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Propagande de L’Express et de BFM pour Emmanuel Macron ?

10 Mai 2017 , Rédigé par L’oeil de Brutus Publié dans #Idées
Propagande de L’Express et de BFM pour Emmanuel Macron ?

A la veille du scrutin du 1er tour des présidentielles, le magazine l’Express[i] et BFM Business ont conjointement publié un dossier d’analyse des conséquences économiques des programmes des (supposés) principaux candidats[ii]. Trois semaines plus tard, avec le recul des résultats, il n’est pas inutile de revenir sur ces analyses pas si anodines.

Car ces résultats publiés ont de quoi surprendre quiconque s’intéresse un peu aux ficelles élémentaires de la macroéconomie. A titre d’exemple, le programme de Jean-Luc Mélenchon était crédité d’un effet positif très important sur la croissance (plus de 5 points supplémentaires au sommet de l’effet du plan de relance du candidat de la France insoumise) conjugué à un effet sur le chômage … très négatif (2 points de chômage en plus) (lire l’analyse ici) ! Tout cela interpelle : si la croissance augmente, surtout de manière si importante, c’est que l’activité économique repart et donc que les entreprises (et/ou l’Etat) embauchent, sauf à imaginer que les entreprises gonflent exponentiellement leurs profits tout en comprimant les salaires (il est permis de douter que cela fasse partie du programme de M. Mélenchon !). Et pourtant non : l’Express et BFM Business, nous clament que M. Mélenchon (et à un degré moindre M. Hamon[iii]) parviendrait à réussir ce tour de force (à ma connaissance inédit dans l’histoire économique) de doper de manière presque vertigineuse à la fois la croissance et le chômage. Diantre ! Comment est-ce possible ?

Pour tenter de le comprendre, il faut aller chercher le modèle économique, baptisé « Mac SIM 2 », qui a servi de base à ces « analyses » (lien ici) et … dont ni l’Express ni BFM business ne font le moindre effort, qui relèverait pourtant de la déontologie journalistique la plus élémentaire, pour expliciter le fonctionnement. Et il n’est guère besoin d’aller bien loin pour se trouver face à un premier biais d’approche : le modèle[iv], bien que se prétendant néokeynésien, adopte un multiplicateur des dépenses public d’environ 0,5[v]. Or, même le FMI a fini par admettre que ce multiplicateur était, tout particulièrement en période d’activité économique sous contrainte comme actuellement, supérieur à 1[vi]. De fait, le modèle sous-estime donc les effets positifs des politiques de relances d’une part et les effets négatifs des politiques d’austérité d’autre part. Il donne donc à tort des satisfécits aux politiques néolibérales de l’offre (telles que celles conduites en Grèce …) et des cartons jaunes (voire rouge) aux politiques de relance. Et c’est bien ce qui se passe dans les analyses publiées par l’Express et BFM Business : François Fillon et surtout Emmanuel Macron sont portés en premiers de la classe pendant que les trois autres, à des degrés divers, sont relégués parmi les cancres. Tout ceci, bien évidemment, à tort.

Mais cela ne répond pas à notre question initiale. Le modèle sous-estime les effets de la dépense publique sur la croissance. Soit. Mais comment diable fait-il pour modéliser une croissance gargantuesque en simultanée d’une situation de l’emploi déprimée ?

Si l’un des auteurs du modèle (Jean-Louis Brillet, Gilbert Cette, Ian Gambini, Thomas Lagoarde-Segot) en venait à lire ces lignes, je serai personnellement ravi qu’il vienne éclairer ma lanterne. Cela anesthésierait cette très désagréable sensation que l’Express et BFM sont prêts à tordre n’importe comment n’importe quel chiffre pour favoriser Emmanuel Macron, l’ami de leur propriétaire M. Drahi …

[i] Edition du 12 au 18 avril.

[ii] A savoir François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Benoît Hamon.

[iii] Et ne parlons même pas du programme de Mme Le Pen qui est annoncé comme une « descente aux enfers » avec un effondrement du PIB (- 6 points), une explosion du déficit public (+ 4 points) et du chômage (+ 3 points).

[iv] Voir les diapositives 30 et 31 de la présentation proposée sur le site du modèle.

[v] C’est-à-dire que toute dépense publique d’un euro entraîne une hausse du PIB de 0,5 euro. A contrario, toute contraction de la dépense publique d’un euro entraîne une baisse du PIB de 0,5 euro. Sur le sujet lire Le multiplicateur keynésien et la propagande néolibérale.

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