La Chronique Agora:Le péché contre le capital-et varia

 

 

Le péché contre le capital

La Chronique Agora

31 mai (Il y a 6 jours)

 
La Chronique Agora

Paris, mercredi 31 mai 2017

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  • Simone Wapler : La croissance rabotée et à crédit
    Le crédit augmente plus vite que l’épargne et la consommation plus vite que la production. Au lieu de créer de la richesse, nous nous appauvrissons.
  • Bill Bonner : Non, les Mexicains et les Chinois ne « volent pas nos emplois »
    L’économie américaine ralentit depuis 40 ans. C’est le résultat de l’interventionnisme étatique qui freine la destruction créatrice et empile les réglementations.
  • Nick Hubble : Les 5 vices de la politique monétaire qui étouffent la croissance
    Les banquiers centraux prétendent faire un tour d’équilibriste entre inflation et déflation ; ce numéro de funambule mène en réalité tout droit à une croissance nulle.

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LES NOTES DE SIMONE WAPLER

Simone Wapler

La croissance rabotée et à crédit

Comme vous le savez, ô lecteur patient et je vous remercie de votre fidélité, nous dénonçons sans relâche dans ces colonnes l’interventionnisme étatique.

L’ingérence de l’Etat dans notre vie économique prend de multiples formes :

  • subventions (et donc taxations) pour maintenir ce qui existe,
  • politique monétaire pour favoriser la création de crédit, et confusion quasi-totale entre crédit et monnaie,
  • régulations et normalisations qui conduisent au renchérissement de nombreux produits et services,
  • barrières douanières,
  • lois censées protéger les gens contre eux-mêmes,
  • suppression de la sanction de la faillite au profit de sauvetages financés par les contribuables.

Peut-être que le sommet de l’interventionnisme grotesque est atteint avec le réchauffement changement climatique. Des bipèdes incapables de prévoir de façon fiable la météo du lendemain prétendent « piloter le climat » à l’échelle mondiale pour les siècles à venir.

(Merci ô lecteur rageur de ne pas me bombarder de courriers électroniques incendiaires car je ne les lirai pas et c’est très mauvais pour le bilan carbone de surcharger d’électrons ou de photons inutiles les fibres de cuivre ou les fibres optiques des réseaux de télécommunication — et je ne prends même pas en compte la surchauffe de votre propre ordinateur).

Mais revenons à la finance et à notre économie.

La croissance européenne va mieux, nous dit-on. S’agit-il de la croissance d’activités enrichissantes ? On peut en douter en considérant ce graphique.

Evolution des prêts aux ménages de la Zone euro

Le créditisme renaît de ses cendres.

Le taux de croissance du crédit est de 2,4% alors que le taux de croissance de l’économie européenne n’est que de 0,5%.

Ce ne sont donc pas les investissements qui sont repartis mais seulement la consommation.

Quel mal y a-t-il à consommer à crédit, me direz-vous ? Le problème est, qu’en dehors de l’Allemagne, les Européens ont tendance à consommer plus que ce qu’ils produisent. C’est le cas de la France, de l’Italie, etc. Si vous consommez plus que ce que vous produisez, vous ne vous enrichissez pas, vous vous appauvrissez.

Si vous videz votre cave plus vite que vous ne la remplissez, vous n’aurez plus rien à boire. Les keynésiens qui pensent que la consommation enrichit ne doivent pas avoir de cave, ou vivre sur celles des autres.

Les milliers de milliards d’euros injectés par la BCE ne nous enrichissent pas, ils nous appauvrissent. Comme l’explique très bien mon collègue britannique Nick Hubble, les politiques monétaires des banques centrales conduisent à une montagne de dettes et une croissance atone. Le crédit infini et gratuit est nuisible et son prétendu pilotage nous mène à la ruine.

Pourquoi si peu de voix s’élèvent-elles pour dénoncer ce qui ne marche pas ? Bill Bonner vous donne la réponse. Il y a infiniment plus de gens qui soutiennent les interventions des gouvernements que de gens qui s’y opposent. En plus, ils ont de l’argent. Tous ceux qui vivent de rentes, qui entendent préserver de la concurrence leurs parts de marché, sont pour l’interventionnisme. Ayant des profits, ils peuvent payer des lobbyistes, des juristes, des publicités dans les medias, etc. pour obtenir une intervention favorable à leurs intérêts.

Voilà pourquoi le processus de « destruction créatrice » est entravé, pourquoi la croissance ralentit, pourquoi les « petits boulots mal payés » ou le chômage deviennent la règle. L’obsolescence est largement subventionnée mais pas la croissance.

Tout ceci ne serait pas trop grave si nous avions une monnaie honnête et que les prêts étaient adossés à de l’épargne déjà existante. Les dégâts seraient limités car les épargnants, au bout d’un moment, refuseraient de financer l’obsolescence.

Mais ce n’est pas le cas : nous avons un système monétaire malhonnête, le créditisme. La véritable épargne, le seul vrai capital, est noyé dans la création de crédit organisé par les banques centrales, le faux capital, les « liquidités » adossées à rien si ce n’est des perspectives de profits futurs en refusant l’obsolescence, en entravant l’innovation.

Le péché contre le capital, c’est de le confondre avec le crédit, de refuser de reconnaître que le « vrai capital » est l’épargne et de voler les épargnants en trichant avec les taux d’intérêt.

Pourquoi si peu de voix s’élèvent-elles ? Parce que le système est conçu pour que ceux qui reçoivent en l’échange de rien (les subventionnés) soient plus nombreux que ceux qui donnent (les contribuables).

Si vous obtenez quelque chose contre rien, vous en voudrez toujours plus, c’est humain, non ?

Pour ceux qui ne souhaitent pas se soumettre à cet état de fait, nous allons lancer la semaine prochaine notre nouveau service, Profits Réels, dont nous venons de terminer la phase de test.

Nous vous proposerons d’investir au travers des nouveaux sites de financement participatifs dans des projets d’entreprises soigneusement sélectionnés par notre équipe. Sur ce marché, votre épargne n’est pas en concurrence avec les 60 Mds€ mensuels que M. Draghi fait surgir du néant tous les mois : vous pouvez donc retrouver un rendement décent avec un ratio rendement risque favorable.

Aujourd’hui, une banque espagnole en quasi-faillite vous propose ses obligations véreuses à 4% de rendement alors que des entreprises saines, avec des clients et des marchés en expansion, vous proposent plus de 6%.

Un choix relativement aisé, non ?


LES NOTES DE BILL BONNER

Bill Bonner

Non, les Mexicains et les Chinois ne « volent pas nos emplois »

Un récent article du Financial Times nous informe que le secteur N°1 du pays – la construction de logements – est en recul depuis un quart de siècle.

Selon ce journal, les constructeurs américains « ont enregistré le même nombre de mises en chantier de logements l’année dernière qu’il y a un quart de siècle, alors qu’il existe, actuellement, 36% de plus de constructeurs qu’à cette époque ».

L’article s’interrogeait sur l’effondrement apparent de la productivité dans ce secteur.

« C’est un peu difficile à croire », selon les analystes.

Pas pour nous… mais nous y viendrons dans une minute.

L’échec flagrant du XXIème siècle

Comme nous l’avons déjà évoqué, jusqu’à présent, le XXIème siècle est un échec phénoménal.

Du moins pour l’Amérique.

Les taux de croissance économique ont tendance à baisser depuis 40 ans. Le nombre de personnes occupant des « emplois permettant de nourrir leur famille » – en pourcentage de la population en âge de travailler – enregistre un plus-bas sur 40 ans. Et le taux d’accession à la propriété est revenu au même niveau qu’il y a un demi-siècle.

Taux de croissance annuel aux Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mondialeDepuis les années 1980, le taux de croissance est plus lissé mais la croissance moyenne est plus faible.

Il existe bien des aires de prospérité. Mais si vous vous éloignez du bon emplacement géographique, vous tombez sur des maisons délabrées… des salaires minimum… et de la drogue.

Qu’est-il arrivé à toutes ces nouvelles technologies éblouissantes de la Silicon Valley ?

Qu’est-il arrivé à toutes ces géniales distributions de capitaux réalisées par Wall Street, fournissant des milliers de milliards de dollars de financement à de jeunes entrepreneurs ?

Et où sont allés ces milliers de milliards de dollars d’argent frais, donnés par la Fed via son programme d’assouplissement quantitative (QE) ?

Les croquemitaines, boucs émissaires et compères sont nombreux.

D’ailleurs, demandez autour de vous. Certains rejettent la responsabilité sur les démocrates. D’autres sur les républicains. D’autres encore sur les robots. La plupart ne savent pas qui blâmer.

La Destruction Créatrice oubliée

C’est dans cette dernière catégorie que nous rangeons les auteurs d’une nouvelle étude, encore, réalisée par le think tank Economic Innovation Group (EIG).

Elle nous indique ce que nous savions déjà : l’économie américaine ralentit. Désormais, elle avance en grinçant, appuyée sur une canne, et en tentant de se rappeler où elle a bien pu mettre ses clefs de voiture.

L’étude souligne également une question qui pèse tout autant sur les esprits des économistes que sur ceux des démagogues : comment se fait-il qu’il y ait si peu de bons emplois ?

L’actuel locataire du Bureau Ovale s’est surtout retrouvé là en reprochant aux Chinois et aux Mexicains de voler les emplois de l’Amérique profonde.

Les Américains voulaient un « meilleur accord ». Il leur a dit qu’il pourrait le faire.

Mais l’étude que nous avons sous les yeux suggère que les étrangers n’étaient pas pour grand-chose dans la baisse des bons emplois.

La « destruction créatrice » : c’est ainsi que l’éminent économiste austro-américain Joseph Schumpeter a décrit les rouages d’une économie saine.

Il fallait que les emplois du secteur des tubes électroniques ou lampes disparaissent pour que prospère le secteur des circuits intégrés en silicium. Amazon.com ne peut vendre des marchandises à perte sur internet qu’au détriment des centres commerciaux et des détaillants, qu’il écrase d’un bout à l’autre du pays.

Les anciennes entreprises doivent être détruites pour faire place aux nouvelles. Mais, fondamentalement, le gouvernement est un machin passéiste, qui dorlote les compères. Et il est en guerre avec ce processus de destruction créatrice.

Les entreprises et les initiés, qui sont propriétaires des entreprises existantes, financent les campagnes électorales et engagent des lobbyistes. Mais les politiciens ne sont pas conviés à s’adresser aux secteurs qui n’existent pas encore. Ils n’obtiennent aucun vote de personnes qui ne sont pas encore nées, ni de recettes fiscales d’entreprises qui n’ont pas encore été créées.

Voilà pourquoi le gouvernement voit l’avenir, mais uniquement pour l’empêcher de se produire. Et plus les initiés acquièrent d’envergure, de pouvoir et d’ambition… plus il faut de temps pour que le futur se réalise.

Une récession ignorée

Au sein d’une économie, le futur s’installe à des tables de travail bon marché dans des bureaux à loyer modéré dans des quartiers mal famés.

Les vieilles entreprises appliquent les méthodes et les technologies du passé. Les nouvelles entreprises se servent de celles de demain.
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Mais « de mémoire récente, les Américains ont moins de chances aujourd’hui de créer une entreprise, d’emménager dans une autre région du pays, ou de changer de travail qu’à toute autre époque », indique l’étude d’EIG. Et « le dynamisme bat en retraite dans tout le pays, à tous points de vue ».

Il y a 40 ans, près de 6% de la population américaine travaillait pour une nouvelle entreprise. A présent, cette proportion ne représente plus que 2%. En 1977, le « taux de rotation de l’emploi » était de 12%. Désormais, il atteint à peine la moitié.

De même, le pourcentage des nouvelles entreprises s’est effondré de moitié par rapport aux années 1970. En 2010, pour la première fois de l’histoire US, le nombre d’entreprises ayant cessé leur activité a dépassé le nombre d’entreprises créées. Entre 1983 et 1987, le pays a créé près de 500 000 nouvelles entreprises. Entre 2010 et 2014, un cinquième de ce chiffre, seulement, ont vu le jour.

Les nouvelles entreprises semblent se concentrer dans de petites zones géographiques : la plupart se situent entre Washington (DC) et New York, dans le sud de la Floride et de la Californie, avec une concentration de croissance considérable entre Houston et Dallas.

Depuis des dizaines d’années, la majeure partie du reste du pays subit une récession ignorée, avec davantage d’entreprises mettant la clé sous la porte que d’entreprises créées.

Cela signifie que l’entreprise moyenne est plus ancienne que jamais auparavant… et que davantage de gens ont plus de chances que jamais auparavant de travailler pour l’un de ces dinosaures.

En outre, à mesure que les entreprises vieillissent, elles ont tendance à réduire les effectifs et non à les augmenter.

Cette idée que la Chine, ou le Mexique, « volerait » des emplois relève largement du fantasme. Les anciens secteurs, à mesure qu’ils vieillissent et meurent, suppriment des emplois. Pratiquement tous les nouveaux emplois nets sont issus de nouvelles entreprises.

L’étude d’EIG continue en suggérant qu’en 2014, un million d’emplois ont disparu par manque de nouvelles créations d’entreprises.

Une création d’entreprise génère normalement six nouveaux emplois la première année. En 2014, il y a eu 150 000 entreprises de moins, environ, que dans les années 1980.

Le malaise américain

Que s’est-il produit ?

L’Etat a soutenu les vieilles entreprises avec des prêts bon marché. Cela a abouti à une consolidation et à l’augmentation des marges bénéficiaires. Quant aux nouvelles entreprises, il les a tuées dans l’oeuf à coups de formalités administratives et de réglementations.

Les auteurs de cette étude ont accompli un travail admirable, en identifiant une partie essentielle du malaise économique américain : l’absence de création d’entreprises. Mais ensuite, comme presque tout le monde, ils veulent traiter les symptômes.

« Les responsables politiques doivent » faire ceci. « Les responsables politiques doivent » faire cela. Mais ce sont les responsables politiques – alias les initiés – qui ont produit cette situation.

Ils ne vont pas y remédier, pour la même raison qu’ils ne permettront pas que le marigot soit assaini, que les réglementations soient réduites, que les dépenses publiques diminuent ou que l’on mette un terme aux guerres : c’est une situation qui leur convient.

Pourquoi la productivité du secteur de la construction de logements a-t-elle diminué ?

Essayez donc de construire une maison…

Dans la plupart des communautés, les réglementations relatives au zonage, à la construction, aux formalités, et à l’environnement, vous ralentissent et provoquent des surcoûts. Vous verrez ce que cela fait, de créer une entreprise.

Et si vous pouviez démultiplier le potentiel de l’or ?
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LES NOTES DE NICK HUBBLE

Les 5 vices de la politique monétaire qui étouffent la croissance

L’objectif officiel des banquiers centraux est de faire en sorte que notre économie fonctionne sans anicroche. Mais si les politiques des banques centrales étaient la cause même de nos problèmes et non leur solution ?

La Grande-Bretagne avait autrefois le National Coal Board, la British Gas Corporation et bon nombre d’autres agences et institutions au travers desquelles l’Etat contrôlait l’économie. Elles ont depuis été privatisées ou fermées parce qu’on a fini par se rendre compte que l’économie de marché fait un bien meilleur boulot que l’Etat.

Les banques centrales ne sont pas différentes, simplement nous ne nous en sommes pas encore rendu compte.

Regardons de plus près les imperfections du système des banques centrales et en quoi cela peut représenter pour vous des opportunités d’investissement…

Des taux trop faibles pendant trop longtemps

On peut imaginer pourquoi les banquiers centraux étant aux manettes de l’économie, ils la sur-stimulent et la soutiennent artificiellement : ils veulent garder leur poste et satisfaire ainsi les politiciens qui les ont nommés. Pour ce faire, ils ont maintenu les taux d’intérêt artificiellement bas pendant trop longtemps.

Des taux d’intérêt artificiellement bas encouragent les emprunts. L’investissement le plus lié à l’emprunt est bien sûr la propriété immobilière puisque les gens contractent un crédit pour acheter un bien immobilier. Sans surprise donc, on peut affirmer que les bulles immobilières sont une conséquence des pratiques des banques centrales.

En Europe c’est encore plus facile à constater parce que des pays différents partagent la même politique monétaire. Avant 2007, le taux d’intérêt commun fixé par la Banque centrale européenne était élevé pour l’Allemagne et bas pour l’Irlande. Le résultat a été un boom immobilier en Irlande et une économie languissante en Allemagne.

Après la crise financière le vent a tourné. Le taux d’intérêt est aujourd’hui trop faible pour l’Allemagne, qui a été moins touchée par la crise, et les Allemands connaissent à leur tour un boom immobilier. La Grèce est encore dans le marasme.

Le Royaume-Uni possède sa propre monnaie et sa propre politique monétaire. Mais le même effet s’applique. Si le gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney maintient les taux d’intérêt faibles pour stimuler la croissance économique, il y aura à nouveau une bulle immobilière. Il est peu probable qu’il maintienne les taux élevés même s’il existe un précédent avec la politique de répression contre l’inflation à l’époque de Margaret Thatcher.

La peur irrationnelle de la déflation

Les banquiers centraux ont pour tâche de satisfaire leurs objectifs d’inflation – environ 2%. La politique de taux d’intérêt du gouverneur Mark Carney est conçue pour atteindre cette cible. Mais il existe de nombreux types d’inflation qui ont diverses causes.

Prenons l’exemple d’une pénurie de pétrole. Cela entraîne une importante inflation. Mais le meilleur moyen de résoudre cette pénurie de pétrole est d’autoriser cette inflation. Elle incite à une plus grande production de pétrole et alloue le pétrole au meilleur usage économique. Si on empêche l’inflation d’avoir lieu, les motivations pour résoudre le problème sont cachées. Comme le disent les traders sur matières premières, le meilleur remède contre les prix élevés sont les prix élevés. Cela encourage une plus grande offre.

Le revers de la médaille est l’émergence de la Chine du régime communiste. Au cours de ces dernières décennies, cela a signifié que toutes sortes de biens sont devenus moins chers pour les consommateurs. Mais les banques centrales compensent cela en alimentant l’inflation pour lutter contre la baisse des prix. C’est pour cela qu’elles ont laissé les taux trop bas pendant trop longtemps, comme expliqué plus haut.

Comme l’a un jour observé le célèbre économiste Milton Friedman, « l’inflation est partout et toujours un phénomène monétaire. » Il voulait dire par là que la véritable inflation est provoquée par le fait que les banques centrales jouent avec la masse monétaire. En régime normal, avec les prix, l’économie s’envoie à elle-même des signaux sur ce qu’il faut produire, comment le produire et en quelles quantités. Une hausse des prix dans un secteur donné s’autocorrige. Si l’on élimine ces signaux, on obtient un désordre économique.

Une autre raison à l’objectif d’inflation est que les banquiers centraux craignent la déflation. La chute des prix rend la dette plus chère à rembourser. C’est le pire cauchemar d’un banquier central car il utilise l’emprunt pour stimuler l’économie. Dans une déflation de la dette, l’économie est en chute libre car la chute des prix déclenche les défauts, ce qui entraîne une chute encore plus forte des prix.

Une déflation simplement modérée n’est pas une mauvaise chose au regard de l’Histoire. La Révolution industrielle en est un bon exemple : la technologie a fait baisser fortement les prix pour le bénéfice des consommateurs.

La stabilité imposée est une fausse stabilité

L’économiste russe Hyman Minsky a expliqué comment la stabilité alimente l’instabilité. Nous devenons trop satisfaits de nous au fil du temps si nous ne faisons jamais face à l’adversité. L’économie étant réellement un reflet de l’action humaine, elle présente donc la même dynamique.

Avant la crise financière mondiale, nous vivions ce qu’on appelait la Grande Modération, tenue par la main ferme d’Alan Greenspan à la Fed. L’inflation, l’emploi et le PIB étaient solides et stables… jusqu’à ce que la catastrophe éclate en 2008.

Lorsque les banques centrales imposent la stabilité à l’économie, cela incite à emprunter de plus en plus. Les gens n’ont pas peur des périodes économiques difficiles parce qu’ils ne les ont pas connues. Dans cet environnement, ceux qui sont prêts à emprunter le plus ont le niveau de vie le plus élevé.

Mais la dette a un résultat binaire. Si vous n’en avez pas les moyens, la situation peut virer à la catastrophe très vite. C’est généralement le cas lorsque les taux d’intérêt sont relevés par la banque centrale dans le but de repousser l’inflation qu’elle a créée avec sa politique molle des taux d’intérêt.

Les krachs boursiers sont interdits

De nos jours, les marchés boursiers ne sont plus autorisés à connaître des krachs. C’est un cauchemar politique insupportable pour les patrons des banquiers centraux – c’est-à-dire les responsables politiques. Outre les plans de sauvetage des gouvernements, les banquiers centraux se tiennent prêts à soutenir les banques et les marchés financiers en périodes de stress. C’est ce pour quoi elles ont été conçues à l’origine.

Mais ce qui est nouveau cette fois-ci, c’est que les banques centrales interviennent sur les marchés financiers de façon beaucoup plus directe qu’avant. Historiquement, les banques centrales avaient pour habitude de n’acheter que des obligations d’Etat pour gérer leur politique de taux d’intérêt. Les raisons à cela sont multiples et seraient trop longues à détailler ici.

Mais à présent certaines d’entre elles achètent d’autres produits de placement pour augmenter la masse monétaire et pour faire monter les investissements. La Banque du Japon est si désireuse de gaver les marchés boursiers qu’elle achète de grandes quantités d’actions. Elle fait à présent partie des 10 plus gros actionnaires pour environ 90% des entreprises qui constituent l’indice Nikkei 225 !

Si les banques centrales ont un budget infini et considèrent qu’il est approprié de doper le marché, alors un krach boursier est quasi-impossible.
[NDLR : Pourtant « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel » dit le proverbe boursier. Ceux qui achètent des actions aujourd’hui ont donc peu de perspectives de gain. En revanche, il existe un investissement resté encore préservé des manipulations des banques centrales et qui procure un rendement solide et régulier. Découvrez-le ici.]

La limite à la bulle de la dette

Les banquiers centraux utilisent les taux d’intérêt comme principal outil pour contrôler l’économie. De ce fait, ils influencent les montants que nous empruntons. Pour augmenter l’activité économique, ils abaissent les taux d’intérêt. Nous empruntons plus et l’économie flambe. Si elle s’échauffe trop et que l’inflation augmente, les banquiers centraux augmentent les taux et nous ne pouvons plus nous permettre d’emprunter autant.

C’est là le numéro d’équilibriste du banquier central. Il jongle constamment entre l’inflation d’un côté et la déflation de l’autre. Mais personne n’a jamais pensé à se demander où mène le fil du funambule.

La réponse : vers une montagne de dettes. Il n’est pas surprenant que les banquiers centraux nous aient fait avaler de plus en plus de dettes au fil du temps. Ils veulent la croissance économique car c’est elle qui permet à leurs patrons et à ceux qui les nomment d’être élus. La manière la plus facile pour les banquiers centraux de générer de la croissance est d’accroître encore plus l’emprunt via des taux d’intérêt moins chers.

L’Institute of International Finance a estimé la dette mondiale à 217 000 Mds$ US, soit 325% du PIB mondial. Elle n’a fait qu’augmenter régulièrement dans cette ère de politique monétaire des banques centrales.

Mais il y a une limite. La dette doit être remboursée, plus les intérêts. Avec des taux d’intérêt nuls, comment les banques centrales peuvent-elles continuer à obliger les gens à emprunter plus ?

Sans jamais augmenter les niveaux de dette et les emprunts, quelle peut être dorénavant la nouvelle source de croissance économique ? Serons-nous capables de rembourser nos dettes ?

Je ne le sais pas. Nous n’avons jamais connu ce cas de figure auparavant. Mais ce n’est certainement pas de bon augure pour une croissance du PIB à l’avenir.

 

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