Les clés du Moyen-Orient: la lecture dans la méthode et le contenu des Badāʼiʽ al-zuhūr fī waqāʼiʽ al-duhūr d’Ibn Iyās (du début de l’année 923 hégire à la fin de l’année 928 hégire) Par Ahmad Al Amer

Une lecture dans la méthode et le contenu des Badāʼiʽ al-zuhūr fī waqāʼiʽ al-duhūr d’Ibn Iyās (du début de l’année 923 hégire à la fin de l’année 928 hégire)
Article publié le 26/06/2017

Par Ahmad Al Amer

Cet article sera consacré à l’étude de six années de la chronique des Badāʼiʽ al-zuhūr fī waqāʼiʽ al-duhūr d’Ibn Iyās (1). Cette partie de l’histoire est l’une des plus importantes qu’Ibn Iyās a écrite et ce pour deux raisons. La première est qu’Ibn Iyās est pratiquement le seul historien ayant écrit sur cette période au jour le jour. La deuxième est qu’il a été témoin oculaire de cette période (2) qui fut le début du règne ottoman en Egypte après la bataille al-raydaniyya en 922/ 1517 mettant fin au règne mamelouk. C’est ainsi que nous allons présenter une analyse plus détaillée des faits historiques de cette période importante.

Les événements de l’année 923 hégire

Au début de l’année 923 hégire, Salīm Šāh a interdit toute action de pillage et a tué tout émir ou mamelouk qui se trouvait sur son chemin. Il en a ainsi tué presque quatre mille. Alors Awlād an-nās, les fils des émirs et les sultans ont porté des turbans « al-ʽamāʼim » pour dissimuler leur vraie identité. Salīm Šāh a aussi fait des offrandes « ḫilaʽ » pour le calife et les notables. A ce stade, Ibn Iyās présente une courte biographie de Salīm Šāh Ibn ʽUṯmān. Il est, selon lui, le quarante huitième descendant des sultans d’Egypte et le troisième des rois Romains en Egypte après aẓ-Ẓāhir Ḫašqadam et aẓ-Ẓāhir Tamur buġā. Ibn Iyās change de sujet et parle des combats entre Ṭūmān Bāy et les Ottomans, d’où il est sorti vaincu. Il attribue cette défaite au fait que seulement une minorité des sultans mamelouks a combattu aux côtés de Ṭūmān Bāy tandis que les autres, de peur d’être tués, ont trouvé refuge dans les étables et également parce que les combats se déplaçaient d’un lieu à l’autre dans la ville du Caire. Le plus étonnant est que le sermon du vendredi fût donné au nom de Ṭūmān Bāy, qui a continué à se battre du mercredi au samedi muḥarram. La fatigue et la défaite se voyaient sur son visage. Ibn Iyās le décrit comme quelqu’un qui « n’avait pas de chance et tout ce qu’il entreprenait n’aboutissait pas vers une fin heureuse. C’était la quatrième fois que les soldats d’Egypte perdaient la guerre contre Ibn ʽUṯmān ». (kāna qalīl al-ḥaẓ ġayr masʽūd al-ḥarakāt fī afʽālih wa hāḏih rābiʽ kasra waqaʽat li-ʽaskar Miṣr maʽa ibn ʽUṯmān). Ṭūmān Bāy s’est enfui. Cela a été décrit par Ibn Iyās comme étant une effroyable catastrophe dont personne n’a jamais entendu parler auparavant « al-muṣība al-ʽuẓmā allatī lam yusmaʽ bi-miṯlihā fī mā taqaddama min az-zamān ». De nombreux crimes se sont alors enregistrés dans la ville du Caire. On tuait tous les Mamelouks qu’on trouvait. On a mis le feu à la mosquée Šīḫū. Selon Ibn Iyās, cette guerre ressemblait à celle de Buḫt Naṣṣar al-Bābilī et aux actes criminels d’Hūlākū à Baġdād. Durant ces événements, toutes les décisions de l’Etat étaient du ressort du calife. C’est Salīm Šāh qui accordait, dorénavant, la sécurité non seulement aux émirs mais aussi à Ǧānburdī al-Ġazālī. A ce sujet, Ibn Iyās déclare que Salīm Šāh promettait la sécurité aux émirs mais il les trahissait juste après.

Il a, par ailleurs, pris d’autres initiatives. Il a nommé certains de ses émirs des députés sur certaines régions, il a arrêté la publication des tracts qui permettaient à Awlād an-nās de posséder féodalement des domaines et des terres, ce qui a déclenché leur colère. Il a, pour la première fois, exilé un bon nombre de émirs et de notables à Istanbul et nommé Ibn ʽUṯmān juge ottoman pour l’application de la justice afin d’assurer les droits de la population. Cependant, la confusion a tellement régné sur les décisions de justice que les gens ont, par conséquent, perdu leurs droits. Ibn Iyās a décrit ce dernier comme étant plus stupide qu’une bourrique qui ignorait tout sur le droit musulman « aǧhal min ḥimār wa laysa yadrī šayʼan min al-aḥkām aš-šarʽiyya ». A la suite de ces événements, Ṭūmān Bāy a proposé au sultan de se réconcilier, mais en vain. Ibn Iyās décrit la pénurie d’eau dont a souffert le peuple, à cette époque, à la suite de l’absence des porteurs d’eau « as-saqāʼīn ».

Salīm Šāh a assassiné certains prisonniers parmi les émirs mamelouks après leur avoir accordé sa protection. Ibn Iyās décrit la dernière bataille entre ce dernier et Ṭūmān Bāy comme étant « l’une des batailles dont on n’a jamais entendu parler. Elle était plus grande que celle d’Ar-raydāniyya » (min al-waqāʼiʽ allatī lam yusmaʽ bi-miṯlihā aʽẓam min al-waqʽa allatī kānat bi r-raydāniyya), et a été la cinquième défaite de l’armée d’Egypte. Ṭūmān Bāy n’avait pas de chance dans tout ce qu’il entreprenait. Salīm Šāh fait battre immédiatement une nouvelle monnaie portant son nom après s’être débarrassé de Ṭūmān Bāy qui, trahi par Ḥasan Ibn Murʽī, a été livré à Ibn ʽUṯmān et pendu par la suite. Il désigne également Yūnis Bāšā son adjoint en Egypte « nāʼib lahu fī Miṣr ». Selon Ibn Iyās, à cette période des événements tragiques « al-ḥawādiṯ al-mahūla » se sont produits. Le sultan Salīm Šāh a capturé des notables d’Egypte pour les exiler ensuite dans son pays Istanbul, et ce fait a été qualifié d’épouvantable par Ibn Iyās. Selon lui, le peuple d’Egypte n’a jamais vécu auparavant de conditions aussi abominables que celles-ci. Ibn Iyās considère ainsi l’invasion des Ottomans en Egypte et les malheurs qu’a vécu son peuple comme une rude épreuve après la conquête de ce pays par ʽAmr Ibn al-ʽĀṣ. Salīm Šāh a obligé le calife à quitter Le Caire pour s’installer à Istanbul. Ainsi, le règne (al-ḫilāfa) est automatiquement transféré d’Egypte à Istanbul. Depuis, Ibn Iyās ne cesse d’observer le comportement et les agissements de Salīm Šāh. Les Ottomans ont mis un terme à certaines coutumes mameloukes, telles les offrandes « al-ḫulaʽ » durant les fêtes de la naissance du Prophète, la sortie du sultan pour s’asseoir sur l’estrade « ad-dikka » et les festivités à l’occasion de l’ouverture du canal. Ibn Iyās montre clairement son chagrin à l’égard de ces abolitions. Il a été tellement affligé par ces événements qu’il a composé un poème reflétant pleinement son chagrin et sa tristesse. Plus encore, Salīm Šāh a arrêté à peu près vingt quatre personnes qui, pensait-il, préméditaient son assassinat, et a ordonné qu’on les pende dans des lieux différents.

Une nouvelle étape commence par la désignation de Ḫāyir Bik au poste de vice-sultan « niyābat as-salṭana » au lieu de Yūnis Bāšā et celle de Zaynī Barakāt aux postes de Gestionnaire du sultanat « mudabbir al-mamlaka », Superviseur de la Comptabilité « nāẓir al-ḥisba » ainsi qu’à d’autres fonctions. Le sultanat d’Egypte a changé de statut et est devenu une délégation « niyāba ». Salīm Šāh est parti du pays. Ibn Iyās poursuit, à l’accoutumée, les nouvelles de Ḫāyir Bik et de Salīm Šāh au bilad aš-Šām et les événements qui s’y sont produits quand ce dernier s’y trouvait. A cette même époque, l’Egypte a connu une instabilité en raison des troubles et des émeutes qui ont opposé les Mamelouks, les Ottomans et les Bédouins, qui sont devenus plus forts et plus résistants. Les nouvelles justes se sont mêlées aux fausses, les gens ne faisaient plus de distinction entre ce qui était vrai et ce qui était faux, ou de simples rumeurs. Ibn Iyās déclare à ce propos « on ne distinguait plus dans les nouvelles ce qui n’était qu’un mensonge de ce qui était vrai » (wa ṣāra la yuʽraf al-kaḏib min aṣ-ṣidq fī ṣiḥḥat al-aḫbār). Il est nostalgique des anciennes coutumes de l’Etat mamelouk et déplore leur disparition sous le règne de Salīm Šāh et son représentant Ḫāyir Bik. Il écrit ainsi : « de nombreux éléments qui faisaient partie du slogan du sultanat ont été abolis » (baṭala ašyāʼ kaṯīra min šiʽār al-mamlaka) ; « Ce système majestueux qu’a connu l’Egypte a été éliminé comme s’il n’a jamais existé » (wa zāla ḏāka an-niẓām al-ʽaẓīm min Miṣr kaʼannahu lam yakun). Il a aussi montré un grand intérêt pour les exilés à Istanbul et a cité la liste de ceux qui ont été envoyés à Constantinople à la fin de l’année.

Les événements de l’année 924 hégire

La majorité des informations d’Ibn Iyās concernant cette année se basait sur des rumeurs que le temps seul pouvait confirmer ou démentir (une rumeur disait « ušīʽa »). Est-ce que cela est un indice du changement dans la position d’Ibn Iyās au sein de la société à tel point qu’il ne peut compter que sur des gens ordinaires pour collecter les informations ? Dans ce contexte, il rapporte que « la plupart des gens d’Egypte inventent des mensonges qu’ils font circuler parmi la population. Ils réfutent ensuite ce qu’ils ont inventé, le rejettent et créent d’autres histoires loin de toute vérité » (faṣāra ġālib ahl Miṣr fī hāḏih al-ayyām yaḫtaliqūna al-kalāma al-kaḏib wa yušīʽūnahu bayna an-nās bimā yaḫtārūnahu ṯumma yubṭilūna ḏālika al-kalām wa yanquḍūnahu wa yaʼtūna bi kalām ġayrih wa l-kul laysa lahu ṣiḥḥa wa huwa min ǧumlat al-kaḏib al-muḫtalaq). Ibn Iyās laisse apparaître, à chaque fois que l’occasion se présente, sa tristesse et sa nostalgie pour les jours passés « je regrette ces jours comme s’ils étaient des rêves » (fa-yā ʼasafī ʽalā tilk al-ayyām kaʼannahā kānat manāmāt).

Ibn Iyās était troublé par la présence de Ḫāyir Bik et ses actes d’injustice envers la population. Il était constamment soûl. A ce propos, Ibn Iyās relate « le prince des émirs s’empressait de tuer des gens. Il a fait pendre et torturer, injustement, d’innombrables gens par les moyens les plus atroces. La plupart des gens étaient tués sans avoir rien commis. Le prince des émirs (malik al-ʼumarāʼ) était sévèrement cruel et dur » (wa kāna malik al-ʼumarāʼ ʽaǧūlan fī amr al-qatl wa qad šanaqa wa ḫawzaqa wa wassaṭa fī ayyām wilāyatihi ʽalā Miṣr mā lā yuḥṣā ʽadaduhum min an-nās wa l-ġālib rāḥa ẓulman min ġayr ḏanb wa kāna malik al-ʼumarāʼ šadīd al-qaswa ṣalban fi-l-ʼumūr ǧiddan).

Ibn Iyās porte ensuite son attention sur plusieurs autres événements :
- les différends entre les Mamelouks, les Inkišāriyya et les Aṣbahāniyya,
- les litiges avec les bédouins, qui ont prévalu à cette époque,
- les congratulations présentées par les Grands cadis à l’occasion du nouveau mois sont devenues presque une coutume au début de chaque mois,
- la baisse du nombre des décès à cette époque,
- les prix et la souffrance endurée par le peuple,
- nous notons un grand nombre d’expressions dialectales prises de certaines personnalités. Il paraît que la mémoire d’Ibn Iyās ne lui était plus d’une grande aide. Il faisait souvent référence à l’expression « je ne me rappelle plus de leurs noms à ce moment » (lam yahḍurnī asmāʼuhum al-ʼān) dans ses informations,
- le suivi des informations concernant l’arrivée de Salīm Šāh à Istanbul puis son installation à Adarna et ses interférences avec Ismāʽīl Aṣṣūfī.

Les événements de l’année 925

- Ibn Iyās s’intéresse énormément aux informations concernant les envoyés du sultan Selim et l’accueil chaleureux que leur réservait Ḫāyir Bik,
- les émeutes entre les Janissaires et les Sipahis Aṣbahāniyya,
- les attaques et les actes de sabotage « iʽtidāʼāt wa taḫrīb » commis par al-Inkišāriyya, al-Iṣbahāniyya et al-Kumūliyya.
- en bref, dorénavant les informations portaient essentiellement sur la pendaison d’un tel, l’exposition de la couverture d’al-Kaʽba, le tour des pèlerins à travers les quartiers de la ville « dawarān al-maḥmal », l’accueil d’un ambassadeur « istiqbāl qāṣid », les émeutes des Ottomans (entre les Inkišāriyya et les Iṣbahāniyya), les différents états du Nil, la hausse des prix, les congratulations du mois, la citation de certains décès, la prière d’un Aïd, les émeutes des bédouins et certaines processions.
- les problèmes entre Ǧān Burdī et Ḫāyir Bik.

Les événements de l’année 926 hégire

- une nouvelle réflexion politique émerge chez Ibn Iyās quand il déclare que « Assassiner un groupe des Arabes as-Sawālim était l’une des causes majeures de la détérioration de l’état du sultanat. S’ils les avaient laissés en vie et en avaient fait des prisonniers, ça aurait été plus raisonnable et ça aurait fait éviter ces émeutes. Mais ils se sont empressés de les tuer » (kānat ḥarakat hāḏih al-ǧamāʽa allaḏīna qutilū min ʽarab as-sawālim min akbar asbāb al-fasād fī aḥwāl al-mamlaka wa annahum law abqūhum ʽalā qayd al-ḥayā wa saǧanūhum lakāna ḏālik ʽayn aṣ-ṣawāb wa arǧā li-ḫumūd hāḏih al-fitan wa lākin ʽaǧǧalū bi qatlihim).

L’événement, donc, de cette année était l’émeute qui s’est produite entre Ḫāyir Bik et les Arabes as-Sawālim.

Le reste des événements portait sur :
- la citation d’une nouvelle en provenance de Tunisie,
- une autre nouvelle de Bilād al-Maġrib,
- l’évasion de certains Egyptiens d’Istanbul,
- la circoncision du fils d’un des cadis,
- l’attaque et l’occupation de Beyrouth par les Francs pendant une durée de trois jours, après laquelle Ǧān Burdī a envoyé une armée qui a chassé l’ennemi et décroché un gros butin. Mais reste l’événement le plus grand et étrange aux yeux d’Ibn Iyās : la mort de Salīm Šāh. Les derniers événements de cette année portaient sur la prise du pouvoir par Ǧān Burdī al-Ġazālī au Šām. Mais aucune confirmation n’a été faite par Ibn Iyās qui s’est contenté de relever les rumeurs circulant à ce sujet.

Les événements de l’année 927 hégire

Cette année a été marquée par :
- le Décret du sultan par lequel il prolongeait la durée de service de Ḫāyir Bik au poste de vice-sultan,
- la bataille qui a opposé le sultan Sulaymān à al-Ġazālī et l’évasion de ce dernier à Ḥamā. Il a été arrêté au Qābūn à Damas puis assassiné et décapité.

Quant au reste des nouvelles, il évoque
- des décès,
- le retour d’un certain nombre d’exilés d’Istanbul,
- l’arrivée d’un messager envoyé par Sulaymān et son accueil par Ḫāyir Bik,
- l’assassinat des uns et le châtiment des autres,
- des congratulations du mois,
- des campagnes contre les Bédouins,
- des nouvelles en provenance du Šām et d’Istanbul portant sur des batailles contre les Bédouins ou les Francs,
- la distribution des salaires ou bourses « aǧ-ǧamākiyyāt » mensuelles aux Mamelouks,
- l’embellissement du Caire à l’occasion des victoires de Sulaymān sur les Francs,

Toutes les décisions et tous les décrets émis par le sultan Sulaymān étaient accueillis avec allégeance et rapidement exécutés.

Les événements de l’année 928 hégire

Les événements de la dernière année citée dans al-Badāʼiʽ peuvent être résumés ainsi :
- des comparaisons apparaissent entre des incidents actuels et des événements passés,
- des šuyūḫ et des notables étaient tournés en ridicule,
- Ibn Iyās s’est intéressé aux honoraires imposés sur les actes de mariage et d’autres contrats,
- durant le mois de šaʽbān en 928 hégire, Ibn Iyās continue de citer la nouvelle concernant les Juges des Juges qui, à cette époque, étaient déjà destitués de leurs postes. Il disait « les cadis n’ont pas présenté leurs vœux parce qu’ils étaient démis de leurs fonctions » (lam yaṭlaʽ al-quḍa li-t-tahinʼa liʼannahum kānū maʽzūlīn),
- Ibn Iyās a cité le cas des Egyptiens qui ont souffert à cause du cadi de l’Armée « qāḍī al-ʽaskar »,
- des nouvelles concernant le désaccord entre les cadis au sujet d’un jugement judiciaire « ḥukm šarʽī »,
- le siège de l’île Rhodes par le sultan Sulaymān en vue de la soumettre à sa domination,
- la maladie de Ḫāyir Bik, le prince des émirs, et sa mort. Ibn Iyās écrit à ce sujet « ses jours se sont écoulés entièrement dans la cruauté et l’injustice. Il était un sultan magnifié et majestueux, compétent dans ses fonctions. Il était bien informé sur les conditions de vie de son peuple. Dans le cas où les griefs et les injustices, précédemment cités, ne se seraient pas produits, il aurait été le meilleur de ceux qui ont gouverné l’Egypte » (kānat ayyāmuhu kulluhā ẓulm wa ǧūr wa kāna malikan ǧalīlan muʽaẓẓam kufuʼan li-s-salṭana ʽārifan bi-ʼaḥwāl al-mamlaka wa law lā mā ḥaṣala fī ayyāmihi min al-maẓālim wa-l-ḥawādiṯ al-muqaddam ḏikruhā lakāna ḫiyār man wulliya ʽalā Miṣr). Ibn Iyās évoque de même plusieurs défauts de ce même personnage dont il a fait l’éloge auparavant.
- la prise des fonctions de vice-sultan par Sinān Bāšā, que le sultan Sulaymān a remplacé juste après par Muṣṭafā Bāšā. Ce dernier a immédiatement annulé l’effet du système de la forteresse et appliqué la loi ottomane qui, selon Ibn Iyās, était la plus désastreuse « ašʼam qānūn ».

Conclusion

Il est clair qu’Ibn Iyās n’a pas voulu développer toute l’histoire de l’Egypte, contrairement à ce qu’il a fait pour la dernière partie de son ouvrage. Il écrit brièvement sur la conquête islamique et les pays musulmans, alors qu’il disserte, plus ou moins, quand il traite l’histoire du premier Etat des Mamelouks. Plus encore, il expose avec plus de détails, dans un registre quotidien, les événements depuis le 9ème siècle hégire, à la fin duquel il a vécu. Il développe ainsi plus ce qu’il a vu, entendu et vécu. Mais, il déploie la majeure partie de ses efforts à écrire les deux plus gros volumes de son œuvre autour des événements qui se sont déroulés durant, avant et après la conquête ottomane. Dans cette même partie où les efforts d’Ibn Iyās sont nets pour enregistrer les événements de son époque et plus particulièrement ceux de la conquête ottomane, nous découvrons un document unique qui complète la série des documents successifs légués par Maqrīzī, Ibn Taġrī Burdī et ensuite Saḫāwī. Chacun d’eux a écrit sur sa période respective. Ainsi, nous disposons d’un témoignage oculaire sous forme de rapport sur tout un siècle de l’histoire de l’Egypte. Ce fut une étape importante qui marqua une ligne de séparation entre une Egypte victorieuse indépendante et une Egypte vaincue, soumise, réduite à l’esclavage.

Notes :
(1) Ibn Iyās, Badāʼiʽ al-zuhūr fī waqāʼiʽ al-duhūr, éd. Muḥammad Muṣṭafā, Le Caire : al-Hayʼa al-miṣriyya al-ʽāmma li-l-kitāb, 5 tomes.
(2) AL AMER, Ahmad, Matériaux, mentalités et usage des sources chez Ibn Iyās. Mise au point du discours historique dans les Badāʼiʽ al-zuhūr fī waqāʼiʽ al-duhūr, préfacé par Jean-Claude Garcin, Éditions Universitaires Européennes, Allemagne, 528 p. p. 375-429.

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