La chronique agora: Simone Wapler : Pour fêter dignement la prise de la Bastille, je suis partie à la pêche aux crevettes-et varia

Simone Wapler :
Pour fêter dignement la prise de la Bastille, je suis partie à la pêche aux crevettes.

Voici donc un texte inédit de Bill Bonner sur l’or des Espagnols et une réflexion de Louis Rouanet sur le protectionnisme hypocrite (ou le faux libéralisme) d’Emmanuel Macron.

En attendant mon retour de la pêche, j’attire votre attention sur la récente initiative de mes collègues de notre pôle « art de vivre » qui se sont intéressés à la cuisine alcaline. Non, ce n’est pas le nom de la cuisinière, comme vous le découvrirez…
Bill Bonner : Le problème que pose l’argent falsifié…
L’Espagne, en son temps, a eu une politique d’argent facile et de protectionnisme. La gueule de bois due à trop de liquidités et à la monnaie frelatée l’a frappée.
Louis Rouanet & Bill Wirtz : Le protectionnisme hypocrite d’Emmanuel Macron
Macron ne soutient pas le libre-échange, mais une version européenne du protectionnisme par réglementation plutôt que par taxation.

Cliquez ici !

LES NOTES DE BILL BONNER
Bill Bonner

Le problème que pose l’argent falsifié…

Nous avons visité un musée dans le centre-ville de Salta en Argentine.

Il est dédié à l’histoire de la ville et de la province. Il a été créé dans le bâtiment réaménagé de la mairie, sur la place principale.

Nous avions débuté la journée en assistant à la messe dans l’ancienne cathédrale, de l’autre côté de la place : un bâtiment très ornementé illustrant l’opulence de l’architecture coloniale.

La cathédrale est magnifique. C’est un bâtiment classique, cruciforme, avec une grande coupole au centre et des plafonds aux voûtes en berceau.

Derrière l’autel, dans l’abside, se trouve l’un des décors de sanctuaire les plus démesurés qu’il m’ait été donné de voir.

Il contient tant d’éléments décoratifs recouverts à la feuille d’or, étincelant, brillant et reflétant la lumière de toutes parts, qu’on en reste le souffle coupé.

« L’Amérique d’abord » ? Rappelons-nous que « l’Espagne d’abord » n’a pas très bien marché au XVIème siècle…

Salta ne nous attirait pas, a priori. Mais hier, nous avons été étonné. Après la messe, nous nous sommes arrêté boire un café à l’une des terrasses de la place.

La place, avec ses arcades – la cathédrale et la mairie de part et d’autre – est splendide. Au centre, il y a un parc avec des palmiers, de l’herbe verte et un énorme monument en granit.

Des couples s’embrassaient sur les bancs et des familles accompagnées de jeunes enfants se promenaient. A proximité, un accordéoniste aveugle a joué nos tangos préférés. Le temps était idéal.

Le musée est vaste et contient des collections dédiées à trois périodes.

La période préhispanique y est exposée, avec ses poteries, têtes de flèches et pétroglyphes remontant à quelque 1 000 ans. Une exposition est également consacrée à la période coloniale, et une autre à la Guerre d’Indépendance.

C’est la période coloniale qui nous a le plus intéressé. Dans une salle, en particulier, étaient exposés des échantillons de monnaies utilisées dans les colonies, et quelques explications étaient données sur la façon dont l’économie de cette ère avait fonctionné.

Nous avons appris des choses qui sont peut-être intéressantes.

Premièrement, l’argent falsifié est toujours source de problèmes.

Deuxièmement, le concept de « l’Espagne d’abord » n’a pas très bien fonctionné à son époque.

Resituons d’abord le contexte…

Francisco Pizarro et son armée massacrèrent 2 000 Incas lors de la bataille de Cajamarca, en 1532.

Mais sa drôle de bande d’aventuriers et de desperados ne tardèrent pas à s’entretuer, se jalousant butins, célébrités et honneurs.

Six ans plus tard, Pizarro remporta une bataille sur son ancien partenaire Diego de Almagro… à qui il infligea le supplice du garrot avant de le faire décapiter. Plus tard, les partisans d’Almagro assassinèrent Pizarro.

La meilleure façon de gérer ce bouillonnement d’énergie meurtrière consista à le canaliser par de nouvelles explorations et conquêtes. Il fallait trouver d’autres cités d’or, croyait-on… et donc, on se mit en route.

L’or « gratuit » de l’Espagne

En 1582, Salta fut fondée par le conquistador espagnol Hernando de Lerma. Les Incas avaient conquis cette région de l’Argentine actuelle environ 100 ans avant l’arrivée des Espagnols.

Au lieu de la reconquérir, les Espagnols prirent simplement le relais des Incas, faisant des habitants leurs vassaux. D’autres conquistadors prirent sans difficulté les régions formant aujourd’hui le Pérou, la Bolivie et le Chili – offrant ainsi à la couronne d’Espagne un vaste empire au sein du Nouveau Monde.

Les effets immédiats et évidents furent bénéfiques. En revanche, ce ne fut pas le cas des conséquences plus durables et moins évidentes : en particulier lorsque les Espagnols prirent des décisions politiques de type Trump.

De toute évidence, le Nouveau Monde fut littéralement une mine d’or pour la monarchie espagnole.

En échange de la libération de l’empereur inca Atahualpa, fait prisonnier, Pizarro exigea que les Incas remplissent une pièce d’environ 6,5 mètres de long sur 5 mètres de large et 2,5 mètres de haut avec de l’or et deux fois plus d’argent. Cela dura plusieurs mois.

Les Incas remplirent consciencieusement cette pièce. Pizarro fit tout de même étrangler Atahualpa.

Les premiers vaisseaux, leur ligne de flottaison s’enfonçant sous le poids des cargaisons d’or et d’argent, partirent sans tarder en direction du Trésor royal en Espagne.

L’argent gratuit, à l’image de l’amour libre et de l’alcool à volonté, c’est excitant… au début. La gueule de bois survient plus tard.

Gueule de bois monétaire

Cet or en provenance du Nouveau Monde augmenta énormément la masse monétaire du Vieux Monde. Les prix augmentèrent lentement, partout en Europe… leur niveau grimpant globalement de 500% entre 1550 et 1700.

En Espagne, cependant, les dégâts furent bien plus importants. L’argent gratuit vint enrichir encore plus de nombreuses familles comptant déjà parmi les plus riches, et bénéficiant des meilleures relations… sans qu’elles n’aient à fournir le moindre effort ou le moindre travail.

Alors qu’elles ne produisaient rien, elles avaient la possibilité d’acheter des biens et services. Les historiens de l’économie affirment que c’est ce qui a provoqué le déclin de l’Espagne, faisant du pays « le parent pauvre de l’Europe » pendant les 300 années suivantes.

Les Espagnols s’étant habitués à cet afflux d’argent frais, il leur en fallut de plus en plus pour suivre le rythme de l’augmentation des prix.

Selon le musée de Salta, cela les poussa à extraire la moindre once d’or… et, plus tard, d’argent-métal… des colonies.

Donc, bien que l’Espagne se retrouva rapidement avec trop d’argent, la ville de Salta, elle, en manqua. Cela força le gouverneur royal à faire fonctionner une économie sans argent réel. A la place, il décréta que les métaux de base – le cuivre, le fer, etc. – étaient de la « monnaie ».

La courte explication accompagnant l’exposition des pièces de monnaie coloniales en décrit les conséquences : l’argent falsifié ne pouvait fournir des informations stables et précises concernant les prix ; il ne pouvait offrir aux gens un moyen de conserver et protéger leur argent ; « il fut à l’origine d’une grande confusion et de nombreuses erreurs ».

Bref, cet argent a produit ce que le dollar américain fondé sur le crédit produit depuis les années 1970. En 1970 aux Etats-Unis, il était possible d’acheter une maison moyenne pour environ 25 000 $. A présent, elle coûte 200 000 $, soit à peu près sept fois plus.

En outre, le dollar falsifié a déformé le reste de l’économie, créé des bulles, égaré l’investissement, gaspillé des ressources et un temps précieux.

Autrement dit… rien de nouveau sous le soleil.

La politique de « l’Espagne d’abord » a aussi énormément contribué à retarder le développement économique des colonies espagnoles.

A l’époque, tout comme à présent, la monarchie et les compères pensaient qu’ils pouvaient récupérer un avantage en forçant les autres à conclure des accords soumis à leurs propres conditions. Ils voulaient conclure des accords gagnant-perdant, où ils occupaient la place du gagnant.

Ils ont donc organisé un monopole commercial avec les colonies, soigneusement contrôlé, de sorte que seule l’Espagne (et ses initiés) pouvait en tirer profit.

Là aussi, cela a provoqué des conséquences inévitables.

Le commentaire du musée nous indique que tout le commerce passait par des ports spécifiques, tels que Buenos Aires, où il était approuvé et taxé par des administrateurs royaux.

Cela provoqua des pénuries, des retards et des augmentations de prix aussi bien côté acheteur que côte vendeur. Cela contribua également à la création de tout un secteur dont le seul but était d’échapper aux réglementations.

Les navires, entrepreneurs et banquiers étrangers ne tardèrent pas à déjouer ce système en établissant leurs propres systèmes de contrebande.
[NDLR : Aujourd’hui, certains déjouent les monnaies frelatées par les banquiers centraux en utilisant les cybermonnaies comme le bitcoin… avec parfois d’énormes profits à la clé.

Comment fonctionne ce réseau de transaction ? Où acheter et négocier des bitcoins, à quoi ces monnaies peuvent-elles vous servir ? Cliquez ici pour toutes les explications.]

« L’Espagne d’abord » a ralenti la croissance économique des colonies espagnoles. Mais cela a probablement accéléré le développement de la flotte marchande britannique, débordante d’activité.

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LES NOTES DE LOUIS ROUANET & BILL WIRTZ
Louis Rouanet

Le protectionnisme hypocrite d’Emmanuel Macron

Le 18 juin, la République en Marche a remporté la majorité absolue, distançant largement tous ses concurrents politiques. De nombreux parlementaires « d’opposition » soutiendront également le gouvernement du Premier ministre Edouard Philippe.

Ceci a donné à Macron un mandat fort pour ses politiques, universellement qualifiées de « pro-Union européenne » et pro-libre-échange. Même si son attirance vers l’Union européenne est visible, est-il vraiment pour le libre-échange?

Notre théâtre politique, où les déclarations ont valeur de prises de décision, nous ferait presque oublier que Macron, lui aussi, est protectionniste. Il est également un danger potentiel pour le laissez-faire.

Macron prétend qu’il veut préserver la mondialisation. Il a même déclaré que « le protectionnisme est une guerre, c’est un mensonge ». Sauf qu’il n’a jamais contesté des politiques protectionnistes spécifiques telles que la Politique agricole commune. Il a également dit que « nous ne devons pas être un continent complètement ouvert : le protectionnisme ne doit pas être confondu avec une protection nécessaire ». De la même manière que, sous la démocratie, « la guerre devient simplement un moyen de mettre fin à la guerre », aurait ironisé Henry Louis Mencken. L’UE, aux yeux du nouveau président, doit imposer les taxes douanières.

Le protectionnisme emballé de bonnes intentions

Le protectionnisme de Macron n’est pas national. Le président a développé pendant sa campagne l’idée d’un protectionnisme à l’échelle européenne.

Son programme est double : tout d’abord, il souhaite promulguer une version européenne du Buy American Act de 1933, qui oblige le gouvernement américain à acheter des produits fabriqués aux Etats-Unis.

Ensuite, Macron souhaite renforcer les règles anti-dumping. Au cours de sa campagne, le candidat Macron a accusé la Pologne de concurrence déloyale en établissant des normes sociales plus faibles. Il n’est donc pas surprenant que Macron soit l’un des partisans les plus fervents des traités commerciaux responsables de la prolifération des barrières non tarifaires.

Pour Macron, le protectionnisme est bien tant qu’il est emballé dans de bonnes intentions. Le protectionnisme macroniste est établi au nom des travailleurs, de l’environnement ou de la sécurité.

L’attaque contre le dumping social n’est que de la rhétorique politicienne pour éluder les réformes nécessaires de l’Etat-providence et du régime fiscal français. En 2012 déjà, le président Sarkozy avait soutenu « le libre-échange, oui. Concurrence déloyale, non. Une Europe qui ouvre tous ses marchés d’approvisionnement public lorsque d’autres ne les ouvrent pas du tout — non ». Pour l’élite politique, le protectionnisme se justifie chaque fois qu’il peut être utilisé pour préserver le statu quo.

La Commission européenne a rapidement critiqué la proposition de Macron d’un Buy European Act. Mais cela ne devrait pas nous faire croire que l’UE est en faveur du libre-échange. L’exemple le plus récent concerne les modifications apportées aux règles anti-dumping et anti-subventions imposées pour limiter les importations d’acier chinois.

L’augmentation spectaculaire des barrières non-tarifaires n’est que du protectionnisme voilé. En décembre 2016, par exemple, de nouveaux règlements sur les importations de citrons dans l’UE ont été promulgués pour protéger les producteurs espagnols et pénaliser les citrons turcs en janvier 2017.Edmen PFR
[NDLR : Comment investir très profitablement dans l’économie réelle… dans des entreprises à l’écart de ces dangers… et surtout dans des marchés non manipulés ? Cliquez ici pour découvrir ce nouvel univers.]

Macron joue le jeu de Trump et Le Pen

Emmanuel Macron est-il prêt à instaurer des outils qui favoriseraient le protectionnisme bien qu’il ait critiqué son ancien adversaire, Marine Le Pen, pour la même chose?

Macron avait comparé Le Pen à Vladimir Poutine, car son « programme de protectionnisme, d’isolationnisme et de nationalisme conduit à la guerre économique, à la misère et à la guerre en général ».

En mars, il avait critiqué le président américain Donald Trump pour ses politiques protectionnistes, avançant elles seraient nuisibles pour les Etats-Unis. En réponse à l’idée de Trump d’augmenter les taxes sur les constructeurs automobiles allemands, Macron avait rétorqué que l’Europe devrait également augmenter les taxes douanières sur les exportations américaines si les Etats-Unis persistaient : « je ne veux pas aller sur cette voie, mais nous répondrons si les mauvais choix ont été faits ».

Malheureusement, l’amour des politiciens pour le protectionnisme est partagé par la population. Selon un sondage IFOP de 2012, avant l’élection présidentielle, 53% des Français croient que le libre-échange a un effet négatif sur les prix à la consommation ; 69% affirment que cela aggrave le déficit, et un étonnant 81% croit qu’il a un effet négatif sur l’emploi.

Qualifier la bataille entre Macron et les candidats comme Le Pen ou Trump de celle du libre-échange contre le protectionnisme est un malentendu. Tous les candidats avaient le protectionnisme comme position politique : la seule différence était l’échelle.

Les vrais libre-échangistes ne devraient pas voir Emmanuel Macron comme l’un de leurs alliés, mais plutôt comme un autre exemple de politiciens qui proposent des échanges gérés par le législateur au lieu de marchés véritablement libres.

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