Les clés du Moyen-Orient:Compte rendu de l’exposition « L’histoire ne se soucie ni des arbres ni des morts », Institut du monde arabe, 8 avril 2017-14 janvier 2018

Compte rendu de l’exposition « L’histoire ne se soucie ni des arbres ni des morts », Institut du monde arabe, 8 avril 2017-14 janvier 2018
Article publié le 15/06/2017

Compte rendu de Oriane Huchon

Pendant trois semestres, l’Institut du monde arabe propose une courte expo-dossier à ses visiteurs. Au cœur du musée permanent, cette courte exposition a un objectif ambitieux, comme l’indique le site internet de l’IMA : « Amener le visiteur à réfléchir sur la mise en image de l’Histoire dans le monde arabe : tel est le propos d’une sélection d’œuvres anciennes, modernes et contemporaines, toutes issues des collections du musée de l’Institut du monde arabe. »

Le titre de cette expo-dossier est tiré du poème « Le lanceur de dés », du plus célèbre des poètes palestiniens contemporains, Mahmoud Darwich. Ce poème, à l’image de toute l’œuvre du poète et des œuvres présentées dans l’exposition, est empreint de mélancolie et de déception sur ce que sont devenues la Palestine en particulier, et la civilisation arabe en général. L’exil et l’injustice subis provoquent solitude et angoisse. Celles-ci deviennent alors le terreau d’une création artistique foisonnante, tantôt poétique, tantôt violente et tourmentée, tantôt triste, mais toujours intense.

L’exposition nous renseigne sur l’évolution de l’art figuratif en Orient et au Maghreb. Les représentations exposées les plus anciennes datent du XVIe siècle et sont inspirées des peintures européennes. Auparavant, l’iconographie figurative était limitée aux épopées à la gloire des souverains (Livres des rois, portraits équestres…) et réservée aux plus grands de la société. Mais ces représentations évoluent. L’art contemporain occidental inspire au XIXe et au XXe siècles les artistes orientaux et maghrébins qui disposent dès lors de modes d’expression plus variés : sculpture, caricature, photographie… D’ailleurs, les œuvres exposées reflètent cette diversité. Les plus anciennes sont essentiellement des peintures ou des gravures, et les plus récentes sont plurielles : sculptures, peintures, calligraphies, photographies, etc.

Certains artistes contemporains rendent hommage à des faits historiques grâce à ces nouvelles techniques. Ainsi, Brahim Dahak avec « La Geste hilalienne », honorait en 1974 les faits héroïques des Bédouins d’Arabie par des gravures abstraites et hautes en couleurs. D’autres artistes reviennent sur des événements marquants de leur enfance, à l’instar de Rachid Koraïchi qui compose en 1997 un recueil de poèmes sur la guerre d’indépendance de l’Algérie intitulé L’Enfant jazz et la guerre. Les poèmes y sont magnifiquement calligraphiés par Abelkader Boumala et accompagnés de superbes lithographies de Koraïchi lui-même. Enfin, d’autres artistes commentent les événements politiques de leur époque. Halim al-Karim par exemple présente une œuvre torturée pour dénoncer le régime de Saddam Hussein et la première guerre du Golfe. D’autre part, Bokja, nom de marque choisi par deux artistes-designers libanaises, Hoda Baroudi et Maria Hibri, expose plusieurs réalisations engagées portant sur la question de Palestine, les révolutions arabes de 2011…

Cette exposition semble montrer que les Arabes se sont construits et évoluent depuis toujours dans la violence et face aux obstacles : guerres entre souverains, luttes intestines, résistances face aux colons, terrorisme, révolutions populaires. Etonnamment, peu de place y est laissée pour l’écriture d’une Histoire heureuse, comme si la mise en image de l’Histoire par les Arabes ne pouvait que représenter les difficultés et les souffrances de peuples en perdition. D’une certaine manière, l’exposition se fait l’écho des médias et de la triste actualité régionale ; tout en démontrant que les sociétés arabes sont indéniablement créatives, foisonnantes d’idées et lucides sur leurs trajectoires politiques et sociales

Bien que l’Histoire présentée au sein de cette courte exposition soit toujours violente, le regard posé sur elle n’est pas nécessairement négatif. Rachid Koraïchi justement offre une vision poétique et spirituelle, fortement inspirée du soufisme, de son enfance pendant la guerre d’Algérie. En réponse à l’injustice et aux obstacles, l’art devient un exutoire.

Institut du monde arabe,
1 Rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris
Informations : + 33 (0)1 40 51 38 38

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