Pour une école libre au Québec : La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales – Et varia

Pour une école libre au Québec

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales
La censure contaminerait les milieux universitaires
Histoire — 1er avril 1918 à Québec : « Shoot to kill ! »

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

Posted: 02 Apr 2017 08:46 PM PDT
Les politiques de l’Université de Toronto prévoient que l’étudiant choisisse lui-même le pronom qu’il souhaite qu’on utilise dans ses communications avec lui.

En cela, l’université a cédé à la coterie LGBTTIQQ2SA (lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels, transgenres, intersexuels, « queers », en questionnement, bispirituels, asexuels et alliés) qui tente depuis des années d’imposer aux communs des mortels l’usage de nouveaux pronoms personnels neutres en anglais, en plus des usuels « he » or « she », on tente de faire accepter « ze », « e » ou « they » (au singulier !).

En français aussi

En français, le lobby LGBTTIQQ2SA propose parfois les pronoms artificiels « iel », « yel » ou « ille ».

Radio-Canada nous raconte que l’« on peut lire ce type de phrases : “Ile est heureuxe (il/elle est heureux/heureuse)” ou “Ille est créatifve, mais est fâché.e”. » Le lobby LGBTQ++ suggère d’employer la lettre « t » comme terminaison pour les accords de verbes conjugués avec l’auxiliaire être : « Ille est allet ou Iel est aimeT. » Le mélange des genres peut aussi être accepté : « Sam est un étudiante » ou « Sam est une étudiant ».

Radio-Canada fait dans le chantage émotionnel : c’est ça ou le suicide des transgenres insinue la société d’État : « Près de la moitié des personnes trans vont tenter de se suicider. De 70 % à 80 % ont ou ont eu des pensées suicidaires. Ce n’est pas dû à leur identité [affirmation assénée ici sans preuve], mais bien aux barrières auxquelles elles font face », rappelle la coordonnatrice du Centre de lutte contre l’oppression des genres de l’Université Concordia, Gabrielle Bouchard. »

Pour le linguiste de Radio-Canada Guy Bertrand : « Ça n’a aucun bon sens [d’imposer artificiellement un pronom neutre] parce que c’est complètement artificiel. Il n’y a pas de logique. Ce n’est pas possible. Ça ne verra jamais le jour. Il n’y a personne qui va s’astreindre à un exercice mental aussi difficile pour ménager la susceptibilité d’une minorité. Ce n’est tellement pas nécessaire. On exagère dans la rectitude politique. […] Ce qui est important, c’est de se battre pour que les gens les respectent. Avoir du respect, ça ne veut pas dire changer la langue pour les accommoder. Avoir du respect, c’est être respectueux envers eux. À mon avis, ce n’est pas dans un changement en profondeur de la langue qu’on va être plus respectueux. C’est dans l’attitude et l’inclusion sociale que ça se fait. »

Imposition dans les universités nord-américaines

Certaines universités américaines, comme l’Université du Wisconsin-Milwaukee, publient des guides pratiques à l’intention des étudiants pour qu’ils utilisent les « pronoms appropriés » lorsqu’ils se réfèrent à d’autres étudiants et professeurs…

Un tableau sur le site Web des lesbiennes, des gais, des bisexuels de cette université (LGBTRC) répertorie douze pronoms approuvés à utiliser, y compris « fae », « æ », « e », « ey », « per », « ve », « xe », « ze » et « zie », en plus des traditionnels « he », « she » et « they » mais qui peuvent être utilisées au singulier ou au pluriel. Le tableau répertorie également les variations possessives et réfléchies de chaque pronom. Le tableau est reproduit ci-dessous.

Toutefois, le site souligne qu’il ne s’agit « pas d’une liste exhaustive » de tous les pronoms approuvés. Le site indique, toutefois, que certains élèves préfèrent qu’on utilise leur nom en tant que pronom, tandis que d’autres préfèrent qu’on utilise le « they » pluriel (épicène en anglais, contrairement au français ils/elles) même quand on s’adresse à eux au singulier.

D’autres universités, dont l’Université Harvard, ont aussi des politiques permettant à l’étudiant d’imposer au personnel de l’université le pronom personnel et le genre qu’il choisit.

Aussi à la CSDM (élèves de 4 à 17 ans…)

C’est aussi le cas à la Commission scolaire de Montréal, qui s’est dotée cette année de lignes directrices à l’égard de ses élèves transgenres (on parle des écoliers de 4 à 16-17 ans…).

La CSDM déclare ainsi que « Les élèves ont le droit de s’auto-identifier. Ainsi, tout élève a le droit qu’on s’adresse à lui ou à elle par un prénom et un pronom choisis qui correspondent à [ce qu’il dit être] son identité de genre. » Et gare aux rétifs ! « Le refus intentionnel ou persistant de respecter l’identité de genre d’un élève constitue un déni de son identité et peut être considéré comme une forme de harcèlement ou de discrimination. »

Dans un texte adopté en conseil des commissaires le 23 mars 2016, on lit : « L’élève [qui se déclare] transgenre a le droit d’exiger qu’on s’adresse à lui en utilisant le prénom et le pronom (il, elle ou autre pronom neutre [?]) qui correspond à [ce qu’il dit être] son identité de genre, et ce, indépendamment du fait que l’élève ait obtenu un changement de nom officiel et nonobstant l’impossibilité pour un mineur d’obtenir le changement de mention de sexe au registre de l’état civil (voir l’encadré “À titre informatif” ci-après). Par conséquent, les membres du personnel de l’établissement scolaire doivent systématiquement employer le prénom et le pronom choisis par l’élève. »

Le cas Jordan Peterson

Le professeur Jordan Peterson enseigne la psychologie à l’Université de Toronto depuis 1998. Avant d’y être embauché, il avait été professeur à Harvard. Ce qui est en jeu pour lui, c’est d’abord son emploi et son permis d’exercer la psychologie. Il s’expose également à d’éventuelles poursuites judiciaires.

Le professeur Peterson réclame, au nom de la liberté d’expression et de la liberté de l’enseignement, d’utiliser les pronoms traditionnels. Lors d’une émission de la CBC, il s’est exprimé en ces termes : « Je ne reconnais le droit à personne de choisir les mots que j’emploierai, d’autant que, d’une part, les mots qu’on veut que j’emploie sont des éléments non réguliers de la langue anglaise et que, d’autre part, ces constructions sont la création d’une petite coterie d’idéologues. »

Pour cet universitaire, ce serait céder au correctivisme politique que de se soumettre aux caprices d’une poignée d’activistes, qui ne représentent qu’une infime partie de la population : « J’estime que les mots artificiellement construits comme les pronoms prétendument “» neutres” » du point de vue du genre, sont la manifestation d’une vague de rectitude politique dont les racines historiques me troublent (marxisme) et dont les motivations psychologiques m’apparaissent douteuses (car elles reposent sur la volonté d’infantiliser et sur un ressentiment intense à l’égard de la réussite, quelle qu’en soit l’origine). » Seuls les États totalitaires ont essayé de régenter de la sorte la langue et le savoir.

Pour Peterson, l’argument du respect dû à la personne transgenre n’est pas convaincant pour imposer une telle réforme linguistique. Non qu’on ne doive pas la respecter ; c’est plutôt que cela n’a rien à avoir avec la question des pronoms : « Le simple fait qu’[une personne transgenre] veuille qu’on s’adresse à elle au moyen d’un pronom particulier ne signifie pas que je sois tenu d’utiliser ce pronom. Cela ne veut pas dire que je nie son existence ou que je nie l’existence de personnes qui ne correspondent pas parfaitement aux catégories binaires de genre. »

Courts extraits de la défense de Jordan Peterson (en anglais)

Rejet de la théorie du genre

Peterson répète qu’il n’est pas un ennemi des personnes transgenres. Il ne nie pas qu’elles peuvent vivre des situations difficiles. Il s’oppose, toutefois, à l’idéologie qui sous-tend l’action des militants LGTBQ++. Il réfute ainsi la conception du genre exagérément malléable qu’elle met de l’avant et qu’on retrouve dans les textes de loi en Ontario et au niveau fédéral canadien : « Je ne crois pas, dit-il, qu’il soit raisonnable pour notre société de saper intégralement le concept de polarité entre les genres, afin de potentiellement satisfaire une infime minorité de la population. »

Il ajoute : « Il n’y a pas assez de preuves permettant d’affirmer que l’identité de genre et la sexualité biologique soient des constructions indépendantes l’une de l’autre. En fait, tout porte à croire le contraire. En fait, les personnes transgenres font le même raisonnement que moi. Elles soutiennent qu’un homme peut être né dans le corps d’une femme ; c’est donc un argument qui établit un lien biologique entre l’identité de genre et le sexe biologique. Je ne suis pas hostile aux personnes transgenres. Je m’oppose simplement à des lois mal rédigées et à la promulgation, pour des raisons idéologiques, d’une législation que la population n’est pas prête à accepter. »

Le 30 septembre dernier, lors d’une entrevue radiophonique, le professeur Peterson mettait en garde : « Je dois vous faire part d’une chose qui m’effraie terriblement et à laquelle vous pouvez réfléchir. Je pense que les diktats continus et inconsidérés des radicaux militants de la gauche auront pour effet de réveiller les mouvements droitiers. Vous pouvez considérer cela comme une prophétie de ma part si vous le voulez. Une bête sommeille en notre sein et cette bête a des griffes. Si vous réveillez la bête, la violence éclatera. Je redoute que cette poussée constante par les militants radicaux n’ait comme conséquence de réveiller la bête. »

Diktats de la hiérarchie, lâché par ses collègues

Dans deux lettres distinctes rendues publiques par Jordan Peterson, ses supérieurs lui ont expressément demandé de ne plus résister aux diktats des lobbys LGBTTIQQ2SA et d’utiliser la langue anglaise comme elle existe et non comme la voudraient ces lobbies. La hiérarchie de l’Université de Toronto prétend que le débat qu’il a soulevé — oubliant que la coercition initiale vient de cette même hiérarchie — aurait valu des menaces à des étudiants qui se disent transgenres.

« Nous sommes convaincus que vous n’avez pas souhaité avoir ce genre d’impact. En raison de cela, en raison aussi de vos obligations [légales], nous vous demandons d’arrêter d’y aller de telles déclarations. »

— Extrait d’une lettre envoyée à Jordan Peterson

Pour Althea Blackburn-Evans, porte-parole de l’Université de Toronto, le Code des droits de la personne en Ontario interdit toute discrimination liée à l’identité sexuelle. L’Université de Toronto l’interdit aussi.

Près de 250 collègues du professeur Peterson l’ont dénoncé, l’accusant de discrimination envers une minorité vulnérable. Un professeur de l’université de Toronto, A.W. Peet, rattaché au département de physique, qui est lui-même transgenre, l’a traité de « bigot » et a porté plainte contre lui auprès des autorités universitaires. « Peet a déclaré que, bien qu’il soit d’avis que Peterson ait le droit d’exprimer ses idées, il doit assumer, en tant que professeur, certaines responsabilités, notamment celle de prendre soin de l’ensemble du corps étudiant : “» Je refuse de passer mon chemin et de le laisser blesser des membres « genderqueer » vulnérables de la communauté universitaire (…). La liberté universitaire n’a jamais été conçue comme un passe-droit qui déchargerait les professeurs des responsabilités qui leur incombent. »

On apprenait cette fin de semaine que, pour la première fois dans sa carrière, le professeur M. Peterson s’est vu refuser des subventions à la recherche. Voir le gazouillis ci-dessous.

La gauche radicale progressiste veut de moins en moins débattre avec la droite conservatrice, elle veut surtout la faire taire selon elle au nom de la tolérance et de la non-discrimination. En réalité, elle use de la force de lois liberticides, de menaces y compris de mettre fin à la carrière d’un professeur jusqu’ici respecté et distingué.

Opposition au projet de loi C-16

Jordan Peterson, dont les nombreuses vidéos sur YouTube sont populaires, utilise aussi sa tribune pour s’opposer au projet de loi fédérale C-16, qui propose de modifier la Loi canadienne sur les droits de la personne afin d’interdire la discrimination envers les personnes transgenres au pays. Une modification au Code criminel serait aussi apportée afin que les éléments de preuve établissant que la haine fondée sur l’identité ou l’expression de genre, lorsqu’elle motive un crime, soit considérée comme une circonstance aggravante.

Pour Peterson, avec un projet de loi comme le C-16, « le gouvernement, influencés par les guerriers de la justice sociale de la gauche radicale, a décidé de ce que devons dire, au lieu de nous indiquer ce que nous n’avons pas le droit de dire. Cela me paraît extrêmement mal avisé. Je crois que c’est une limite injustifiée à la liberté d’expression. » La loi, lorsqu’elle entrera en vigueur, pourrait, en raison de la possibilité bien réelle de poursuites judiciaires, empêcher des débats publics légitimes sur les questions de genre et la sexualité et compliquer le travail des chercheurs sur ces sujets. Le professeur de Toronto compare les réformes apportées par le projet de loi C-16 aux restrictions à la liberté d’expression qui existent dans « les pays autoritaires et totalitaires ».

Le Sénat a donné son premier appui jeudi au projet de loi C-16 au début du mois de mars 2017. Même le conservateur Don Plett, pourtant farouchement opposé à l’initiative, a cru bon donner son feu vert pour que se poursuive la réflexion. M. Plett espère démontrer les risques d’ériger en loi le constructivisme social en citant le cas d’un Torontois cinquantenaire qui se présente maintenant comme une fillette de six ans aimant jouer à la poupée avec les petits-enfants de ses parents adoptifs. Le sénateur Plett fait valoir que « les transgenres sont déjà protégés » par la Charte des droits et libertés qui interdit toute forme de discrimination. Selon lui, l’adoption de C-16 est dangereuse, car elle met « prématurément un terme à un débat sur les genres qui n’est pas réglé et qui repose sur une théorie sociale erronée » à savoir qu’il existe « un spectre infini de genres ». Il estime que le C-16, loin de servir à protéger une minorité, sert surtout à promouvoir un agenda social qui obligera les gens à accepter toutes les identités qu’une personne choisira d’endosser. Il a alors donné l’exemple de Stefonknee Wolscht, un homme qui a quitté sa femme et ses sept enfants pour assumer ce qu’il dit être sa véritable identité : celle d’une fillette de six ans. À 54 ans, il s’habille en enfant, avec sucettes et couettes en prime. « Avec ce projet de loi, nous légitimons et protégeons son faux sentiment d’être une femme, mais pas celui d’être un enfant. Qui sommes-nous pour dire que l’un est plus légitime que l’autre ? », a demandé M. Plett.

Maxime Bernier s’oppose désormais à C-16

Le très libertarien Maxime Bernier, candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada, avait approuvé le projet de loi C-16 à l’automne, car, en ses mots, « je m’oppose à ce que quelqu’un soit victime de haine et de discrimination au motif qu’il fait partie d’un groupe identifiable. […] Cependant, en plus des nombreux Canadiens qui ont abordé cette question avec moi, j’ai eu l’occasion la semaine dernière de discuter avec le professeur Jordan Peterson de l’Université de Toronto au sujet de ce projet de loi et des conséquences qu’il aura sur la liberté d’expression. Et franchement, j’en ai été consterné. […] Ce sont plutôt des activistes de la gauche radicale qui tentent de déconstruire les normes sociales traditionnelles et d’imposer leur perspective marginale à tout le monde, y compris en nous forçant à changer notre façon de parler. Et ils semblent avoir une influence indue sur les campus universitaires à travers l’Amérique du Nord, y compris ici, au Canada.
[…]

La liberté d’expression est l’un des droits les plus fondamentaux que nous avons en tant que Canadiens. Le professeur Peterson croit que, si elle est adoptée, la loi C-16, conjointement avec le Code des droits de la personne de l’Ontario, menacera ce droit de manière importante. Chaque fois qu’un droit est violé, notre Constitution exige qu’une telle violation puisse raisonnablement être justifiée dans une société libre et démocratique. […]

La loi C-16 ne respecte pas ce critère. Elle pourrait forcer les Canadiens à restructurer leur façon de parler et à dire des choses en lesquelles ils ne croient pas.

Nous devons protéger les groupes minoritaires contre la haine et la discrimination. Mais nous devons également nous assurer de protéger nos libertés les plus fondamentales, y compris notre liberté de dire ce que l’on pense et d’utiliser un langage courant sans craindre des conséquences juridiques.

Je regrette ma décision d’avoir voté en faveur du projet de loi C-16. Si le vote était tenu de nouveau aujourd’hui, je voterais contre. J’encourage mes collègues du Sénat à l’empêcher de devenir une loi. Et si cela devient une loi, en tant que Premier ministre conservateur du Canada, je l’abrogerai. »

Maxime Bernier au micro de Mark Steyn sur son le fait qu’il a changé d’avis sur C-16 (à partir de 9 min 10 s, en anglais)

Entretemps au Québec, jamais en reste, le projet de loi 103 adopté sur les chapeaux de roue

Au Québec, le projet de loi 103, adopté en juin, modifie le Code civil du Québec afin de permettre à un enfant mineur d’obtenir le changement de la mention du sexe figurant à son acte de naissance. Adopté à toutes vapeurs, le projet de loi a fait sourciller. Quatorze ans, n’est-ce pas tôt pour changer sa mention de sexe ? Rappelons qu’il n’est pas rare que des transgenres passés sous le bistouri regrettent ce qu’ils perçoivent comme une mutilation peu satisfaisante. Il existe même un site consacré à des témoignages empreints de regrets (http://www.sexchangeregret.com/). On relira aussi à ce sujet l’histoire touchante de Bruce/Brenda/David Reimer. Comme le disait Alan Finch, un ex-transgenre, dans les colonnes du Guardian en 2009 : « Le transsexualisme a été inventé par des psychiatres… Vous ne pouvez pas fondamentalement changer de sexe… La chirurgie ne vous modifie pas génétiquement. C’est une mutilation génitale. Mon “vagin” était juste le sac de mon scrotum. C’est comme une poche, comme un kangourou. Ce qui est effrayant c’est que vous avez toujours l’impression d’avoir un pénis lorsque vous êtes excité sexuellement. C’est comme le syndrome du membre fantôme. Tout cela fut une épouvantable mésaventure. Je n’ai jamais été une femme, je suis tout simplement resté Alan. »

Voir aussi

Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre

La censure contaminerait les milieux universitaires

La censure contaminerait les milieux universitaires

Posted: 02 Apr 2017 12:52 PM PDT
Article de Jean-François Nadeau dans le Devoir sur un sujet que nous avons déjà abordé ici (voir les liens connexes en bas d’article) : la censure universitaire.

Peut-on discuter de tout à l’université ? De moins en moins, apparemment. Nous entrons dans une ère « de déclin de l’argumentation, de la rationalité et du politique », pense l’historien des sciences de l’UQAM Yves Gingras. « Et l’on n’a encore rien vu ! » ajoute-t-il.

À l’Université McGill, deux professeurs de théologie n’ont pu aborder la question des transgenres, muselés par une trentaine d’étudiants qui les ont interrompus au point où la menace de devoir appeler la police a fini par être brandie. « Dans un monde idéal, l’événement aurait été aboli », a expliqué un des protestataires au journal étudiant McGill Daily.

À l’UQAM, deux débats ont été annulés parce que les organisateurs ont craint des pressions de la part de l’AFESH, une association étudiante. La présence à ces conférences du nationaliste conservateur Mathieu Bock-Côté indisposait des étudiants.

L’association étudiante se refuse à porter le blâme. Dans une déclaration publiée en ligne, l’AFESH affirme avoir un mandat contre « l’instrumentalisation de la liberté d’expression et de la liberté universitaire lorsque celle-ci sert à tenir des propos oppressifs ». Autrement dit, l’association défend ceux qui, par les moyens de leurs choix, empêchent que soient entendues sur le campus des personnes qui disposent déjà d’« une tribune publique importante » quand « leurs propos sont haineux, appellent à la violence, justifient la violence […] ou remettent notre existence en question ». L’affaire a provoqué un véritable emballement sur les réseaux sociaux. La haute direction de l’UQAM n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue.

Sentiments et châtiments

On empêche désormais des gens de parler à l’université « au nom de sentiments que l’on craint de froisser », explique le sociologue Jean-Philippe Warren, de Concordia. À son sens, cette situation n’est pas très présente encore dans les universités francophones, mais percole rapidement vers les universités anglophones, influencées par les États-Unis. « Il y a une incapacité de plus en plus grande à se sentir heurté, à être ébranlé », observe le professeur Warren.

Dans son établissement d’enseignement, dit-il, on a vite intériorisé cette nouvelle façon tout américaine d’envisager la scène universitaire : « Lors d’une présentation, on demande par exemple à l’assistance si quelqu’un risque d’être heurté par la projection d’une image montrant un étal de boucher. Si quelqu’un répond “oui”, on enlèvera sans hésitation l’image », explique le sociologue. Ce discours contrôlé « est parfaitement intériorisé chez les plus jeunes ».

Il est d’abord intégré chez les professeurs, observe l’historien Yves Gingras, citant l’exemple récent d’une jeune professeure de Calgary. En projetant des diapositives de modèles anatomiques en cire centenaires, elle a pris soin de masquer les parties génitales, « par anticipation, à la simple idée que ça pourrait choquer ! »

Une vague

Depuis dix ans aux États-Unis, cette sensibilité aux sentiments privés, inspirée par la psychologie, s’impose peu à peu dans les établissements d’enseignement supérieur. « On commence juste à sentir l’effet de cette vague américaine au Québec », soutient le professeur Warren. Avant d’utiliser certains mots ou certaines images en classe, il y a désormais en classe, avant le début des séances, une mise en garde — le « trigger warning » — pour des objets qui pourraient susciter des réactions, expose Yves Gingras, qui a aussi enseigné à l’Université de Toronto.

À Middlebury, petite ville du Vermont située à 200 km de Montréal, des étudiants en colère s’en sont pris il y a quelques semaines à Charles Murray, politologue qui défend des thèses libertariennes considérées comme racistes. Murray a été empêché de parler d’un tout autre sujet. Un membre de la faculté a été blessé. Plus de cent professeurs de l’établissement ont dénoncé ce coup de force : « Aucun groupe de professeurs ou d’étudiants n’a le droit de déterminer pour toute la communauté si une question n’est pas ouverte aux fins de discussion. »

Longtemps professeur à l’UQAM, Normand Baillargeon a montré du doigt la situation à plusieurs reprises. Il est invraisemblable, soutient Normand Baillargeon, qu’on veuille interdire la parole à des gens à partir d’un jugement a priori. Pour lui, l’université est le lieu dans la société où il doit être possible de discuter de tout. Cette position lui a valu récemment, dit-il, d’être submergé par un torrent de haine, dont une menace de procès et l’annonce de sa mort en ligne sur le site Wikipédia. Joint par Le Devoir à l’étranger, Normand Baillargeon a affirmé qu’il ne voulait plus être cité dans le cadre de cette histoire, désolé de n’avoir pas été davantage soutenu par l’université sur cette question.

Inégalités

Dans une position publiée en ligne, l’AFESH affirme que c’est plutôt la liberté d’expression de ses membres qui est menacée « dans un contexte où nos services sont coupés, où les violences sexuelles sont constantes et impunies et où l’extrême droite raciste s’organise de plus en plus ». En revanche, « celles de Normand Baillargeon et Mathieu Bock-Côté […] nous semblent en très bon état ».

Pour Marcos Ancelovici, titulaire de la Chaire en sociologie des conflits sociaux à l’UQAM, il est faux de penser que toutes les positions jouissent d’une tribune égale. Il reproche notamment à Normand Baillargeon de ne pas tenir compte d’un ensemble d’inégalités préalables. « Si l’on se soucie réellement du pluralisme dans les débats intellectuels et publics, il faut prendre en compte ces éléments. » Refuser d’entendre ceux qui jouissent déjà d’une telle chambre d’échos dans la société ne porte pas spécialement à conséquence, plaide-t-il. « Je ne dis pas qu’il faut interdire la parole de certaines personnes. Je dis que cette parole étant déjà omniprésente, le débat ne souffrira pas forcément d’une manifestation dénonçant cette prise de parole », précise Ancelovici.

Instrumentalisation ?

Sur le thème « Fuck la libârté d’expression », l’AFESH a lancé en mars une campagne d’affichage qui synthétise en une formule-choc cette idée que la liberté d’expression peut être manipulée au profit de ceux qui ont toujours la parole. Ses affiches ont toutes été approuvées pour l’affichage par l’université.

Au même moment, à l’Université de Montréal, un comité organisant une Semaine contre l’apartheid israélien (SAI) a vu son affiche refusée par l’établissement. Les organisateurs plaident que la direction universitaire a toujours entretenu des relations d’opposition avec leur groupe. Au contraire, affirme Geneviève O’Meara, porte-parole de l’Université de Montréal : « On encourage le débat d’idées à l’université, une université, c’est fait pour ça. […] En accord avec notre politique sur l’affichage, on a proposé que le visuel de l’affiche de ce groupe “ne soit pas diffusé tel qu’il est”. » L’affiche montrait des belligérants représentés par de petits personnages aux traits plutôt naïfs et enfantins. L’Université a dit ne pas tolérer les représentations de luttes armées.

L’historien des sciences Yves Gingras insiste : « Ce n’est que la pointe de l’iceberg et ce n’est certainement pas à l’UQAM que c’est le pire. »

Voir aussi

UQAM — Débat sur ECR annulé suite à des menaces (m-à-j)

Des universités politiquement correctes qui doivent « protéger » leurs étudiants

Canada — Liberté d’expression et d’opinion menacée dans les universités

La liberté d’expression à l’UQAM

Lois contre « discours haineux » — Employée aborigène poursuit des étudiants pour « embarras et humiliation » (M-à-j)

Les étudiants américains et leur lutte contre les « auteurs blancs décédés » (suite et non fin)

UQAM aurait une mauvaise réputation, à cause de ses professeurs intolérants ?

Le Québec tolérant à l’œuvre : Mathieu Bock-Côté entarté (m. à j. vidéo)

Histoire — 1er avril 1918 à Québec : « Shoot to kill ! »

Posted: 02 Apr 2017 04:51 PM PDT
« Shoot to kill ! » L’ordre, donné en anglais, était clair. Le 1er avril 1918, à Québec, les soldats canadiens tuent quatre hommes du peuple qui manifestent contre la participation obligatoire à la Première Guerre mondiale. Des anglophones vont jusqu’à réclamer la suppression d’un quotidien opposé à la conscription, Le Devoir, et souhaitent voir son directeur, Henri Bourassa, exécuté. C’est comme si la guerre s’étendait ici entre deux langues, deux nations.

Manifestation anticonscription organisée au Square Victoria, à Montréal, en 1917

À l’occasion du centenaire du conflit mondial, la réédition du récit palpitant Québec sous la Loi des mesures de guerre (1918) de l’historien Jean Provencher s’imposait, d’autant plus que le livre, publié en 1971, était depuis longtemps introuvable. Dans sa préface de l’époque, reprise aujourd’hui avec un avant-propos inédit de l’auteur, Fernand Dumont soulignait déjà l’importance de ce document construit à partir d’archives.

« Ce qui frappe avant tout dans ce livre », écrit Fernand Dumont en préface, « ce sont ces déferlements de foules – 15 000 personnes certains jours – sans chefs, sans orga­nisation, sans stratégie un peu définie. Protestation qui venait du fond d’une pénible vie quotidienne, d’une ran­cœur entretenue au fil des ans, mais jamais vraiment dite, d’une servitude qu’il était impossible de traduire dans un mouvement proprement politique. »

En juillet 1917, voyant l’hécatombe se prolonger en Europe et sous la pression de l’Empire britannique, le Premier ministre Borden vote la conscription. De nombreux Canadiens français refusent de s’y soumettre : l’armée canadienne est majoritairement anglophone et l’on sait de source sûre que les francophones, éparpillés, y endurent diverses brimades. Mais cette rébellion prend une tournure dramatique : elle vaut aux réfractaires l’intervention de l’armée fédérale, des perquisitions, des arrestations, la loi martiale.

Ce livre raconte les cinq jours d’émeutes du printemps 1918, cinq jours dont l’issue a été funeste pour quatre Québécois. L’ironie de l’Histoire est parfois violente : pour s’être opposés à la guerre, des Québécois sont morts de la guerre, dans les rues mêmes de Québec.

Parlez français !

Il s’agit d’une radioscopie des deux consciences collectives antagoniques qui, depuis la Conquête, définissent le Canada. La Première Guerre mondiale révèle que les Canadiens anglophones, surtout les colons arrivés récemment au Canada réagissent comme les fidèles sujets de l’Empire britannique.

Ils favorisent, en majorité, la participation militaire de leur pays. Quant aux Canadiens français, séparés de la France républicaine et laïque depuis plus d’un siècle en subissant l’hégémonie britannique, leur désir de combattre l’Allemagne, pour aider l’une ou l’autre des grandes puissances belligérantes, est beaucoup moins ardent.

En 1917, le gouvernement canadien du conservateur Robert Laird Borden établit l’enrôlement obligatoire. La police fédérale poursuit les déserteurs. La réaction québécoise est hostile. Dans la frange libérale autonomiste, on évoque même l’idée d’un retrait du Québec de la Confédération.

C’est dans ce contexte que des manifestations populaires contre la conscription se succèdent dans la ville de Québec au printemps 1918. Ottawa constate qu’agents de police et militaires canadiens-français se montrent, en général, solidaires de la foule, essentiellement de la même origine qu’eux. On fait donc venir des soldats anglophones du reste du Canada pour mater les protestataires.

François-Louis Lessard, le Canadien français le plus haut gradé de l’armée, répond à l’avocat anticonscriptionniste Armand La Vergne, qui défend les manifestants : « J’ai la force et je m’en sers ! » Ces mots, mis en évidence par Provencher, l’excellent narrateur.

Sur la foule, où l’on entendait crier « Parlez français ! », les soldats ont tiré, profitant après coup des mesures de guerre adoptées rétroactivement qui leur assureront l’impunité.

Québec sous la Loi des mesures de guerre 1918
par Jean Provencher
paru chez Lux

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