La chronique agora: Simone Wapler : La survie des espèces-et varia

Paris, jeudi 13 juillet 2017

Simone Wapler : La survie des espèces
Les cybermonnaies sont en mode krach. Les espèces sont traquées par les autorités. Quelle est la monnaie la plus fiable vu la stabilité précaire du système financier actuel ?
Bill Bonner : L’élite américaine ne s’est jamais mieux portée…
Donald Trump est devenu président en promettant la gloire à la classe moyenne américaine… mais aujourd’hui, l’élite US ne s’est jamais mieux portée.
Yannick Colleu : Comment en est-on arrivé là ?
Des monnaies marchandises qu’étaient l’or et l’argent à une monnaie dont la valeur tient seulement à la confiance qu’on accorde à la valeur d’un gouvernement, le chemin est long.

LES NOTES DE SIMONE WAPLER
Simone Wapler

La survie des espèces

Les cybermonnaies, ces unités de compte qui circulent sur des réseaux de transaction échappant à tout contrôle étatique, viennent de subir un nouveau krach.

Ethereum : -52% en quatre semaines
Ripple : -57% en sept semaines
Bitcoin : -21% en un mois

Entre ces trois « monnaies », plus de 36 Mds$ de « valeur » se sont évaporés.

Tous ceux qui ont étudié la monnaie s’accordent sur trois fonctions, codifiées en son temps par Aristote :

– Unité de compte
– Intermédiaire des échanges
– Réserve de valeur

Pour les aristotéliciens monétaires, une monnaie n’est viable que si elle est dotée de ces trois caractéristiques.

On ne peut pas dire que le bitcoin et ses dérivés répondent à la troisième caractéristique.

Pour Platon, toutefois, la dernière fonction n’était pas indispensable et la monnaie pouvait n’être qu’une « convention sociale » sans valeur véritable. Platon se serait très bien entendu avec Keynes…
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Le problème des monnaies qui ne savent pas se révéler des réserves de valeur est qu’elles finissent par disparaître. Parmi 775 monnaies fiduciaires qui ont existé ou existent encore, 599 sont mortes. Certes, leur mort prend parfois plusieurs générations mais le cimetière des monnaies fiduciaires est bien garni.

Mon collègue Yannick Colleu se penche aujourd’hui sur l’histoire du dollar, qui s’est imposé au fil du temps comme monnaie mondiale bien qu’il soit devenu purement fiduciaire.

Le dollar étant coupé de l’or, comment est assurée la fonction de « réserve de valeur » ? Uniquement par les taux d’intérêt versé par l’Etat fédéral sur ses dettes. C’est la seule chose qui garantisse le pouvoir d’achat du dollar dans le temps.

C’est aussi ce qui explique qu’en général l’or monte lorsque les taux d’intérêt réel sont négatifs. Le taux d’intérêt réel est le taux d’intérêt servi par l’Etat fédéral diminué de l’inflation calculée par un organisme contrôlé par l’Etat fédéral. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Le pouvoir d’achat du dollar à long terme s’est donc fortement érodé.

Les cybermonnaies ne sont adossées à rien de tangible et ne versent pas de taux d’intérêt. Elles attirent la spéculation car leurs émetteurs anonymes garantissent simplement que leur quantité sera limitée. Le fondement de cette spéculation est que « ce qui est rare est cher ».

A ce stade, ce raisonnement est toutefois incomplet. Il faudrait plutôt écrire « ce qui est rare et recherché est cher ». Rare n’est pas une condition suffisante — simplement nécessaire.
[NDLR : Pour tout savoir sur ces cybermonnaies, à quoi elles peuvent vous servir et comment vous en procurer, c’est ici.]

Les spéculateurs pensent que ces monnaies vont devenir de plus en plus recherchées et pourtant, ce ne sont pas de véritables réservoirs de valeur. C’est donc un pari hasardeux, à moins que…

C’est là que rentre en jeu la disparition des espèces.

De plus en plus de gouvernements voient d’un très mauvais oeil les espèces — quand bien même ils ne versent aucun intérêt dessus. Mais le cash a pour un gouvernement un défaut haïssable : les transactions sont plus difficiles à contrôler et donc à taxer.

Récemment, un grand travail de l’opinion publique a commencé pour promouvoir la fin des espèces et imposer des transactions traçables en toutes circonstances. Des arguments sécuritaires sont le plus souvent avancés.

Deutsche Bank vient de publier en anglais une note intitulée « Cash, Freedom and Crime – Use and impact of cash in a world going digital » (Espèces, liberté et crime – Utilisation et influence des espèces dans un monde allant vers la numérisation). En voici les principales conclusions :

Avec l’usage grandissant des paiements électroniques, le besoin d’espèces ne s’impose plus comme une évidence. Bien que les preuves et les statistiques dans ce domaine du cash soient rares, les faits plus que les émotions devraient guider le débat concernant l’avenir des espèces.

La demande d’euro en cash augmente. Les pièces et billets en circulation représentent 1 100 Mds€ au troisième trimestre 2016, trois fois plus qu’en 2003. La quantité d’espèces a augmenté plus vite que le PIB.

Dans le domaine des politiques monétaires, les espèces sonnantes et trébuchantes peuvent être un instrument décisif dans les mains de n’importe qui. Si les déposants retirent leurs dépôts bancaires à grande échelle, les institutions financières et les autorités monétaires seront acculées aux limites de leur pouvoir.

Supprimer les espèces n’éliminera pas l’argent du crime. Des modes de transfert alternatifs des fonds d’activités criminelles se substitueront au cash, bien qu’à des coûts supérieurs.

Les paiements migrent vers le numérique et les fraudes suivent. La Suède qui fonctionne désormais (presque) sans espèces voit les fraudes sur cartes augmenter. Cependant, la sécurité des transactions en espèces ou numérique est élevée en Europe.

Le cash confère une protection des données personnelles et par conséquent garantit des droits civiques dans le cas où une administration abuserait de son pouvoir. L’abolition des espèces peut se concevoir comme une tentative pour renforcer les contrôles des citoyens. La confiance dans l’autorité publique s’en trouverait érodée.

Cher lecteur, cette note émane de la plus grosse banque d’Europe, une banque trop-grosse-pour-faire-faillite dont le bilan représente plus 1 500 Mds€ (la moitié du PIB de l’Allemagne). Toutefois, la lucidité règne encore parmi certains de ses employés. Tout n’est donc pas pourri au royaume de la finance…

Relisez attentivement le dernier paragraphe : il est évident que les cybermonnaies constitueraient une parade dans le cas où la confiance dans l’autorité publique s’évaporerait.

Dans ce sens, les spéculateurs pourraient avoir raison. Les cybermonnaies deviendraient rares — puisque leur émission est volontairement limitée – et recherchées puisqu’il faudrait fuir la monnaie d’Etat et que le cash serait devenu illégal.

Cependant, ces cybermonnaies ne sont pas, en l’état, réservoir de valeur, à moins d’être un jour adossées à de l’or ou des métaux précieux. Il s’agit donc d’un pari osé.

Comme dirait Bill Bonner vous pouvez cependant acheter votre billet de loterie, un pari sur la déroute des autorités lors de la prochaine crise mérite de se prendre !

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Pour en faire partie, c’est par ici.

LES NOTES DE BILL BONNER
Bill Bonner

L’élite américaine ne s’est jamais mieux portée…

Pauvre David Brooks… Ce matin, avant d’entendre une bonne dose de baratin, nous avons été frappé par le sien.

La responsable de la Fed, Janet Yellen, devait prendre la parole devant la Commission des services financiers de la Chambre des représentants, au Capitole, à 10 heures du matin. En attendant, nous lisions un article de M. Brooks, dans le New York Times :

« Dernièrement, j’ai invité à déjeuner une amie qui n’a que le baccalauréat. J’ai commis l’indélicatesse de l’emmener dans une sandwicherie gastronomique. Soudain, j’ai vu son visage se pétrifier devant des noms de sandwichs tels que ‘Padrino’ et ‘Pomodoro’, et des ingrédients tels que la soppressata, le capicollo et la baguette striata.

Je lui ai rapidement demandé si elle souhaitait aller ailleurs et elle a acquiescé vivement. Nous avons mangé mexicain ».

Des impostures flatteuses

M. Brooks commente avec beaucoup de délicatesse à quel point il est délicat.

Il dit également n’importe quoi.

Il se plaint qu’il existe une énorme différence entre l’élite et le reste du monde, illustrée par le fossé existant entre « quelqu’un qui n’a que le baccalauréat » et lui-même.

Mais de quel genre d’éducation supérieure avez-vous besoin pour savoir ce que sont la soppressata et le capicollo ?

D’un diplôme en gastronomie italienne !

Et quel genre de personne, avec ou sans le bac, en a quelque chose à faire ?

C’est le problème, avec les codes sociaux : ils représentent surtout une perte de temps.

Quel que soit le niveau d’éducation, ce n’est probablement pas en mémorisant les ingrédients de tous les plats gastronomiques de Manhattan que l’on se sert le mieux de ses capacités cérébrales.

Il est par ailleurs inutile d’avoir un doctorat en psychologie pour s’apercevoir que M. Brooks a passé trop de temps à se contempler dans les chromes lustrés des comptoirs de sandwicheries. Il faudrait qu’il respire un peu d’air frais.

L’élite américaine ne s’est jamais mieux portée : elle a plus d’argent, de pouvoir et de standing que toute l’élite depuis l’époque romaine du IVe siècle, juste avant l’arrivée des Barbares.

Elle s’étudie dans le miroir en se demandant comment elle a fait pour être si brillante.

Naturellement, cela donne lieu à énormément d’impostures flatteuses. Nous sommes intelligents. Nous sommes meilleurs. Nous sommes la « nation indispensable », comme l’avait formulé Madeleine Albright. Nous sommes plus vertueux. Nous avons un meilleur sens de l’humour et une meilleure climatisation.

La réussite rend les gens vains. Ensuite, la vanité les rend stupides.

On détourne l’attention frénétiquement

Tous les étudiants s’initiant à l’économie apprennent que les marchés fonctionnent mieux que la planification centrale. Mais les économistes lauréats du Prix Nobel exigent que le prix du crédit – le plus important au sein de l’économie – soit fixé par un comité.

Parallèlement, les milliardaires demandent que l’on augmente les impôts… et donnent de l’argent aux oeuvres caritatives, en sachant parfaitement que cet argent a plus de chances de fructifier s’il est géré par des acteurs privés motivés par le profit.

Et puis il y a Donald J. Trump, milliardaire extraordinaire… capo di tutti capi.

Non seulement il est riche comme Crésus, mais il trône également dans le bureau le plus puissant et le plus prestigieux de l’élite.

M. Trump a compris que les électeurs en avaient assez des gens tels que M. Brooks, et de l’élite qu’ils représentent. Ils voulaient du changement. Et le voilà qui joue les mêmes tours que Clinton, Bush et Obama.

Il n’ôte à l’élite aucun de ses confortables privilèges. Il les échange simplement contre d’autres… Donald Trump bricole la fiscalité, tripatouille l’Obamacare : il détourne l’attention frénétiquement, enchainant les crises et les gaffes tout en faisant du surplace !

Mais l’élite intellectuelle – qui n’en finit pas de s’intéresser à elle-même – observe de plus près. Elle trouve quelque chose à redire. Puis elle trouve des solutions.

La destruction de l’Amérique

« Ils détestent nos libertés », a dit le président Bush, tentant en vain de comprendre pourquoi quelqu’un pouvait avoir une dent contre un peuple si merveilleux.

Au cours de ces quelques dernières années, on a énormément fait pour remédier à ce problème. Grâce essentiellement à des lois comme le Patriot Act, des lois permettant la confiscation des actifs sans condamnation, et la loi FATCA (qui exige le respect des obligations fiscales concernant les comptes étrangers), entre autres, les libertés américaines ont été grandement diminuées.

Mais il reste encore beaucoup à faire. L’empire vieillit et dégénère ; de nouvelles rides apparaissent sur le visage cette vilaine élite.

David Brooks, par exemple, pense que nous sommes en train « de détruire l’Amérique ».

« Au cours de la génération précédente, les membres de la catégorie sociale ayant fait des études supérieures sont devenus remarquablement doués pour s’assurer que leurs enfants conservent leur statut privilégié.

Ils sont également devenus horriblement doués pour s’assurer que les enfants des autres catégories sociales n’aient qu’une chance limitée de rejoindre leurs rangs ».

M. Brooks identifie les principales stratégies utilisées par l’élite pour que ses enfants demeurent parmi les gagnants. Elle élabore un « code comportemental », obtient des cours particuliers pour ses enfants, et des stages… et elle leur fait faire des voyages qui renforcent leurs CV.

Elle se sert également du gouvernement comme elle l’a toujours fait : pour exploiter le peuple.

Le zonage empêche les pauvres d’accéder aux bons quartiers et aux bonnes écoles.

Le système de l’école publique est également un outil permettant une ségrégation par l’argent. L’élite vit dans les bons quartiers qui possèdent de bonnes écoles. Ses enfants sont entourés d’autres bons élèves issus de bonnes familles… et ils intègrent de bonnes universités, pour accéder plus tard à de bons emplois.

M. Brook remarque que les contraintes de zonage renforcent les inégalités sociales et réduisent la croissance économique :

« Ces règles ont un effet dévastateur sur la croissance économique, dans tout le pays. Une étude réalisée par Chang-Tai Hsieh et Enrico Moretti, économistes, indique qu’aux Etats-Unis, les contraintes de zonage présentes dans les 220 principales régions métropolitaines du pays ont diminué de plus de 50% la croissance cumulée entre 1964 et 2009. Ces contraintes jouent également un rôle crucial dans l’augmentation des inégalités.

Une analyse de Jonathan Rothwell établit que si les villes les plus contraignantes s’alignaient sur celles qui le sont le moins, les inégalités entre les différents quartiers seraient divisées par deux ».

Là, nous progressons.

L’élite essaye toujours de protéger son statut et ses privilèges. Elle fait tout ce qu’elle peut pour s’en tirer impunément : que ce soit avec des lois et taxes somptuaires, un subtil langage codé ou des menus en langue étrangère. (Les Romains ont utilisé le grec comme langue de l’élite après la victoire de Sylla sur l’armée grecque, en 86 av. J-C.)

Si M. Brooks veut vraiment savoir ce qui sépare l’élite de tous les autres, nous lui suggérons de cesser de se contempler et de commencer à observer le système de l’argent falsifié.

Il a fait bien plus de dégâts que le zonage. Des dégâts que l’on ne peut réparer avec du Botox.

LES NOTES DE YANNICK COLLEU
Yannick Colleu

Comment en est-on arrivé là ?

Hier soir, en rangeant quelques papiers avant l’arrivée des peintres qui m’expulsent la semaine prochaine de mon bureau, j’ai remis la main sur la documentation que j’avais récoltée à la World Money Fair de Berlin en février dernier (à relire ici). L’occasion de la feuilleter une nouvelle fois, même si une grosse moitié est écrite dans la langue de Goethe que je ne maîtrise absolument pas. Heureusement il y a beaucoup d’images !

Mon regard s’est arrêté sur une image tout à fait surprenante accompagnée d’un chiffre tout aussi surprenant. Il s’agit du prix auquel a été adjugé un billet américain de 10 000 $ de 1934, soit 141 000 $ sous le marteau.

billet
Billet de 10 000 $ émis par la Federal Reserve en 1934
Source : Heritage Capital Corporation

Ma première réaction a été de me dire : « mazette ! Quelle drôle d’idée d’aller mettre une telle somme dans un bout de papier de 187 × 79 mm ». En outre, 10 000 $ de 1934 c’était une somme à l’époque. Mais aujourd’hui qu’en est-il ? Ce rectangle de papier a-t-il toujours cours légal ? Est-il bien raisonnable de payer aussi cher pour l’obtenir ?

Le papier-monnaie a été introduit dans la jeune république américaine en 1861

Au début de la guerre de Sécession, le gouvernement américain affrontant les Etats confédérés émettait des Demand Notes pour satisfaire ses besoins en monnaie. Ces billets pouvaient être utilisés dans la vie courante quand bien même ils n’avaient pas cours légal. Ils seront remplacés l’année suivante par des United States Notes émis par le Trésor fédéral qui auront ainsi le privilège d’être les premiers billets à recevoir le statut de moyen de paiement légal.

Seront ensuite émis des certificats or de 1865 à 1935 (gold certificates), des certificats argent (silver certificates) de 1878 à 1964 puis des National Bank Notes en 1863 et des Treasury Coin Notes à partir de 1890, et enfin des Federal Reserve Notesà partir de 1914, obligations émises par les banques du système de la Réserve fédérale (créé en 1913). Les billets tels que nous les connaissons aujourd’hui sont des Federal Reserve Notes.

Tous ces différents billets étaient émis pour des valeurs faciales diverses de 1 à 10 000 $.

Les grosses coupures, de 500 à 10 000 $, étaient principalement employées pour les règlements interbancaires. De nos jours, le billet de 100 $ Federal Reserve Notes reste la plus grosse coupure encore émise depuis que le Trésor et la Réserve fédérale ont annoncé conjointement l’arrêt des mises en circulation des coupures de 500 à 10 000 $ en 1969, et la destruction des coupures qui seraient présentées aux guichets des banques ou du Trésor.

Néanmoins, les grosses coupures de Federal Reserve Notes encore en circulation conservent leur cours légal à la valeur faciale d’émission.

10 000 $ de 1934 équivalent à 180 000 $ de 2017

J’en reviens à ce billet de 10 000 $ qui a attiré mon attention. Celui-ci est précisément un Federal Reserve Notes qui n’a pas été présenté et qui donc est toujours un moyen de paiement officiel pour une valeur de 10 000 $. Cependant, s’il était présenté à l’encaissement, le caissier offrirait au porteur de ce billet une liasse de 100 billets de 100 $ de 2017.

Or, depuis 1934, le malheureux dollar a subi bien des vicissitudes en matière de pouvoir d’achat. En effet, une actualisation par l’indice des prix à la consommation (CPI) du pouvoir d’achat de ces 10 000 $ de 1934 aboutit à un montant beaucoup plus élevé, soit 180 000 $ de 2017*. Si le propriétaire initial de ce billet avait ainsi trouvé un placement avec intérêt au taux de l’inflation pour ses 10 000 $, ce sont ces 180 000 $ qu’il aurait empochés en 2017.

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Source : Fed de St Louis

Et les certificats or ?

Ces certificats or ou argent permettaient à un particulier ou à une banque de réaliser des paiements par simple échange du certificat (payable au porteur) sans la contrainte du convoyage du précieux métal sur les routes plus ou moins bien sécurisées d’un vaste pays.

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Source : Wikipédia

Jusqu’en 1933, les dépôts d’or détenus par les banques du système de la Réserve Fédérale devaient a minima représenter 40% des émissions monétaires réalisées.

La Grande Guerre laisse en 1918 les belligérants européens totalement épuisés. Attribuer à la seule politique économique de Roosevelt la relance américaine après la crise de 1929 ne donne pas une image complète de la réalité. Dans les faits, les Etats-Unis sont sortis de la crise grâce à l’immense effort industriel que le pays a produit, d’abord pour répondre aux commandes des Britanniques et des Russes, puis pour répondre à leurs propres besoins dès 1942.

Pourtant, en 1933, la situation des Etats-Unis était plutôt morose. La confiance des marchés s’étiolait. Craignant une dévaluation du dollar, les détenteurs de papier-monnaie se faisaient de plus en plus nombreux aux guichets des banques pour échanger leurs billets contre des monnaies sonnantes et trébuchantes, voire des lingots d’or. De ce fait, la frontière des 40% de couverture des liquidités en circulation par l’or du Trésor américain approchait à grands pas.

Mise à mort de l’or mais pas des certificats or…

La décision prise par Roosevelt le 5 avril 1933 d’interdire la détention d’or sonna la fin de l’étalon-or aux Etats-Unis. Non seulement la détention d’or, sous la forme de lingots et de monnaies, fut alors interdite, mais la détention des certificats or aussi. Cette interdiction s’imposait à tous, y compris les banques commerciales et les banques du Système de la Réserve fédérale.

Etonnamment, ces certificats ont conservé leur statut de moyen de paiement légal. En outre, depuis le 24 avril 1964 posséder un tel certificat sur le territoire américain est de nouveau autorisé.
[NDLR : Des questions très précises sur l’or et l’argent physique ? Yannick Colleu est le rédacteur spécialisé dans ce domaine de la lettre Crise, Or & Opportunités. Il répond à toutes les questions de ses abonnés sur ces sujets et les conseille tous les mois sur les meilleures façons de vendre ou d’acquérir de l’or physique. Pour vous abonner à Crise, Or & Opportunités, c’est ici.]

Aussi, un certificat or est encore aujourd’hui un moyen de paiement accepté, mais néanmoins uniquement remboursable, à la valeur faciale du certificat, en Federal Reserve Notes.

Et la crédibilité des banques dans tout ça ?

Ayant remis au Trésor fédéral leur or, de quels actifs disposaient désormais les banques pour assurer leur crédibilité ?

La réponse sera apportée par le Congrès en janvier 1934, dans une modification à la loi régissant le fonctionnement du système de la Réserve fédérale, le Federal Reserve Act de 1913.

Désormais les Federal Reserve Notes deviennent des obligations du gouvernement des Etats-Unis, et non pas des obligations de la Réserve fédérale.

En échange des stocks d’or des banques du Système de la Réserve fédérale, le Trésor américain émet de nouveaux certificats or spécifiquement destinés à ces banques. Ces nouveaux certificats sont de très grosses valeurs faciales allant jusqu’à 100 000 $ destinés uniquement aux échanges interbancaires et non remboursables en or.

Certificat or, à usage interbancaire, type Woodrow Wilson de 100 000 $.
Source : Wikipédia

Leur valeur est non pas adossée à la valeur faciale du certificat mais à la quantité d’or réquisitionnée et valorisée au prix officiel du moment de l’once. Ainsi la Réserve fédérale fait-elle apparaître dans son bilan publié sur son site Internet la valorisation des certificats or au dernier prix officiel connu soit 42,22 $ l’once.

La Réserve fédérale valorise ainsi les certificats or, qui assurent la caution de ses émissions de monnaie, à 11 041 M $.

Avec le développement des télécommunications, et la mise en place des échanges électroniques interbancaires, ces certificats or ont été retirés progressivement.

Les Etats-Unis précurseurs

Les Etats-Unis sont d’abord passés d’une monnaie ou l’or et l’argent s’échangeaient, à une monnaie où l’or et l’argent existaient mais restaient confinés dans des coffres privés, des certificats s’y substituant.

Puis ils sont ensuite passés à une monnaie adossée à toutes les richesses monétaires tangibles réquisitionnées par le gouvernement,

Pour finir aujourd’hui avec une monnaie dont la valeur tient dans la seule confiance que le public place dans la parole du gouvernement, ce dernier cautionnant la solidité du dollar par ses propres émissions de dette.

Quel chemin parcouru !

*Valeurs du CPI : 13,39 en 1934 et 240,01 en 2016.

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