Vers où va-t-on ?- Guerre hybride 8. La guerre hybride peut causer des ravages à travers l’Afrique de l’ouest-et varia

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Vers où va-t-on ?

Le jour sans fin
Guerre hybride 8. La guerre hybride peut causer des ravages à travers l’Afrique de l’Ouest 1/4
Pourquoi attendons-nous le Peak Oil ?

Le jour sans fin

Posted: 18 Apr 2017 05:56 AM PDT

Article original de Dmitry Orlov, publié le 11 Avril 2017 sur le site Club Orlov
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Lorsque vous écoutez quelqu’un, vous ne devez pas nécessairement lui faire confiance (parce que, par exemple, il est connu pour être un menteur). Il est même très important d’essayer d’évaluer s’il ment ou non. C’en est ainsi avec les représentants du gouvernement des États-Unis et leurs homologues de l’UE : ils ont menti sur beaucoup de choses par le passé. Et maintenant, est-ce qu’ils mentent ou non au sujet de la Syrie? Ils ont menti au sujet du golfe du Tonkin et ont utilisé ces mensonges pour commencer la guerre du Vietnam. Ils ont menti sur les armes de destruction massive irakiennes et ont utilisé cela pour justifier l’invasion de l’Irak. Ils ont menti sur les catastrophes humanitaires au Kosovo et en Libye, et ont utilisé ces mensonges pour démembrer la Serbie et détruire la Libye. Donc, un point de départ conservateur consiste à supposer que les Américains mentent, puis à chercher des preuves qui indiqueraient que cette fois, ils pourraient dire la vérité. Regardons cela de près.

À un niveau méta, le mensonge est souvent une question de comportement. Ceux qui racontent la vérité ont tendance à se reposer sur des preuves, en essayant de concilier des faits contradictoires, car il y a toujours des faits de ce genre. La vérité sur tout incident est presque toujours un peu désordonnée, surtout les premiers jours, avant que tous les faits ne soient connus. D’autre part, ceux qui mentent font généralement un grand effort pour garder leurs histoires cohérentes.

Ensuite, il y a la question du timing : si la « vérité » de l’histoire « sort » presque immédiatement après un événement, et ne change jamais, peu importe la quantité de preuves contradictoires qui sont révélées, il y a de très bonnes chances que ce soit un mensonge. Si au contraire elle s’élève graduellement, au cours d’une enquête minutieuse et d’un examen critique, en ayant bien pesé les preuves, il y a de bonnes chances que ce soit la vérité. C’est particulièrement gênant si l’histoire « s’échappe » dans les médias avant l’événement lui-même, ou peu de temps après, avec différents porte-paroles qui commencent à raconter exactement la même histoire, en utilisant exactement les mêmes mots et les mêmes phrases, sans avoir eu le temps de se consulter. Dans cette dernière attaque supposée à l’arme chimique en Syrie, la représentante de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, est venue publiquement faire un condamnation très peu de temps après, peut-être trop tôt pour lui donner le temps de vérifier les faits. A-t-elle simplement reçu un mémo du Département d’État américain, contenant ses points de discussion? Combien de décennies devrons-nous attendre, avant que cette information ne soit déclassifiée?

Espérons qu’un bon pirate russe s’en emparera et la libérera avant, et que WikiLeaks la publiera.

Il est également un peu gênant que la réponse supposée spontanée, en réaction à un événement, ait nécessité des préparatifs qui ont commencé avant l’événement lui-même. Par exemple, les préparatifs de l’invasion américaine de l’Afghanistan ont débuté avant le 11 septembre. Un autre exemple : après que le vol malaisien MH17 ait été abattu à l’est de l’Ukraine, un groupe de pirates informatiques appelé CyberBerkut a publié des informations montrant plusieurs sbires de l’oligarque ukrainien Igor Kolomoisky, conspirant pour se mettre d’accord sur la couverture médiatique de l’événement, avant qu’il ne se produise. Dans ce dernier incident [à Khan Cheikhoun en Syrie, NdT], plusieurs experts militaires ont déclaré que l’opération consistant à tirer des missiles Tomahawk sur une base aérienne syrienne devait être planifiée préalablement. Il n’y avait tout simplement aucun moyen de le faire sans s’en préoccuper un bon moment avant. Il y eu une autre coïncidence étrange : ISIS a attaqué immédiatement après l’incident dans l’enclave d’Idlib, et les attaques massives ne sont jamais impromptues. Qui a donné un avertissement préalable à ISIS?

Enfin, c’est encore plus gênant lorsqu’un nouveau mensonge ressemble étrangement à un vieux mensonge. Cet événement supposé d’armes chimiques avait un certain air de « jour sans fin« : c’était une réplique presque exacte de la prétendue attaque à l’arme chimique qui avait conduit la Syrie à abandonner volontairement son stock d’armes chimiques [Attaque de la Gouta en 2013, NdT]. Combien de fois exactement, est-il possible de faire retirer à un pays ses armes chimiques et de certifier qu’il n’en a plus? Deux fois? Trois fois? À quel point tout ce processus se transforme-t-il en farce?

Mais revenons à nos moutons : l’histoire actuelle racontée encore et encore à propos de la Syrie est que l’armée de l’air syrienne a utilisé des armes chimiques contre des femmes et des enfants dans la province d’Idlib. Cela a d’abord été indiqué immédiatement après l’événement, sans aucune enquête. Aucune preuve n’a été recueillie, aucun test de laboratoire, rien. Il existe cependant certains faits qui ne correspondent pas à cette histoire. Tout d’abord, la Syrie avait renvoyé toutes ses armes chimiques aux inspecteurs internationaux, et les États-Unis ont payé pour les faire détruire. Les responsables de cette opération ont même reçu un prix Nobel de la paix pour leurs efforts. Ce prix sera-t-il annulé maintenant, vu qu’ils semblent avoir échoué? Deuxièmement, on sait que les soi-disant « rebelles syriens » (ou « terroristes modérés », si vous préférez) possèdent des armes chimiques et la capacité de les fabriquer. Bien que les médias occidentaux aient pris soin de ne pas en faire état, ils ont utilisé des armes chimiques en Syrie et en Irak. Il est intéressant de se demander où ils les ont obtenues. Selon Seymour Hersh, ils les ont obtenues depuis la Libye, avec d’autres armes, grâce à l’aide d’Hillary Clinton.

Troisièmement, rien ne prouve que des armes chimiques aient effectivement été utilisées. Ce qui a été démontré jusqu’ici, en ce qui concerne les « preuves », c’était des Casques Blancs (une organisation connue pour mettre en évidence de fausses atrocités) se précipitant sur la « scène du crime » et s’activant autour des enfants morts qui, et on est prié de les croire, seraient morts d’intoxication au gaz de sarin. Ces acteurs avec des casques blancs ne portaient pas de masques ni de gants appropriés, tout en manipulant des victimes présumées d’attaque chimique. Nous sommes donc en droit de nous poser des questions sur le moment de la mort de ces acteurs, et quand et où les enterrements auront lieu, au cas où nous souhaiterions leur rendre hommage, car à l’heure actuelle, ils seraient tous morts, eux aussi, d’empoisonnement au gaz sarin.

Enfin, si nous regardons attentivement les photographies des enfants qui étaient les victimes supposées de cette attaque au gaz sarin, dans plusieurs cas, nous pouvons observer des signes de traumatisme brutal à la tête ou au cou. Nous sommes donc en droit de nous renseigner et sur ce qui les a provoqués, et quand. Est-ce que les Casques Blancs les ont éliminés d’une balle dans la tête, puis les ont disposés comme victimes d’attaque chimique, pour faire une photo truquée? Le gaz sarin ne cause pas de contusions.

Étant donné qu’il n’y a pas de preuve concrète qu’une attaque chimique ait eu lieu, ou que le gouvernement syrien en soit complice, si elle s’est déroulée, il faut recourir à la technique standard utilisée pour évaluer les preuves circonstancielles d’un crime : établir un moyen, un motif et une opportunité. Nous devons certainement accorder que cette opportunité existe : les avions syriens ont bombardé le secteur au même moment, ciblant spécifiquement un stock de munitions qui aurait pu contenir des armes chimiques, et le gouvernement syrien ne l’a pas nié. Mais on ne peut pas dire que les Syriens avaient les moyens de perpétrer cette attaque chimique, sans contredire un grand nombre de personnes qui ont déclaré sans équivoque et par compte rendu, que la Syrie ne possède plus aucune arme chimique.

Le plus convaincant est le manque absolu et complet de motivation. Au contraire, les Syriens étaient très motivés pour ne rien faire de nature à perturber le processus de règlement de leur guerre civile par la diplomatie, alors que tous les signes indiquaient que cette méthode commençait à porter ses fruits. Le gouvernement syrien avait largement gagné la guerre et n’avait aucune raison de recourir à de telles mesures désespérées. D’autre part, les « terroristes modérés », qui sont à l’heure actuelle très proches d’être anéantis, avaient, eux, toutes les raisons d’essayer une telle tentative désespérée, en espérant que cela pourrait renverser la marée en leur faveur, ou au moins retarder sa conclusion inévitable.

Sur la base de tout ce qui précède, je crois qu’il est justifié d’accepter comme hypothèse de travail ce qui suit : la prétendue attaque syrienne à l’arme chimique à Idlib est une attaque sous faux drapeau, peut-être même une fausse attaque sous faux drapeau. Peut-être que des agents chimiques ont été rejetés dans l’air; peut-être pas. Seuls les résultats des tests en laboratoire des échantillons de sol peuvent nous le dire. Peut-être que les enfants sont morts d’empoisonnement, ou peut-être sont-ils morts, tués pour pouvoir être disposés là comme victimes d’une attaque chimique. Seule une autopsie pourrait le dire.
Maintenant, alors que la vérité peut être utile ou préjudiciable, et être utilisée à des fins diverses, elle est rarement proposée uniquement pour elle-même. Un mensonge est souvent inventé pour obtenir un résultat spécifique. Comme je l’ai déjà mentionné, ce mensonge particulier n’était clairement pas conçu pour aider le gouvernement syrien. D’autre part, on pourrait dire qu’il a aidé les « terroristes modérés », qui sont actuellement en difficulté. Mais ce sont des acteurs secondaires de ce drame. Il semble étrange de supposer que quelques mercenaires étrangers puissent dicter la direction de la politique étrangère ou de la stratégie militaire américaine. Il faut une queue plus grande que celle-ci, pour faire bouger un aussi gros chien.

Mais est-ce une question de politique étrangère ou de stratégie militaire des États-Unis, devons-nous nous demander, ou est-ce totalement autre chose? Jusqu’à présent, la riposte militaire a été la suivante. Les États-Unis ont tiré 59 missiles de croisière Tomahawk à partir de deux navires en Méditerranée, au large de la côte syrienne. Ces missiles de croisière coûtent 1,8 million de dollars chacun, pour un prix total d’un peu plus de 100 millions de dollars. Mais ce n’est que le coût de ces missiles. L’opération dans son ensemble, y compris la planification, a probablement coûté plus près de 300 millions de dollars, et si vous incluez le coût de la planification et toutes les autres activités associées, il est susceptible d’avoir dépassé le demi-milliard.

Seuls 23 des 59 Tomahawks ont atteint la zone cible, ce qui signifie que 60 millions de dollars de missiles ont simplement été jetés par-dessus bord. Le fait que plus de 60% de ces missiles, très coûteux, aient fondamentalement sous-performé ne doit pas être un sujet de grande satisfaction pour les puissantes forces militaires américaines. Nous pouvons être sûrs qu’aucun d’eux n’a été abattu par les systèmes de défense aérienne syriens ou russes. Les Syriens n’ont pas la capacité de démolir ces missiles de croisière. Les Russes en ont la capacité, mais les systèmes de défense aérienne qu’ils ont actuellement en place en Syrie couvrent uniquement la zone autour de leur base aérienne à Khmeimim et leur base navale à Tartous. Ces deux endroits sont à des centaines de kilomètres de la zone cible et la courbure de la Terre les aurait empêchés de suivre ou de cibler des missiles volant à une altitude de 50 mètres. Ainsi, il est assez sûr de supposer que plus de la moitié des Tomahawks sont simplement tombés du ciel.

L’intention de cette attaque était de contrecarrer les capacités du gouvernement syrien à utiliser sa force aérienne pour bombarder des civils en utilisant des armes chimiques qui, selon les autorités américaines, n’existent pas. À cette fin, l’objectif était un aérodrome militaire syrien. Fait intéressant, l’attaque a ciblé la mauvaise extrémité d’un aérodrome plutôt long, qui n’était pas utilisée. Il semble que la plupart des missiles aient explosé sans faire trop de dégâts. Quelques-uns d’entre eux ont frappé des objectifs qui pourraient être considérés comme des cibles : une salle de mess, une installation radar et six jets Mig-23 âgés. Ces jets ont plus de 30 ans et n’étaient plus vraiment susceptibles d’être utilisés activement. Leur valeur était d’à peine 100 000 $ chacun, soit un total de 600 000 $. La base aérienne syrienne était de nouveau opérationnelle moins de 24 heures plus tard, reprenant les sorties aériennes contre ISIS.

Ainsi, en termes militaires, les États-Unis ont gaspillé un demi-milliard de dollars pour infliger la valeur d’un million de dollars de dégâts aux Syriens. Ça fait 0,2% d’efficacité. On peut parler ici plutôt d’une défaite auto-infligée que d’une victoire, et certainement pas de quoi se vanter. En réponse, les Russes ont annoncé que le protocole d’évitement des confrontations directes, convenu avec les États-Unis, et qui a permis aux avions américains de voler en toute sécurité au dessus du territoire syrien, n’était plus en vigueur. Maintenant, les Américains devront être pris en charge par le contrôle du trafic aérien de Damas, sinon ils pourraient être abattus. Les Russes ont également déclaré qu’ils renforceraient les défenses aériennes syriennes. Ils ont la capacité technique de verrouiller complètement l’espace aérien syrien, en accomplissant la promesse d’Hillary Clinton d’imposer une zone d’exclusion aérienne sur la Syrie, sauf que maintenant, ce seront les Américains qui ne voleront plus là-bas. Il convient également de noter que la doctrine militaire russe impose de ne pas dépendre exclusivement des systèmes de défense aérienne. Dans le cours normal des événements, si un navire américain devait commencer à tirer des Tomahawks sur une cible russe, ce navire serait mis hors service quelque temps après, entre le premier et le deuxième Tomahawk, par une torpille à supercavitation russe.

Ainsi, il n’est généralement pas conseillé de tester les défenses aériennes russes.
En plus de ces effets indésirables, les dommages politiques sont peut-être encore plus importants. La condamnation de cette attaque des États-Unis a été internationale. Les Américains les plus importants sont susceptibles de considérer cela comme un simple bruit, mais ils ont été tournés en ridicule: l’ambassadeur bolivien à l’ONU, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, a tenu une image de Colin Powell avec son flacon de poudre blanche, comme un rappel poignant que les Américains ont une riche histoire de coups fourrés. Ayant démontré qu’ils ne peuvent plus intimider les pays par la soumission, les Américains n’ont plus de cartes à jouer, militairement ou diplomatiquement. Comme l’attaque contre la Syrie a eu lieu sans une résolution appropriée du Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis sont maintenant un état voyou – et impuissant de surplus. Qui, dans le monde, voudrait négocier avec un partenaire aussi peu fiable et aussi peu digne de confiance?

Nous devons donc conclure que ce mensonge n’a pas été conçu pour aider les États-Unis à l’international. Est-ce que c’était utile aux États-Unis sur le plan intérieur, alors? Sur le plan politique, l’attaque contre la Syrie a eu lieu sans l’autorisation du Congrès, requise par la constitution des États-Unis, mais ce n’est pas particulièrement intéressant, car la constitution des États-Unis est à présent aussi efficace qu’un ancien numéro de la Pravda dans une dépendance sibérienne abandonnée. Militairement, avoir démontré que 60% des missiles Tomahawk sont foireux, n’est pas exactement une super stratégie pour le complexe militaro-industriel. Essayer de neutraliser une base aérienne en ciblant le mauvais bout d’une piste et en soufflant une ancienne cafétéria n’est pas exactement une super stratégie pour la « communauté du renseignement » des États-Unis.

En fait, il semble qu’il n’y ait exactement qu’une seule personne pour laquelle ce message ait été conçu, et cette personne est Donald Trump. Il y a cinq manières distinctes, par lesquelles il a bénéficié de ce fiasco total – les enfants morts, les mensonges implacables en public, les problèmes des Tomahawks et les retombées internationales.

Tout d’abord, il a neutralisé l’accusation selon laquelle il y a collusion entre lui et les Russes, en démontrant son extrême belligérance contre son supposé allié russe. L’intégralité de la « tentative d’ingérence électorale » russe est absurde, mais elle lui était néanmoins néfaste. Les États-Unis ont un système politique « tu paies pour jouer », où les électeurs sont utilisés comme des pions dans un schéma délicat de charcutage électoral. Cela utilise un algorithme précis de division et de conquête, afin de déterminer le groupe d’initiés de Washington / Wall Street qui posera ses fesses derrière le bureau ovale. Mais, dans le cas de la victoire électorale de Trump, ce système a mal tourné. Il semble que les électeurs aient finalement décidé qu’ils ne voteraient plus pour les initiés de Washington / Wall Street, peu importe qui ils sont. La solution de l’establishment pour sauver la face a été de blâmer la Russie.

Cela peut sembler étrange, au début. Ce n’est pas comme si les pouvoirs étrangers n’étaient pas autorisés à se mêler de la politique américaine. Israël possède pratiquement la totalité du Congrès par le biais de l’AIPAC, mais ne le dites pas trop fort ou vous serez traité d’antisémite. Les Saoudiens ont financé un énorme morceau de la campagne électorale de Hillary Clinton. Même certains oligarques ukrainiens ombrageux ont dû jeter quelques millions de dollars aux époux Clinton. Beaucoup d’autres puissances étrangères appliquent un effet de levier sur les élites politiques des États-Unis, de diverses manières. Les Russes sont en fait l’exception. Où sont les lobbyistes russes? Où sont les sacs d’argent russe lancés sur les politiciens américains? Il ne reste que les allégations de « piratage » et de « trolling », toutes aussi légères et inconsistantes les unes que les autres. La raison pour laquelle « la responsabilité de la Russie » fonctionne réellement est, de façon étrange, que la Russie est irréprochable – et on peut donc la blâmer, sans risque de découvrir un nid de corruption au sein de l’establishment politique américain. Comme cette tactique fonctionne au niveau des mots et des gestes, le grand geste de Trump de faire sauter une poignée de vieux Mig en Syrie suffit à « prouver » qu’il n’est pas « le caniche de Poutine ».

Deuxièmement, Trump a réussi à réduire considérablement les attentes en ce qui concerne les négociations avec la Russie. Au cours de sa campagne électorale, il a promis qu’il normaliserait les relations avec celle-ci. Mais il était difficile de respecter cette promesse, parce que les Russes ont adopté une attitude nettement anti-américaine à cause des développements récents, tels que le renversement du gouvernement mené par les États-Unis à Kiev, les menaces de guerre de l’OTAN en Europe de l’Est, les sanctions américaines et européennes contre la Russie, la constante diabolisation de la Russie et de Poutine personnellement dans les médias occidentaux et de nombreux autres coups bas et insultes, comme l’interdiction des concurrents russes aux jeux olympiques et dans des compétitions internationales. L’amélioration des relations avec la Russie obligerait les États-Unis à engager une longue liste d’actions, auxquelles l’establishment américain ne consentirait pas. Et même alors, les Américains doivent comprendre qu’avec la Russie, il ne reste qu’un amour amer. En route vers Moscou, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson aurait été maladroit de venir les mains vides. Mais maintenant que les États-Unis ont bombardé une base aérienne syrienne et ont accusé publiquement la Russie de « collusion » avec le « régime Assad », Tillerson va juste faire un bon dîner dans un restaurant de Moscou avec Maria Zakharova, la brillante et séduisante porte-parole du ministère des Affaires étrangères, et peut-être échanger quelques plaisanteries avec Sergueï Lavrov, puis sauter tout de suite dans l’avion du retour. Problème résolu!

Troisièmement, le fiasco avec les Tomahawks a eu lieu alors que Trump rencontrait le président chinois Xi Jinping et cela a complètement éclipsé la visite de Xi, ce qui a permis à Trump de ne pas avoir à parler du manque de résultats tangibles, lors de la visite du président chinois. Après avoir trompeté à voix haute être un grand « dealmaker », cela aurait été plutôt gênant pour lui d’admettre que tout ce qu’il peut faire, c’est de gaspiller le temps des gens importants en parlant futilité lors d’un parcours de golf. Quelqu’un peut-il faire quelque chose, au sujet de la Corée du Nord? Non, à moins que vous ne vous vouliez transformer Séoul en un cratère désertique! De plus, il y a de bonnes chances que Xi ait déclaré à Trump que les États-Unis ne sont plus le pays le plus puissant et le plus influent dans le monde : c’est la Chine, et rien de tel ne saurait venir à la conscience publique aux États-Unis.

Quatrièmement, Trump a réussi à regrouper les fauteurs de guerre au sein de l’establishment américain, ceux qui poussent à une guerre à grande échelle en Syrie depuis quelque temps, pour les bloquer dans un cul de sac de leur propre conception. Maintenant, leur planification de guerre doit tenir compte du fait qu’ils ne peuvent plus avancer en Syrie, sans déclencher un conflit international plus large. Des questions simples, telles que « Combien de dégâts y aura-t-il? », « Combien cela coûtera-t-il? » et « Combien de temps cela prendra-t-il? » devraient suffire à les bloquer dans la phase de planification. Alors qu’ils luttent en vain pour trouver des réponses plausibles à ces questions, Trump peut faire le beau en déclarant à haute voix que « quelque chose doit être fait », puis en ajoutant sotto voce que les coûts doivent être raisonnables, les dégâts potentiels contenus et qu’il mieux vaut attendre les prochaines élections.

Cinquièmement, cet événement semble avoir donné à cet occupant de la Maison Blanche, plutôt improbable et malchanceux, un nouveau bail sur la vie politique. La présidence de Trump, après seulement quelques mois, tourne en rond dans le marais. L’abrogation de l’Obamacare a échoué, son plan de réforme fiscale semble être mort-né, il y a un silence assourdissant au sujet de l’augmentation de la limite de la dette, qui est nécessaire pour éviter un arrêt du gouvernement cet été, et ses plans de développement de l’infrastructure ne sont nulle part près d’être réalisés. Même son mur le long de la frontière mexicaine reste purement conceptuel. Son taux d’approbation, déjà abyssal, va baisser encore un peu plus, alors qu’il se battait désespérément contre un establishment à Washington enragé et hostile. Mais maintenant, grâce à cet incident syrien, sa position envers ces affreux mécréants qui peuplent ce marigot semble s’être quelque peu améliorée, alors que ses anciens partisans dans la population reculent de dégoût. Bien sûr, personne ne sait combien de temps ce rebond durera, ou si ses supporters le lui pardonneront jamais.

Dans l’ensemble, cet événement, bien que mineur, jette une lumière peu flatteuse sur l’état actuel de l’ancienne hégémonie mondiale américaine : militairement impuissante, diplomatiquement un objet de dérision et de ridicule, politiquement dysfonctionnelle et en plein conflit intérieur, économiquement et financièrement précaire et dirigée par un bouffon ridicule, qui ne peut s’empêcher de faire trébucher tout et tout le monde autour de lui, y compris lui-même. Attention, les États-Unis sont encore très dangereux, mais à ce stade, ils sont surtout dangereux pour eux-mêmes.

Dmitry Orlov
Les cinq stades de l’effondrementLe livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie », c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Guerre hybride 8. La guerre hybride peut causer des ravages à travers l’Afrique de l’Ouest 1/4

Posted: 18 Apr 2017 01:29 AM PDT
Article original de Andrew Korybko, publié le 17 Mars 2017 sur le site Oriental Review
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Hybrid War Can Wreak Havoc Across West Africa (I)

La dernière partie du continent africain à analyser dans l’étude de la vulnérabilité de la Guerre hybride est sa région de l’Ouest centrée sur le Nigéria. Cette partie de l’Afrique est significative pour de nombreuses raisons, dont notamment son potentiel démographique et énergétique. Le Nigeria se situe au fond de ce que les observateurs délimitent traditionnellement comme l’Afrique de l’Ouest et du Centre, bien que pour la portée et la pertinence stratégique de la présente étude, les pays du Tchad et du Cameroun ─ classés régulièrement en Afrique centrale ─ sont redéfinis comme faisant partie de l’Afrique de l’Ouest parce que leurs perspectives stratégiques et de sécurité sont plus directement liées aux événements dans cette région par opposition à ceux de leur groupe central traditionnel. La recherche vise à démontrer l’importance de la définition par l’auteur de la Région centrale de l’Afrique de l’Ouest (RCAO) pour la stratégie de la Nouvelle Route de la Soie de la Chine pour le continent et révéler les nombreux risques de guerre hybride qui menacent son intégration future dans le grand projet envisagé par Pékin.

Cet article d’introduction expliquera le contexte géostratégique de l’Afrique de l’Ouest et décrira certains des facteurs d’influence en jeu les plus importants dans la région. Après cela, les chapitres suivants analyseront la situation du Tchad, du Cameroun, du Niger et du Nigeria, dans cet ordre.
Connexion des géants
Concept de base
Jusqu’à présent, la recherche a décrit les deux projets d’infrastructure de transport d’une côte à l’autre que la Chine poursuit en Afrique comme étant la Route trans-africaine du Nord (NTAR) et son homologue australe (STAR). Bien que ces deux projets soient activement poursuivis, ce ne sont pas les seules occasions que la Chine avait de relier les côtes atlantique de l’Afrique et l’océan Indien. Il se pourrait que le plan initial ait été préparé il y a longtemps, avant qu’une première proposition officielle dans cette direction n’ait été proposée. D’un point de vue stratégique, il est très logique pour la Chine de relier les deux plus grands pays africains à travers une vaste ceinture riche en ressources afin de maximiser leurs forces économiques futures en tant que futurs leaders multipolaires amis de la Chine sur le continent. En pratique, cela impliquerait de rejoindre l’Éthiopie et le Nigeria en passant par le Sud-Soudan et de la République centrafricaine (RCA), bien que la situation absolument dysfonctionnelle de ces deux États de transit déchirés par une guerre civile n’ait même pas permis à la Chine d’offrir une vague proposition pour ce faire. La carte ci-dessous illustre le concept de base pour la connexion de ces deux géants démographiques :

Les efforts déployés par les États-Unis pour contribuer à cette ceinture d’États faillis qui vient d’être discutée dans le chapitre précédent peuvent être considérés comme un coup de force rentable dans la préemption d’un passage construit par la Chine pour cette la Nouvelle Route de la Soie entre ces deux États. Les déstabilisations provoquées de l’extérieur au Sud-Soudan et en République centrafricaine ont eu un fort impact jusqu’à totalement briser l’idée d’un gouvernement unifié dans chaque État, sans parler de l’idée même d’un « gouvernement » et d’un « État » dans ces deux territoires accolés. On ne sait pas combien de temps il faudra pour remédier aux dommages infligés et renouer même avec un semblant de loi, d’ordre et de stabilité dans ces deux pays, mais, pour le moment, on peut supposer que ni le Sud-Soudan ni la République Centre-africaine ne pourraient fonctionner comme des états de transit fiables dans l’accomplissement de cette vision. Cette situation va perdurer malgré l’occasion tentante d’utiliser leurs ressources extractibles pour alimenter davantage la croissance nigériane et éthiopienne dans le cadre de la stratégie suprême de la Chine pour assurer la multipolarité soutenue de l’Afrique sous son influence directrice.
La Route de la soie au Sahel
À la lumière des obstacles évidents que la Ceinture des États faillis pose à cette vision, une deuxième solution est conceptuellement possible, mais également marquée par une déstabilisation encouragée par les Américains. En partant du nord du Nigeria, puis passant par le Tchad et le Soudan, ce type de « détour » pourrait se terminer à Port-Soudan et / ou continuer en Éthiopie, bien que ce dernier trajet est incertain en raison des relations souvent tendues de Khartoum avec Addis-Abeba au sujet du projet du barrage de la Grande Renaissance de l’Éthiopie. Bien que le ministre soudanais des Affaires étrangères a déclaré récemment que les différences de son pays avec l’Éthiopie sur ce projet difficile sont réglées, le Soudan peut ne pas être intéressé par une liaison avec l’Éthiopie au niveau de confiance que son intégration sur cette Route de la Soie du Sahel nécessite. Avant d’aller plus loin, voici une description utile de ce chemin :

Khartoum serait le nœud central dans cette construction, que ce soit vers un terminal à Port Soudan et / ou à Addis-Abeba. Les deux sites sont facilement accessibles par les commerçants chinois, en ce sens où le premier peut être directement atteint par la mer Rouge, tandis que le dernier est lié à l’océan par le chemin de fer Djibouti-Éthiopie. Le deuxième scénario pourrait être plus difficile à mettre en œuvre à long terme, car il n’existe actuellement aucun chemin de fer entre l’Éthiopie et le Soudan et il ne sera probablement pas construit avant un certain temps, s’il se construit jamais, en raison de la méfiance résiduelle persistante autour de la controverse du barrage de la Grande Renaissance de l’Éthiopie. Par conséquent, alors qu’il est idéalement dans l’intérêt supérieur de la Chine d’étendre la Route de la Soie du Sahel à l’Éthiopie, de manière plus que probable, Addis-Abeba ne sera pas directement connecté à ce cadre via un système uni-modal avant de nombreuses années, bien que l’Éthiopie puisse en théorie y accéder par un itinéraire routier.

Cela étant dit, même la Route de la soie du Sahel entre le Nigeria, le Tchad et le Soudan est confrontée à des problèmes d’influence américaine avant que tout travail réel ne puisse être entrepris. La question du Darfour est apparue à l’avant-garde de l’attention mondiale au milieu des années 2000 et a été célébrée par de nombreuses personnalités qui voulaient diversifier leur carrière de stars du cinéma hollywoodien en y ajoutant un rôle d’« humanitaire » factice. Ces personnes ont-elle agi de leurs propres initiatives intéressées ou sont-elles liées à l’« État profond » des États-Unis (bureaucraties permanentes de la diplomatie militaire et des service d’intelligence) à la manière d’Angelina Jolie qui appartient au Council of Foreign Relations (CFR). Ce qui est sûr, c’est que ces « idiots utiles » ont promu une crise qui a eu pour effet de sabrer de manière préventive les plans chinois de Route de la soie du Sahel pour construire une route terrestre reliant le Nigeria à la mer Rouge.
De Port Soudan à Douala
Une fois que la question du Darfour a fini par se calmer et que les tensions entre le Soudan et le Tchad ont été résolues, Boko Haram est apparu comme une menace transnationale d’une ampleur encore plus grande que celle du Darfour, ce qui a suspendu indéfiniment tous les espoirs que la Chine aurait pu avoir pour actualiser sa vision. Néanmoins, les Chinois sont assidus et n’ont pas pour habitude d’être arrêtés dans leurs plans. C’est pourquoi ils ont improvisé une nouvelle solution pour contourner ce nouvel ensemble d’obstacles dans leurs dessins de Route de la Soie. Au lieu de relier directement l’Éthiopie au Nigeria, les Chinois semblent maintenant vouloir relier Port Soudan au port de Douala au Cameroun sur l’Atlantique au moyen d’un futur chemin de fer au Tchad. Il a été annoncé à l’été 2014 que la Chine fournirait un financement de 2 milliards de dollars pour cette entreprise, mais depuis lors, très peu d’informations ont filtré sur ce projet dans la presse internationale.

Le dernier point fiable à ce sujet est venu en août 2016 lorsque l’ambassadeur soudanais au Tchad a déclaré que « des dispositions sont en cours » pour la partie tchadienne de l’initiative, tandis que la partie Tchad-Cameroun de ce couloir continue à être construite, supportée par un prêt de 71 millions de dollars de la Banque mondiale à Yaoundé. En ce qui concerne la composante soudanaise, une infrastructure ferroviaire existe déjà reliant la ville frontalière de Nyala au Darfour à Khartoum et à Port Soudan.

http://afriquesubsaharienne.e-monsite.com/medias/images/darfour-carte-1.gif?fx=r_250_250

À la surface des choses, il pourrait être déroutant de comprendre pourquoi la Chine voudrait relier Port Soudan à Douala alors que sa stratégie originale et la plus logique l’oblige à lier l’Éthiopie et le Nigeria. Mais en fait, ce que la Chine fait, est de s’adapter aux conditions géostratégiques changées par les Américains et essayer de relier le Nigeria à Port Soudan d’une autre manière. Superficiellement, bien sûr, rien de ceci ne se passe, car le chemin de fer devrait se terminer au Cameroun et non au Nigeria, mais dans la pratique, Douala est assez proche du sud du Nigeria pour être accessible à ce marché et ainsi intégrer la partie du pays africain le plus peuplé dans le projet d’infrastructure conjoncturelle multipolaire de la Chine sans trop de difficulté. Voici une visualisation de cette nouvelle route :

Comme on peut le constater, un retour du conflit au Darfour risque de compromettre ces plans, bien qu’il semble de manière convaincante que le Soudan ait beaucoup plus de contrôle sur la situation à l’heure actuelle que précédemment, tout en luttant contre une autre guerre dans ce qui est aujourd’hui le territoire du Sud-Soudan. En outre, la capitale tchadienne de N’Djamena est un nœud clé véritablement menacé par Boko Haram, mais compte tenu de la force et des mesures proactives du Tchad pour contrer cette menace, il ne semble pas probable que le projet soit mis en danger. Ce qui est le plus intéressant à propos de cette nouvelle proposition de Route de la soie, c’est qu’elle est un mélange des deux routes discutées précédemment entre l’Éthiopie et le Nigeria d’une part et le Soudan et le Nigeria d’autre part, que ce soit par l’intermédiaire de la Ceinture des États faillis ou du Sahel, respectivement.

Une observation intrigante est que la route Éthiopie-Sud-Soudan-République Centrafricaine-Cameroun-Sud du Nigeria traverse un territoire majoritairement chrétien tandis que son homologue nord du Nigeria-Tchad-Soudan passe par un territoire majoritairement habité par les musulmans. Aucun jugement stratégique ne se fait d’une manière ou d’une autre à cet égard et ces faits n’ont pas joué de façon réaliste dans les chemins prévus de ces deux routes, mais ils sont néanmoins intéressants à noter. Par conséquent, le chemin de fer mixte de Port-Soudan à Douala traverse un territoire majoritairement musulman au Soudan et au nord du Tchad avant de traverser un territoire principalement chrétien au sud du Tchad et dans les parties du Cameroun par lequel il passe. Du point de vue du plan du « Choc des civilisations » que les États-Unis suivent en divisant et en régissant l’hémisphère oriental, cela signifierait que toute aggravation de la tension identitaire (religieuse) entre les populations du nord / centre et du sud du Tchad pourrait perturber l’ensemble projet.
Dynamique centrale
La situation géostratégique de cette région, le cœur de l’Afrique de l’Ouest (WACR) doit être exposée afin que le lecteur puisse bien comprendre la dynamique pertinente dans cette partie du continent. Pour commencer, le Nigeria est évidemment le noyau de toute la région, avec les pays voisins du Bénin, du Niger, du Tchad et du Cameroun représentant son « étranger proche » en termes géopolitiques. Ce sont ces états qui sont les plus directement touchés par tout ce qui se passe au Nigeria et vice-versa, voilà donc pourquoi ils sont tous regroupés dans cette étude comme formant le WACR. Après avoir établi les paramètres de cette sous-région pivot, plusieurs inférences pertinentes peuvent ainsi être faites pour aider à comprendre comment chaque partie se rapporte à l’autre.
Néo-impérialisme français
L’observation la plus remarquable est que le Nigeria est un pays anglophone entouré d’États francophones. Les différences entre ces deux groupes de pays vont au-delà des domaines linguistique et politico-économique. Il est clair que chaque entité était auparavant colonisée par une puissance européenne différente, mais une autre subdivision peut également être faite parmi les quatre états français. Le Bénin et le Niger font partie du Franc CFA de l’Afrique de l’Ouest qui est utilisé parmi les membres de l’Union monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA), tandis que le Tchad et le Cameroun sont membres de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) qui utilisent le Franc CFA de l’Afrique centrale. Les deux monnaies sont directement contrôlées par Paris, de sorte que la France exerce ainsi une influence néo-coloniale suprême sur les affaires de presque toutes ses anciennes colonies africaines. L’importance de cet étonnant niveau de contrôle est sa composante militaire telle qu’exprimée dans l’Opération Barkhane. C’est ainsi que la France a maintenant nommé son déploiement africain transnational à la suite de l’intervention malienne 2013 (officiellement connue sous le nom d’Opération Serval). En ce qui concerne la WACR, cela comprend le Niger et le Tchad, riches en uranium et en pétrole, respectivement. Pris ensemble dans toutes ses différentes itérations, la France se réfère à sa politique post-coloniale à l’égard de l’Afrique comme la « Françafrique ».
CEDEAO et le lac Tchad
Avec une telle influence exercée par la France sur ses anciennes colonies dans la région, le Nigeria a du mal à repousser son leadership dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). En ce qui concerne la WACR, elle comprend le Niger et le Bénin. L’appartenance de ce dernier état à la WACR est essentiellement une conséquence du fait que le Lagos dans les termes stratégiques actuels est l’unique voie de transit maritime actuelle de l’uranium du Niger extrait par la France. Le Nigeria est beaucoup trop affaibli intérieurement en ce moment pour avoir un impact positif sur l’un de ses voisins, sauf en termes économiques élargis. Il reste néanmoins une force sur laquelle compter, c’est pourquoi la CEDEAO est en effet une organisation d’intégration régionale à conserver à l’œil par les observateurs. La frontière orientale de ce bloc comprend la région du lac Tchad, riche en pétrole, qui amène ainsi le Cameroun et le Tchad à la même désignation géographique sous-régionale que le Niger et le Nigeria. En outre, la menace transnationale de Boko Haram a attelé ces quatre pays encore plus étroitement, car ils tentent multilatéralement de faire face à cette menace. Le groupe terroriste est exceptionnellement dangereux pour tous, car il se niche dans un territoire facilement traversable, intrinsèquement vulnérable à une capture soudaine par Daesh, ce qui signifie que les états de la coalition anti-Boko Haram doivent toujours rester sur leurs gardes pour empêcher ce type de blitzkrieg de se concrétiser.
Coopération anglophone-francophone au sein de ce cœur
La coalition anti-Boko Haram du Cameroun, du Tchad, du Niger et du Nigeria sert plus qu’à un simple mécanisme antiterroriste, puisqu’elle lie également certains membres de la CEDEAO avec ceux de la CEMAC dans le premier cadre opérationnel transrégional entre les deux. Sur un front plus symbolique, elle regroupe les pays anglophones et francophones de la WACR pour partager une vision concrète définie dans l’urgente plutôt que celle offerte par la CEDEAO. Poursuivant la tangente de la coopération anglophone-francophone dans le WACR, le discours précédent sur la construction d’un pipeline trans-saharien du Nigeria vers l’Europe occidentale au moyen du Niger et de l’Algérie suffit aussi comme exemple commun, mais il faut souligner que ce projet de gazoduc n’a jamais été retiré des limbes et pourrait probablement ne jamais exister, dû à l’avènement du GNL et à la réduction du prix concurrentiel entraîné par son prochain déploiement à grande échelle. Cela rendra ce moyen de vente aussi attrayant et peut-être encore plus stratégiquement sûr qu’un pipeline terrestre standard dans une région aussi volatile. Enfin, en ce qui concerne les questions qui relient le fossé anglophone-francophone dans la WACR, il faut mentionner que le Cameroun dans son existence actuelle est un exemple parfait en raison de l’incorporation démocratique en 1961 de l’ancienne colonie britannique du « Cameroun du Sud », qui a ensuite transformé le pays unifié en un point de rencontre pour ces deux langues, même si elles sont encore géographiquement distinctes.
Turbulence dans l’espace de pivotement trans-régional
Ce qui suit est l’essentiel des scénarios de la guerre hybride possibles dans la région de l’Afrique de l’Ouest, bien qu’il y ait aussi des détails beaucoup plus nuancés qui les concernent ainsi que plusieurs autres possibilités de déstabilisation connexes qui seront explorées dans les chapitres suivants :
Boko Haram
Le Nigeria est le centre géostratégique de la WACR, et il s’ensuit que sa déstabilisation interne se répercuterait vers l’extérieur dans le reste de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, tout comme la Libye vis-à-vis de l’Afrique du Nord et du Sahara. Le lecteur devrait se rappeler que le Nigeria relie la CEDEAO et la CEMAC, cette dernière étant liée à cause de l’adhésion active du Cameroun et du Tchad à la Coalition anti-Boko Haram. Le groupe terroriste contre lequel ils se battent est en fait la menace numéro un pour les quatre pays, car son emplacement autour du bassin du lac Tchad signifie qu’il pourrait facilement se propager d’une communauté musulmane à l’autre, non seulement en termes idéologiques, mais aussi au niveau d’une conquête militaire en raison du terrain facilement traversable qui, à bien des égards, reflète celui le long de la frontière « Syraq ». La différence, cependant, est que les voisins du Nigeria ont été assez forts pour repousser cette menace, car ils ont traversé leurs frontières et ont effectivement pris l’initiative de repousser Boko Haram au Nigeria, car Abuja n’a pas pu traiter correctement ce groupe. C’est un fait révélateur que le pays le plus grand et le plus riche en énergie de la WACR est le moins capable de défendre ses propres frontières et de rétablir sa souveraineté, ce qui témoigne du niveau de corruption qui a corrodé les forces armées nigérianes depuis des décennies.
Les insuffisances de la coalition anti-terroriste
Bien qu’il puisse sembler que la coalition anti-Boko Haram puisse réussir à contenir la menace terroriste dans les frontières du Nigeria et se protéger ainsi de sa contagion, la réalité est beaucoup plus complexe, car l’implosion au ralenti de l’État nigérian les affecterait inévitablement tous avec le temps. Alors que Boko Haram reste plus un problème national nigérian et moins celui d’une région transnationale internationale entre la CEDEAO et la CEMAC, il risque de devenir trop écrasant pour les autorités nigérianes elles-mêmes à gérer et donc totalement hors de contrôle. Pour des raisons sensibles de souveraineté nationale, une offensive de la coalition au cœur du nord-est du Nigeria pourrait créer beaucoup de problèmes intérieurs dans le pays et peut-être augmenter les tensions entre lui et son voisin tchadien militairement ambitieux. Il est donc possible que N’Djamena ne s’engage pas plus loin au Nigeria que le strict nécessaire pour protéger directement sa propre sécurité et ses frontières. Boko Haram est très dangereux pour le Nigeria, non seulement en raison de ce qu’il fait physiquement dans ce coin isolé du pays dans lequel il est actif, mais en raison de ce qu’il représente, une forte identité religieuse-régionale (musulman-nord) soutenue par une action militante. Plus fort Boko Haram devient et plus longtemps Abuja doit lutter pour l’extirper complètement, et plus on verra s’engager des insurgés chrétiens-méridionaux tels que les MEND et les « Avengers » qui viennent d’une autre partie du pays autrefois appelé « Biafra ».


Contre-mesures des Chrétiens
Ceci est extrêmement problématique pour le Nigeria car, contrairement à Boko Haram, les MEND et les « Avengers » sont actifs dans la partie la plus active du pays qui représente la plupart des revenus du gouvernement, de sorte qu’une recrudescence de l’activité terroriste religieuse-régionale pourrait être dévastatrice pour les caisses nationales et multiplier ainsi le sentiment antigouvernemental avec le temps car la population déjà appauvrie serait forcée de subir d’autres compressions budgétaires et les difficultés socio-économiques résultantes. Les séparatistes du sud pourraient ensuite se débrouiller à travers la frontière pour recruter l’aide coordonnée de leurs homologues du Sud du Cameroun pour recréer le scénario de déstabilisation nigérian au Cameroun. Tout comme le nord du Nigeria est détruit par la violence de Boko Haram, il en est de même du nord du Cameroun, et on pourrait aussi avoir le même type de violences sécessionnistes au sud dans les anciens territoires britanniques dans lesquelles son voisin s’enfonce dans le delta du Niger, bien que pour des raisons différentes mais complémentaires. À son tour, si le Tchad ne peut pas accéder de manière fiable au Cameroun qui supporte 80% du commerce national qu’il mène dans le pays (y compris via le pipeline qui traverse son territoire), non seulement la Route de la Soie CCS à travers le Cameroun, le Tchad, et le Soudan sera perturbée, mais l’homme du milieu dans cet arrangement subirait des difficultés domestiques aggravées liées au manque de biens de consommation et aux prix élevés, ce qui pourrait naturellement créer de l’espace pour une révolte dans le Tchad méridional parmi la population chrétienne historiquement réactive qui se méfie déjà du gouvernement dirigé par les musulmans du nord.
Plan plus large
Le modèle plus large qui est établi ici est que le militantisme musulman dans le nord du Nigeria et du Cameroun encourage ses homologues chrétiens au sud, avec pour conséquences que ces deux déstabilisations interconnectées touchent le Tchad à un degré très élevé. Quant au Niger, il se contente de contenir Boko Haram pour l’heure, bien que Niamey se demande sans aucun doute ce qu’il faudrait faire si un Nigeria déstabilisé finissait par exporter ses problèmes vers le Bénin voisin, qui est la sortie principale vers la mer de ce pays enclavé. Si les banlieues internationales transfrontalières de Porto Novo et de Cotonou sont affectées de manière suffisamment grave pour que les exportations d’uranium nigériennes destinées à la France ne puissent plus se transporter de façon fable et / ou sûre à travers celle-ci (ce qui constitue essentiellement une excroissance de la capitale), une intervention militaire française pourrait être sur la table pour sécuriser la ligne de vie énergétique vitale de Paris à travers le pays.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Pourquoi attendons-nous le Peak Oil ?

Posted: 18 Apr 2017 01:34 AM PDT
Article original de David Warrilow, publié le 5 avril 2017 sur le site resilience.org
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Rappelez-vous ces longues journées de voyages pendant les vacances où la question revenait sans cesse : « Quand est-ce qu’on arrive ? ». Eh bien, pour beaucoup dans la communauté du Peak Oil, l’attente de son arrivée a suscité un sentiment similaire, car les prédictions de certains universitaires, commentateurs et blogueurs ne se sont pas concrétisées. Donc, cela vaut la peine de revisiter certains documents de réflexion qui révèlent une approche plus sophistiquée pour le calendrier du Peak. Cela peut donner aux gens une plus grande appréciation des défis à faire une prédiction pour un tel événement si complexe.

Divers modèles mathématiques ont été évoqués pour lier la production aux estimations de la quantité totale de pétrole pouvant être extraite, également appelée ressource récupérable ultime (3P). Il s’agit des modèles linéaire, exponentiel et, le plus connu, celui d’Hubbert. Des tentatives ont été faites pour déterminer le meilleur ajustement de ces modèles à la production historique. Cependant, en termes de prédiction, aucun n’est nécessairement plus correct que les autres. Les résultats qu’ils prédisent sont fortement déterminés par les hypothèses et les paramètres utilisés pour façonner les courbes résultantes.
Sans doute, la taille des ressources récupérables ultimes supposées peut avoir un effet important sur la date du pic. De même, les valeurs du taux de croissance et de déclin de la production pétrolière peuvent déterminer la symétrie de la courbe de production. Un taux plus élevé de déclin crée une courbe de production inclinée vers la droite et vice versa.

C’est avec cet esprit que les chercheurs de l’US Energy Information Administration (EIA) ont tenté d’utiliser la modélisation mathématique pour prédire une date pour un pic de la production mondiale de pétrole 1 (voir la figure 1). Par souci de simplicité, nous considérons leur analyse, et d’autres, avec une estimation moyenne des ressources récupérables ultimes de 3 000 milliards de barils. Pour un taux de croissance réaliste de 2% par an, ils ont prédit un pic en 2037. En faisant cela, ils ont supposé un ratio de réserves / production de 10 (soit un taux de déclin de 10% par an), basé sur l’historique de la production américaine.

Cependant, les hypothèses de taux de déclin des chercheurs de l’EIA ont été largement critiquées par les derniers modélistes comme étant inacceptablement élevés. C’est parce que le taux de déclin aux États-Unis qu’ils ont utilisé était basé sur des réserves prouvées et non sur les estimations plus importantes des ressources récupérables ultimes pour les États-Unis. Ces chercheurs ont affirmé que le taux de déclin dans la réalité aurait dû être beaucoup plus bas. Cela aurait, en fait, décalé la prédiction du pic estimée des années plus tôt.

Des analyses plus récentes se sont plutôt basées sur différents taux de croissance et de déclin, conduisant à une gamme de prédiction de dates pour un pic de production. Pour simplifier et pour permettre une comparaison entre celles-ci et le modèle précédent de l’EIA, nous allons garder notre hypothèse de ressources récupérables ultimes d’environ 3 000 milliards de barils et un taux de croissance d’environ 2%. Ce taux de croissance est proche de celui observé à l’échelle mondiale jusqu’à présent. Lorsque nous faisons ces hypothèses moins restrictives et que nous utilisons des taux de déclin variant de façon réaliste de 2 à 6%, nous obtenons une fourchette allant de 2019 à 2026 2 et 2013 – 2033 3 dans les deux études, respectivement (voir la figure 2).

Ces résultats jettent un éclairage différent, non seulement sur la prédiction d’un pic de production de pétrole, mais aussi sur notre capacité à prédire précisément la date. Il convient de noter que de nombreuses prévisions pétrolières précoces ont été basées sur des courbes de production symétriques où la croissance de la production et les taux de déclin étaient égaux. C’est une hypothèse de prédiction raisonnable lorsque les valeurs futures réelles de ces taux sont inconnues. Cependant, en réalité, les courbes de production sont rarement symétriques.

En ce qui concerne ces commentaires, une analyse de la Banque HSBC en 2016 a indiqué qu’en raison de la nature de la production pétrolière où les champs plus importants sont exploités en premier lieu, les taux de déclin ultérieurs peuvent être supérieurs à ceux utilisés dans la modélisation symétrique de Hubbert. Leur conclusion est qu’en fait, ils peuvent être de 6% en moyenne. Ainsi, alors qu’une prédiction pour 2037 fondée sur un taux de déclin de 10% pour des ressources récupérables ultimes à mi-consommation pourrait être plus tardive et difficile à prévoir, une prédiction avant 2020 en fonction d’un taux de déclin relativement faible pourrait être aussi plus précoce. L’une des études ci-dessus montre que sur 64 scénarios de production mondiale, 53 ont donné un pic avant 2030 4, alors nous pouvons raisonnablement avoir confiance en un pic avant cette date.

Certes, l’interprétation des études ci-dessus est une simplification, mais elle illustre quelques points. Tout d’abord, pour toute hypothèse donnée sur les ressources récupérables ultimes, il peut y avoir une large gamme de prédictions de dates de production mondiales en fonction des hypothèses de croissance et des taux de déclin qui sont retenus. Par conséquent, nous ne devrions pas nous attendre à une prédiction ponctuelle d’une date de Peak en raison des grandes incertitudes inhérentes non seulement à notre connaissance limitée des ressources récupérables ultimes, mais aussi de la production, ce qui peut affecter la date réelle en la décalant de plusieurs années.

En outre, cela explique également le grand écart de date pour le Peak pour le pétrole par différents chercheurs, organismes publics sur l’énergie et par des commentateurs informés. Ainsi, nos vacanciers impatients devront peut-être patienter un peu plus longtemps pour découvrir la réalité du Peak Oil dans un monde fini !

David Warrilow

Note du traducteur

Il est même assez probable que l’on « découvrira » le Peak seulement plusieurs années après l’avoir passé du simple fait du temps qu’il faut pour consolider des statistiques fiables.

Notes

Wood J.H., Long G.R. and Morehouse D.F. (2004). Long-term world oil supply scenarios : the future is neither as bleak or rosy as some assert. Energy Information Administration.
Kaufmann R.K. and Shiers L.D. Alternatives to conventional crude oil : When, how quickly, and market driven ? Ecological Economics 67: 405 – 411.
Sorrell S., Miller R., Bentley R. and Speirs J. (2010). Oil futures : A comparison of global supply forecasts. Energy Policy 38: 4990–5003.
Kaufmann R.K. and Shiers L.D. Alternatives to conventional crude oil : When, how quickly, and market driven ? Ecological Economics 67: 405 – 411.

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