Polemia«: Le Martyre des chrétiens d’Orient » de Frédéric Pons

« Le Martyre des chrétiens d’Orient » de Frédéric Pons

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Pierre Lours, essayiste et romancier

♦ Le Martyre des chrétiens d’Orient est un témoignage vital pour la survie de notre civilisation. Il serait irresponsable de ne pas prendre en compte le sacrifice de ces chrétiens qui donnent leur vie pour le Dieu qu’ils aiment et pour des valeurs qui sont le fondement de notre civilisation menacée par le terrorisme islamiste.


Joséphine, 23 ans, chrétienne, a vécu en septembre 2013 l’arrivée des djihadistes à Maaloula, ville symbole du martyre chrétien en Syrie, située à une vingtaine de kilomètres du Liban. On y parle encore l’araméen, la langue du Christ.

Tout commence par des bombes, l’explosion d’une voiture piégée, des gens fusillés comme Sarkis et deux de ses amis qui sont sommés de se convertir : ils refusent d’abjurer et sont assassinés sur-le-champ. Les islamistes se répandent dans la ville avec des habitants musulmans qui les aident à marquer les maisons des kouffars, « ceux qui adorent le bois de la Croix ». Les islamistes tuent, pillent, détruisent sous le regard impassible des villageois musulmans. Le macabre scénario sera toujours le même pendant les 14 et 6 ans de guerre en Irak et en Syrie.

Frédéric Pons, journaliste et colonel de réserve, a recueilli et analysé minutieusement des faits répétés et vérifiés, fruits de nombreux reportages en Orient comme en Europe où il a rencontré les survivants de ce génocide.

Dans ce livre noir de la persécution antichrétienne, les chrétiens représentent les trois-quarts des persécutions religieuses dans le monde, Frédéric Pons leur donne la parole : « Les chrétiens de Syrie et d’Irak témoignent et racontent les violences, l’exode, l’attente. Ils parlent de leurs souffrances, de leurs doutes, de leurs désillusions, de leurs espoirs. Ils évoquent l’aveuglement ou la complaisance (…) de l’Occident. Ils témoignent de leur foi intacte, de leur détermination dans l’adversité. »

« Les rapts et la mise en esclavage des femmes enlevées sont méthodiquement organisés, comme ils l’étaient aux origines de l’islam. » Ainsi Ayda, 3 ans, est enlevée à sa mère alors qu’elle l’allaitait et donnée à un homme de 60 ans sous les yeux de ses parents menacés par une kalachnikov. L’auteur cite le magazine de l’Etat Islamique, Dabiq : « Chacun doit se rappeler que réduire en esclavage les familles kouffars (les “polythéistes chrétiens” ou Yézidies) et prendre leurs femmes comme leurs concubines est un aspect fermement établi de la charia, et qu’en les niant et en les moquant, on nierait et on moquerait les versets du Coran ».

Ainsi, à la prison de Badoush à Mossoul (novembre 2016), 700 esclaves chrétiennes et yézidies sont réparties dans des cellules en fonction de la couleur de leurs yeux. La note de service de L’Etat Islamique n° 178 donne un barème des prix : 60 dollars pour une femme, 200 dollars pour une fillette de 1 à 9 ans. Il est précisé que : « aucun consommateur n’est autorisé à acheter plus de 3 marchandises, excepté les étrangers comme les Turcs, les Syriens et les ressortissants des pays du Golfe ».

***

Comment en est-on arrivé là ? Dans un long et intéressant avant-propos, Frédéric Pons rappelle l’essentiel de l’histoire.

Les USA, avec des moyens différents mis en œuvre par Bush et Obama, veulent morceler le Moyen-Orient pour assurer leur domination sous couvert d’installer la démocratie. Sarkozy-Juppé comme Hollande-Fabius, aveuglés par les USA et des intérêts financiers et commerciaux représentés notamment par l’Arabie et le Qatar, suivent docilement et soutiennent les sunnites contre les chiites, comme le font des gouvernements et associations islamistes d’Arabie, du Qatar et de Turquie. C’est ainsi que Fabius parlera du bon travail effectué en Syrie par l’organisation terroriste islamiste Al Nosra.

Tombera donc le régime irakien de Saddam Hussein laissant la place à un affrontement entre chiites et sunnites et aux horreurs de l’Etat Islamiste. Quant à la Syrie, la guerre civile détruira une large part du pays sans parvenir à chasser le régime d’Assad. Les chrétiens qui vivaient en paix sous ces deux chefs d’Etat autoritaires payèrent le prix fort de leur chute ou de leur affaiblissement.

Pour Patrick Karam, président de la coordination des Chrétiens d’Orient en danger, « les chrétiens d’Orient assurent en quelque sorte la ligne de défense de l’Occident. Plus l’Orient s’enfonce dans la terreur, plus l’Occident subira les conséquences ».

Monseigneur Rabban al Qas, évêque de Dohuk, ville au carrefour de l’Irak, de la Turquie et de la Syrie, prévient : « Les islamistes veulent détruire nos églises, nos maisons, nos écoles pour tuer le passé, gommer notre histoire, empêcher la transmission.(…) [En Europe] « ils bâtissent leur nid. Vous perdrez vos racines. La tolérance et le relativisme vous aveuglent. »

Et Ibrahim, chef du camp de réfugiées d’Ashti, d’ajouter : « Après des siècles, on voit bien qu’on ne peut plus vivre avec les musulmans. On croyait vivre comme des frères, ce n’est pas vrai. Ils n’ont pas changé depuis Mahomet. Ils ont des droits que leur donne le Coran et ils ne toucheront pas une seule lettre à ce Livre ». En Europe, « ils veulent tous les droits quand ils arrivent. L’Europe doit voter des lois sans attendre pour arrêter les idées musulmanes ».

Quant à Abou Youssef, il constate tristement : « Nous vivions avec les musulmans et les trois-quarts se sont ralliés à l’Etat Islamique ».

Ironie de l’histoire : un an, jour pour jour, après que la cathédrale de Mossoul fut devenue une mosquée, Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, pourtant bien fréquentable et qualifié de musulman modéré, proposait sur Europe 1 de transformer les églises vides de France en salles de prière. Mais attention, pas d’amalgame !

***

Tout au long de ses 376 pages, l’auteur décrit le courage et l’héroïsme des chrétiens d’Orient, leur volonté de maintenir leur foi et de se reconstruire dans leur pays ou ailleurs s’il n’y a pas d’autre solution. Il relate aussi l’action remarquable des associations d’aide aux chrétiens d’Orient qui déploient l’énergie de leurs bénévoles et offrent de nombreuses raisons d’espérer.

Mais ce livre pose avant tout une question aux chrétiens d’Europe et plus largement à tous ceux qui souhaitent que les valeurs de la civilisation occidentale nées des messages juif, grec et chrétien continuent à servir de fondement à leurs vies et à celles de leurs enfants.

Le mot « martyr » vient du grec martura, c’est-à-dire témoin. Il en va de notre survie et de notre honneur de ne pas ignorer le martyre des chrétiens d’Orient et de prendre en compte leurs témoignages, leur ultime testament affirmant de la plus forte manière leur fidélité aux valeurs que nous partageons avec eux.

Il est temps de les remercier de l’avertissement qu’ils nous lancent et de l’exemple qu’ils nous offrent… autrement qu’en allant vaillamment venir à bout d’une bière à la terrasse d’un café.

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