Le colonel :EUROPE : Une «défense européenne» sous leadership allemand ?

EUROPE : Une «défense européenne» sous leadership allemand ?

1 162

Par Philippe MIGAULT *, le 16 juin 2017

Association de Soutien à l’Armée Française (ASAF)

 

 

Impensable! Ce qui signifierait mettre notre force de dissuasion entre les mains des Allemands.

Les vieux démons resurgissent-ils ? //RO

 

 

© Logo by Pierre Duriot

 

 

 

L’Allemagne cherche à s’emparer du leadership européen de la défense, la Bundeswehr intégrant déjà des brigades d’autres pays. Mais la France ne devrait pas se plier à ce jeu, explique Philippe Migault, spécialiste en matière de défense.

L’Europe de la défense relève, pour tous les observateurs, du vœu pieux. Les membres de l’Union Européenne (UE) ont, pour la plupart d’entre eux, confié leur sécurité aux Etats-Unis depuis près de soixante-dix ans dans le cadre de l’OTAN. Cet abandon de souveraineté leur convient si bien que le relatif désengagement américain de l’Europe les inquiète profondément. En conséquence, l’objectif d’une défense strictement européenne, perçue au mieux comme une coûteuse duplication inutile du dispositif otanien, au pire comme une dangereuse aventure nécessitant une volonté politique et d’indépendance susceptible de froisser la Maison Blanche, semble inatteignable. Tels des adolescents clamant leur amour de la liberté mais incapables de s’affranchir de la tutelle parentale, les Etats de l’UE ont donc systématiquement saboté toutes les tentatives visant à mettre sur pied ne fusse qu’un embryon de défense européenne autonome. La France, qui défend une vision d’Europe puissance et se veut le héraut de la défense européenne, en a fait la cruelle expérience à moult reprises depuis une vingtaine d’années.

Pourtant, aujourd’hui, la donne change.

Non pas du fait d’un désengagement américain. Certes, Donald Trump n’a pas renouvelé les assurances américaines vis-à-vis de l’article 5 de l’OTAN. Mais l’Allemagne ne réaffirme pas à chaque alternance à la Chancellerie son respect de la ligne Oder-Neisse. Et les Etats-Unis, loin de se désintéresser de la défense de l’Europe, accroissent au contraire leurs efforts aux frontières de la Russie. Le budget consacré par le Pentagone à la European Reassurance Initiative, va augmenter de 1,3 milliard de dollars en 2018, pour atteindre les 4,7 milliards, soit une augmentation de près de 500% depuis les débuts du programme de réassurance, en 2015.

Vers une Allemagne «décomplexée» ?

En revanche l’attitude allemande vis-à-vis des questions militaires enregistre une mutation, soulevant de nombreuses interrogations.

L’Allemagne, on le sait, bat sa coulpe en permanence depuis la défaite du nazisme en 1945. «Sans moi !» ont répondu des générations de jeunes allemands à leur convocation pour le service militaire, se préférant «rouges que morts». Quant aux autorités du pays, elles s’appliquent aujourd’hui à extirper tout ce qui pouvait rattacher la Bundeswehr aux anciennes traditions de la Wehrmacht, ou du militarisme prussien, sur l’air rebattu du «plus jamais ça». Comme si une armée n’avait pas, plus qu’une autre institution, besoin de se rattacher à ses racines pour demander le meilleur à ses combattants.

Berlin, pourtant, fait peu à peu entendre une toute autre musique. Angela Merkel assume chaque jour un peu plus ouvertement ses prétentions au leadership en matière de sécurité sur le continent européen. La chancelière, dramatisant la rupture – inexistante sur le terrain militaire – entre l’Amérique de Donald Trump et les nations européennes de l’OTAN, a récemment affirmé que «l’époque où on pouvait compter les uns sur les autres est quasiment révolue» et qu’il fallait que les Européens prennent eux-mêmes leur défense en mains. Or elle semble déjà avoir une idée très nette du pays susceptible de succéder aux Etats-Unis pour coordonner ces efforts… Une tendance logique, dans le droit fil du Livre blanc allemand de la défense de 2016, qui affirme la vocation de l’Allemagne à jouer un rôle d’«acteur central en Europe». Mais un bouleversement pour un pays que l’on qualifiait encore il y a peu de «géant économique» mais de «nain politique».

Certes Berlin ne prône pas une révolution diplomatique visant à instaurer sa suprématie et sa vision. Les autorités allemandes répètent leur attachement aux institutions et aux méthodes auxquelles elles se référent traditionnellement pour orienter leur politique de défense. Elles entendent privilégier, comme d’habitude, le multilatéralisme et conduire leur action au sein des deux systèmes de sécurité actuels que sont l’OTAN et son article 5, l’UE et son article 42.7.

Mais l’Allemagne souligne qu’elle donne l’exemple et a donc vocation plus qu’une autre à se faire entendre.

Elle assume son rôle de Nation-cadre au sein des dispositifs de l’OTAN visant à rassurer les Etats d’Europe centrale vis-à-vis d’une hypothétique menace russe, notamment la Very High Readiness Joint Task Force (VJTF). Elle a, à ce titre, récemment déployé des troupes en Lituanie, tout en déployant des avions de combat en Estonie à des fins de police de l’air. Elle a envoyé des troupes au Kosovo, en Afghanistan, au Mali. Elle a annoncé qu’elle allait se doter d’une centaine de chars de combat supplémentaires pour faire face à la montée en puissance de la Russie. Peu importe que les soldats allemands envoyés en mission ne fassent pas la guerre parce que leur gouvernement ne les y autorise pas. Peu importe que les nouveaux chars Léopard commandés ne soient pas nécessairement en mesure de combattre à armes égales avec leurs homologues russes pour des motifs de respect de l’environnement. Peu importe en fait que l’armée allemande, qui n’a pas livré une bataille depuis plus de 70 ans, ne soit pas combat proven et ait sans doute perdu toutes les qualités combattives de ses devancières. Ce qui compte c’est l’affichage. Et l’argent.

 

Lire la suite sur http://www.asafrance.fr

 

* Directeur du Centre européen d’analyses stratégiques, Philippe Migault est auditeur de l’Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN) et du Centre des hautes études de l’armement (CHEAr). Analyste, enseignant, il est spécialiste des questions stratégiques.

 

Publicités
Par défaut

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s