Vers où va-t-on ? : Le démiurge et la banalité du mal-et varia

Vers où va-t-on ?

Le démiurge et la banalité du mal
Le racket des rackets
Le nouveau plan des Talibans pour capturer Kunduz

Le démiurge et la banalité du mal

Posted: 11 Apr 2017 03:05 AM PDT
Article original de Dmitry Orlov, publié le 4 Avril 2017 sur le site Club Orlov
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Au cours de la récente campagne de promotion de mon livre Réduire la Technosphère, à plusieurs occasions, je me suis retrouvé pressé de répondre à une question simple : « Mais qu’est-ce que la technosphère, vraiment ? ». On peut l’appeler « intelligence émergente », ce qui lui donne un caractère très intellectuel mais ne répond pas à la question de savoir quelle entité physique, le cas échéant, possède cette intelligence. En disant que c’est une propriété généralisée des esprits humains renforcée par des objets tels que les serveurs Internet et les robots, on manque à nouveau la cible : comment une propriété peut-elle avoir un agenda, c’est-à-dire poursuivre une téléologie abstraite de croissance infinie et de contrôle total ? À un moment donné, je me suis risqué à penser que la technosphère pouvait être conçue comme un esprit et que c’est son influence sur les esprits humains, qu’elle retient captifs, qui peut être caractérisée comme une sorte de possession démoniaque.

Gardons à l’esprit que, même si nous choisissons de la caractériser, qu’il s’agisse d’une « intelligence émergente » ou d’une « possession démoniaque », nous sommes encore totalement dépendants des métaphores. Et comme une métaphore peut très bien en valoir une autre, il semble intéressant de se demander quelle métaphore se révèle la plus efficace et la plus précise. Elle est susceptible de varier selon le public : ceux qui sont cérébraux, agnostiques et tentent de découvrir le monde en lisant la non-fiction (mais peut-être aussi la science-fiction) trouvent probablement le terme « intelligence émergente » plus acceptable que celui de « possession démoniaque » alors que ceux qui traversent la vie au « feeling » pourraient penser que les choses invisibles font partie de la nature, qu’elles soient scientifiques ou non scientifiques.

Suite à mon dernier article, qui a exploré les limites de ce qu’on sait sur Le type qui a créé l’univers, testons les limites de ce qui peut être réalisé en considérant la technosphère comme un démiurge. Nous continuerons à faire de notre mieux pour adhérer à la théologie anaphatique, qui repose sur ce qui peut être observé et compris par la raison plutôt que par les résultats créatifs de la révélation, de la prophétie, de l’imagination, d’un imaginaire débridé ou de l’ancienne folie pure.

Commençons par définir nos termes. Tout d’abord, qu’est-ce que la possession ? Les images de la culture populaire nous amènent à croire que cela a quelque chose à voir avec des prêtres à cols romain criant à maintes reprises : « Le pouvoir du Christ vous contraint ! », tout en brûlant la chair d’un enfant possédé en lévitation avec de l’eau bénite. (Ici, dans le film l’Exorciste) Aussi impressionnant que cela soit, prenons un peu de recul et regardons les cas de possession qui peuvent être attestés. Après tout, malgré mon âge, je n’ai jamais vu un enfant léviter, et pourtant j’ai connu beaucoup d’enfants, dont de vrais démons parmi eux !

Les cas de possession qui peuvent être attestés comprennent une suspension théâtrale provoquant l’incrédulité, dans laquelle l’acteur entre dans le personnage et le public accepte de le considérer comme ce personnage jusqu’au moment où le rideau tombe et que l’acteur vient s’incliner devant eux. Il y a beaucoup d’autres exemples de cas de possession de l’esprit, des événements sportifs aux rassemblements patriotiques. Une autre variété de ce mécanisme, c’est la pensée de groupe, qui est automatiquement induite dans une grande variété de groupes, car les personnes en leur sein tentent d’améliorer leur valeur sélective inclusive en jouant le jeu, ou pour éviter la dissonance cognitive qui serait causée par une vision critique et non partagée du groupe et ses actions.

La pensée de groupe est le type de possession qui semble le plus ressembler au processus par lequel la technosphère devient incarnée dans la société : les scientifiques et les adeptes de la technologie développent leur foi aveugle dans la science et la technologie pour ces mêmes raisons. Être critiques à l’égard de la science et de la technologie compromettrait leurs positions sociales tout en les rendant inadaptés. À l’extrême du spectre de la possession, il y a la transe religieuse, que nous pouvons laisser de côté puisque, comme je l’ai mentionné précédemment, les transports de joie des scientifiques sont des cas extrêmement rares à voir. Oui, les « milliards et les milliards de Carl Sagan » sont des choses hors normes mais pas de quoi induire une transe. Nous pouvons donc laisser de côté tous les autres types de phénomènes liés à la possession et nous concentrer uniquement sur le groupe, tout ce qui peut amener n’importe quel nombre d’êtres humains à agir en grande partie comme une unité en faisant de la dissidence individuelle un désavantage et une douleur psychologique.

Ensuite, nous devons envisager quel genre d’esprit ou de démon pourrait posséder des scientifiques et des adeptes de la technologie, ainsi que d’autres, dans leur servitude et leur faire poursuivre l’agenda de la technosphère qui est le contrôle total et l’expansion infinie, ce qui est tout à fait en contradiction avec l’ordre du jour que tout humain sain devrait vouloir poursuivre. Tout d’abord, rejetons la notion que cet esprit est Dieu. Certains scientifiques, principalement issus des générations passées, ont peut-être cru que leur recherche scientifique était destinée à la plus grande gloire de Dieu et que leur quête de découvrir les mystères de la création de Dieu sont d’ordre divin. Oui, cela a peut-être été le cas pour un Darwin ou un Mendeleev, mais il est évident qu’il ne s’agissait pas de construire des bombes atomiques ou des réacteurs nucléaires, des technologies de surveillance sur Internet ou des drones tueurs, ou d’endommager le sol avec du glyphosphate, ou de déterrer et de brûler des hydrocarbures fossilisés aussi rapidement et efficacement que possible, dans le but de glorifier ou de parfaire la création de Dieu. L’esprit qui possède les personnes qui font de telles choses doit être une divinité bien moindre, peut-être un démon.

Mais qu’est-ce donc un démon ? En laissant de côté la majeure partie du vaste sujet de la démonologie, dans les plus anciennes traditions culturelles, les démons ont été considérés comme des esprits qui habitent le monde, y compris les objets physiques et les personnes. Ils peuvent être considérés comme bienveillants ou malveillants. Certaines traditions établissent une distinction entre les démons (qui sont méchants) et les anges (qui sont bons). Puisque la technosphère ne peut pas être qualifiée de bonne (la destruction aveugle de la biosphère et des humains peut difficilement être considérée comme une bonne action), dans cette dichotomie, cela doit clairement être un démon, pas un ange. Mais cela ne veut pas dire que cela doit être considéré comme malveillant ou mauvais. Il suffit que ce ne soit pas particulièrement bon.

Assigner une intention maléfique à la technosphère semble totalement inutile. Après tout, « le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Ce qui tourmente la technosphère n’est pas un manque d’objectifs dignes ; c’est plutôt une surabondance d’ambitions démesurées conduisant à des implémentations défectueuses, dont chacune produit des conséquences si imprévues que la technosphère ne peut jamais espérer pouvoir y faire face ou les atténuer. Même si nous essayons de dire que la technosphère commet « un péché », cela nous renvoie encore dans un autre grand débat : la notion de « péché » nous vient du grec ἁμαρτία (amartía) qui est la métaphore moralement neutre d’une flèche qui manquerait sa cible. Ainsi, il suffit de dire que la technosphère est simplement défaillante : elle fait des erreurs et ne peut pas voir qu’elles sont des erreurs. La technosphère est au-delà de la morale, au-delà du bien et du mal. Ce n’est pas diabolique au sens ou le génie du mal serait diabolique ; plutôt, ce n’est pas du bon travail de la façon dont un technicien ambitieux mais incompétent n’est pas bon.

Quel est donc cet esprit défectueux derrière le phénomène que j’ai appelé la technosphère ? Il s’avère que nous n’avons pas besoin d’aller loin : il y a une entité spirituelle existante qui correspond bien au profil, elle est appelée le démiurge. Il nous vient aussi de la Grèce antique, où le mot δημιουργός (dēmiourgós) qui initialement signifiait « artisan » ou « artiste » et désignait… le gars qui a créé l’univers, bien sûr. Laissez cela aux primates avec des pouces opposables et un penchant pour manipuler des outils à main. Ils vont projeter sur le créateur de l’univers l’image de celui qui crée avec des marteaux et des pinces. Les Grecs ont conçu le démiurge comme un esprit bienveillant dont les résultats varient en raison de la nature imparfaite du monde physique.

En résumé, les primates avec des pouces opposables travaillant avec un cerveau imparfait ont décidé qu’ils pouvaient concevoir la perfection, mais le monde physique n’était tout simplement pas à la hauteur du projet. Ainsi, le démiurge était, d’emblée, un produit d’extrême hubris. À mon avis, le projet Univers fonctionne assez bien : il a 13,82 milliards d’années et il continue de se développer. Ici, sur notre propre planète mère, c’est presque comme si quelqu’un essayait de faire en sorte que cela fonctionne bien pour nous les êtres vivants : il y a un fort champ magnétique qui dévie la plupart des particules chargées à haute énergie, ce qui nous permet d’éviter les dommages causés par les rayonnements. Il existe également une couche d’ozone qui, en dépit de nos efforts pour la détruire, nous permet de nous protéger contre les cataractes et le cancer de la peau en bloquant le rayonnement ultraviolet. Il y a la ceinture de convection océanique qui modère la température (dans des limites que nous essayons actuellement avec ardeur de dépasser en brûlant tous les combustibles fossiles sur lesquels nous pouvons mettre la main). Bref, il est possible de concevoir une création encore meilleure, mais pourquoi faire cela quand nous ne pouvons que nous émerveiller de celle que nous avons eu ?

Plus tard, les Gnostiques ont fait mieux que les anciens en déclarant que tout le monde matériel était réellement diabolique (alors que le monde invisible, immatériel, qu’ils pouvaient « voir » était, d’après eux, bon). En conséquence, les Gnostiques ont transformé le démiurge en un esprit malveillant. Beaucoup d’autres choses ont été dites par eux au sujet du démiurge, mais tout cela vient de la souche théologique cataphatique, au petit bonheur la chance. Restant anaphatique, on peut seulement dire que nous, avec notre cerveau imparfait, n’arriverons probablement pas à juger l’univers, car nos propres capacités de raisonnement sont loin d’être suffisantes.

Lorsque nous regardons le monde, nos yeux voient des éclats de lumière et d’ombre. Pour les transformer en formes reconnaissables, nous utilisons les mécanismes neuronaux, tant innés (comme celui pour reconnaître les visages humains) que ceux que nous développons pendant l’enfance. Ainsi, notre méthode de reconnaissance des objets n’est pas le résultat de notre intellect mais celui de l’évolution et du conditionnement. Lorsque nous décrivons le monde, chaque fois que nous inventons ou découvrons un objet nouveau et inconnu, nous recourons inévitablement à des métaphores : la foudre devient des « boulons ». À leur tour, les boulons sont serrés à l’aide d’« écrous ». À leur tour, les « écrous » se distinguent sur le terrain lors d’une tempête électrique essayant d’attraper un « boulon » [Bolt / Nut : métaphores jouant sur les mots et exprimant les associations d’idées, intraduisible, NdT]. Ce que nous voyons et ce dont nous parlons, ce sont essentiellement des photocopies de photocopies de photocopies (pour utiliser une autre métaphore) et n’est jamais ce que nous pourrions décrire comme la « réalité », que nous ne pouvons jamais atteindre (une autre métaphore).

Pourtant, nous avons pu constater certaines choses. Nous avons trouvé des moyens de manipuler l’univers physique de manière déterminée en jetant un filet de chiffres et de mesures sur celui-ci. Il s’avère que, dans le sous-ensemble de choses qui ne sont pas vivantes, et dans des conditions soigneusement contrôlées, des approches simplistes basées sur la logique et l’arithmétique peuvent donner de superbes résultats : les moteurs diesel qui projettent de façon répétitive, compriment et brûlent du carburant dans leurs cylindres pendant plusieurs milliards de révolutions entre deux révisions. Les ordinateurs qui peuvent de manière fiable reproduire de manière répétée des sorties identiques à condition d’avoir des entrées identiques. Le démiurge – qui est une projection de nos propres propensions, avec nos propres insuffisances – s’efforce donc de contrôler totalement, car sans contrôle, il ne peut rien espérer réaliser. Et quand il s’agit de contrôler, la répétition est la clé, car il est assez difficile de contrôler les choses qui ne se produisent soudainement qu’une fois.

La répétition fonctionne bien avec la matière morte, mais cela ne fonctionne pas aussi bien avec les êtres vivants. Chaque organisme et chaque cellule de chaque organisme sont subtilement différents les uns des autres. Les génomes d’organismes même relativement simples contiennent de nombreux gènes qui ne sont pas exprimés et leur fonction est inconnue et la plupart du temps inconnaissable. Le résultat de la reproduction chez les espèces qui se reproduisent sexuellement, les mutations et d’autres processus génétiques ne sont pas exactement prévisibles. Bref, une cellule vivante ne peut être réduite à un mécanisme : chaque cellule n’est produite qu’une seule fois, et elle a un destin à elle seule. La vie passe en cycles à un niveau superficiel, mais à un niveau plus bas, plus fin, il s’agit d’un arc unidirectionnel, et son fonctionnement intérieur est, aux vues de nos capacités à le comprendre, infiniment complexe.

Le démiurge, compte tenu de ses limites cognitives (qui sont en fait nos limites cognitives), et étant donné sa compulsion à tout contrôler, n’a d’autre choix que de considérer les êtres vivants comme des mécanismes. C’est rendu possible en négligeant une grande partie de leur complexité comme non pertinente pour se concentrer sur les fonctionnalités susceptibles d’être mesurées et manipulées mécaniquement. La forme préférée d’une telle manipulation est de tuer les choses : le nombre de produits qui finissent par « -cide » est plutôt impressionnant, et les technologies de destruction des animaux et des humains sont de loin les plus développées. Mais traiter les êtres vivants comme des machines a ses limites : cela ne fonctionne jamais parfaitement, et cela ne fonctionne que pendant un certain temps. Dans le processus, la vie est soit détruite (les espèces s’éteignent à un rythme toujours accéléré), soit elle trouve des moyens de contourner les contrôles qui lui sont imposés (les herbicides engendrent des super-mauvaises herbes, les antibiotiques engendrent des super-bactéries).

La complexité du monde vivant peut être réduite, pendant un certain temps, en faisant une moyenne sur un grand nombre de spécimens, et en s’appuyant sur de tels résultats pour manipuler des populations entières ; elles peuvent aussi fonctionner – pendant un certain temps. Par exemple, supposons que prendre des médicaments appelés statines peut, en moyenne, réduire son risque d’attaque cérébrale, par exemple, de 10% (je ne connais ni ne me soucie de cette dernière estimation). Mais qu’est-ce que cela dit de leur effet sur vous personnellement ? Absolument rien ! Les statistiques ne fonctionnent pas lorsque n = 1. Mais si la médecine doit être scientifique (et il y a une grosse pression pour qu’elle le soit), elle doit être basée sur des choses mesurables et reproductibles. C’est la raison pour laquelle les médecins, qui autrefois étaient capables de traiter une personne entière, en tant que spécimen unique, en utilisant leurs sens, leurs connaissances et leur expérience, sont maintenant réduits à de simples techniciens médicaux, poussant des boutons, simples adjoints liés au protocole des équipements de diagnostic. Et au lieu de traiter les patients (et de les guérir parfois), ils traitent principalement les problèmes médicaux spécifiques des patients.

Jusqu’à présent, nous avons proposé que le démiurge soit la force derrière la technosphère qui explique son extrême hargne, sa téléologie abstraite du contrôle total et la quantité de conséquences imprévues qu’il produit à chaque tournant. Tout ce qui reste pour compléter le tableau est de tenir compte de sa soif de croissance infinie et son incapacité à voir les limites physiques. Mais c’est le plus facile. De toute évidence, si vos critères pour ce qui est bon doivent être mesurables, plus c’est grand, mieux c’est, évidemment. Et être à court de choses à brûler et transformer notre planète en décharge n’est pas une expérience répétitive, donc le démiurge ne peut pas espérer y faire face. En passant, on n’assiste pas non plus à un changement climatique catastrophique : c’est une autre « expérience » (si vous souhaitez l’appeler ainsi) qui sera exécutée exactement une fois. Mais ne nous attendons pas à ce que les scientifiques et les adeptes de la technologie dont la pensée de groupe est dominée par le démiurge soient d’accord avec tout cela. Si nous attendons qu’ils nous sauvent, nous finirons tous morts.

Dmitry Orlov

Le racket des rackets

Posted: 11 Apr 2017 01:53 AM PDT
Article original de James Howard Kunstler, publié le 31 Mars 2017 sur le site kunstler.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Résultats de recherche d’images pour « images obamacare »
Ça va faire mal

Si vous pensiez que le métier de la banque de nos jours est un racket misérable ─ ce que c’est, bien sûr, et par « racket », je veux dire une entreprise criminelle ─, alors ce qu’on appelle les soins de santé ont battu ce concept d’une bonne grosse longueur, avec une couche supplémentaire de sadisme et de cruauté intégrés dans ces opérations. Beaucoup de gens s’engagent volontiers dans des prêts hypothécaires et des prêts automobiles auxquels ils ne seraient pas admissibles dans une société éthiquement saine, mais les taux d’intérêt et les paiements sont généralement écrits sur le contrat. Ils savent à quoi ils s’engagent même si le contrat est imprudent et stupide de la part de l’emprunteur et du prêteur. Les fonds de pension et les compagnies d’assurance ont vraiment acheté des obligations hypothécaires groupées de cette merde, concoctées lors de la bulle immobilière. Ils l’ont fait par avidité et désespoir alors qu’un peu de diligence raisonnable les auraient mis en garde contre la fraude servie par Goldman Sachs.

Le système médical est totalement opaque en matière de coûts, et c’est le cœur du problème. Personne dans le système ne dira ce que coûte une intervention et personne ne le veut, car cela risque de briser le charme de travailler dans un business honnête et légitime. Il n’y a pas de système rationnel pour le coût d’un service d’un « fournisseur » à l’autre ou même d’un patient à l’autre. Quoi qu’il en soit, les coûts sont obscurs et gonflés dans de nombreux schémas de codification délibérément trompeurs où même les actuaires et les professeurs d’économie restent confus devant leurs factures. Les services sont fournis lorsque le client est soumis à la plus grande contrainte, souvent menaçante pour sa vie. Le résultat, même dans un cas de guérison réussie, est la ruine financière qui laisse beaucoup de gens plus morts que vivants.

C’est un racket avec prise d’otage, en clair dans le texte, une disgrâce pour la profession qui l’a adoptée et une insulte à la nation. Toutes les négociations au Congrès sur le rôle des compagnies d’assurance sont une grande esquive pour éviter de reconnaître le racket institutionnalisé des « fournisseurs » ─ médecins et hôpitaux. Nous ne le réformerons jamais dans son incarnation actuelle. Malgré toutes ses déformations de personnalité, le président Trump a raison de dire que l’ObamaCare va imploser. C’est seulement un furoncle sur le corps gangrené de l’establishment médical américain. L’ensemble du système va couler avec lui.

Le New York Times a quitté ses obsessions habituelles autour des turpitudes russes et de la vie transgenre la semaine dernière pour publier un résumé précieux sur cet aspect du racket des soins de santé : Ces factures médicales incompréhensibles ? Y-a-t-il une raison pour laquelle les soins de santé coûtent autant par Elisabeth Rosenthal. Une grande partie de l’article sur ce sujet couvre l’exposé de l’histoire couverte par Time Magazine du 4 mars 2013 (il a abordé le problème en profondeur) : Pilule amère : pourquoi les factures médicales nous tuent, par Steven Brill. Le public américain et son gouvernement ont été suffisamment informés sur le système mafieux brutal et sans loi qui se répand dans chaque branche de la médecine. Le système est celui de la criminalité organisée. Il organise la ruine de millions de gens. Il est vraiment étonnant que le public n’ait pas pris d’assaut les hôpitaux avec des fourches et des torches enflammées pour pendre ce gang dans les parkings au-dessus de leurs Beemers et Lexus.

Il n’y a que deux sorties plausibles à cette histoire. L’une d’elles est que la nation pourrait faire face à la réalité et recourir au système de paiement unique que l’on trouve dans pratiquement tous les autres pays qui ont tendance à être civilisés. Il n’y a pas d’autre moyen d’éliminer les rackets délibérés. L’autre résultat serait l’effondrement inévitable du système et son éventuelle redéfinition pour un modèle de cliniques locales beaucoup moins complexe, transparent, avec des interventions high-tech héroïques beaucoup moins disponibles pour le grand public, mais des soins basiques beaucoup plus abordables. Les deux résultats nécessiteraient d’abandonner le massacre immense des parasites administratifs qui encombrent le modèle actuel, avec son bras de fer absurde entre les maîtres du jeu définissant les prix hospitaliers et les contrôleurs sadiques des compagnies d’assurance préconisant de refuser le traitement à leurs malades et malheureux « clients » (otages). Soyez averti : ceux-ci représentent des dizaines de milliers d’emplois prétendument « bons ». Bien sûr, ils sont « bons » parce qu’ils paient des salaires de classe moyenne, classe en voie de disparition dans l’économie. Mais, ils sont bien payés en raison du racket grotesquement profitable qu’ils servent. Ils ont transformé toute une génération de travailleurs de bureau en domestiques d’une entreprise criminelle. Imaginez les dégâts infligés à l’âme de notre culture.

Ma suggestion pour une réelle réforme de ce racket médical ressemble à un précédent historique.

En 1932 (avant l’élection de FDR), le Sénat des États-Unis a formé une commission pour examiner les causes du crash de Wall Street de 1929 et a recommandé des corrections dans la réglementation bancaire pour éviter les épisodes futurs comme celui-ci. Elle est connue de l’histoire comme la Commission Pecora, d’après le nom de son conseiller en chef, Ferdinand Pecora, un assistant du procureur de Manhattan, qui a joué son rôle avec honneur. La commission a duré deux ans. Ses audiences ont conduit à des peines de prison pour de nombreux banquiers et, finalement, à la loi Glass-Steagall de 1932, qui a maintenu la banque relativement honnête et stable jusqu’à son abrogation néfaste en 1999 sous le président Bill Clinton ─ qui a rapidement conduit à un nouvel âge de malversation de Wall Street, toujours en cours.

Le Sénat des États-Unis doit mettre en place un équivalent de la Commission Pecora pour exposer à fond les rackets du système médical, permettre la poursuite des personnes qui le conduisent et proposer un remède avec un mécanisme de Payeur Unique pour purger ce cloaque. Le ministère de la Justice peut certainement appliquer les statuts du RICO Act ( Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act) contre les grands conglomérats de soins de santé et leurs dirigeants à titre personnel. Je ne sais pas pourquoi cela n’a pas déjà fait ─ à l’exception de la conclusion évidente que nos élus sont entièrement complices dans ces rackets médicaux, ce qui est certainement le cas du nouveau Secrétaire à la santé et aux services humains, Tom Price, un ancien chirurgien et membre du Congrès qui a trafiqué dans les stocks médicaux au cours de ses années comme représentant de son quartier suburbain d’Atlanta. Une nouvelle commission pourrait contourner complètement ce clown sans scrupules.

On en est au point où nous devons nous demander si nous sommes même capables d’être un peuple sérieux. La médecine est maintenant une catastrophe aussi pernicieuse que les maladies qu’elle est censée traiter et une grave menace pour une nation dont nous sommes censés nous occuper. Quel parti, existant ou à naître, va se proposer pour être derrière cette opération de nettoyage ?

James Howard Kunstler

Le nouveau plan des Talibans pour capturer Kunduz

Posted: 11 Apr 2017 01:41 AM PDT
Article original de Franz J. Marty, publié le 10 Mars 2017 sur le site thediplomat.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr
The Taliban’s New Plan for Capturing Kunduz
Image Credit: REUTERS/Nasir Wakif
Les talibans semblent déterminés à améliorer leur stratégie de 2016, ce qui représente une menace pour les capitales provinciales.

KABOUL – Comme ils l’ont fait en 2016, les Talibans se concentrent de nouveau sur la domination des villes afghanes cette année. À la fin de février 2017, les talibans avaient déjà lancé une attaque contre Mehtar Lam, la capitale de la province de Laghman, à l’Est de l’Afghanistan. Et selon un rapport confidentiel obtenu exclusivement par The Diplomat, les Talibans ont modifié leur tactique, en raison d’une agression prétendument imminente contre la ville de Kunduz [Kondoz, au nord-est sur la carte, NdT], où des forces américaines et allemandes sont également déployées.

Le 28 février, des semaines avant l’offensive insurrectionnelle du printemps qui commence traditionnellement en avril, des militants ont attaqué Mehtar Lam, les combats atteignant les faubourgs de la ville à deux kilomètres du centre. Deux jours plus tard, le 2 mars, le gouverneur de Laghman a d’abord reconnu que les militants avaient réussi à prendre plusieurs avant-postes, mais il a ensuite assuré que ces avant-postes avaient été repris par les forces gouvernementales et que l’attaque avait été repoussée avec succès. Cependant, une déclaration du gouvernement provincial, publiée le 13 mars, a encore affirmé avoir déjoué le plan des Talibans pour capturer Laghman, ce qui implique que les combats se sont poursuivis au moins jusqu’à récemment. Et les rapports datés du 18 mars ont même indiqué que les insurgés étaient encore aux alentours de Mehtar Lam.
Ce n’est malheureusement pas une surprise. Puisque les talibans ont réussi à brièvement envahir Kunduz, la capitale de la province du nord du même nom, fin septembre et début octobre 2015 – ce qui a marqué le premier cas d’occupation de capitale provinciale depuis le renversement de leur régime en 2001 – ils ont depuis lors constamment gardé les villes dans leur viseur. En 2016, les insurgés ont exercé des pressions sur les capitales des provinces de Kunduz, Faryab, Farah, Helmand et Uruzgan. Alors qu’ils ont réussi à entrer temporairement dans Kunduz et Tarin Kot, la capitale d’Uruzgan, les combats se sont limités à la périphérie des autres villes.

Habituellement, la tactique des Talibans était de saisir les zones rurales environnantes, avant de lancer un assaut plus vaste sur les villes elles-mêmes [la tactique de Mao, NdT]. Cependant, selon un rapport confidentiel exclusivement obtenu par The Diplomat, les Talibans ont modifié cette tactique, tout en préparant une nouvelle attaque imminente contre Kunduz. Le rapport indique que cette fois, les insurgés se concentreront sur l’infiltration des forces de défense et de sécurité nationales afghanes, afin d’assaillir la ville de l’intérieur. En outre, le rapport indique que les insurgés se concentrent sur le blocage total des routes principales vers Kunduz, avant l’attaque prévue sur la ville elle-même. Alors que les insurgés avaient au moins partiellement bloqué les routes principales dans les assauts précédents sur Kunduz, le rapport suggère que les militants se préparent à le faire plus efficacement cette fois. En tout état de cause, le rapport affirme que les forces gouvernementales ont déjà mis en place des contre-mesures efficaces et que Kunduz ne s’effondrera pas.

Corroborant ce rapport, une source de haut rang au sein des forces de défense et de sécurité afghanes à Kunduz, parlant sous condition d’anonymat, a déclaré à The Diplomat qu’il y avait effectivement des infiltrés talibans parmi les forces de police de Kunduz. Cependant, il a également mentionné que cela avait été le cas dans le passé et que cela ne voulait pas dire que les infiltrations avaient augmenté. La même source a également reçu des rapports selon lesquels les militants ont l’intention de bloquer complètement les routes d’accès à Kunduz, mais ces rapports n’ont pu confirmer dans quelle mesure les Talibans avaient effectivement mis en place une telle tactique. Il a cependant indiqué que Qari Shafiq, connu sous le nom de Dawood, le nouveau commandant taliban d’Aliobod, un district directement au sud de la ville de Kunduz, a récemment commandé des attaques sur la route principale qui relie Kunduz au reste du pays. L’une de ces attaques concernait un avant-poste du gouvernement près de l’aéroport de Kunduz, qui se trouve juste à l’extérieur de la ville et accueille également la 20e division de l’armée nationale afghane. La source a ajouté que l’on s’attend à ce que les Talibans lancent une autre attaque contre Kunduz au début du mois d’avril (il a mentionné une date spécifique, que cet auteur a décidé de garder pour lui pour des considérations de sécurité).

D’autre part, une source au sein de l’Armée nationale afghane à Kunduz a insisté sur le fait que les services de contre-espionnage avaient empêché avec succès toute infiltration insurrectionnelle dans l’armée afghane (il n’avait aucune information sur la police), corroborant en partie les affirmations de contre-mesures efficaces mentionnées dans le rapport confidentiel. La même source allègue en outre que les Talibans à Kunduz ont été et continuent d’être pressés par des opérations gouvernementales et ont été considérablement affaiblis, ce qui les a laissés incapables de lancer une attaque réussie. À cet égard, il a également mentionné la disparition de Mullah Salam, le gouverneur taliban de l’ombre de Kunduz, cité comme le cerveau des assauts antérieurs sur la ville de Kunduz, mais qui a été tué lors d’une attaque aérienne américaine dans le district Dasht-i Archi de Kunduz, le 26 février.

Cependant, la source a également mentionné que des forces américaines et allemandes sont actuellement stationnées à Kunduz, ce qui pourrait indiquer que la situation n’est pas aussi bonne que celle décrite par l’ANA. Le capitaine Bill Salvin, directeur des affaires publiques de Resolute Support, la coalition internationale dirigée par l’OTAN, a confirmé le déploiement de forces de la coalition près de Kunduz, y compris des soldats allemands et américains. Selon Salvin, ces troupes effectuent des entraînements, du conseil et une mission d’assistance auprès des forces afghanes. Il est difficile de déterminer depuis quand, exactement, les forces de la coalition sont stationnées à Kunduz et leur rôle en cas de nouvelle offensive insurrectionnelle.

Apparemment en contradiction avec sa vision optimiste, l’observateur, qui a parlé anonymement, a déclaré à The Diplomat que les insurgés avaient déployé 200 combattants professionnels à Kunduz, pour une agression imminente. Cela a été en partie corroboré par la source de sécurité susmentionnée, qui a allégué qu’environ 150 combattants insurgés des provinces du sud de Helmand et Kandahar sont stationnés à Chahor Dara, encore un autre district de Kunduz. À cet égard, il faut noter cependant que, bien que de telles forces talibanes puissent constituer des combattants plus professionnels et mieux organisés, elles sont – bien que les rapports médiatiques les qualifient souvent de « forces spéciales talibanes » – loin des forces spéciales au sens de celles d’une armée moderne.

Quoi qu’il en soit, la concentration constante des talibans sur les villes pour les prendre d’assaut semble être, dans une certaine mesure, étrange. De nombreux analystes conviennent que les Talibans – tout en pouvant menacer ou peut-être encore contrôler une ville – ne peuvent pas tenir un centre urbain. En fait, cela a été corroboré par un exposé du Royal United Services Institute for Defence and Security Studies, basé sur les entretiens de novembre 2016 avec « sept personnages talibans bien connectés, représentant différentes circonscriptions au sein du mouvement ». Dans ce contexte, le briefing a également noté que « de nombreux commandants talibans craignent que les gains militaires ne soient pas durables » et que « les victoires tactiques soient très coûteuses », les Talibans interviewés ayant « souligné les lourdes pertes des talibans au cours des trois derniers mois [se référant apparemment à l’automne 2016] lors des combats à Farah, Faryab, Helmand, Uruzgan et Kunduz », « qui ont laissé beaucoup de combattants du mouvement se questionner sur l’utilité de ces sacrifices militaires« .

Par conséquent, cela soulève la question de savoir pourquoi les talibans se concentrent néanmoins sur l’assaut des villes. Bien sûr, l’effet de propagande de prendre une ville, même très brièvement, est immense. Cependant, d’un point de vue militaire, les coûts semblent l’emporter sur ces avantages.

Toutefois, compte tenu de l’année écoulée et des développements les plus récents de Laghman et Kunduz, il faut s’attendre à ce que les Talibans continuent à essayer de prendre les capitales provinciales tout au long de 2017. Et leur première opération majeure en 2017 pourrait très bien être lancée prochainement à Kunduz, affectant les forces américaines et allemandes qui y sont stationnées.

Franz J. Marty est un journaliste indépendant basé en Afghanistan. Il écrit sur un large éventail de sujets, mais se concentre sur la sécurité et les problèmes militaires. Il peut être suivi @franzjmarty sur Twitter.

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