants d’origine de la race fondatrice.

Troisièmement, les immigrants sont susceptibles de former leurs propres communautés, protégeant principalement leurs propres intérêts, et seulement au deuxième degré celui de la nation dans son ensemble.

Quatrièmement, beaucoup d’immigrants étrangers appartiendront probablement à des races initialement conquises et absorbées par l’empire. Alors que l’empire connaît son plein vent de prospérité, tous ces gens sont fiers et heureux d’être des citoyens impériaux. Mais quand le déclin s’installe, il est extraordinaire de voir à quelle vitesse le souvenir des guerres antiques, peut-être des siècles auparavant, est subitement ressuscité. Les mouvements locaux ou provinciaux paraissent exiger la sécession ou l’indépendance. Un jour, ce phénomène apparaîtra sans doute dans l’empire soviétique désormais apparemment monolithique et autoritaire. Il est incroyable de voir combien de temps de tels sentiments provinciaux peuvent survivre.

Des exemples historiques de ce phénomène sont à peine nécessaires. La populace romaine oisive et captieuse, avec son appétit sans fin pour des distributions gratuites de nourriture, du pain et des jeux, est notoire, est complètement différente de cet esprit romain sévère que nous associons aux guerres de la première république.

À Bagdad, aux jours dorés de Haroun al-Rachid, les Arabes étaient une minorité dans la capitale impériale. Istanbul, dans les grands jours de la domination ottomane, était peuplée par des habitants dont remarquablement peu d’entre eux étaient des descendants des conquérants turcs. À New York, les descendants des pères pèlerins sont rares et dispersés.

Ce phénomène intéressant est largement limité aux grandes villes. La race conquérante originelle se retrouve souvent dans une pureté relative dans les districts ruraux et sur les frontières lointaines.
C’est la richesse des grandes villes qui attire les immigrants. Comme, avec la croissance de l’industrie, les villes ont de plus en plus de prépondérance sur les campagnes, l’influence des étrangers dominera de plus en plus les anciens empires.

Une fois de plus, on peut souligner que je ne veux pas donner l’impression que les immigrants sont inférieurs au stock génétique plus ancien. Ils sont simplement différents et ont donc tendance à introduire des fissures et des divisions.

23. Frivolité

Au fur et à mesure que la nation décline en puissance et en richesse, un pessimisme universel imprègne progressivement le peuple et accélère encore le déclin. Il n’y a rien qui réussisse autant que le succès, et, dans les âges de la conquête et du commerce, la nation surfe triomphalement sur la vague de sa propre confiance en soi. La Rome républicaine a été à plusieurs reprises au bord de l’extinction – en 390 av. JC quand les Gaulois mirent la ville à sac et en 216 av. JC après la bataille de Cannes. Mais aucun désastre ne pouvait ébranler la résolution des premiers Romains. Pourtant, dans les dernières étapes du déclin romain, l’empire tout entier était profondément pessimiste, sapant ainsi sa propre résolution.

La frivolité est la compagne fréquente du pessimisme. Mangeons, buvons et réjouissons-nous, car demain nous mourrons. La ressemblance entre diverses nations en déclin à cet égard est vraiment surprenante. La foule romaine, nous l’avons vu, exigeait des repas gratuits et des jeux publics. Les spectacles de gladiateurs, les courses de chars et les événements sportifs étaient sa passion. Dans l’Empire byzantin, les rivalités des Verts et des Bleus dans l’hippodrome ont atteint l’importance d’une crise majeure.

À en juger par le temps et l’espace qui leur sont consacrés dans la presse et à la télévision, le football et le baseball sont les activités qui intéressent aujourd’hui le public en Grande-Bretagne et aux États-Unis, respectivement.

Les héros des nations en déclin sont toujours les mêmes : l’athlète, le chanteur ou l’acteur. Le mot « célébrité » aujourd’hui est utilisé pour désigner un comédien ou un joueur de football, pas un homme d’État, un général ou un génie littéraire.

24. Le déclin arabe

Dans la première moitié du IXe siècle, Bagdad a connu son point culminant comme ville la plus grande et la plus riche du monde. En 861, cependant, le calife régnant, Mutawakkil, a été assassiné par ses mercenaires turcs, qui ont établi une dictature militaire qui a duré une trentaine d’années. Pendant cette période, l’empire s’effondra, les diverses dominions et provinces assumant chacuns une indépendance virtuelle et cherchant à préserver leurs propres intérêts. Bagdad, jusque là capitale d’un vaste empire, a vu son autorité se limiter au seul Irak.

Les travaux des historiens contemporains de Bagdad au début du Xe siècle sont toujours disponibles. Ils déplorèrent profondément la dégénérescence des temps dans lesquels ils vivaient, soulignant notamment l’indifférence à la religion, le matérialisme croissant et le laxisme des mœurs sexuelles. Ils ont aussi déploré la corruption des fonctionnaires du gouvernement et le fait que les politiciens semblaient toujours amasser de grandes fortunes pendant leur mandat.

Les historiens ont commenté avec amertume l’influence extraordinaire acquise par les chanteurs populaires sur les jeunes, entraînant un déclin de la moralité sexuelle. Les chanteurs « pop » de Bagdad accompagnaient leurs chansons érotiques avec un luth, un instrument ressemblant à la guitare moderne. Dans la seconde moitié du Xe siècle, en conséquence, un vocabulaire sexuel obscène était devenu de plus en plus utilisé, tel qu’il n’aurait pas été toléré dans un âge plus précoce. Plusieurs califes ont émis des ordres interdisant les chanteurs « pop » dans la capitale, mais après quelques années, ils sont toujours revenus.

L’augmentation de l’influence des femmes dans la vie publique a souvent été associée à un déclin national. Les derniers Romains se sont plaints que, bien que Rome ait gouverné le monde, les femmes régnaient sur Rome. Au Xe siècle, on observe une tendance similaire dans l’Empire arabe, les femmes demandant leur admission aux professions jusqu’alors monopolisées par les hommes. « Quoi, écrivait l’historien contemporain Ibn Bessam, qu’est-ce que les professions de greffier, de collecteur d’impôts ou de prédicateur ont à voir avec les femmes ? Ces professions ont toujours été limitées aux hommes. » Beaucoup de femmes pratiquaient le droit, tandis que d’autres obtenaient des postes de professeurs d’université. Seule la nomination de femmes juges a provoqué une certaine agitation, laquelle cependant ne semble pas avoir réussi.

Peu après cette période, le gouvernement et l’ordre public se sont effondrés et des envahisseurs étrangers sont entrés dans le pays. L’augmentation de la confusion et de la violence qui en a résulté a rendu impropre la circulation des femmes sans escorte dans les rues, ce qui a entraîné l’effondrement de ce mouvement féministe.

Les troubles qui ont suivi la prise de contrôle militaire en 861 et la perte de l’empire ont ravagé l’économie. À ce moment-là, on aurait pu s’attendre à ce que tout le monde redouble d’efforts pour sauver le pays de la banqueroute, mais il n’en a rien été. Au lieu de cela, à ce moment précis d’austérité commerciale et financière, les habitants de Bagdad ont introduit la semaine de cinq jours.
Quand j’ai lu pour la première fois ces descriptions contemporaines de Bagdad au Xe siècle, je pouvais à peine en croire mes yeux. Je me suis dit que ça devait être une blague ! Les descriptions pourraient avoir été relevées dans le journal Times d’aujourd’hui. La ressemblance au niveau des détails était particulièrement à couper le souffle – l’effondrement de l’empire ; l’abandon de la morale sexuelle ; les chanteurs « pop » avec leurs guitares ; l’entrée des femmes dans certaines professions réservées ; la semaine de cinq jours. Je ne me risquerais pas à tenter une explication ! Il y a tant de mystères dans la vie humaine qui dépassent de loin notre compréhension…

Sir John Glubb, mieux connu sous le nom de Glubb Pacha, est né en 1897 et a servi en France pendant la Première Guerre mondiale de 1915 à 1918. En 1926, il a quitté l’armée régulière pour servir le gouvernement irakien. De 1939 à 1956, il commande la fameuse légion arabe jordanienne. Depuis sa retraite, il a publié seize livres, principalement sur le Moyen-Orient, et a donné de nombreuses conférences.

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Dépravation, frivolité et dissidence : assistons-nous à la fin d’un empire ? 

Trump et Assad sont du même côté à Afrine

Posted: 16 Mar 2018 06:43 AM PDT

Article original de Andrew Korybko, publié le 1er mars 2018 sur le site Oriental Review
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Afrin Kurds

La convergence des intérêts américains et syriens contre la campagne antiterroriste de la Turquie est une coïncidence et n’implique pas une « conspiration »  mais elle est également instructive dans la mesure où elle prouve qu’il est possible que le couple le plus improbable s’entende tacitement sur un sujet d’intérêt partagé, bien que cela soit prétendûment impossible selon le récit dominant des médias alternatifs.

Battle for Afrin Feb 20, 2018Bataille d’Afrine le 20 février 2018

Cela semble probablement absurde la première fois qu’une personne moyenne l’entend, mais les présidents Trump et Assad sont du même côté à Afrine, malgré l’héritage de sept années de guerre hybride que les États-Unis ont mené contre la Syrie. Comme le dit le proverbe « il n’y a pas d’amis ou d’ennemis en politique internationale, seulement des intérêts » et cela n’est nulle part plus évident que dans l’interprétation similaire de Washington et de Damas sur la façon dont la résolution 2401 de l’ONU se rapporte à « l’Opération anti-terroriste Rameau d’olivier » de la Turquie contre les Kurdes « fédéralistes ».

La position de la Syrie est bien connue. Toutes les troupes étrangères sur son territoire sans le consentement du gouvernement légitime sont des envahisseurs illégaux qui doivent quitter le pays immédiatement, mais celle des USA pourrait surprendre certaines personnes parce qu’il y a eu cette fausse idée circulant dans les médias alternatifs que les États-Unis et la Turquie sont toujours du même  « côté » malgré l’échec du coup d’État pro-américain contre le président Erdogan à l’été 2016.
Le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Hami Aksoy, a définitivement condamné cette semaine son interlocuteur américain pour avoir « suggéré » avec condescendance que « la Turquie est plus que bienvenue à relire le texte exact de cette déclaration du conseil de sécurité de l’ONU » s’ils pensent qu’ils ne violent pas le dernier cessez-le-feu en poursuivant leur opération antiterroriste à Afrine. La réponse d’Aksoy a été que la « position » des États-Unis est sans fondement et indique qu’elle [Heather Nauert] n’a pas compris comment cette décision devrait être appliquée, ou qu’elle veut la déformer.

La raison pour laquelle les États-Unis s’opposent à « l’Opération Rameau d’olivier » est qu’ils craignent que cette campagne empêche les Kurdes de jouer un tour à Damas et qu’un jour le gouvernement soutienne une offensive à venir contre la province turque contestée de Hatay que la Syrie revendique comme son territoire légitime, avec l’intention de déclencher une guerre conventionnelle turco-syrienne qui pourrait alors permettre aux Kurdes pro-américains d’étendre leur statut de « Rojava » de facto jusqu’à la côte de la Méditerranée orientale.

La Syrie, d’un autre côté, considère la Turquie comme un « plus grand mal » que les Kurdes « fédéralistes » américano-sionistes à ce stade, c’est pourquoi elle a même envoyé des milices pro-Damas pour affronter les forces de son voisin du nord à Afrine. Elle a évité d’y envoyer l’Armée arabe syrienne (AAS) par prudence, car toute attaque contre elle, pourrait contraindre le gouvernement à réagir en fonction du scénario désastreux attendu que les Kurdes conspirent à créer.
Malgré tout, Damas aurait pu faire une grave erreur en protégeant les mêmes Kurdes américano-sionistes que la Turquie considère comme des terroristes parce que le gouvernement est maintenant responsable d’assurer la sécurité dans cette région. Cela signifie que les YPG pourraient concevoir des attaques terroristes contre les Turcs depuis cette « zone sécurisée » et provoquer ainsi Ankara à frapper les milices pro-AAS et risquer dangereusement de catalyser un conflit d’État à État.
Néanmoins, les autorités syriennes sont prises entre le marteau et l’enclume et les États-Unis le savent.

Qu’importe les condamnations véhémentes de Damas au sujet des Kurdes « fédéralistes » américano-sionistes dont même le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, assez favorable aux kurdes, a été forcé de reconnaître comme leur « quasi-État (…) les rives orientales de l’Euphrate » les acteurs tenant le terrain qui réalisent ce complot géopolitique sont toujours des citoyens syriens, et le gouvernement craint que l’utilisation de mesures énergiques pour les pacifier ou permettre passivement à la Turquie de les tuer ne déclenche par inadvertance une guerre civile arabo-kurde dans le pays.

Non seulement cela, mais ce serait un aveu implicite que le YPG – un satellite du PKK, dont le dirigeant a été accueilli en Syrie de 1979 à 1998 – est en fait, à tout le moins, devenu une organisation anti-étatique, sans parler de son potentiel terroriste dénoncé par la Turquie. Cela pourrait alors involontairement faciliter l’interprétation « militarisée » de la décision de l’ancien président Hafez al-Assad d’accueillir le parrain YPG Abdullah Ocalan comme un moyen de « discréditer » son fils et successeur.

Damas ne peut donc pas se permettre, au moins à ce stade et selon la façon dont ses dirigeants perçoivent actuellement la situation, de répondre directement ou indirectement aux Kurdes « fédéralistes » américano-sionistes parce que cela pourrait « provoquer » une guerre civile arabo-kurde, minant la légitimité du gouvernement et détournant l’attention de la volonté collective de la nation cosmopolite d’expulser les troupes turques de leur territoire.

Les calculs stratégiques de Washington sont beaucoup plus simples, comme expliqué ci-dessus, mais le curieux réalignement des États-Unis et de la Syrie d’une part, et de la Turquie et de la Russie d’autre part, est instructif car il prouve qu’il est possible que deux pays s’entendent tacitement sur un sujet d’intérêt commun, même si cela semble les placer du même côté que leurs « ennemis » ou dans le « camp opposé » à leurs « alliés ».

La Turquie veut écraser les Kurdes « fédéralistes » américano-sionistes, et la Russie a passivement donné son feu vert à « l’Opération Rameau d’olivier » en retirant ses unités militaires d’Afrin en préparation de cette campagne. Il est beaucoup plus important pour Moscou de maintenir d’excellentes relations avec ses partenaires du Turkish/Balkan Stream à Ankara que de risquer de mettre en péril les perspectives de multipolarité dans le « Nouveau Moyen-Orient » pour des Kurdes non étatiques ou leurs partenaires syriens. Moscou estime que ces derniers sont « gérables » quoi qu’il arrive.

Par ce dernier point, la Russie a essayé d’« encourager » la Syrie tout au long de l’année dernière à appliquer les « suggestions » de « décentralisation » qu’elle a écrites dans le « projet de Constitution » du pays car Moscou comprend qu’elles sont un « compromis » nécessaire qui pourrait simultanément amener la « solution politique » tant attendue à la guerre tout en permettant aussi à la grande puissance eurasienne d’« équilibrer » ses relations entre ses pairs au Proche-Orient en obligeant Damas à « officialiser » les « sphères d’influence » dans le pays comme attendu par la Russie.

À cette fin et face à la résistance syrienne (polie mais ferme) à ce plan de la géopolitique typique de la Grande Russie du XIXe siècle, Moscou a pris la décision calculée de retirer la plupart de ses forces militaires de la République arabe afin d’envoyer à Damas le message qu’elle ne soutiendra pas ses efforts continus pour accomplir la promesse du Président Assad de libérer « chaque centimètre » du pays.

En réponse, la Syrie se rapproche de l’Iran pour conserver ce qu’elle considère comme son « indépendance stratégique » ce qui explique pourquoi Damas et Moscou sont désormais « opposées » en ce qui concerne Afrine. Cela aligne de manière intéressante les intérêts de l’Iran sur ceux des États-Unis dans ce cas spécifique et ceux de la Russie sur ceux de la Turquie. Encore une fois, cela n’implique pas une « conspiration » mais fournit plutôt aux observateurs deux éléments constructifs.

Le premier est que cela prouve que le concept d’intérêt personnel néo-réaliste joue effectivement un rôle de guide dans les actions de tous les acteurs de la guerre en Syrie, parfois avec des résultats curieux, et le second est que les récits maximalistes dogmatiques propagés par de nombreux médias alternatifs sur l’impossibilité supposée des présidents Trump et Assad d’être du même côté « contre » leurs homologues turcs et russes est catégoriquement faux à la lumière de la position commune des États-Unis et de la Syrie vis-à-vis de cette résolution 2401.

Cela ne veut pas dire, comme ces mêmes médias alternatifs ont tendance implicite à le simplifier, que les lignes dans le sable ont encore changé ou que quelqu’un a « vendu » et « trahi » ses « alliés » (ce qui n’est même pas possible quand il s’agit des Kurdes) mais simplement que les complexités de la guerre du XXIe siècle sont caractérisées par des couches d’intérêts nuancés qui aboutissent à une « zone grise » à partir de laquelle il est parfois difficile de faire des jugements de valeur à propos du comportement de l’un ou de l’autre joueur à un moment donné, sans parler de maintenir constamment son évaluation initiale tout au long d’un conflit donné.

En conséquence, ce « fait gênant » expose la superficialité de la plupart des récits des médias alternatifs contemporains sur la Syrie et les expose à juste titre comme de véritables médias de propagande pour les masses désespérées, façonnées de manière opportuniste selon la situation quotidienne pour soutenir le sens que « leur camp » est « toujours juste » et « toujours gagnant » évitant ainsi l’analyse réelle, pour favoriser la satisfaction des désirs diaboliques de leur auditoire en offrant un service narcotique de « bien-être » d’une « réalité alternative ».

Que quelqu’un pense que c’est « bon », « mauvais » ou qu’il soit « indifférent » à la réalité objective de la situation, on ne peut pas contourner le fait indéniable que les présidents Trump et Assad sont du même côté à Afrine et que toute cette agitation fébrile pour prouver le contraire n’est rien d’autre que de la propagande de guerre propagée par les responsables des médias alternatifs dans l’esprit de leur public naïf.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici

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