Antipresse:RECONQUÊTES par Slobodan Despot – et varia

N° 85 | 16.7.2017
Exergue

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Dans ce numéro

Exergue
Dans ce numéro
RECONQUÊTES par Slobodan Despot
Les marcheurs (2)
CANNIBALE LECTEUR de Pascal Vandenberghe
Promenade estivale (3): L’arbre qui cache la forêt
ANGLE MORT par Fernand Le Pic
Guerres d’Amérique, des coalitions aux coalescences
Main courante
ROBOTS SEXUELS | Le vice pour tous!
G-20 | Une victoire des réalistes sur les mondialistes?
REPULSIF ANTIHUMAINS | Pourquoi se pince-t-on le nez?
RWANDA | Des révélations étrangement documentées
RUSSIE | Intense activité sportive aux frontières
FRANCE | Grosse braderie sur le BHL!
PHOTO | Qu’est-il advenu de N.Y.?
On nous écrit…
Pain de méninges
Sommes-nous faits pour cette vie?
Promotion
Rappel

RECONQUÊTES par Slobodan Despot
Les marcheurs (2)

Résumé de l’épisode précédent

L’hôtel Métral est une vieille auberge située sur un promontoire spectaculaire des Alpes. On y entend parfois, la nuit, d’étranges bruits ressemblant à des pas dans les couloirs. Le fondateur du lieu et sa femme les avaient souvent entendus durant leurs longs mois d’hiver dans la maison esseulée. Ces manifestations ne semblaient pas les déranger outre mesure, lui et sa femme. Pourtant, ils finirent par quitter précipitamment les lieux et furent rapidement internés dans un asile psychiatrique. Leur descendant Yves-Marie est intrigué par le phénomène, mais n’ose trop en parler autour de lui.

Comment le grand-père Louis avait-il reçu le «cadeau» de son oncle lorsque celui-ci avait décidé de remettre l’affaire et de redescendre en plaine? Sans doute s’était-il demandé comment il allait remplir cette bâtisse démesurée, de saison en saison. La Belle époque était terminée, la crise avait secoué le monde entier. Il fallait ajuster les prix, varier les offres puis s’accommoder d’une clientèle familiale autrement plus turbulente que les poètes mondains, les minéralogistes maniaques et les alpinistes millionnaires. L’hôtel les avait fait vivre, oui, et sur trois générations. Mais c’était au prix d’un labeur que ni lui ni ses frères et cousins n’étaient plus disposés à affronter. Ils avaient fini par vendre à un groupe hôtelier. La fragmentation et les discordes de l’hoirie aidant, personne n’en était sorti enrichi. Tout au plus étaient-ils soulagés.

Le nouveau directeur, un Allemand dépêché de Bavière, semblait ravi de son affectation. C’était un professionnel, volontaire et organisé; un «crocheur» comme on disait dans la région. Il avait adopté le lieu comme s’il venait de se trouver un foyer pour la vie et l’administrait comme on commande une tête de pont. Yves-Marie l’appréciait pour sa jovialité, sa culture, son ouverture d’esprit. Ils partaient même parfois en randonnée ensemble, quand il lui venait l’envie de revoir le village et son cirque montagneux.

Lors d’une de ces expéditions, comme ils tuaient le temps dans un refuge en laissant passer une averse, le Bavarois lui avait parlé du phénomène. Yves-Marie en avait été surpris, et même désarçonné. Il n’avait plus pensé aux «marcheurs» depuis son adolescence. Ils ne s’étaient plus jamais manifestés avec la violence décrite par Georges, le fondateur. Il est vrai qu’on ne fermait plus durant tout l’hiver. Bien au contraire: depuis la construction de la route et l’arrivée du car postal, la neige était devenue la principale attraction. On fermait en novembre, et l’on ne s’attardait dans les lieux que pour les nettoyages et les ravalements. Plus personne n’avait le temps d’ausculter les craquements de la charpente et les caprices du vent.

«On ne t’a jamais signalé ces grincements, comme des bruits de pas, dans les couloirs et dans les combles?» lui avait demandé Axel, d’un ton distrait, en regardant tomber la pluie.

«Bien sûr que si, avait-il répondu. Ils font partie de la légende des lieux.» Il n’avait pas précisé qu’il les avait entendus lui aussi, ne sachant dans quel rayon son compagnon de randonnée classait ce genre d’histoires. Probablement s’en moquait-il, ce manager formé à balayer les dilemmes plutôt qu’à philosopher dessus.

Ce dont il avait été témoin — trois ou quatre fois dans sa jeunesse, pas plus — aurait fort bien pu être des mouvements de fouines ou le jeu du bois des planchers. Que valaient ses souvenirs, d’ailleurs? Il était le lettreux de la famille, le plus influençable. A part lui, seule sa sœur Joëlle et le cousin Florian soutenaient avoir entendu les Marcheurs. Les témoignages se faisaient de plus en plus rares à chaque génération. Comme si les ondes de la radio et de la télé avaient fini par dissiper les esprits et les spectres que les anciens croyaient croiser dans chaque coin d’ombre.

Le grand-père Louis, cela lui revenait maintenant, n’avait pas été enchanté à l’annonce de son encombrant héritage. Les difficultés économiques, pourtant, ne pointaient pas encore à l’horizon. Il avait aidé l’oncle Georges et la tante Hermine parce qu’il aimait la montagne et qu’eux n’avaient pas d’enfants. A la longue, ils l’avaient pour ainsi dire adopté, la tante en particulier. Comment aurait-il pu rejeter leur offre? Mais il avait toujours refusé d’hiverner. Les premières années, avant la route, il avait loué des paysans pour garder les lieux. Ceux de l’endroit, aucun salaire ne parvenait à les décider. Il dut faire venir des Piémontais, de l’autre versant des Alpes. Sur quelques photos, on pouvait voir leurs gueules de contrebandiers sous de grands chapeaux noirs, peu différents des loups qu’ils traquaient. Le neveu de Georges le libre penseur était, lui, un véritable dévot. Il ne manquait pas une messe du dimanche et faisait bénir l’hôtel par le curé à chaque fête importante. Son épouse, mamie Adèle, soutenait qu’il n’était jamais resté seul dans son hôtel en quarante ans. Elle disait aussi qu’il se levait parfois la nuit, tiré de son sommeil par des alertes que lui seul entendait, et allumait toutes les ampoules électriques de l’étage. Lui-même n’avait jamais parlé des Marcheurs, mais il avait passé sa vie, de toute évidence, à guetter leur venue. Il mourut jeune encore, à moins de soixante ans, d’une défaillance cardiaque.

Pourquoi Axel s’intéressait-il maintenant à ce folklore? se demanda-t-il après que la conversation se fut éteinte, épiant discrètement le profil net de l’Allemand. L’orage de montagne ne faiblissait pas, bien au contraire. Le sentier conduisant au refuge était strié de rigoles, barré de coulées de boue. Ils avaient encore un col à franchir pour retomber sur les hameaux, trois cents mètres plus haut. Ou la nuit à passer dans ce gîte sombre et sans chaleur.

«Et toi-même, tu en penses quoi?» reprit son compagnon comme pour dissiper le silence qui s’était lové entre eux.

«Moi? Je… j’aurais de la peine à en juger.

— Griselda, la vieille femme de chambre, me dit que tous les enfants les avaient entendus. Donc toi aussi, normalement…

— Peut-être. Il y a tant de bruits dans une vieille maison. Et puis, aussi, l’on jouait à se faire peur, entre gosses… On s’emmerdait ferme. Toutes ces vacances au grand air, personne ne nous demandait si l’on s’y amusait, ni comment.»

Axel sourit, d’un air un peu emprunté.

«Oui, ça doit te paraître bizarre que je t’en parle, moi. Mais tout le monde me raconte des choses. Même les rares gars plutôt sobres du coin…»

Yves-Marie sourit à son tour.

«Oh, les histoires de fantômes, il n’y a que ça dans les vallées.

— Bien sûr…» fit la voix à l’accent allemand.

Il faisait si sombre maintenant qu’il ne distinguait presque plus son profil. Mais il aurait juré que le directeur avait retenu sa phrase au dernier moment. Il reprit quelques instants plus tard, sur un ton tout différent.

«L’autre jour, je faisais un peu de tri dans la bibliothèque et je suis tombé sur un livre assez imposant. Du Dr Nicoleriaz, le fameux médecin-photographe alpin. Sur l’échine des géants, ou quelque chose comme ça. Ses histoires d’expéditions…

— Oui, je vois. Le genre de beau livre que tous les hôtels de montagne laissent traîner dans leur lobby.

— C’est ça. Pour qu’on feuillette, mais que personne ne les lise, surtout.

— Pile-poil! concéda Yves-Marie. Moi-même, je l’ai tellement de fois parcouru…

— Que tu n’as même pas remarqué la photo de ton hôtel avec un client célèbre? Une photo en double page, en plus!»

Si! Il s’en souvenait maintenant. Ces arcades romanes à l’arrière-plan ne pouvaient appartenir qu’à leur établissement. Mais l’énergumène qui se tenait face au photographe accaparait toute l’attention. Maigre, hirsute, tanné, avec une barbiche en pointe d’un blond presque translucide, contemplant un objet hors du champ avec des yeux exorbités. Un peu flou, même, comme s’il venait de bouger…

«Kidderley!

— Exact. Joasaph Hayre Kidderley en personne a séjourné dans ton hôtel. Et toi, tu l’avais oublié!»

Cet Écossais flamboyant s’était illustré en son temps, moins par la gloire de ses succès que par la folie de ses défis. Il avait tenté, le premier, d’enchaîner plusieurs 4000 mètres en vingt-quatre heures. Il avait lancé des expéditions dans l’Himalaya avec des Européens mal préparés qui y avaient été décimés et des sherpas qu’il fouettait, disait-on, jusqu’au sang quand ils refusaient d’avancer. Il était cyclothymique, opiomane, arrogant et infiniment cultivé. Ses séjours dans les Alpes avaient plutôt une fonction de délassement. Ils lui servaient aussi à appâter des mécènes pour ses entreprises futures. Le brave Dr Nicoleriaz, qui le suivait partout, était son biographe officieux. Il le vitupérait dans ses récits, mais demeurait fasciné par lui comme une souris par un serpent.

«Kidderley n’avait plus rien à conquérir dans le coin, fit observer Axel, et ses crédits auprès des riches amateurs suisses étaient épuisés. Il a pourtant passé des semaines à l’hôtel Métral. Si tu prends la peine de lire le bon docteur Nicoleriaz, tu comprendras pourquoi. Il n’est pratiquement jamais sorti de la maison et il y a peut-être tué un homme.»

(A suivre.)
CANNIBALE LECTEUR de Pascal Vandenberghe
Promenade estivale (3): L’arbre qui cache la forêt

Souvent un livre célébrissime d’un écrivain occulte ses autres œuvres, comme un arbre au premier plan nous cache la forêt. C’est le cas de nombreux auteurs, et nous allons nous intéresser aujourd’hui à deux d’entre eux: Primo Levi et Vassili Grossman.

Tout le monde (ou à peu près) connaît et a lu Si c’est un homme, de Primo Levi. Certes, quelques-uns de ses autres livres (La trêve, Le système périodique, par exemple) ont réussi à exister malgré l’ombre que leur faisait le premier livre de l’auteur, publié pour la première fois en 1947, et pour lequel il avait commencé à prendre des notes dès janvier 1946, quelques mois à peine après être rentré en Italie. Ce livre-témoignage tire sa force de la distance avec laquelle Primo Levi raconte l’irracontable: Auschwitz.

Mais Primo Levi écrivit aussi quelques romans, dont Maintenant ou jamais, paru en 1984 (hélas épuisé en poche, mais réédité par les Éditions Robert Laffont en 1998, dans l’excellente collection «Pavillons»), qui offre un grand intérêt. S’inspirant d’une rencontre avec des sionistes qui s’étaient joints à un train de rapatriés italiens dans lequel voyageait Primo Levi, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il raconte l’histoire et les périples d’un petit groupe d’hommes et de femmes, pour la plupart juifs russes et polonais, qui parcoururent toute l’Europe depuis la Biélorussie jusqu’à Milan en se battant contre les Allemands, laissant derrière eux les ghettos, les pogroms et leurs familles exterminées par les nazis. Dans leur pérégrination, une idée se fait jour: rejoindre la Palestine. Et pour cela, atteindre d’abord l’Italie. Ce roman en forme d’hommage à ces héros oubliés par l’histoire officielle est aussi l’occasion de faire parler entre eux ces partisans, lors de leurs haltes nocturnes. De tout: la vie, la mort, Dieu, leur judéité… Comme l’auteur, beaucoup de juifs non croyants découvrirent leur judéité avec les lois raciales nazies, et eurent à se questionner sur leur rapport au judaïsme. Mais dans ce groupe, il n’y a pas que des juifs. Et les discussions entre juifs et goys permettent d’expliquer ce qu’est le Talmud, et le livre est truffé de pilpouls, cette sorte de jeu de rhétorique auquel se livrent traditionnellement le maître et l’élève dans l’étude du Talmud. C’est donc, malgré le sujet, un livre par moments étonnamment joyeux malgré tout, et plein d’espoir.

Autre histoire littéraire avec Vassili Grossman, dont le célèbre livre Vie et destin («Le livre de Poche», 2005) connut lui-même une vie et un destin particuliers: terminé en 1962, il sera confisqué par le KGB, ainsi que toutes les notes et les brouillons, qui seront saisis à son domicile. Miraculeusement, un brouillon parviendra en Europe dans les années 1970 sous forme de microfilms. Il sera publié pour la première fois à Lausanne par L’Âge d’Homme, en 1980. Vassili Grossman est alors mort depuis plus de quinze ans. Cette monumentale fresque, qui connut un grand succès, est en fait la seconde partie de Pour une juste cause («Le Livre de Poche», 2011), publié beaucoup plus tardivement en français (en 2000, à L’Âge d’Homme). Commencé en 1943, au moment où le mot «Stalingrad» est sur toutes les lèvres, et terminé bien après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le texte sera d’abord publié entre juillet et octobre 1952 dans la revue Novy Mir. Si Vie et destin est centré sur le phénomène totalitaire (ce qui explique sa confiscation et son interdiction de publication en Russie soviétique), Pour une juste cause dévoile une réalité profonde des années de guerre. Il est un roman sur la liberté inaliénable, sur l’indestructibilité de l’être. Entre ces deux livres, Grossman a quitté les rangs des serviteurs dociles de l’État soviétique, dont il fit partie sous Staline, pour devenir un critique virulent du système totalitaire après ce qu’on a nommé (à tort, à mon sens) le «dégel» des années Khrouchtchev après la tenue du XXe Congrès, en 1956. Pour les lecteurs de Vie et destin, la lecture de Pour une juste cause apparaît comme une nécessité, ne serait-ce que parce que Grossman est, de toute évidence, l’un des écrivains majeurs du siècle passé.

Et pour l’anecdote, Grossman et Levi ont vécu à la même époque, étaient tous les deux juifs, et… tous deux chimistes de formation.

Pascal Vandenberghe
ANGLE MORT par Fernand Le Pic
Guerres d’Amérique, des coalitions aux coalescences

Fondamentalement, les États-Unis coalescent tout ce qui n’est pas encore américain. C’est pourquoi ils ne laisseront personne gagner la moindre guerre. L’implantation aussi lourde que peu commentée d’effectifs militaires U. S. en Syrie et la perspective d’un prochain découpage de ce pays en sont un parfait exemple.

Coalitions et coalescences… Étymologiquement les deux termes sont intimement liés, le premier provenant du second. Lorsque les États-Unis mobilisent une «coalition», celle-ci n’aligne évidemment jamais des pairs, car il s’agit toujours de U.S.-led coalitions. Elles sont structurellement bien plus que de simples unions de circonstance contre un ennemi commun, que des ligues ou même des gangs, qui ne sont tels que parce que leurs membres se déplacent ensemble.

Les U.S.-led coalitions, menées par les inventeurs du culte des «M&A», agissent beaucoup plus en profondeur: elles fusionnent et acquièrent sur leur passage. Mais elles fusionnent par absorption. La cible de l’OPA militarisée devra totalement intégrer le marché du leader américain, y compris dans sa monnaie et ses lois, et ensuite à nouveau dans ses guerres. Car c’est ainsi que les Américains «s’alimentent» (même racine que coalescence) et croissent, «s’élèvent» (encore la même racine). «Ils vivaient la lente et invisible compénétration de leurs univers, (…) et dont le destin évident consiste à coalescer quelque part dans l’espace et le temps» écrivait Paolo Giordano dans La solitude des nombres premiers. Fondamentalement, les États-Unis coalescent tout ce qui n’est pas encore américain.

C’est pourquoi ils ne laisseront personne gagner la moindre guerre. En particulier celle de Syrie qui occupe encore le devant de l’écran médiatique, avant la prochaine: en Iran?

Pas besoin de rappeler que la guerre de Syrie fut déclenchée pour empêcher qu’un quelconque «croissant chiite» se développât en concurrence avec les pétromonarchies sunnites. Tel était déjà le but de guerre du conflit irako-iranien de 1980-1988. Idem pour les conflits qui suivirent. Quant aux Printemps arabes de 2010, ils faisaient immédiatement suite à l’échec des émeutes iraniennes de 2009. Fomentées dans la foulée de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, c’est à leur occasion que l’expression «révolution Twitter» apparaissait pour la première fois. Une signature aujourd’hui bien comprise.

L’Iran peut-il espérer cette fois un retour sur investissement de ses six années passées à financer et défendre la Syrie? Rien n’est moins sûr. L’arrivée de Trump se distingue par la confirmation d’une extension de l’emprise américaine sur le sol syrien. La construction d’une base américaine à Manbij, dont le déploiement de forces spéciales, d’armes lourdes et autres équipements est observé depuis février 2017, en est un indice significatif.

Déjà en décembre 2016, un très gros porteur C-17 décollait d’une autre base américaine installée au sud de Kobané, à Sabit (ou Septe) sur la plaine de Sarrin (ce qui ne s’invente pas). Cela signifie qu’une piste spéciale venait d’y être aménagée et qu’elle était faite pour durer. Au sol, ce sont les Marines de la 28e Unité expéditionnaire qui y ont pris leur quartiers . Cette base vise officiellement à contenir les velléités turques à liquider les forces combattantes kurdes de l’YPG (Yekîneyên Parastina Gel) intégrées dans les FDS (Forces démocratiques syriennes) qui servent de chair à canon aux Américains, notamment pour la bataille de Raqqa. Toujours au nord et en territoire kurde, le Pentagone a également réaménagé à son profit l’aéroport agricole abandonné de Abu Hajar, dans la ville pétrolière de Rmeilan à l’extrême pointe nord-est de Syrie et cela, dès janvier 2016. Depuis, le ballet familier et incessant des C-130 et des hélicoptères Black Hawk y est observé.

Au sud, c’est la base d’al-Tanf qui fut ouverte en premier. Moitié bastion, moitié centre d’entraînement pour jihadistes alliés. Située au carrefour stratégique des trois frontières de Syrie, Jordanie et Irak, elle verrouille l’entrée de convois iraniens venant d’Irak et se rendant vers le sud syrien autant que vers Damas. Elle interdit en outre aux forces loyalistes syriennes de tout simplement reprendre le contrôle de cette frontière et de la souveraineté territoriale qu’elle matérialise. Mais cela n’a pas été si simple. Les forces syriennes s’y sont battues contre les Américains et n’ont dû leur défaite qu’au déploiement d’avions d’attaque au sol Warthog qui les auraient canardées de munitions à uranium appauvri.
La base U. S. d’al-Tanf
La base U. S. d’al-Tanf

Là aussi, le Pentagone a donc décidé d’amplifier considérablement et durablement sa puissance de feu, en y installant des batteries d’artillerie M-777 et ses mortels lance-roquettes multiples «HIMARS», montés sur camions légers. Avec une portée de 300 km, c’est ainsi tout le sud-ouest syrien qui peut se retrouver sanctuarisé. Au passage, personne ne s’émeut de l’illégalité la plus totale dans laquelle cette implantation militaire américaine se réalise. Même pas le moindre professeur de droit de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève. Personne!

Pour faire bonne mesure, les Américains ont également procédé à l’ouverture d’une seconde base à Zaqaf, située à une cinquantaine de km au nord-est d’al-Tanf, toujours le long de la frontière. Sauf qu’à moins de 20 km de là, du côté de Tayyara, les forces loyalistes, qui avaient déjà réussi à mettre en déroute les rebelles tout juste sortis de leur formation d’al-Tanf, ont réussi à faire la jonction avec les Iraniens venus d’Irak, et à y installer une base. C’est même le général Qassem Soleimani, commandant en chef de la brigade al-Qods des Pasdaran, qui est venu les en féliciter en personne. Mais ce moment de satisfaction pour les alliés irano-syriens ne doit pas masquer la réalité du rapport de forces qui est en train de se cristalliser, notamment depuis les négociations du G-20 entre les présidents Poutine et Trump. Par exemple, le cessez-le-feu obtenu pour la région sud-ouest ne s’est évidemment pas fait sans l’accord d’Israël qui protégera le Golan coûte que coûte.

On s’achemine donc vers une accélération du découpage de la Syrie, avec au Nord une certaine autonomie qui sera garantie aux Kurdes syriens mais sûrement pas sur la totalité de leur zone déjà autonome du Rojava, sauf à provoquer une guerre avec la Turquie, c’est-à-dire entre membres de l’OTAN. A moins qu’une opération «Regime change» ne pointe son nez du côté d’Ankara? Rien n’est impossible.

A l’est et tout le long de la frontière avec l’Irak, on doit s’attendre à un renforcement de la présence militaire américaine, dont la prise de Raqqa par ses propres supplétifs de la FDS est un paramètre critique. C’est là qu’un risque d’affrontement militaire direct avec l’Iran est aussi le plus fort. Le rôle d’arbitre diplomatique des Russes sera ici essentiel pour éviter un tel scénario catastrophe.

Un nouveau front de déstabilisation côté libanais pourra également émerger à court terme afin d’alléger la pression sur la région d’Idlib encore aux mains des jihadistes supplétifs de Turquie. Quant au Kurdistan irakien, il est à la fois l’acteur le plus serein parce que déjà quasi indépendant de facto et le plus fragile, tant que Trump n’a pas pris plus clairement position sur son vote d’indépendance du 25 septembre prochain. C’est en fonction de cela qu’on saura si une confrontation directe avec à la fois l’Iran et la Turquie est programmée ou non.

Quoi qu’il en soit, tant que le budget du Pentagone se maintiendra à ses niveaux actuels, il «s’alimentera» de ses guerres et continuera de coalescer, laissant les plans sociaux à l’ONU, les réfugiés aux mairies de villages européens et le déminage… aux Suisses.

On est encore loin de pouvoir paraphraser Victor Hugo: Washington, morne plaine…
Main courante
ROBOTS SEXUELS | Le vice pour tous!

A la casse, les poupées gonflables! Un robot sexuel, c’est bien mieux: ça «sourit, cligne des yeux et fronce les sourcils, peut tenir une conversation, raconter des blagues, citer Shakespeare, se souvenir de votre anniversaire (…) et bien sûr avoir une relation sexuelle avec vous dès que vous le souhaitez». Bref: aussi amusant et docile qu’une prostituée en chair et en os, mais sans les inconvénients.

Quoique: ces choses-là s’«humanisent» tellement (tandis que l’humain se robotise à la même cadence) qu’on commence à les traiter avec de plus en plus de considération. C’est pourquoi la Foundation for Responsible Robotics a présenté le 5 juillet dernier les conclusions d’une étude sur le «futur de notre vie sexuelle avec les robots».

On s’y interroge en premier lieu – bien entendu! – sur les possibilités de ce nouveau marché, relevant en particulier que deux tiers des hommes environ sont favorables aux robots sexuels, contre un tiers des femmes. Un intéressant déséquilibre de l’offre et de la demande en perspective, surtout pour les hommes demeurés normaux.

Mais qu’est-ce que la «normalité», peut-on se demander à l’issue de cette exploration. Les «objets du désir», si perfectionnés qu’ils soient, demeurant de pures machines, toutes les imaginations sont permises. Les pédophiles, en particulier, s’en lèchent les babines:

«Le rapport mentionne aussi le fabricant japonais de sex dolls Trottla, qui a commencé la commercialisation de poupées infantiles… à destination des pédophiles. Shin Takagi, le créateur de l’entreprise, se présente comme un pédophile “n’ayant jamais fait de mal à un enfant parce qu’il utilise lui-même la poupée”.»

L’idée a beau être «aussi douteuse que répugnante» pour l’incontournable professeur d’«éthique robotique» consulté, les auteurs du rapport ont beau hypocritement réclamer «l’interdiction totale de sex dolls infantiles», on voit mal comment les réticences morales d’un autre temps pourraient entraver le développement d’un marché aussi prometteur. Où l’argent est roi, toutes les lubies sexuelles sont permises… a fortiori avec de simples poupées!

Et aussi:
G-20 | Une victoire des réalistes sur les mondialistes?
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FRANCE | Grosse braderie sur le BHL!
PHOTO | Qu’est-il advenu de N.Y.?
On nous écrit…
A propos du pugilat Donald Trump contre CNN (Main courante, 7.7.2017)

Juste une remarque en passant par rapport à la Main Courante traitant de Trump « tabassant » le logo de CNN. Sauf erreur de ma part, la scène originale a eu lieu durant la campagne présidentielle américaine lors d’un show de catch. Trump s’y est fait remarquer par cette FAUSSE baston avec un gars qui était de mèche pour une scène gag par laquelle le futur président voulait certainement montrer qu’il était un dur à cuire, «a tough guy». P. N.
Pain de méninges
Sommes-nous faits pour cette vie?

«Dieu a créé les hommes et les femmes aptes à façonner leurs destinées et à utiliser Sa création pour leur avantage et leur plaisir. C’est pourquoi l’humanité produit des objets d’une beauté stupéfiante et des célébrations d’une imposante majesté. Dieu n’aurait certainement pas donné aux hommes et aux femmes cinq sens et une âme s’Il les avait destinés à devenir des esclaves besogneux, s’il les avait condamnés à trimer dans des immeubles de bureaux, à devenir des fragments de machines et d’organisations, à vivre dans des terriers et à se déplacer dans des tuyaux souterrains, échangeables, remplaçables et consommables.»

— Léon Krier, architecte humain, 1985.
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