Gaullisme.fr:Macron réunit le Congrès de Versailles pour un simple discours de campagne par Ellen Salvi et Christophe Gueugneau

Macron réunit le Congrès de Versailles pour un simple discours de campagne

par Ellen Salvi et Christophe Gueugneau (Médiapart)

Emmanuel Macron lors de son discours devant le Parlement réuni en congrès, à Versailles, le 3 juillet 2017

Le Président a réuni en grande pompe les parlementaires pour fixer « le cap » de son mandat. Soit une heure et demie de discours sans autre annonce que la confirmation de ses promesses institutionnelles. Dehors à Versailles, et place de la République à Paris, communistes et insoumis ont manifesté.

Beaucoup de dorures, de solennité, d’effervescence. Et puis, rien. Lundi 3 juillet, face au gouvernement et aux parlementaires réunis à Versailles, Emmanuel Macron n’a rien livré de plus qu’un très long discours de campagne. Pendant une heure et demie, le président de la République n’a fait que répéter ce qu’il a déjà maintes et maintes fois énoncé, dans son livre Révolution (Éditions XO) d’abord, mais aussi dans tous les meetings et toutes les interviews qui ont ponctué la présidentielle. « En son article 18, la Constitution permet au Président de la République de prendre la parole devant le Parlement réuni à cet effet en congrès, a-t-il rappelé en guise de préambule. Il est des heures qui, de cette possibilité, font une nécessité. Les heures que nous vivons sont de celles-là. » Certes. Mais encore aurait-il fallu que le discours qui suive justifie une telle cérémonie.

Or, qu’il s’agisse de la réforme parlementaire, de l’Europe, ou de ce qu’il appelle « l’intelligence française », Emmanuel Macron n’a rien annoncé de nouveau. Sur le premier point par exemple, tout était déjà sur la table : la volonté de réduire d’un tiers le nombre de parlementaires, de limiter le cumul des mandats dans le temps, d’introduire une dose de proportionnelle… Au moins ne sont-elles plus des promesses de campagne, mais désormais des promesses de Congrès. « Je souhaite que la totalité des transformations […] soit parachevée d’ici un an et que l’on se garde des demi-mesures et des aménagements cosmétiques. Ces réformes seront soumises au vote du Parlement mais si cela est nécessaire, je recourrai au vote de nos concitoyens par voie de référendum », a-t-il précisé, reprenant une idée que son ancien garde des Sceaux, François Bayrou, avait déjà dévoilée début juin.

En adoptant un tel calendrier, le président de la République s’offre la possibilité de reprendre la main sur l’opinion publique d’ici quelques mois, après un automne social qui s’annonce tendu. Avec une réforme réclamée depuis plusieurs années, et qui nécessitera un redécoupage électoral, il peut également espérer tenir les élus locaux, qui viendront négocier les contours de leurs circonscriptions.

Outre l’annonce de ce délai, aucun nouveau détail calendaire n’a été donné. Y compris sur l’état d’urgence, malgré les alertes « Emmanuel Macron annonce que l’état d’urgence sera levé à l’automne » apparues sur les téléphones portables en plein discours. Car là encore, Emmanuel Macron n’a en réalité rien annoncé du tout. On sait depuis fin mai que le gouvernement soumettra en juillet au Parlement un projet de loi de prorogation de ce régime d’exception jusqu’au 1er novembre, assorti d’un autre texte destiné à placer dans le droit commun les mesures exceptionnelles qu’il permet.

Le président de la République est également revenu sur la loi visant à rétablir la confiance dans l’action publique, dont la discussion commencera au Sénat le 10 juillet. Il veut, assure-t-il, s’attaquer à « l’opacité », au « clientélisme » et aux « conflits d’intérêts ». Bref, à « tout ce qui relève de la corruption ordinaire, presque impalpable ». Mais dans le même temps, il ajoute un curieux avertissement qui résonne à l’oreille des journalistes, à qui le gouvernement, par la voix de son porte-parole Christophe Castaner, a déjà demandé de « ne pas chercher à affaiblir » la ministre du travail, Muriel Pénicaud, avec l’affaire Business France. « La loi du gouvernement sera votée, je n’en doute pas. Mais après qu’elle l’aura été, j’appelle à la retenue, à en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol [sic] permanent de la présomption d’innocence, avec cette chasse à l’homme où parfois les réputations sont détruites, a prévenu Emmanuel Macron. Cette frénésie est indigne de nous et des principes de la République. »

Sur la forme, le discours du président de la République n’avait, là encore, rien à envier à ses meetings de campagne. À plusieurs reprises, Emmanuel Macron a dérivé dans des envolées aux accents graves, mais à l’expression décousue. Tant et si bien que le fameux « cap » qu’il souhaitait donner à son mandat, en s’exprimant devant le Congrès ce lundi après-midi, est resté embrumé par des formulations absconses telles que « La réalité est plurielle, la vie est plurielle ». Citer Fernand Braudel et Georges Bataille n’aura pas suffi à donner un peu de souffle à un discours boursouflé de lieux communs. « Interminable pluie de truismes à Versailles », a commenté Jean-Luc Mélenchon sur Facebook. « Creux, pompeux, ennuyeux… », a également tweeté Éric Ciotti.

Sans surprise, les élus de la majorité ont en revanche été conquis par les mots de leur chef naturel, celui à qui ils doivent tout, à commencer par leur élection. Ils l’ont même applaudi à deux reprises pendant le discours, sans que l’on comprenne exactement les raisons de cet emballement soudain. Critiqué depuis plusieurs jours sur sa décision de s’exprimer à la veille du discours de politique générale de son premier ministre, Emmanuel Macron a assuré qu’il ne s’agissait pas pour lui « de décliner l’action du gouvernement, comme certains se plaisent à le craindre ou à le souhaiter ». Dans les faits, celui qui risquait d’affaiblir Édouard Philippe lui a finalement offert un boulevard pour sa prise de parole, mardi, à l’Assemblée nationale.

Du côté des députés communistes et des députés insoumis, l’heure était à la révolte et au boycott. Avant le discours présidentiel, une quinzaine de députés communistes se sont retrouvés devant la mairie de Versailles. Environ 150 personnes étaient sur place. Pierre Laurent, secrétaire général du PCF, a indiqué être « ici pour protester contre la décision du président de la République d’accélérer la présidentialisation du régime ». Pas un seul Insoumis n’était présent à cette manifestation.

Il a fallu attendre 18 heures pour retrouver les nouveaux députés du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, à Paris cette fois, place de la République. Environ un millier de personnes étaient rassemblées sous le soleil. Les députés insoumis sont arrivés en groupe et certains d’entre eux ont pris la parole devant une foule conquise qui criait bien souvent « Résistance, Résistance ».

Ainsi Caroline Fiat, députée de Meurthe-et-Moselle, a-t-elle repris la formule d’Emmanuel Macron, qui a parlé récemment des « gens qui ne sont rien »« Nous les riens, on va faire du bruit et lui montrer que plein de petits riens, ça fait beaucoup », a déclaré Caroline Fiat sous les applaudissements. Son collègue de La Réunion, Jean-Hugues Ratenon, a poursuivi en parlant de « propos indignes d’un président »« Je dis à Emmanuel Macron, je suis tout et nous allons résister », a-t-il grondé sous les vivats, estimant que le président voulait « instaurer en France un apartheid social ».

Adrien Quatennens (Nord) a quant à lui brandi le code du travail. « Nous allons avoir cet été une tâche essentielle », a-t-il indiqué à la tribune. Interrogé plus tôt par Mediapart, il avait expliqué n’avoir pas écouté le discours d’Emmanuel Macron parce qu’il travaillait, avec ses collègues, à la rédaction des amendements qu’ils comptent déposer sur le projet de loi d’habilitation permettant au gouvernement de légiférer par ordonnances pour réformer le code du travail. Le groupe insoumis a déposé 132 amendements sur les 200 qui seront examinés en commission, a indiqué Adrien Quatennens. « On va essayer de restreindre le périmètre d’action du gouvernement », a-t-il expliqué. Ajoutant : « Les Français vont découvrir que l’ordre du droit social a été modifié pendant leurs vacances, à nous de leur ouvrir les yeux. »

À la tribune, Danièle Obono (Paris) a quant à elle dénoncé la volonté d’Emmanuel Macron de porter l’état d’urgence dans le droit commun, tout en annonçant plus tôt devant le Congrès qu’il comptait l’abroger à l’automne. « Au final, nous n’aurons ni la sécurité ni la liberté », a conclu la députée, paraphrasant la fameuse formule de Benjamin Franklin.

Jean-Luc Mélenchon a conclu. Il a dénoncé trois « coups de force » menés par le président. D’abord en prenant la parole devant le Congrès alors que son premier ministre n’a pas même encore reçu la confiance du Parlement, ensuite avec son projet d’ordonnances sur le droit du travail, enfin avec son projet sur l’état d’urgence. Devant quelques drapeaux bleu, blanc, rouge frappés en leur centre du Phi, symbole de La France insoumise, le député de Marseille a par ailleurs dénoncé le projet Macron de réduire le nombre de députés. « Vous n’avez pas trop de députés, vous n’en avez pas assez », a-t-il lancé à la foule.

« Les amis, on se reverra, a enfin déclaré Jean-Luc Mélenchon. Le 12 juillet, nous nous retrouverons dans la rue, ici même place de la République. » La date ne doit rien au hasard, c’est ce jour-là que le projet d’habilitation devrait être voté par l’Assemblée nationale.

Le président de la République peut s’adresser aux parlementaires depuis la réforme constitutionnelle de 2008. Nicolas Sarkozy avait utilisé cette disposition en juin 2009 pour annoncer le lancement d’un emprunt national et une loi interdisant le port du voile intégral. François Hollande s’était à son tour présenté face au Congrès de Versailles deux jours après les attentats de novembre 2015 pour détailler une série de mesures visant à renforcer la lutte contre le terrorisme, parmi lesquelles la fameuse déchéance de nationalité, finalement abandonnée.

Emmanuel Macron, lui, s’est offert ce luxe pour rien, sinon pour éviter l’ordinaire interview du 14 Juillet qui ne conviendrait pas, aux dires de son entourage, au développement de sa « pensée complexe »« Tous les ans, je reviendrai devant vous pour vous rendre compte », a-t-il également précisé. Là encore, aucune annonce puisqu’il avait déjà, durant sa campagne, fait part de sa volonté de réitérer l’exercice chaque année, à la façon du « discours sur l’état de l’Union » que le président américain prononce tous les ans devant le Congrès. Un exercice dont les dépenses occasionnées sont estimées par l’entourage du président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, à environ 200 000 euros par an.

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