Chroniques du Grand jeu :Tintin en Polodavie

Chroniques du Grand jeu

Tintin en Polodavie

26 Avril 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Europe, #Russie

Deux pays aux trajectoires différentes, aux poids inégaux, mais qui suivent la même grande tendance du moment : l’émiettement et le détricotage du système impérial.

Nous avons parlé à plusieurs reprises de la Moldavie, petite par la taille mais appréciable par sa position géostratégique qui enfonce un coin entre deux des Etats – l’Ukraine post-putsch et la Roumanie – les plus atlantistes d’Europe orientale.

L’élection, en novembre 2016, d’un président pro-russe susceptible de rediriger la politique extérieure moldave avait fait perler quelques gouttes de sueur au front soucieux des eurocrates et des stratèges américains. Vapeurs redoublées en janvier lorsque, en visite à Moscou, ledit Igor Dodon avait confirmé un rapprochement possible avec l’Union eurasienne.

Le moins qu’on puisse dire est que ça n’a pas traîné :

Moscou étend son influence en Moldavie

Le président moldave, Igor Dodon, a annoncé le 14 avril que les cinq membres de l’Union économique eurasiatique (UEE), la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, l’Arménie et le Kirghizstan, s’étaient accordés pour inclure la Moldavie lors d’une rencontre à Bichkek, la capitale kirghize.

« La Moldavie est le premier pays à recevoir cet honneur. Plusieurs pays ont présenté des initiatives pour signer des mémorandums de coopération, des accords de libre-échange ou d’autres formes de coopération avec l’UEE », a déclaré le président dans un communiqué.

Il a ajouté qu’il s’agissait d’une « journée historique » pour le petit pays enclavé d’Europe de l’Est, mais a précisé que cela ne voulait pas dire que la Moldavie allait devenir un membre de l’UEE tout de suite.

Mais le Grand jeu se joue autant sur les grands espaces eurasiens que dans les sombres intrigues politiciennes locales :

Le mois dernier, le chef d’État avait demandé au Conseil suprême de l’UEE d’attribuer à la Moldavie le statut d’observateur au sein de l’Union eurasiatique. Dès le 3 avril, un accord de coopération a été signé entre les deux parties en ce sens.

Le Premier ministre moldave, Pavel Filip, responsable du Parti démocrate, a cependant prévenu que le document signé par Igor Dodon n’avait aucune « valeur juridique » et qu’il tombait « en dehors du cadre légal ». Pavel Filip a rappelé que c’était « le parlement qui [était] l’organe suprême pour approuver les politiques intérieure et étrangère ».

Le statut d’observateur signifie que la Moldavie pourra participer aux activités de l’organisation, mais n’aura pas le droit de voter ou de participer au processus décisionnel.

Igor Dodon a insisté sur le fait que ce nouveau statut n’allait pas à l’encontre de l’accord d’association entre la Moldavie et l’UE. Néanmoins, le président a déjà suggéré par le passé qu’il voudrait abandonner l’accord si le parti socialiste, qu’il dirigeait autrefois, obtenait la majorité parlementaire l’année prochaine.

Le président soutient toutefois que la Moldavie « est destinée à être amie avec l’est et l’ouest, tout en maintenant et renforçant sa neutralité et son indépendance ». Igor Dodon s’est pourtant opposé à une plus ample coopération avec l’OTAN.

L’élection législative moldave de 2018 vaudra donc son pesant de cacahuètes et mettra en scène l’éternelle lutte qui prévaut en Europe orientale entre empire et Russie. En attendant une éventuelle victoire de son parti, le président prend les devants, refuse l’ouverture d’un bureau de l’OTAN en Moldavie et projette de rendre le russe de nouveau obligatoire à l’école.

Rien de tel en Pologne bien entendu, où la russophilie a autant de chances de gagner les coeurs que le XV kirghize de battre les Springboks. Néanmoins, nos prédictions sur le détricotage de l’empire se réalisent. La trajectoire polonaise ressemble à s’y méprendre à la britannique et nous expliquions au lendemain du Brexit :

« Le Royaume-Uni et l’Union européenne resteront des partenaires indispensables » a ajouté Obama. Mais voilà le problème : deux au lieu d’un, et peut-être bientôt trois, quatre, cinq, qui commenceront à partir dans tous les sens et n’écouteront plus que d’une oreille les recommandations de tonton Sam, au lieu d’une structure européenne centralisée noyautée par les Américains. Voilà le souci européen de Washington…

Pour Londres comme pour Varsovie, pas de changement de cap de la politique étrangère pro-US et anti-russe, dans l’immédiat en tout cas. Mais une liberté d’initiative de ces électrons libres qui brouille maintenant les cartes et peut se retourner contre d’autres composantes de l’empire. Au moment d’un possible Maidan polonais début 2016, nous indiquions :

Le PiS [le parti au pouvoir, ndlr] étant anti-russe, quel intérêt y aurait-il pour Washington et Bruxelles à déstabiliser la Pologne ? Au premier regard, l’argument fait mouche. Au premier regard seulement…

Il y a anti-russe et anti-russe. Le PiS n’a certes aucun penchant pour Moscou, mais il n’en a pas beaucoup plus pour Bruxelles. L’anti-russisme du PiS, c’est l’anti-troyisme d’Achille face à Hector : deux ennemis déclarés, mais qui se respectent et ont une certaine estime l’un pour l’autre. Au-delà de leurs différends, Poutine et Kaczynski partagent beaucoup de valeurs : même attachement sourcilleux à leur souveraineté nationale, même conception de la société (plutôt conservatrice et religieuse, familiale avec mariage hétérosexuel) ; ils sont tous deux atterrés par ce qu’ils considèrent comme étant la décadence civilisationnelle des pays occidentaux, la perte de leurs racines, morale et culture.

Kaczynski frère avait accepté l’invitation de Poutine en 2010, une sorte de paix des braves entre deux pays souverains. Et hop, un accident d’avion tombe à point nommé pour ne pas aller plus avant dans le réchauffement des relations polono-russes. Le défunt est remplacé par le clown américano-polonais Donald (sic) Tusk, libéral malléable et gluant aux ordres directs de Washington. Le système pousse un grand ouf de soulagement…

Et voilà que ça recommence avec l’autre frère ! La récente victoire du PiS a fait sonner quelques alarmes rouges à Bruxelles et outre-Atlantique, c’est certain. Des leviers, notamment médiatiques, ont été actionnés, on le voit. Les croisés des « révolutions de couleur » sont sortis de leur retraite.

La crise des migrants est venue en rajouter une couche :

L’Europe américaine sera-t-elle mise à mort par ceux-là même qui étaient censés la régénérer ? L’on peut sérieusement se poser la question quand on voit le divorce grandissant entre l’UE et les pays d’Europe centrale et orientale, fers de lance de la « Nouvelle Europe » si chère aux néo-cons. Le pied droit de Washington donne des coups au pied gauche et c’est tout le système vassalique européen qui risque de tomber. On comprend qu’Obama préfère penser à autre chose en jouant au golf…

Rappelons d’abord que la construction européenne fut, dès le départ, un projet américain. Des archives déclassifiées montrent que les soi-disant « pères de l’Europe » – Schuman, Spaak ou le bien-nommé Monet – travaillaient en réalité pour les Etats-Unis. Pour Washington, il était en effet plus aisé de mettre la main sur le Vieux continent par le biais d’une structure globale noyautée de l’intérieur que de négocier pays par pays avec des dirigeants indépendants.

La chute du Mur et l’intégration à l’UE des anciennes démocraties populaires n’étaient que le cache-sexe de l’avancée de l’OTAN vers la Russie. Mieux encore, ces pays nouvellement libérés de la tutelle soviétique et férocement anti-russes pour des raisons historiques compréhensibles étaient susceptibles d’établir un nouveau rapport de force très favorable aux Etats-Unis au sein de l’UE face à certaines poussées de fièvre frondeuse toujours possibles de la « vieille Europe » (De Gaulle, Chirac et Schroeder…)

Or, au moment où les institutions européennes sont noyautées et soumises comme jamais aux désidératas US, le château de cartes est en train de s’écrouler… Ce sont d’abord les sanctions anti-russes qui ont créé une brèche. Si elles furent accueillies avec des transports de joie par la Pologne et les pays Baltes, leur réception en Hongrie, en Slovaquie et même en République tchèque fut bien plus mesurée, c’est le moins qu’on puisse dire. Première cassure au sein de la « nouvelle Europe ».

Et maintenant, la question des réfugiés pourrait bien sonner l’hallali. La Pologne, pays ô combien pro-US, refuse tout à fait d’obéir aux injonctions des institutions elles aussi ô combien pro-US de Bruxelles. Diantre, Brzezinski n’avait pas prévu ça…

Varsovie, ainsi que Budapest ou Bratislava, rejettent totalement ce qu’ils considèrent comme un diktat de Bruxelles et ses menaces d’amende (250 000 euros par réfugié refusé). Les mots sont intéressants :

Jaroslaw Kaczynski, chef du PiS au pouvoir : « Une telle décision abolirait la souveraineté des Etats membres de l’UE. Nous refusons cela car nous sommes et serons en charge de notre propre pays ».

Peter Szijjarto, ministre hongrois des Affaires étrangères : « La menace d’amende de la part de la Commission est du chantage pur et simple ».

Notons en passant la naïveté confondante de ces dirigeants qui croyaient apparemment benoîtement que l’entrée dans l’UE allait préserver la souveraineté de leur pays…

Depuis, les yeux se décillent, le groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie) qualifie ouvertement l’UE de nouvelle « Union soviétique » et les accrochages ne cessent plus.

Dans le dernier épisode, Donald Tusk, président du Conseil européen de son état, a été entendu comme témoin pendant huit heures (!) par la justice polonaise dans le cadre d’une affaire d’espionnage. Pour une fois, il n’a pas tout à fait tort quand il se plaint du caractère politique de sa convocation. C’est le genre d’incident qui confortera les euronouilles dans leur volonté de punir Varsovie, par exemple en suspendant éventuellement son droit de vote. Comme dans une bonne histoire corse, les représailles succèdent aux représailles et fin mars, la Pologne a décidé de claquer la porte de l’Eurocorps alors qu’elle devait en devenir membre permanent cette année !

L’euroscepticisme, énième symbole du reflux d’un système impérial en capilotade, incapable désormais de maintenir sous le même joug ses protégés qui s’égaillent dans la nature.
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Madudu29/04/2017 01:18

Je n’avais pas tout lu de vos échanges !

Alors en terme d’agriculture l’histoire est très longue et très variée. Force est de constaté que la dernière grosse révolution technique (la révolution dite verte, très récente si on prend un peu de recul sur les 10 000 ans d’histoire de l’agriculture) vient des progrès de la physique et de la chimie ayant eu lieu au XIXe et XXe siècle.

Après avoir identifié les atomes composants les plantes (C, H, O, N, S, P, K, Mg, Ca, pour l’essentiel) et leurs sources respectives (guano, phosphates fossiles, engrais potassiques, …), la grande révolution technique qui a vraiment changé les choses c’est le procédé Haber-Bosch

https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_proc%C3%A9d%C3%A9_Haber-Bosch

Il a permis de lever, avec usage des abondantes énergies fossiles, LE facteur nutritionnel limitant majeur du règle végétal : l’Azote !

Ça c’est vraiment le truc essentiel à retenir, car c’est valable pour la totalité du règle végétale à l’exception des fabacées et de quelques autres qui fixent toutes seules l’Azote de l’air, mais qui le payent aussi par quelques infirmités pas négligeables (moins productives, exigeantes en matière de pH, d’oligos, souvent toxiques …).

Et le riz ne fait pas exception, s’il produit beaucoup c’est qu’il a consommé beaucoup d’Azote. Pareil qu’en blé, pareil qu’en maïs, pareil partout ! (sauf fabacées, mais c’est une autre histoire)

Après ça les gaz de combat et autres trucs mortels ont connu des applications importantes, ce sont les pesticides. Leur importance est très variable d’une culture à l’autre et d’un contexte à l’autre, mais en gros plus le milieu est favorable plus ils permettent d’augmenter les rendements. Certaines espèces n’en ont pas vraiment besoin, d’autres sont très sensibles à leur absence.

Par exemple le blé dans le Nord de la France (100 à 140 quintaux/ha dans les bonnes terres) est très friand de fongicides, et sans eux les rendements s’effondrent littéralement. Le climat pluvieux et un peu sombre est très favorable au blé mais encore plus aux champignons qui attaquent son feuillage, du coup pour valoriser ce climat les fongicides sont presque nécessaires. Les résistances variétales sont utiles mais pas toujours suffisantes. A ma connaissance il n’y a pas de résistance aux fongicides.

Les augmentations de rendements en blé en Russie sont liés à l’adoption progressive des variétés modernes, de l’usage croissant d’engrais et de fongicides. Ils n’ont pas encore atteints leurs potentiels, donc ça va encore augmenter pendant quelques temps. Mais ils n’inventent rien de particulier et s’ils consomment moins d’intrants c’est le fait d’un retard et non d’une avancée ou d’une alternative (ils ne peuvent pas tout révolutionner en même temps ^^).

Les herbicides aussi constituent des éléments importants du bagage de la révolution verte, ils permettent une économie de temps, d’énergie et de matériel considérable. Les résistances sont courantes aujourd’hui un peu partout dans le monde et ça empire très très rapidement, on finira par ne plus les employer d’ici quelques décennies à maximum un siècle ou deux car ils ne seront plus efficaces.

Les insecticides sont moins employés mais sont importants pour certaines cultures, et les résistances apparaissent très très rapidement, encore plus que pour les herbicides. Donc ne vous inquiétez pas les écolos, les résistances auront raison d’eux bien avant qu’ils soient interdits ^^

Tout ça est issu du progrès scientifique en Occident mais les approches les plus récentes, les plus complexes, sont issues des pays tropicaux avec le concours de la recherche occidentale (française notamment, au Brésil).

Je ne connais pas du tout les systèmes de production asiatiques, surtout le riz qui est quelque chose de très éloigné des autres cultures. Mais paraît-il que les chinois ont fait de grandes avancées pour arriver à leur autonomie alimentaire.

Enfin bon bref, l’Occident à eu un rôle majeur dans l’histoire récente de l’agriculture c’est un fait. Est-ce qu’il en aura encore un dans un avenir proche ? C’est pas impossible, mais c’est pas évident non plus.

Observatus geopoliticus30/04/2017 15:15

@ Kevin
Vous pouvez me sortir tous les articles Wikipedia que vous voulez, ça n’y changera rien. Tout le centre du pays est occupé par la forêt et seules les côtes sont habitées.

Kevin30/04/2017 14:07

https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9forestation_en_Malaisie
Le problème de déforestation existe bel et bien, même si les forêts recouvrent encore plus de la moitié du territoire du pays

Madudu30/04/2017 00:53

Si j’en crois Wikipédia en dehors des côtes ce sont des montagnes raides comme la justice qui reçoivent 2m 50 d’eau par an !

Du coup ce n’est ni cultivable ni pâturable a priori, sauf éventuellement à terrasser les flancs de montagne (si c’est possible). Ces genres de coins inhospitaliers sont souvent les derniers refuges des formations végétales vraiment sauvages.

Observatus geopoliticus29/04/2017 22:24

Je me permets de m’immiscer dans votre passionnante conversation à propos d’un petit détail : ayant sillonné la Malaisie en long, en large et en travers à plusieurs reprises, je peux vous assurer qu’il n’y a aucune déforestation dans ce pays, ou alors mineure. La jungle est partout et la population ne vit que sur les deux côtes.
Bien à vous tous

Kevin29/04/2017 14:41

Merci Madudu pour ces explications limpides! Les biocarburants sont peut-être à comparer aux gaz de schistes: a priori absurdes, car avec des rendements ridicules (il faut quasiment dépenser 1 calorie pour récupérer 1 calorie), mais pas si absurdes d’un point de vue géopolitique. Certains gouvernements seraient prêts à tout sacrifier pour leur indépendance énergétique (cf. aussi les subventions du diesel en France, cancérogène reconnu, pour écouler les stocks de fuel lourd et barrer l’accès au marché européen aux voitures japonaises et américaines)…

Alaric29/04/2017 13:56

Merci Madudu pour vos lumières ! Je me suis toujours intéressé à l’agronomie .
Concernant le lien à la géopolitique , il est quand même présent, voir l’analyse de Fabrice Balanche que je trouve passionnante et qui détaille notamment la crise agricole qui fut un facteur important dans le soulèvement de 2011 en Syrie :

https://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2011-3-page-437.htm

Madudu29/04/2017 12:57

C’est un vaste sujet, je vais essayer de trouver un point de départ pertinent pour parvenir à une synthèse compréhensible ^^

L’agriculture commence historiquement par le défriche-brûlis, encore pratiqué un peu partout en milieu tropical, qui consiste à couper et à brûler la forêt pour installer des cultures pendant quelques années avant d’abandonner le lieu pendant plusieurs décennies.

Ce système, relativement au bagage technique et matériel nécessaire, est extraordinairement avantageux car il permet une productivité du travail très correcte avec rien. Sa condition de possibilité c’est une démographie minuscule qui permet aux hommes de n’exploiter chaque année qu’un tout petit morceau du territoire, le reste étant en « jachère » (ce terme recouvre une immense diversité de pratiques très différentes).

Il s’agit d’un système de production relativement durable écologiquement, mais au delà de quelques milliers d’années le milieu est quand même sensiblement détérioré (appauvrissement en P, Ca, oligos, érosion, …).

Dès lors que la démographie augmente la proportion du territoire qui est cultivée augmente, ce qui diminue d’autant la durée de la jachère, ce qui diminue les rendements sur les parcelles en culture, ce qui conduit à augmenter la surface cultivée par personne, ce qui conduit à réduire encore davantage la durée de la jachère, …

Et ainsi de suite jusqu’à ce que la totalité du territoire soit exploitée. À ce stade nous sommes aux environs de la fin de Moyen-âge en France ou dans la situation actuelle de l’Afrique sahélienne. Les arbres sont exploités pour bois de feu (pour la cuisine surtout) et pour fourrage sans être renouvelés, ce qui conduit à leur disparition (les domaines de chasse de la noblesse font exception, on leur doit la conservation de la biodiversité de nos forêts de plaine). Ce sont alors les pailles et autres résidus de récolte qui servent à faire la cuisine, il n’y a plus aucun obstacle aux vents, les pâturages communs sont surexploités, les cultures sont pleines de mauvaises herbes faute d’une rotation suffisante, la fertilité minérale est au plus bas.

À ce stade la misère est totale et la durabilité environnementale égale à 0. Le système s’auto-entretien dans un cercle vicieux qui, lui, est par trop durable. La productivité du travail est proche de rien du tout, la productivité par ha est proche de rien du tout, il n’y a aucune accumulation de capital en dehors de quelques points de concentration qui doivent leur prospérité à la ponction d’un grand nombre de miséreux. Bref, c’est la misère !

En Europe, au cours du XVII et XVIIIe siècle a lieu une révolution agricole qui aura raison de ce cercle vicieux. Elle commencera par les zones les plus alphabétisées, aux Pays-bas, dans le Nord de la France, la Normandie, les Flandres, …

Elle va consister à sortir du cercle vicieux par une gestion plus rigoureuse de la fertilité minérale, la culture des fabacées (qui fixent l’Azote) fourragères en lieu et place de la jachère travaillée (jachère qui consiste à labourer le sol entre 3 et 6 fois dans l’année pour éliminer les légions de mauvaises herbes qui s’y trouvent, sans rien récolter), à chauler les terres acides (pour que les fabacées puissent y réussir elles ont besoin d’un pH proche de la neutralité), à enclore de haies vives les parcelles pour se protéger des voraces troupeaux voisins.

L’arbre revient, la fertilité minérale augmente, les rotations plus longues et plus diversifiées associées à du matériel mieux pensé limitent la prolifération des mauvaises herbes, la productivité du travail augmente, la productivité par ha double ou triple. Tout ce qu’on appelle  » l’agriculture familiale traditionnelle  » en France c’est ça, et c’est très récent en fait car il faut attendre la fin du XIXe siècle pour que ça couvre une bonne partie du territoire français. Le « bio » ne fait que revisiter (assez superficiellement) cet héritage qui nous a donné, entre autres, les fameux bocages (ils n’existaient qu’en quelques points d’Europe auparavant).

Mais même ce système n’est pas franchement durable, notamment parce qu’il ne garantie pas suffisamment de l’érosion. Il est probablement moins durable que le défriche-brûlis initial.

Avec l’arrivée des tracteurs et l’agrandissement des exploitations (explosion de la productivité du travail) les haies se sont trouvées être des obstacles sans contre-partie économique, et leur usage en clôture n’avait plus lieu d’être. La raison principale de la régression du bocage c’est qu’une haie oblige le tracteur à faire plus de demi-tours, ça va pas plus loin que ça.

Sinon, en raisonnant uniquement sur la production par ha la haie est bénéfique, elle permet d’augmenter les rendements de l’ordre de 10 à 30% par ralentissement de la vitesse moyenne du vent au niveau du sol. Une intensification en main d’oeuvre pourrait donc motiver à replanter des haies pour augmenter les potentiels de rendement, avec en prime une production de bois pas négligeable (mais aujourd’hui le bois de feu n’a pas beaucoup de valeur et il demande pas mal de matériel et de temps de travail pour être exploité).

En ce qui concerne les associations d’espèces, les potentiels de gain de rendements en conventionnel sont proche de 0 en dehors de quelques espèces marginales à faible potentiel de rendement (lin graine, pois chiche, lentille, …). En bio l’association de fabacées à graine avec des céréales permet jusqu’à un certain point de palier à la carence chronique en Azote mais demande un effort de triage important pour séparer les différentes espèces après la récolte, si bien que les associations en bio partent en majorité en alimentation animale (bio).

Par contre l’association d’espèces dans le temps (la rotation) permet d’augmenter les rendements, de manière très variable d’une espèce à l’autre et d’une rotation à l’autre. Le colza par exemple valorise très bien les temps de retour longs (mais c’est rarement le cas), le blé perd 10 ou 15% de son potentiel en suivant un blé (mais une année ou deux sans blé suffit à retrouver le potentiel initial), le pois est en ce moment touché par une maladie très sévère dans les terres qui l’ont souvent vu (il devient ensuite incultivable pour au moins 10-20 ans), … c’est donc du cas par cas.

Globalement il faut retenir qu’on n’est pas passé à coté d’un miracle, des choses sont possibles mais il ne faut pas s’attendre à changer la face du monde avec une technique incroyable de derrière les fagots ^^

Et d’un point de vue géopolitique la production de blé est absolument essentielle, car le Maghreb, l’Égypte, la Syrie, etc, dépendent des exportations françaises et russes de blé. La dernière fois que la Russie a eu une très mauvaise année c’était à la veille des « printemps » arabes en 2010.

La garantie d’un approvisionnement constant en blé dans cette partie semi-désertique à la démographie galopante est essentielle pour le maintien de la stabilité politique.

La production de biocarburants est une infamie probablement volontaire, autrement stupide, car elle ne génère que des volumes insignifiants tout en mettant une pression énorme sur le marché des matières premières agricoles. Il n’est donc pas impossible que les pays qui dépendent de ces marchés soit les cibles de cette politique.

Kevin29/04/2017 11:36

Merci Madudu pour ces explications très pointues :)
A propos du Brésil, le même procès est fait à l’Indonésie et à la Malaisie, qui en plus, eux, déforestent en brûlant tout, causant une pollution atmosphérique catastrophique.

A propos de rendement par ha, j’avais entendu parler de multi-culture, ie: faire pousser 3 espèces au lieu d’une sur une surface. Pour que ce soit interessant, il faut que ces espèces ne soient pas en concurrence, mais au contraire en symbiose (l’une protège l’autre en lui faisant de l’ombre, en repoussant des parasites, etc.). J’ignore totalement si le gain de rendement est significatif…

Et à propos de géopolitique, le lien est ténu mais existe: par exemple l’approvisionnement en nourriture peut être comparé à l’approvisionnement en matières premières, et une disette peut fortement destabiliser une région (holodomor ukrainien, chine, puis corée, corne de l’afrique…)

Alaric29/04/2017 11:29

Je sais bien que le développement économique passe partout par les mêmes effets sur l’environnement , et je n’ai certainement pas l’hypocrisie de reprocher aux brésiliens de faire ce que nous avons fait (d’ailleurs je ne suis même pas de sensibilité écolo ) , je m’interroge surtout sur la présentation des agrocarburants comme une panacée économique, notamment au brésil et en afrique

Madudu29/04/2017 10:27

Partout où en l’absence d’homme la forêt pousse l’agriculture prend la place de la forêt, ce n’est pas seulement le cas au Brésil.

C’est aussi le cas dans la totalité de l’Europe, dans les 3/4 de l’Afrique, dans la quasi-totalité de l’Asie, dans une bonne moitié des US, dans une bonne partie de la Russie, etc.

Et quand l’agriculture ne prend pas la place d’une forêt elle prend la place d’une steppe ou d’une formation intermédiaire entre la steppe et a forêt (steppes boisées de Sibérie, savanes africaines, …), ce qui revient à peu près au même en terme d’impact écologique.

C’est un procès fort discutable que celui que l’on fait au Brésil, car ce qu’ils font nous l’avons tous fait. Leur jeter la pierre parce qu’ils sont parmi les derniers à la faire est au mieux déloyale.

Alaric29/04/2017 08:44

Vous allez sans doute me trouver trop insistant , mais le Brésil , n’est ce pas aussi ce pays ou on rase des milliers d’hectares de forêt vierge pour faire pousser des plantes qui serviront de biocarburant (aberration écologique il me semble ? )

Observatus geopoliticus29/04/2017 01:47

Merci, cher Madudu, pour ces éclairages très poussés. C’est aussi l’aspect attractif du blog : vous êtes nombreux à être spécialistes dans vos domaines respectifs et chacun peut apporter ses lumières, même si ça n’a parfois pas trop de rapport avec la géopolitique ^^
Bien à vous

Madudu29/04/2017 01:24

*règne végétal

(désolé pour le mauvais placement du message)

Euclide27/04/2017 13:17

Comme mon post est parti trop vite, je reprends mais pensée synthétique.
En France ou en Europe , le pb n’est pas plus de croissance ou plus de puissance ( merci l’Allemagne) mais qu’elle croissance voulons nous compte tenu d’une forte démographie de la planète ( actuellement 6 ou 7 milliards d’individus et bientôt 9) ainsi que l’épuisement des ressources naturelles .
Donc la pensée d’Alexandre Douguine n’est pas si idiote que çà , voir à ce sujet le site hâchemmmmmment intellectuel : Philitt.
En tant qu’individu doué d’intuition, je rejoins le contributeur Theuric sur ce point ( si il revient). Nous supposons qu’une partie de la population mondiale va disparaître, cette théorie économique s’appelle la Malthusianisme.
Pour en revenir à la Russie. La Russie a vocation à sauver l’Europe occidental.

Madudu29/04/2017 00:13

Alors alors ! ^^

À bagage technique équivalent (engrais, variétés, mécanisation, -cides, compétence de l’agriculteur, etc) une intensification en main d’oeuvre (plus d’heures travaillées par hectare ou, plutôt, moins d’hectares par unité de main d’oeuvre) doit effectivement conduire à une augmentation de la productivité (par hectare) et une diminution de la productivité du travail (par heure travaillée).

Mais le gain que l’on peut espérer est assez faible, voir nul si le contexte n’est pas propice à de hauts rendements, comme c’est le cas dans la moitié Sud de la France.

Le gain en productivité viendra de ce que l’agriculteur aura plus de temps pour effectuer les semis et les passages de -cides aux moments optimaux, qui représentent des fenêtres de tir souvent réduites (quelques jours en général). Mais ces passages de -cides (notamment les fongicides en blé) sont d’autant moins nombreux et efficaces que le potentiel de rendement est faible, et augmenter l’efficacité d’un petit nombre d’interventions relativement peu efficaces n’apporte pas grand chose au final.

En bio (sans -cides vraiment efficaces et bon marché) une intensification en main d’oeuvre relativement au conventionnel est une nécessité du fait de la pratique des désherbages mécaniques, beaucoup plus long à effectuer que des passages de pulvérisateurs. À cela il faut ajouter que souvent la grande culture sans engrais chimique a besoin d’un élevage de ruminants pour disposer d’un minimum d’engrais, et l’élevage ça mobilise énormément de main d’oeuvre pour une productivité du travail souvent dérisoire, ainsi que de vastes surfaces destinées à la nourriture du bétail.

Donc en bio à l’échelle d’une exploitation les surfaces en grains sont moins importantes (à cause des surfaces en fourrages) et la productivité par hectare est beaucoup plus faible (2 fois inférieure au conventionnel en moyenne pour le blé). Au final la productivité du travail est très inférieure, d’où le label qui garantie des prix de vente beaucoup plus élevés pour une qualité technologique souvent moindre.

Si on creuse un peu on trouvera même que le bio en France dépend du conventionnel dans ses approvisionnements en divers engrais et amendements, de manière directe (une partie des pailles de céréales pour litière, des semences, …) ou indirecte (fumiers compostés issus d’élevages labels rouges par exemple). On aurait donc plutôt tendance à sur-évaluer les performances du bio en France que l’inverse.

En bio intensifier en main d’oeuvre peut générer des gains de productivité mais de manière plus marginale encore qu’en conventionnel, et contrairement au conventionnel le principal facteur limitant c’est la disponibilité en engrais. En bio les cultures sont toutes plus ou moins limitées par la disponibilité en minéraux (en Azote surtout), et pour ça la main d’oeuvre ne sert pas à grand chose.

Si les surfaces cultivées en France nourrissent relativement peu d’homme au regard de ce qu’elles produisent c’est parce qu’elles nourrissent des populations absolument gigantesques d’animaux destinés à produire viande, lait et oeufs. Le plus gros de la marge de manoeuvre est là.

Mais on produit énormément, il ne faut pas se tromper là-dessus. Pour donner un ordre de grandeur, c’est à peu près 6 ou 7 fois les rendements de la fin du XIXe siècle en blé.

Maintenant si on se projetait dans un monde raisonnable où l’on donne à l’agriculture des objectifs en rapport avec les enjeux, une intensification en main d’oeuvre pourrait accompagner l’adoption de nouveaux bagages techniques très différents et très intéressants.

Ce serait un projet passionnant à n’en pas douter, mais ce projet n’existe pas en dehors de mouvements autonomes qui peinent à trouver oreille attentive auprès des décideurs et des chercheurs (qui s’approprient les innovations plus qu’autre chose en plus ^^). Leur portée est limitée en l’état actuel des choses mais ils avancent dans des directions prometteuses.

Pour ceux qui s’y intéressent vous pouvez aller par exemple sur

http://agriculture-de-conservation.com/

Sinon pour répondre à Alaric, aujourd’hui et depuis quelques décennies les plus à la pointe de l’agronomie ne sont pas toujours les occidentaux. Le Brésil par exemple est le berceau d’une révolution technique et même conceptuelle qui nourrit des vagues de nouvelles pratiques en milieu tropical comme tempéré.

Et il existe une gamme d’une variété probablement inattendue en matière de moissoneuse-batteuses spécialement adaptées au riz, ne croyez pas que ce soit un petit monde que celui du matériel agricole :)

En plus le riz se récolte la paille verte, donc il est intéressant de disposer de conceptions plus spécifiques que pour des récoltes à pailles sèches (quand c’est vert ça bourre vite et ça ne bat pas aussi bien).

Kevin28/04/2017 17:18

Bonjour à tous,
Tout d’abord je trouve vos exemples très bien choisis (Mc Do à Pekin et sabots). J’ajouterai que l’agriculture moderne est la plus efficace en terme de main d’oeuvre (1 agriculteur avec ses engrais, son tracteur, ses pesticides, etc.) peut nourrir des centaines de personnes. Elle est en revanche la moins efficace en terme de surface: 1 ha de monoculture nourrit un nombre ridiculement bas d’humains. Elle est aussi très gourmande en eau et en pétrole, et désastreuse À long terme: appauvrissement et érosion des sols, resistance des « nuisibles » aux pesticides (Darwin explique cela très bien), fragilité aux catastrophes naturelles (cf. cette année: un coup de gel en Avril et tout crève), etc. C’est donc très facile d’augmenter les rendements en fonction des surfaces cultivées, simplement en ajoutant de la main d’oeuvre. Haa, si seulement on avait 10% d’oisifs parmi les gens en âge de travailler ;-)
Il y a quelques experts en agriculture parmi les lecteurs de ce blog qui avaient redigé des commentaires passionants sur la fertilité des terres cultivées ukrainiennes, j’aimerais bien qu’ils se manifestent à nouveau sur ce sujet :)

Observatus geopoliticus28/04/2017 16:48

J’avais bien compris, cher Alaric, mais je maintiens que l’inévitable modernité et développement technique ne sont pas un signe d’occidentalisation.
Le walkman a été inventé par les Japonais et a profondément modifié les comportements de la terre entière (bulle d’isolement, musique personnelle etc.) Pourtant, personne ne parle d’orientalisation ou de japonisation du monde !
Pourquoi alors parler d’occidentalisation quand on évoque la mécanisation de l’agriculture ?
Il y a là un réel ethnocentrisme occidental qui considère que la reprise de ses inventions par les autres est une preuve éclatante d’occidentalisation mais qui refuse la réciproque quand le chemin est inverse. Qu’un McDonald ouvre à Pékin et voilà une nouvelle preuve d’occidentalisation. Que, dans le même temps, dix restaurants chinois ouvrent à Washington et il ne viendrait à l’idée de personne (à juste titre d’ailleurs) de parler d’orientalisation. Allez y comprendre quelque chose…

Alaric28/04/2017 14:08

En fait j’utilisais ces mots comme symbole des techniques importées d’occident qui se sont répandues partout et ont radicalement modifié les modes de vie locaux . (Il me semble tout de même qu’il existe des moissonneuses batteuses spécialement conçues pour le riz )

Ce qui m’embêtait dans le message de pendule, c’est que je crois y retrouver (à tort , peut être ) cette tendance à condamner l’occident pour tous les maux de la planète là où il me semble que tous les états ont peu ou prou adopté sa manière de fonctionner (capitalisme et forte dépendance technologique ) .

Et c’est d’autant plus frappant que Pendule l’applique à un exemple , l’agriculture et l’indépendance alimentaire, qui je pense est très fortement dépendant des techniques « modernes  » pour assurer la subsistance des millions, voir milliards d’habitants de chaque pays .

Supprimez le pétrole , les engrais, la mécanisation, la sélection scientifique des semences , etc et je pense qu’il n’y aura pas que l’occident qui sera embêté pour maintenir son mode de vie et sa population .
Pendule sous entend qu’il existe d’autre modèles , je demande lesquels car je ne les vois pas (par ethnocentrisme ? )

Je précise que ce n’est pas par fierté que je fais ces remarques, c’est par curiosité scientifique ^^

Bien à vous également

Observatus geopoliticus28/04/2017 11:32

@Alaric
Une fois n’est pas coutume, en total désaccord avec vous.
D’abord, votre exemple est particulièrement mal venu, cher Alaric : le riz n’a besoin d’aucun tracteur et de peu d’engrais. La riziculture existe depuis des millénaires et est apparue à une époque où l’Occident vivait encore dans des grottes.
Mais plus généralement, il ne faut pas confondre modernité et occidentalisation. Si une nouveauté créée en Occident qui se répand dans le monde est considéré comme une occidentalisation, alors il faut d’urgence parler d’orientalisation ou de sinisation à chaque fois que vous écrivez sur du papier, qu’un gamin fait sauter un pétard ou qu’un règlement de compte à la mitrailleuse a lieu en Corse (papier, poudre apparus en Chine).
L’exemple de Yom est excellent : « Les chinois n’abandonnent pas leurs sandales traditionnelles pour adopter les sabots traditionnels de nos campagnes occidentales ».
Bien à vous tous

Yom28/04/2017 09:27

En complément de ce que souligne Alaric, il me semble qu’il est douteux d’assimiler « ethnocentrisme occidental » et modèle (technologique) occidental.

L’occident n’exporte pas tant sa culture que ses techniques. Plus généralement, il me semble que c’est en occident qu’à perçé en premier la modernité technique, avec une succession de révolutions industrielles allant de la machine à vapeur à la puce électronique et maintenant les biotechnologies.

Cette vague de modernité tend à balayer les cultures traditionnelles dans le monde, certes, mais ni plus ni moins que cela a déjà été le cas en occident. Pour donner un exemple, les chinois n’abandonnent pas leurs sandales traditionnelles pour adopter les sabots traditionnels de nos campagnes occidentales. Ils abandonnent leurs sandales traditionnelles pour des chaussures industrielles comme nous avons abandonné nos sabots depuis quelques générations déjà.

Alaric28/04/2017 05:14

@ Pendule
 »
L’ethnocentrisme occidental considère que le monde ne peut fonctionner que sur un modèle unique qui est la leur »

Pouvez vous m’expliquer comment l’inde ou la chine pourraient nourrir leur population sans les techniques importées d’occident ? (tracteurs, engrais … )
Quel est le modèle alternatif qui permettrait de faire vivre 15 milliards d’humains ?

Observatus geopoliticus27/04/2017 22:39

@ Vu de Varsovie
« Regardez leurs riches, dès qu’ils en ont les moyens, ils virent dans un luxe ostentatoire et très américain »
>>> Depuis quand quelques oligarques sont-ils représentatifs de tout un peuple ?
Vous m’avez l’air bien péremptoire sans apporter beaucoup d’arguments…

fb6727/04/2017 20:38

@Pendule de Newton

Merci de cette mise au point!

Pendule de Nwton27/04/2017 17:39

Permettez moi d’intervenir sur ce sujet très débattu mais mal présenté afin de défendre certains intérêts.
1) Le lien croissance démographique-besoin en nourriture ou épuisement de ressources ne résulte que si l’on se place dans une analyse capitalistique actuelle car la production peut nourrir 02 fois la population mondiale si on se penche sur les chiffres de la FAO petit extra
http://www.lepoint.fr/environnement/nous-pourrions-nourrir-deux-fois-la-population-mondiale-et-pourtant-09-09-2014-1861529_1927.php
Dans une approche de profit, vous produisez pour vous enrichir au-delà de votre coût de production mais par rapport au degré d’utilité ou d’attente du consommateur (produire à 100 et cherchez un bénef de 1000 sans logique économique)
2) Il y a assez de place sur cette terre pour plus de 15 milliards d’habitants, la seule question repose sur la répartition- la concentration-les considérations frontalières et pire la capacité des pays à produire sain et adapter à l’évolution de la population. Or d’une approche basée sur une exportation pour importer les produits de consommation in fine vous poussez vers une démographie quelque soit sa croissance à devenir explosive.
3) Revenons au Malthusianisme, au texte original de Malthus et non aux interprétations loufoques et travesties selon les intérêts des centres de pouvoir. Malthus considère que la paupérisation de la population et l’incapacité de la société à créer des possibilités de travail pour la population ne peut conduire qu’à faire un choix : soit les réduire ou les laisser prospérer jusqu’à détruire la société. Malthus siégeait avec David Ricardo et avaient une vision de la société avec des lunettes de privilégiés.
L’Angleterre de l’époque sortait de l’enclosure et avait pousser des milliers de fermiers à s’orienter vers les villes sans qualification. Cette période est une époque de transition économique et l’on ne peut pas en faire une constante.
4)Les sociétés or modèle occidental, comme en Asie-l’Amérique du sud ou l’Afrique n’ont jamais souffert de malthusianisme.
L’ethnocentrisme occidental considère que le monde ne peut fonctionner que sur un modèle unique qui est la leur. Avec des lunettes occidentales, tout s’effrite et tout s’effondre, cependant ce n’est que l’occident qui vit cela.
Bien à vous

Charles Michael27/04/2017 15:46

Bonjour Euclide,
De mon point de vue, un des grands intérets de la géopolitique est l’éclairage donné aux réflexions prospectionistes. Une suite de faits qui correctement évalués, placés dans une série causale, plus ou moins acceptée, dévoile des intérets récurrents, comme de petits cailloux traçant une direction.
Les facteurs historiques, géographiques et spirituels, j’y viens, y ont bien sur leur part.

L’imbroglio Syrien tout à fait d’actualité illustre parfaitement cette complexité.

Mais il se place, toujours de mon point de vue, surtout dans une confrontation pour le controle des sources énergétiques. La résurgence de l’Islam fait suite à la révolution des Mollahs Iraniens, le régime Wahabiste est une réaction, rappellez-vous les émeutes graves à la Mecque.

Le pouvoir religieux, des shamans, des augures, des Livres Sacrés, peut-être vu comme une lutte de l’intelligence, l’esprit humain, contre la force brutale. Un contre-pouvoir qui en se banalisant dans l’accession au pouvoir , local mais à vocation universaliste, va créer sa propre force souvent d’ailleurs appuyée et ou appuyant une force physique dominante.
J’ai tendance à ranger le marxisme dans cette catégorie: religion matérialiste mais avec par conséquent une date de péremption.

Depuis au moins Copernic le pouvoir de l’esprit religieux s’est trouvé confronté à une branche scientifique, elle-même évoluant vers le techno-scientifisme. C’est ce qui fonda les premières grandes colonisations européennes hors Europe.

Par ailleurs j’ai put observer à quel point les mêmes dogmes religieux sont suivis et ritualiser de façons différentes dans chaque pays, parfois même dans chaque région. Le pouvoir spirituel étant alors adapté aux besoins et circonstances locaux.

Briévement la matière est bien finie. Dans les années 70 nous avons le Pic de production pétrolière aux USA (prévue par l’ingénieur Hibbert en 56), le best seller Limite de la Croissance, les prévisions d’un chercheur Hongrois prévoyant une population de seulement 1,400 milliards d’habitants survuvant en 2100, le premier choc pétrolier (pénurie fictive certes mais prix en hausse tout à fait réel), l’abandon de l’étalon Or, chomage et délocalisation, fin des 30 glorieuses, globalisation… effondrement du Régime Soviétique et guerre évitables donc de choix.

C’est déjà bien long, j’arréte là.

michel27/04/2017 14:38

La Russie est amie avec la France, et de longue date. Les vicissitudes des erratiques gouvernants, ont sans doute égratignés ^ » les codes..

Vu de Varsovie27/04/2017 13:38

Ne surestimez pas la spiritualité des Russes. Regardez leurs riches, dès qu’ils en ont les moyens, ils virent dans un luxe ostentatoire et très américain. Cette spiritualité n’est peut-être qu’une sorte d’enfumage pour se démarquer de l’occident ?

Euclide27/04/2017 12:56

Bonjour Vu de Varsovie
Ma pensée n’est pas aboutie parce que je butte sur une définition de la spiritualité religieuse ainsi pourquoi l’ Occident est en perte de sporitapuisque vous évoquez Alexandre Douguine
En ce qui concerne l’angle géopolitique; la Pologne joue la carte de l »américanisme en particulier dans son armement en espérant souscrire une assurance-vie avec le States.

Observatus geopoliticus27/04/2017 22:40

@ Vu de Varsovie
C’est quoi exactement « l’américanisme » ?

Vu de Varsovie27/04/2017 13:15

@ Euclide
Presque toute l’Europe centrale s’est mise à l’américanisme après la chute du mur de Berlin, pour les raisons que vous devez connaitre. Il y a eu une période de détente entre 2009 et 2012 : Tusk (alors premier ministre) et Poutine avaient multiplié les ouvertures (malgré le crash de Smolensk). Pour la petite histoire, récemment une note du Bureau de Sécurité Intérieure (BBN) a fuité : en 2012 il était recommandé de considérer la Russie comme pilier de la sécurité en Europe. Une réconciliation était en marche, mais les évènements en Ukraine ont de nouveau changé la donne.

michel27/04/2017 12:41

Bonjour,

Merci pour éclairer cette zone oh combien sensible.. Je me pose la question de ce qu’aurait pu imaginer le Général Kosciuszko sur la « saga » du démembrement de la Pologne!
La Roumanie risque de connaître pire que sous l’emprise de la securitate..
Haut les coeurs!

Vu de Varsovie27/04/2017 12:29

La russophobie en Pologne mérite un commentaire. Pour le contexte, je suis né dans ce pays et y vis depuis plus de 40 ans (sans compter des parenthèses étudiantes qui m’ont permis d’apprendre votre belle langue et la pratiquer au quotidien dans mon travail).

Au niveau local, les relations avec les Russes se passent plutôt bien. Toute l’année les ressortissants de Kaliningrad viennent dans les communes limitrophes faire leurs emplettes et séjourner dans les SPA de Mazurie (article intéressant ici : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/kaliningrad-tete-de-pont-russe-en-europe_1900187.html). L’été ce sont des Moscovites (limousines immatriculées « 777 ») qui transitent par la Pologne et font halte dans les hôtels et centres commerciaux. Beaucoup de commerçants polonais se sont mis au diapason et proposent un accueil en russe.

Pour en venir à la « phobie », évidemment elle existe. Pas dans le sens de haine ou de mépris, mais plutôt de crainte qui, à mon avis, concerne exclusivement le pouvoir russe. Il y a les raisons historiques, mais aussi les développements récents avec, notamment, le gain en notoriété de mouvements eurasistes influencés par les idées d’Alexandre Douguine. Je me demande si OG a lu les Théories Politiques de ce dernier ? En gros, Douguine juge inconciliable le matérialisme occidental avec la spiritualité orientale. Il combine allègrement les questions religieuses à la géopolitique et considère le christianisme orthodoxe comme supérieur au catholicisme ou protestantisme. Certains de ses détracteurs vont même jusqu’à qualifier ses écrits de « Mein Kampf » en pire…

Au sujet de la Pologne, Douguine la considère comme une « aberration historique », car c’est un pays slave, catholique, et pro-occidental avec ça. Il appelle officiellement ses partisans polonais à encourager les mouvements païens, communistes, néonazis, francs-maçons, et tout ce qui s’oppose au catholicisme. Il propose aux Polonais de choisir une voie byzantine (sic !) plutôt que matérialiste, et ne s’en cache même pas dans ses interviews à la presse polonaise… Comme la Pologne n’est pas prête de se détourner massivement du catholicisme, elle serait vouée à disparaitre dans la vision douguinienne d’un continent uni de Lisbonne à Vladivostok (une idée séduisante soi-dit en passant).

Ces élucubrations pourraient être attribuées à un philosophe original, si ce n’est que les théories de Douguine sont enseignées dans les universités et une bonne partie des Siloviki russes y adhèrent. Sauf changement de pouvoir en Russie, on est donc loin d’une réconciliation, à l’image de la réconciliation polono-allemande du début des années 90.

Observatus geopoliticus27/04/2017 22:45

@ Vu de Varsovie
La russophobie polonaise n’est pas une simple « crainte », c’est un délire sans nom. Quand on en vient à penser que Moscou a créé Daech ou est responsable du conflit syrien, il faut aller se faire soigner. C’est pourtant le genre d’imbécilités qu’on retrouve quotidiennement en Pologne, dans les journaux, les conversations…
Il convient de ne pas sur-représenter le poids de Douguine dans les cercles de pouvoir russes. Raspoudouguine a été assez déçu ces dernières années de ne pas avoir été pris en compte dans les décisions russes.

.

Observatus geopoliticus26/04/2017 11:33

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