Vers où Va-t-on ?:Guerre Hybride 8. L’Afrique australe est-elle sur le point d’être secouée

Guerre Hybride 8. L’Afrique australe est-elle sur le point d’être secouée ?
Article original de Andrew Korybko, publié le 17 Février 2017 sur le site Oriental Review
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Hybrid Wars 8. South Atlantic Africa

Considérée comme un bastion de la paix et de la stabilité du continent depuis le début du siècle, la partie sud de l’Afrique revient une fois de plus sous les projecteurs de l’attention mondiale. Les autorités zimbabwéennes ont prétendu que les ambassades américaines et françaises étaient derrière la dernière révolte de type Révolution de couleur dans le pays, affirmant que leurs ambassadeurs ont même rencontré le nouveau dirigeant du mouvement, le pasteur Evan Mawarire, avant qu’il ne commence sa campagne. Cette accusation est reprise par le leader régional, l’Afrique du Sud, qui a décrit le dernier tumulte comme des « éléments commandités en quête de changement de régime ». Si les États-Unis réussissent dans leur complot de Révolution de couleur, l’effondrement d’un Zimbabwe résistant à et défiant l’Empire pourrait être le fil conducteur pour mettre en marche automatiquement une séquence pré-planifiée d’autres déstabilisations qui pourraient se répandre rapidement dans les pays voisins. Cela ramènerait le sud de l’Afrique aux temps des conflits de la Guerre froide en le transformant de façon inattendue en champ de bataille de la Nouvelle Guerre froide.

Une cible irrésistible

Harare a toujours été très proche de Moscou et surtout de Pékin, et cette relation trilatérale n’a fait que s’intensifier au cours des deux dernières années. La Chine a déclaré ouvertement que l’Afrique est un domaine prioritaire de sa politique étrangère et que ses relations avec le continent font partie intégrante de sa croissance économique durable du XXIe siècle. Les 4 milliards de dollars que le président Xi a promis au Zimbabwe au cours de sa visite de décembre 2015 devraient constituer la pierre angulaire de leurs futures relations et apporter des avantages tangibles pour la Chine, conformément à sa grande stratégie africaine. La Russie, tout comme la Chine, a également fait de nombreux investissements dans l’État du centre-sud de l’Afrique, bien qu’elle se concentre davantage sur les minerais et le matériel militaire que sur l’économie du secteur réel. Pourtant, lorsqu’ils sont pris ensemble dans le contexte complémentaire du partenariat stratégique entre la Russie et la Chine, les intérêts combinés de Moscou et de Pékin au Zimbabwe en font une cible irrésistible pour la campagne clandestine de Washington.

De manière plus générale, la région de l’Afrique australe est connue à l’échelle internationale pour avoir les réseaux d’infrastructure les plus développés – un élément clé de la vision globale de la connectivité de la Chine One Belt One Road – et une main-d’œuvre relativement qualifiée par rapport au reste de l’Afrique, ce qui explique pourquoi de nombreuses entreprises s’appuient sur cette partie du continent comme point d’accès. Le niveau élevé de connectivité physique entre les États d’Afrique australe signifie que les personnes et les produits peuvent se déplacer facilement dans la moitié inférieure de la Communauté de développement de l’Afrique australe et que cela peut être une aubaine pour les entreprises. Alors que ce pourrait l’être, cela comporte également intrinsèquement des risques très graves au niveau de la sécurité si quelque chose de dangereux se passe dans un de ces États et que des insurgés et des armes commencent à se déplacer autour des frontières. En raison de l’importance économique que de nombreux acteurs mondiaux attachent à l’Afrique australe – la Chine d’abord et avant tout – et le risque réel qu’ils puissent tous être affectés négativement par une opération de changement de régime dirigée par les Américains au Zimbabwe, il est pertinent d’analyser la situation en profondeur et de pronostiquer certaines de ses conséquences les plus probables.
Nouvel année, même stratégie
Les souffrances économiques et politiques du Zimbabwe ne sont pas nouvelles, et leur manifestation actuelle est en fait l’évolution d’une politique d’hostilité que les États-Unis ont pratiquée contre ce pays depuis plusieurs années. De la mise en œuvre des sanctions au début des années 2000 à la première tentative de Révolution de couleur en 2008, les États-Unis ont tenté de saper le président Mugabe à la fois pour déstabiliser un leader multipolaire et en raison de l’effet de contagion régionale que l’instabilité d’un effondrement de l’État zimbabwéen pourrait déclencher. La guerre économique contre le pays a été responsable des taux d’hyperinflation historiques de 231 millions de pourcents à la fin 2008. Ce timing n’était pas une coïncidence. L’inflation s’est multipliée de façon exponentielle à la veille des élections générales de mars de cette même année, dont le deuxième tour s’est finalement tenu en juin. Les difficultés économiques que les Zimbabwéens ont dû éprouver ont été fabriquées par les États-Unis dans le but de casser le soutien de la population au gouvernement.

Le rival de l’opposition Morgan Tsvangirai n’a finalement pas réussi à renverser le gouvernement, bien que Mugabe ait finalement dû concéder une forme de régime aménagé en le nommant Premier ministre. Ce poste a été spécialement créé pour faire face à la crise de Révolution de couleur et il a été supprimé immédiatement après la fin du mandat de ce pantin américain. Pendant cette période de quatre ans, les États-Unis espéraient utiliser Tsvangirai pour affaiblir le gouvernement de l’intérieur et subvertir sa souveraineté en appliquant des plans pour intégrer le Zimbabwe dans l’ordre mondial multipolaire émergent. Il est clair que les États-Unis mènent une guerre asymétrique contre le Zimbabwe depuis des années déjà, et en fait, bon nombre des leçons apprises tout au long de cette opération fastidieuse ont aussi été appliquées récemment au Venezuela. En outre, les troubles révoltants qui bouleversent le pays sud-américain à l’heure actuelle se sont avérés être des leçons précieuses pour les révolutionnaires de couleur au Zimbabwe, démontrant encore un autre exemple de continuité interconnectée dans l’approche adaptative indirecte des États-unis pour le changement de régime ou la Guerre hybride.
Timing parfait
Le dernier épisode de violence de la Révolution de couleur était évidemment préparé depuis un certain temps, mais les deux événements qui ont motivé son commencement sont les signes d’une lutte de pouvoir interne au sein du parti au pouvoir, le ZANU-PF et de l’âge avancé de Mugabe. Le président lui-même a eu à traiter ces rumeurs à plusieurs reprises au cours de la dernière année, en réprimandant ses supposés « alliés » pour comploter déjà sur ce qu’ils feront une fois qu’il sera finalement mort. La rumeur populaire colporte que c’est sa femme Grace qui va prendre les rênes et continuer l’héritage de son mari, mais Tsvangirai s’est déjà positionné contre sa possible candidature et a chauffé ses partisans pour s’opposer à elle si elle choisit de se lancer. Avec une telle incertitude politique dans l’air et une économie encore en détresse, les États-Unis ont vu l’occasion structurelle parfaite pour frapper de manière asymétrique l’État zimbabwéen et ainsi redoubler les efforts de leurs révolutionnaires de couleur pour la bataille à venir.
Coordonner la révolution colorée
Religion
Comme cela a été fait au cours des deux dernières années pour miner les gouvernements ciblés, les États-Unis utilisent une approche syncrétique pour rassembler une foule aussi diversifiée que possible pour participer à la révolution de couleur au Zimbabwe. La figure de proue que les États-Unis ont conçue pour mener publiquement cette campagne est le pasteur Evan Mawarire. Ils ont délibérément choisi un représentant religieux afin de capitaliser sur la piété qui imprègne la population du pays. Mawarire vient d’être arrêté par les autorités pour incitation à la violence, mais les États-Unis ont probablement prévu cet événement et ont beaucoup de plans de sauvegarde pour exploiter la position « officiellement religieuse » de leur mandataire pour le transformer en martyr de la Révolution colorée autour duquel les foules anti-gouvernementales et leurs soutiens au niveau des gouvernements occidentaux peuvent se rassembler.
Économie
De plus, la plupart des personnes qui s’organisent contre le gouvernement ne le font pas pour des raisons explicites de changement de régime, mais plutôt pour protester contre la détérioration des conditions économiques du pays et les allégations de violence policière. À vrai dire, ils sont probablement bien conscients de la façon dont leur participation nourrit ce scénario, mais parce qu’ils ne l’annoncent pas publiquement, ils sont capables de se cacher derrière un mince éventail de « dénégation plausible » quand ils sont accusés d’être les « idiots utiles » des États-Unis. Il est vrai que le gouvernement lui-même est responsable de mal gérer une partie de l’économie du pays en réaction à l’agression pernicieuse des États-Unis contre lui, et Mugabe a commis une grave erreur dans son plan de réforme agraire de 2000 qui a fini par détruire le secteur agricole du Zimbabwe. Les incidents en eux-mêmes ne devraient normalement pas justifier le lancement d’un mouvement de « protestation » violent des années après leur première apparition.

Ce qui est plausible, ce n’est pas que certains Zimbabwéens ont eu une réaction à retardement de plusieurs années sur la situation de leur pays, mais que ces « protestations » sont conçues par les États-Unis comme la forme finale de guerre économique contre le pays pour pousser ce système fragile au delà du point de rupture et dans une dynamique d’effondrement. La « journée de prise de recul », comme on a appelé la première protestation thématique au début de la campagne, a été plus une grève nationale qu’une protestation. Elle était censée exacerber instantanément les turbulences économiques du pays et amener la société à bloquer l’économie, pour, comme le suggère le raisonnement, attirer plus de gens insatisfaits dans la rue et à se joindre au mouvement antigouvernemental en plein essor dont les médias occidentaux prétendent qu’il s’est créé « organiquement » en réponse à la situation économique. En outre, cette forme sournoise de guerre civile économique déclenchée depuis l’extérieur (l’organisation stratégique américaine de grèves contre leur propre économie) avait également l’arrière-pensée de provoquer les autorités à une réponse physique qui aurait pu alors être utilisée pour générer intentionnellement une analyse trompeuse des médias et à son tour induire une hostilité anti-gouvernementale supplémentaire parmi les masses alimentant le mouvement de Révolution colorée.
Militaire
La cerise sur le gâteau et le véritable multiplicateur de pouvoir dans toute cette opération n’est pas l’affiliation religieuse de la Révolution de couleur ou la guerre civile économique que les États-Unis ont tenté de provoquer, mais le fait que certains vétérans de la lutte indépendantiste ont retiré leur soutien à Mugabe et militent activement pour son renversement. Le secrétaire général de l’Association des anciens combattants de la guerre de libération du Zimbabwe (ZNLWVA), Victor Matemadanda, a déclaré que « Tsvangirai pourrait être un meilleur ennemi parce qu’un ennemi défini est un ennemi que vous connaissez, mais un prétendant est plus sérieux et dangereux et il peut détruire n’importe qui. » Il parlait de la faction influente du G40 au sein du parti au pouvoir de la ZANU-PF. Certains commentateurs croient à leur ascension vers le pouvoir à la suite du décès de Mugabe, mais le fait saillant de sa déclaration est qu’il planifie ouvertement de travailler avec l’agent d’« opposition » pro-américain pour manœuvrer ses forces dans une réalité post-Mugabe. Un porte-parole de l’organisation a exprimé son soutien à la révolution de couleur et, plus tôt cette année, il est remarquable que les vétérans ont été très démonstratifs dans leur opposition à Grace Mugabe et à ses alliés politiques, se positionnant évidemment comme une forme d’opposition nationaliste au gouvernement et successeur présumé de son leader.

La participation de la ZNLWVA est très importante et ne doit être négligée par aucun observateur. Cette opposition, si patriotique qu’elle soit, représente essentiellement un allié informel des États-Unis, qui affaiblit le soutien populaire de l’administration Mugabe. Il n’y a pas d’objection à l’évolution organique d’une opposition patriotique au gouvernement, mais c’est juste que le ZNLWVA semble, par inadvertance, favoriser le même objectif que les États-Unis en ce moment, soit la diminution de la confiance civile envers le gouvernement et la promotion d’un programme de changement de régime. Il est probable qu’il n’y a pas de contact entre les agences de renseignement américaines et ce groupe et ils rejetteraient probablement immédiatement toute extrapolation qui pourrait être ou aurait pu déjà être faite, mais le cas de la ZNLWVA prouve que même les organisations patriotes présumées bien intentionnées pourraient sans le savoir fonctionner comme des « idiots utiles » en prêtant une « légitimité » au plan préétabli des États-Unis, principalement dans la poursuite de leurs propres intérêts étroits, mais peut-être aussi des actions conspiratrices de certains de leurs membres cooptés. Le caractère partisan de ZNLWVA du côté des révolutionnaires de couleur vise également à exercer une influence sur les forces armées et de sécurité qui pourraient hésiter à réagir de manière forte à leur initiative si le gouvernement leur ordonne d’empêcher les troubles commis par les révoltés. L’objectif fondamental du groupe des anciens combattants est de constituer le noyau d’une opposition « patriotique-nationaliste » à Mugabe qui pourrait attirer les militaires actuels et déclencher des défections, affaiblissant ainsi les forces qui pourraient tenir le plus de contrôle pendant l’incertitude post-Mugabe (qu’il décède ou qu’il soit renversé).
La Guerre hybride en pratique
Connexion des trois forces
Chacune des trois forces décrites ci-dessus a ses propres utilisations spécifiques dans le modèle de déstabilisation des États-Unis contre le Zimbabwe, mais elles ne suffisent pas pour produire le résultat désiré. Par conséquent, les États-Unis les ont consolidées par l’intermédiaire du mécanisme de coordination de la Révolution de couleur et gèrent indirectement leurs activités pour maximiser leurs effets. Mawarire est le visage médiatique de la Révolution de couleur et l’appât pour attirer des personnes croyantes dans la rue. Son arrestation prévisible signifie qu’il deviendra une icône mondiale de la « démocratie » dans les prochaines semaines et sera exploité par les gouvernements occidentaux hostiles dans le cadre de leurs opérations de guerre de l’information contre Mugabe. Plus le martyre de Mawarire et le roman médiatique correspondant sera fort, plus il y a de chances que des masses de personnes descendent dans les rues et se joignent à la Révolution de couleur, intensifiant ainsi la guerre économique civile en bloquant le commerce de la capitale.

En réponse aux provocations attendues de la part de l’« opposition », les forces armées et les forces de sécurité associées seront probablement condamnées à dissoudre les manifestations anti-gouvernementales. Elles pourraient cependant hésiter à le faire si elles doivent s’opposer aux anciens combattants respectés du ZNLWVA. Même s’ils accomplissent fidèlement leurs fonctions, l’image médiatisée et décontextualisée par les médias occidentaux de jeunes soldats / policiers arrêtant des vétérans de l’ère de l’indépendance ou se défendant de leurs attaques (un assaut sans provocation contre les manifestants démocratiques) pourrait être suffisante pour pousser des segments de la société dans une insurrection violente contre le gouvernement. Certains militaires pourraient les rejoindre, par « solidarité » avec leurs « camarades », ce qui pourrait altérer l’unité militaire et augmenter considérablement les capacités de la guérilla anti-gouvernementale dans cette guerre non conventionnelle, qu’elle soit menée dans les zones urbaines ou rurales, ou les deux.
Tsvangirai, le bouche-trou
Même s’il semble que le vétéran de la révolution de couleur et leader de l’opposition, Tsvangirai, soit l’homme que les États-Unis ont l’intention d’utiliser pour remplacer Mugabe, il est probable que son seul vrai but serait d’être serviteur temporaire jusqu’à ce que quelqu’un de plus convenable soit choisi, soit dans les rangs de l’« opposition », soit en tant que politicien coopté du parti au pouvoir. Cette prévision n’est pas seulement une spéculation, car il a déjà été confirmé par le politicien lui-même qu’il souffre d’un cancer du côlon, ce qui a incité ses rivaux dans son parti à demander une démission rapide en raison de ses problèmes de santé. Il ne le fera probablement pas avant la fin de la Révolution de couleur, que ce soit avec lui assis au pouvoir ou dans une cellule de prison, parce que les États-Unis comprennent bien que des éléments de la population zimbabwéenne le soutiennent activement en raison du caractère familier et de la confiance qu’ils ont en lui depuis le temps. Mawarire, le pasteur, n’est utile que comme symbole de la résistance et pour son attraction potentiellement magnétique parmi la communauté religieuse, alors que c’est Tsvangirai que les masses agitées et leurs alliés de ZNLWVA attendent pour les mener après la chute possible de Mugabe.

Il y a bien sûr une chance que ce politicien reste au pouvoir si lui et ses partisans américains dissimulés réussissaient à renverser le président du Zimbabwe, mais la nature à couteaux tirés de la politique du pays (qu’il s’agisse du parti au pouvoir ou de l’opposition) ) signifie qu’on ne peut pas entièrement exclure qu’il soit poussé dehors par ses propres alliés au bout d’un certain temps. Le fait que la pression intra-organisationnelle soit déjà en train de s’imposer en ce début de Révolution de couleur prouve à quel point le principal réseau américain est vraiment désuni dans le pays. Mais si Tsvangirai trouve un moyen de les repousser ou d’atteindre une sorte d’accord secret pour un futur transfert de pouvoir une fois qu’il serait en fonction, ils pourraient finir par se rallier à lui avec une passion et une efficacité accrues. Pour l’instant, il ne faut pas rejeter la théorie selon laquelle Tsvangirai n’est qu’un bouche-trou pour préparer la place à un politicien encore anonyme (et peut-être encore à désigner) qui pourrait finir par le remplacer (volontairement, par manipulation au sein du parti ou par la force) peu de temps après sa prise du pouvoir.
Défaire l’unité du Zimbabwe
Le Zimbabwe pourrait devenir un pays unifié avec un fort sentiment de patriotisme, mais sous la surface gronde la perspective inquiétante de tensions ethniques pouvant exploser entre ses deux plus grands groupes identitaires, les Shonas et les Ndebeles. Les Shonas représentent la grande majorité de la population du Zimbabwe, environ 80%, tandis que les Ndebeles constituent la majeure partie des 20% restants. Mugabe est un Shona, et son Union nationale africaine zimbabwéenne pro-soviétique (ZANU) a été composée principalement de ses compatriotes de tribu, qui ont opéré en grande partie hors de leur patrie du Nord pendant la guerre d’indépendance, alors que les révolutionnaires rivaux (ZAPU), dirigés par Joshua Nkomo, avaient une forte composante ndebele et étaient eux principalement actifs dans leur propre patrie, plus à l’Ouest.

Après la fin du contrôle de la minorité blanche et l’élection de Mugabe en 1980, la ZANU a réprimé ses concurrents de la ZAPU, les accusant d’orchestrer une contre-révolution et de se comporter comme des éléments subversifs. La campagne qui a suivi a été appelée «Gukurahundi », inévitablement lourde de connotations ethniques par le gouvernement militaire ZANU conduit par les Shonas en réponse aux membres de l’opposition ndebele de la ZAPU. Les deux parties se sont réconciliées en 1987 après que la ZAPU a accepté de se désarmer et de s’intégrer à la ZANU, formant ainsi la ZANU-PF, l’Union nationale africaine du Zimbabwe–Front patriotique qui a régné jusqu’à ce jour.

Le scénario possible d’un Zimbabwe uni déchiré par la guerre hybride remonte à ces divisions identitaires, et il est possible qu’elles puissent revenir au premier plan du dialogue national, que ce soit « organiquement » ou par une orientation externe (potentiellement avec les États-Unis utilisant une presse amie et / ou des ONG). L’attrait accru que les acteurs étrangers pourraient voir dans la promotion de ce plan d’un conflit civil est dû à une distinction géographique claire entre les deux groupes. Même si les Ndebeles ne représentent que 20% environ de la population, leur patrie traditionnelle de Matabeleland et leur zone d’habitation actuelle représentent environ 33% du territoire total du pays dans les régions occidentales. De même, les Shonas, estimés à près de 80% de la population, vivent dans leur patrie traditionnelle du Mashonaland qui occupe environ 30% du coin nord du Zimbabwe (bien que beaucoup vivent également en dehors).

Rouge : Bulawayo et les provinces de Matabeleland Nord et Sud (Ndebele)
Bleu : Harare et les provinces de Mashonaland Nord, Est et Central (Shona)

Bien que ces deux populations se mélangent dans le pays, les divisions politico-administratives illustrées ci-dessus sont généralement considérées comme exprimant le territoire national respectif de chaque groupe. Les régions les moins peuplées et les moins établies du Zimbabwe se trouvent à Matabeleland, la majorité des citoyens vivant dans les régions centrales, septentrionales et orientales de l’État. Cependant, la deuxième ville du Zimbabwe, Bulawayo, est située dans la région habitée historiquement par les Ndebeles, ce qui prouve que cette région est certainement pertinente dans le cadre social d’un État, malgré sa population totale comparativement plus petite.

Compte tenu de ces facteurs géo-démographiques, il n’est pas imprévisible qu’une indépendance militante ou un mouvement sécessionniste puissent prendre racine dans le Matabeleland au milieu de toute situation chaotique qui découlerait d’une révolution de couleur au Zimbabwe. Le déclenchement de la guerre hybride dans le pays pourrait provoquer les mêmes tensions ethniques entre les Shonas et les Ndebeles que la guerre civile au Sud-Soudan entre les Dinkas et les Nuers, au profit d’un acteur externe qui aurait poussé ce scénario sur le devant de la scène ou l’exploiterait sans vergogne à son propre avantage géostratégique. La promulgation du fédéralisme identitaire au Zimbabwe comme une « solution » à ce scénario serait beaucoup plus facile à contrôler que l’ensemble unifié précédent. Un Matabeleland indépendant, en revanche, pourrait devenir une base régionale pro-américaine, compte tenu du fait que les États-Unis utilisent souvent des populations minoritaires et des États séparatistes faibles créés comme proxies géostratégiques.
Secouer l’Afrique australe
La descente aux enfers du Zimbabwe dans une sanglante guerre hybride, complétée par une insurrection anti-gouvernementale et des massacres ethniques, aurait des implications sérieuses pour la stabilité dans toute la région de l’Afrique australe. Les quatre voisins du pays seraient directement touchés par les armes de migration de masse qui seraient déchaînées par contrecoup, ainsi que par la présence d’un État défaillant à leurs frontières.
Zambie

Cet État historiquement anti-colonial du sud de l’Afrique risque de connaître sa propre guerre hybride même sans la poussée déstabilisante qu’un effondrement de l’État au Zimbabwe pourrait lui donner. Une élection générale aura lieu le 11 août, et le président sortant Lungu est déjà confronté à la pression d’une Révolution de couleur. Les récents affrontements et la mort d’un partisan de l’opposition l’ont amené à suspendre la campagne électorale du pays pendant 10 jours et la violence qui a éclaté, par coïncidence, a été le résultat de critiques américaines aiguës contre son gouvernement. Les autorités ont fermé The Post, le plus grand journal de l’opposition, à la fin du mois dernier, accusé d’avoir accumulé 6 millions de dollars d’impôts impayés. Les États-Unis ont considéré cela comme une « attaque contre la liberté d’expression ». Ils ont sévèrement condamné Lungu, accusé de « faire taire l’opposition », exigeant qu’il permette au journal fraudeur de ré-ouvrir le plus tôt possible. Non seulement il a refusé de le faire, mais il a même annulé une réunion avec le secrétaire adjoint américain pour les affaires africaines. Cet acte d’indépendance « audacieux » n’aurait pas pu rester longtemps impuni, et c’est seulement une semaine plus tard que l’opposition a alimenté les violences préélectorales dans tout le pays dans leur tentative désespérée de susciter des troubles anti-gouvernementaux.

Lungu n’est pas ciblé uniquement en raison de son refus de se prosterner devant les dictateurs unipolaires américains, bien que ce soit certainement une grande partie des raisons pour lesquelles Washington est si en colère contre lui. Son pays, la Zambie, est un partenaire riche en minerais de la Chine depuis des décennies et Pékin a effectivement construit le chemin de fer TAZARA à travers la Tanzanie voisine dans les années 1970 afin de relier les trois pays partenaires. Cette étroite relation stratégique a continué dans l’après-Guerre froide, et on pourrait même penser que le succès de TAZARA a jeté les bases de la future politique mondiale One Belt One Road de connectivité des infrastructures, le premier projet que Pékin a commencé. De nos jours, la partie zambienne de TAZARA est un investissement irremplaçable dans la réalisation de la vision de la Route de la Soie chinoise en Afrique qui consiste à relier les côtes indiennes et atlantiques du continent. TAZARA devrait s’étendre vers l’ouest grâce au projet de chemin de fer du Nord-Ouest qui l’amènera à la frontière angolaise, d’où il rejoindra le chemin de fer de Benguela récemment rénové par la Chine et atteindra finalement l’océan Atlantique.

De cette manière, les côtes tanzanienne sur l’océan Indien et Atlantique angolaise seront reliées par l’intermédiaire de leur voisin commun zambien. Même s’il existe une alternative pour traverser la Zambie par la région du Katanga, au sud de la République démocratique du Congo, le chemin trilatéral Tanzanie-Zambie-Angola semble beaucoup plus fiable en raison des graves pressions de la guerre hybride qui affligent le deuxième plus grand pays d’Afrique qui a également été le théâtre de la guerre la plus meurtrière du continent, une guerre qui a fait au moins 5 millions de morts dans les années 1990 et qui n’a toujours pas été entièrement résolue. Malgré tout, la route zambienne n’est pas sans problème, la partie occidentale du pays étant le théâtre de troubles dans le « Barotseland ». Ce territoire peu peuplé par lequel le chemin de fer du Nord-Ouest doit passer sur la route vers l’Angola a une histoire complexe avec l’État. L’idée générale est qu’il lui a été promis une sorte d’arrangement fédéral avec une certaine autonomie au moment de l’indépendance de la Zambie qui, peu de temps après, a été révoqué par Lusaka.

Les manifestants du « Barotseland » ont réussi à faire de cette question un sujet de discussion à l’échelle nationale et certains tentent même de l’associer à la politique de décentralisation du gouvernement de 2013 afin de proposer une « solution » fédérée à ce problème. Tout comme avec le Zimbabwe ou tout autre pays qui met en œuvre n’importe quelle forme de fédéralisme identitaire, l’avenir fédéral de la Zambie serait plongé dans une discorde interne suscitée par des manipulations externes. Conformément à la loi sur la guerre hybride, l’objectif final serait de perturber, d’influencer ou de contrôler le projet multipolaire transnational d’infrastructure connexe de la Route transcontinentale Sud (TAZARA + Nord-Ouest + Benguela) pour en faire un otage de l’évolution de la situation politique influencée par les Américains dans le pays. Qu’il s’agisse d’une révolution de couleur dans la capitale, d’une guerre non conventionnelle dans le « Barotseland » ou d’une guerre hybride composite dans tout le pays, la Zambie est certainement vulnérable à toute une série de déstabilisations et l’effondrement du Zimbabwe orchestré par les États-Unis associé avec l’afflux résultant de migration massive pourrait pousser le pays au bord du précipice et catalyser ces sombres scénarios.
Botswana et Mozambique

On s’attend à ce que ces deux pays voisins soient moins directement touchés par toute guerre hybride réussie au Zimbabwe, mais leur stabilité intérieure sera quand même secouée dans une certaine mesure. On ne sait pas encore à quel point le Botswana serait touché, mais il est juste de dire qu’il serait obligé de mettre en place des installations d’urgence pour les réfugiés le long de la longue frontière orientale avec son voisin. Il convient de rappeler que le Botswana ne compte qu’à peine plus de 2 millions de personnes, dont on estime qu’un quart est concentré autour de la capitale de Gaborone dans le sud-est. Environ 150 000 personnes vivent également à Francistown, ville limitrophe du Zimbabwe et deuxième plus grande concentration, si bien qu’en raison de sa proximité avec la zone de conflit projeté, cette ville devrait devenir la défense de première ligne du pays pour se protéger contre les armes de migration de masse. Selon l’ampleur de l’afflux, le Botswana pourrait ne pas être en mesure de contrôler pleinement ses frontières, auquel cas les insurgés anti-gouvernementaux pourraient capitaliser sur la situation afin d’infiltrer le pays et mettre en place un réseau de refuges. Même si cette possibilité semble actuellement éloignée, en analysant les effets résiduels d’une guerre hybride zimbabwéenne sur la région, elle ne peut être discréditée par aucun stratège. Si cela devait se produire, la situation pourrait être utilisée pour « justifier » les plans annoncés par les États-Unis d’ouvrir une base aérienne de l’AFRICOM dans le sud du pays. Ces crises régionales éventuelles pourraient même être partiellement « organisées » dans ce but.

Le Mozambique devrait être encore plus durement touché que le Botswana, surtout en raison du conflit qui se répand dans ce pays depuis qu’on y a découvert quelques-uns des plus grands gisements de GNL au monde il y a quelques années. La RENAMO, le groupe rebelle de l’ère de la Guerre froide soutenu par les États-Unis dans la guerre civile mozambicaine après l’indépendance, est revenu au militantisme à petite échelle en 2013. Désigné comme « guerre civile invisible » dans ce pays, le conflit reste un défi persistant qui ne va pas s’atténuer. Bien qu’il n’y ait aucune preuve directe à ce jour, si l’on comprend les impératifs énergétiques mondiaux des États-Unis de contrôler ou de refuser des ressources diverses à d’autres, ainsi que les liens documentés de la CIA avec la RENAMO depuis des décennies, il n’est pas déraisonnable de suggérer que les dernières violences ont été provoquées par Washington comme un moyen d’interférer avec l’avenir de l’exploitation du GNL par Maputo. Il est prévisible que ce conflit finira par intensifier l’envie du Mozambique d’exporter son GNL sur le marché mondial, mais en attendant, toutes les armes de migration de masse provenant d’un Zimbabwe affligé par une guerre hybride (réfugiés ou insurgés) pourraient créer une grave crise interne dans la zone d’opération traditionnelle de la RENAMO dans la zone frontalière de l’ouest. La réponse du gouvernement à cette éventuelle série de problèmes pourrait soit « naturellement » aggraver le conflit avec la RENAMO, soit être manipulée de cette manière par des acteurs internes intéressés et / ou par leurs gestionnaires externes à cette fin.
Afrique du Sud

Washington espérait idéalement que le président sud-africain Zuma aurait déjà été déposé par un « coup constitutionnel » récemment et que son pays pourrait être le tremplin « dirigé dans l’ombre » pour garantir que la mission anti-Mugabe réussisse. Mais comme il a défié la chance et a survécu à l’intrigue plus tôt cette année (contrairement à son homologue brésilienne des BRICS, Dilma Rousseff), il est probable que les États-Unis aient l’intention de le cibler une fois de plus presque immédiatement après le renversement de Mugabe. En fait, l’Afrique du Sud a toujours été le joyau de la couronne régionale pour les planificateurs américains de changement de régime, et il n’est pas improbable que tout ce qui se passe au Zimbabwe en ce moment vise délibérément à déstabiliser son voisin des BRICS plus au sud. Pour l’instant au moins, l’Afrique du Sud est toujours en mesure de fournir une assistance à son allié anti-apartheid (si limité et / ou symbolique qu’elle soit), mais cela pourrait s’arrêter brusquement si l’opposition avec l’Alliance démocratique libérale financée par Soros, se démarque de façon impressionnante lors des élections locales du 3 août et étend son pouvoir sur les autres grandes villes qui restent en dehors de son contrôle, ce que certains observateurs attendent.

Un porte-parole du parti de l’ANC a accusé les États-Unis de fomenter un changement de régime plus tôt cette année, et même si Zuma a « esquivé une balle » avec sa mise en accusation, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de plan B américain pour y arriver et qu’une guerre hybride zimbabwéenne simultanément aux prochaines élections locales n’en fasse pas partie. L’avenir politique du président et de son parti, l’ANC, est mis en doute en raison de graves mésaventures économiques et domestiques. Il est donc tout à fait possible que l’opposition pro-américaine obtienne un soutien supplémentaire lors de la prochaine campagne électorale au détriment de Zuma, plus en tout cas que ce qui est attendu par les partenaires multipolaires des BRICS. Avec l’« opposition » gagnant du terrain et travaillant main dans la main avec les services de renseignements alliés américains pour concevoir la perception qu’ils sont sur une dynamique inévitable vers le pouvoir, l’« Alliance démocratique » peut être dans une bien meilleure position pour populariser le concept de fédéralisme identitaire si une guerre hybride zimbabwéenne hors de contrôle passait de manière destructive la frontière et produisait les conditions pour son extension.

L’Afrique du Sud, un pilier des BRICS, est menacé existentiellement par le danger que des armes de migration de masse puissent déclencher la dissolution de la république unitaire dans une collection de mini-États fédéralisés quasi-indépendants, basés sur une identité tribalo / ethnique. Non seulement des segments visibles de la société sud-africaine sont violemment xénophobes contre l’afflux de travailleurs migrants africains qui ont inondé cet État économiquement prometteur au cours des deux dernières décennies, mais il y a de profondes tensions sous-jacentes extrêmement polarisées chez les autochtones. Le nationalisme zoulou a été blâmé pour les émeutes xénophobes de début 2015 et l’échec de l’Afrique du Sud à transcender une politique centrée sur l’identité, qui représente une menace très réelle sur toutes les autres ethnies dans le pays comme les Xhosas et les Basothos, par exemple, alors que des meurtres sont commis entre communautés ou qu’elles se battent au sein de leurs propres groupes.

Sans l’ennemi commun de l’apartheid pour unir l’éventail disparate des identités ethniques et tribales du pays, il semble regrettable que certains de ces groupes courent un risque sérieux de s’auto-exclure et de diviser le pays selon leur identité. Le tribalisme a toujours été une vulnérabilité civilisationnelle pour les peuples d’Afrique sub-saharienne tout comme le sectarisme l’a été pour les musulmans. En Afrique du Sud, le riche éventail de ses innombrables identités pourrait être violemment divisé, les opposant encore plus facilement les unes aux autres par la manipulation externe que pour l’opposition binaire entre sunnites et chiites sauvagement conçue ces dernières années. Tout ce que pourrait produire cette réaction anticipée des Américains est l’introduction à grande échelle d’armes de migration de masse pour déclencher une vague incontrôlable de purges xénophobes meurtrières, qui se transformeraient rapidement en guerre civile totale entre les ethnies indigènes, aboutissant finalement à la ré-institutionnalisation de facto des « bantoustans » par le biais de la solution « politiquement correcte » et « demandée en interne » de fédéralisme identitaire « dirigé par les Noirs ».
Pensées finales
Le Zimbabwe est à son point le plus vulnérable et le plus faible depuis l’indépendance. Financièrement ravagé par une misère économique organisée par les États-Unis, il est maintenant sur le point de descendre dans une spirale dangereuse de violence à cause de la guerre hybride. Le gouvernement a encore une chance de rétablir l’ordre et d’empêcher des émeutes de changement de régime de se répandre, mais il semble acquis que le pays n’a jamais été aussi proche de devenir un État failli. L’économie est dans un marasme chronique, le chômage est en plein essor, et les gens sont hostiles aux autorités pour une foule de raisons, dont beaucoup sont légitimes et d’une manière ou d’une autre directement attribuables aux actions du parti au pouvoir ZANU-PF. Néanmoins, le moment des troubles les plus récents coïncide avec une lutte de succession en cours et des technologies politiques impliquées dans les « protestations » reproduisant presque exactement celles des révolutions de couleur précédentes. Il est donc juste de conclure analytiquement que les États-Unis lancent un autre changement de régime qui ressemble à celui employé lors des Révolution colorées précédentes. On peut donc en conclure que les USA ont fomenté un autre complot de changement de régime contre le président Mugabe afin de déséquilibrer le Zimbabwe au moment le plus incertain de son histoire, afin de capitaliser dans la course stratégique lors de l’inévitable passation de pouvoir de son leader. Si les États-Unis réussissent, même modérément, lors de cette dernière répétition de leur campagne de guerre hybride, cela pourrait avoir des conséquences désastreuses pour le reste de la région du sud de l’Afrique, avec l’émission d’armes de migration de masse et d’autres déstabilisations pour tous ses fragiles voisins et un possible retour aux racines de la Guerre froide dans ce coin du continent, comme une ligne de front du champ de bataille géopolitique.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

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