Le blog de pierre verhas :Une Union européenne sera-t-elle encore possible ?

 

Le blog de pierre verhas

 

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Une Union européenne sera-t-elle encore possible ?

 

 

 

Depuis l’élection de l’infâme Donald Trump à la présidence des USA, c’est la panique dans les chancelleries européennes et dans les locaux de la Commission européenne et du tout nouveau bâtiment du Conseil de l’Union européenne.

Les relations pratiquement de vassal à suzerain entre l’Union européenne et les Etats-Unis sont désormais mises à mal par ce nouveau président atypique, à l’allure de brute, méprisant, misogyne et raciste qui souhaite une Amérique puissante, dominante et sans partenaires. Tout le monde s’accorde à dire que le nouveau locataire de la Maison Blanche est dangereux.

Cela dit, l’élection de Donald Trump a bouleversé la donne. On se trouve à un moment de rupture. Et pour comprendre cette rupture, il faut remonter l’histoire.

Pour bien appréhender cela, le correspondant à Bruxelles du quotidien français en ligne « Mediapart », Ludovic Lamant, a interviewé le politologue français Antonin Cohen, professeur à l’Université de Rennes, auteur d’un ouvrage intitulé De Vichy à la Communauté européenne, PUF, 2012. Le professeur Marc Olivier Baruch en a fait la recension dans CAIRN Info dont voici deux extraits :

 

 

 

Antonin Cohen, un politologue peu connu mais aux analyses fines et rigoureuses

 

 

 

« … la matrice de la communauté telle que l’a méditée Vichy (à condition d’entendre par là non un régime – qui est, fût-ce à son corps défendant, d’abord étatiste – mais une tentative de penser le social) a enfanté la construction de l’Europe dont Monnet et Schuman furent les porte-drapeaux. Un des apports essentiels du travail d’A. Cohen, peu relevé jusque-là, réside dans sa capacité à nous proposer l’histoire, appelée à faire référence, du projet idéologique de Vichy. »

N’oublions pas que Robert Schuman fut ministre dans le premier gouvernement du Maréchal Pétain en 1940. Cohen situe la naissance non pas du projet européen mais de son concept à Vichy.

 

 

 

Jean Monnet et Robert Schuman, les fondateurs de l’Europe communautaire s’inspirant du corporatisme des vychissois.

 

 

 

Et il y a un lien très net entre le corporatisme vichyste et le communautarisme européen (rien à voir avec le « communautarisme » multiculturel tant controversé aujourd’hui).

« Que ces continuités – qui ont pour nom corporatisme et communautarisme – existent, l’auteur se propose d’en apporter la preuve par l’exemple, en l’occurrence celui de l’antiparlementarisme. La démonstration est bien menée, et les correspondances ne semblent pas forcées entre les conceptions de Vichy selon lesquelles la souveraineté vient du haut, le rejet par le Congrès de La Haye de la proposition, avancée par Paul Reynaud, de faire élire une assemblée constituante européenne, et les mécanismes institutionnels de la Haute Autorité puis des constructions européennes, où le pouvoir législatif échappe aux élus au profit des conseils des ministres. »

Donc, la conception des institutions européennes est bien d’origine corporatiste et non démocratique : primauté d’un exécutif bicéphale (Commission ou Haute Autorité à l’origine d’une part, et Conseil des ministres, aujourd’hui Conseil européen, d’autre part) disposant du pouvoir législatif. Et cela dure depuis 62 ans, c’est-à-dire à la fondation de la CECA qui est devenue en 1957 la Communauté économique européenne par le Traité de Rome et puis en 2002, l’Union européenne suite au Traité de Maastricht.

En remontant l’histoire, on s’aperçoit que le Parlement européen qui, à l’origine, était composé de parlementaires nationaux, n’a été élu au suffrage universel que suite à la pression de l’opinion publique en 1979 et qu’il dispose de fort peu de pouvoirs.

L’Union européenne est donc celle du sommet et non de la base, non celle des peuples européens.

Mais elle est aussi une création euro-américaine. Le plan Marshall a joué un rôle très important dans la construction européenne et Jean Monnet fort proche des Etats-Unis fut sans doute le véritable fondateur de l’Union européenne.

Uranopole reproduit ici de larges extraits de l’interview d’Antonin Cohen effectuée par Ludovic Lamant, qui nous éclaire à travers l’histoire, sur les caractéristiques propres de l’Union européenne qui, aujourd’hui, après le Brexit et la montée de ce qu’on appelle les populismes, est à la croisée des chemins, car sa survie est mise en question.

(Les intertitres sont d’Uranopole)

Entre l’Europe et les Etats-Unis, une rupture de l’Histoire

 

 

13 mars 2017 Par Ludovic Lamant – Mediapart.fr

 

 

(…) Il n’était pas encore investi président des États-Unis que Donald Trump accueillait déjà dans sa Trump Tower Nigel Farage, l’une des figures xénophobes de l’opposition à l’UE, et faisait savoir qu’il misait sur un « éclatement » de l’Europe. Jamais peut-être, depuis la création de l’UE, les relations entre Bruxelles et Washington n’ont été aussi chaotiques. (…)

En quoi les débats sur les origines de l’UE peuvent-ils aider à comprendre l’ampleur de la rupture qui se joue, pour l’Europe, avec l’élection de Donald Trump ?

 

 

Antonin Cohen : Les États-Unis sont un peu partout présents dans les débuts de la construction européenne. Il y a des raisons structurelles, qui sont liées essentiellement à la Libération, donc à la présence militaire des États-Unis sur le territoire européen. Il y a aussi des intérêts commerciaux très forts pour les États-Unis, dans la construction européenne. Les entreprises américaines voulaient avoir accès à un marché relativement unifié.

 

Il faut se souvenir qu’au moment de l’élaboration du plan Schuman, en 1950, Jean Monnet travaille avec un avocat américain pour rédiger le traité et définir le statut de la Haute autorité. Cet avocat du cabinet Cleary & Gottlieb, le matin, travaille avec Monnet et, l’après-midi, travaille avec Pepsi-Cola et d’autres grandes entreprises américaines pour chercher à obtenir des autorisations de commercialisation sur le marché français. En fait, ces cabinets d’avocats sont, à l’époque, en train de démarcher chacun des gouvernements en Europe. Donc, l’un des enjeux, pour eux, c’était qu’il existe des règles commerciales communes en Europe.

 

Sans la pression des États-Unis, il n’y aurait pas eu de projet européen ? Est-ce qu’on peut le dire comme cela ?

 

 

La position des États-Unis consistait à dire : nous voulons, sinon une unification politique de l’Europe, du moins une zone de libre-échange. Puis, avec la guerre de Corée [1950-1953 – ndlr], ils ne veulent plus payer pour la défense de l’Europe. Une phrase est restée fameuse, celle du secrétaire d’État américain Dean Acheson : « Je veux des Allemands en uniforme pour l’automne 1951. » Or, pour la France, ce n’est possible que dans un cadre européen. Dès les années 1950, dans un contexte de guerre froide, la question est toujours liée à des aspects militaires. Mais elle se décline en fait sous la forme de différents projets sur le terrain. Les États-Unis, c’est un terme parapluie, qui regroupe des institutions politiques, des groupes économiques, etc.

 

 

 

L’Europe est le résultat d’une série de stratégies d’influences.

 
Mais les Européens eux-mêmes ont bien sûr joué un rôle capital. La construction européenne n’est pas le produit d’un complot qui viendrait d’un seul secteur. Elle est le résultat d’une série de stratégies d’influences : les réseaux libéraux, les réseaux américains, les réseaux keynésiens… Il y a énormément d’influences convergentes qui expliquent aussi des incohérences dans la manière dont tout cela s’est réalisé.

L’influence des États-Unis continue jusqu’à aujourd’hui. Ne serait-ce que du point de vue militaire. Si Donald Trump persiste dans sa direction, c’est donc une vraie rupture. Autant il me semble possible de nuancer la rupture induite par le Brexit – après tout, les Britanniques n’ont jamais été complètement dans l’UE, ils n’y sont entrés que tardivement, etc. –, autant la rupture est forte, avec la nouvelle donne aux États-Unis.

Paul Hoffman est l’un des personnages clés de cette histoire entre les États-Unis et l’Europe : c’est lui qui fait appliquer le plan Marshall et plaide pour le renforcement de l’intégration européenne.

 

 

Oui, il est le directeur de l’ECA, l’administration du plan Marshall, qui dispose d’un siège aux États-Unis et de plusieurs branches en Europe. Hoffman est tout à fait représentatif de la manière – l’exemple de Rex Tillerson, l’actuel secrétaire d’État pourrait être convoqué ici aussi – dont se construisent les passerelles entre les grands groupes de l’industrie américaine et la politique extérieure des États-Unis. Cela ne se passe pas tant au niveau du secrétaire d’État qu’au niveau de son administration : il est quasiment impossible de démêler l’aspect politique de l’aspect économique, dans ces trajectoires individuelles.

 

Cette élite américaine, qui brasse intérêts économiques et politiques, va militer pour le fédéralisme européen.

 

 

Aux États-Unis, vous n’avez pas de grand corps d’État à l’époque. L’État fédéral est un noyau creux, et d’anciens dirigeants d’entreprises et de banques vont alors prendre le pouvoir à Washington. C’est un système d’action très élaboré, qui inclut à la fois la CIA, le plan Marshall, les grandes fondations. La fondation Ford, par exemple, finance des programmes de recherche universitaire en Europe. La CIA va plutôt se concentrer sur le financement d’actions secrètes. Dans ce milieu, on retrouve un peu toujours les mêmes têtes. Ils forment une strate connue sous le nom de « foreign policy establishment ». Ce sont des gens issus de l’industrie ou des grands cabinets d’avocats, ou encore des banques d’investissement. C’est tout le milieu dans lequel baigne Jean Monnet dans les années 1930 [Monnet a travaillé dans le secteur bancaire aux États-Unis dans les années 1930 – ndlr].

 

 

Au départ, il n’est pas question d’un parlement et d’une cour de justice.

 

Vous avez analysé la manière dont la Haute autorité, défendue par Jean Monnet, s’inspire d’un précédent aux États-Unis, la Tennessee Valley Authority, une agence chargée de réguler l’énergie fournie par des barrages dans cette région. En raccourci, pourrait-on dire que c’est de là que viennent la « technocratie bruxelloise », le « règne des experts », ou encore une certaine méfiance envers le parlementarisme quand il s’agit de construire l’Europe ?

 

Si l’on va au plus près des archives, l’idée de Monnet est une Haute autorité composée d’une petite équipe, et surtout pas d’une bureaucratie. Ce sont des experts, issus du patronat ou des syndicats, et il leur revient de réguler le marché. Dans l’idée de Monnet, il n’est pas question d’un contrôle parlementaire. Mais des gens vont vite lui dire qu’il leur semble délicat de mettre sur pied une haute autorité sans contrôle d’un parlement. Dans le plan de départ, il n’est pas non plus question d’une cour de justice. Tout cela s’est ajouté au fil des discussions.

L’influence des États-Unis passe donc essentiellement par du financement, que ce soit par le plan Marshall ou par des aides à des mouvements pro-fédéralistes.

 

 

Oui, et cela explique pourquoi ce sont surtout des banquiers d’investissement et des avocats qui occupent les premiers postes. Si l’on prend l’exemple du directeur de la CIA dans les années 1950, Allen Dulles, c’est un avocat. Il fait partie, avec son frère John Foster Dulles, lui-même secrétaire d’État, d’un cabinet très important à l’époque, Sullivan & Cromwell. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Dulles est en mission à Berne, pour financer des mouvements de résistance allemands, italiens, français. Pourquoi Berne ? Parce qu’il utilise les technologies financières disponibles là-bas. Il y a tout un aspect de technique financière qui est très important dans cette histoire.

 

 

Financement des organisations pro-européennes par les services secrets US

 
Aux côtés de William Donovan, l’ancien dirigeant de l’Office of Strategic Services [l’OSS, l’ancêtre de la CIA – ndlr], Dulles va prendre la tête du Comité américain pour une Europe unie, après la guerre. Ils vont donc réactiver les réseaux qu’ils avaient constitués pendant la Seconde Guerre mondiale pour faire à peu près la même chose : recourir aux mécanismes internationaux pour financer des organisations pro-européennes.

 

 

Il y a dès le départ confrontation entre le keynésianisme euro-américain et l’ordolibéralisme allemand.

 

 

À l’époque, le keynésianisme connaît un grand succès parmi les élites américaines dont vous parlez, puis dans certains cercles en Europe, dont certains sont aussi des avocats du projet européen… C’est une surprise, alors que la crise de l’euro, depuis 2008, a surtout souligné l’influence de l’ordolibéralisme dans la construction du projet européen. Que s’est-il passé ? Le keynésianisme des Américains s’est incliné face à l’ordolibéralisme des Allemands ?

 

 

C’est la question la plus importante pour cerner l’évolution du projet européen. Si l’on s’attache à restituer une influence unique, on s’aveugle aux autres types d’influence. Dans l’entourage de Jean Monnet, parmi les élites européennes, l’influence de Keynes était manifeste. Elle est indéniable quand on lit les traités de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) comme de la CEE, le traité de Rome. Mais ce n’est pas la seule influence. L’ordolibéralisme allemand est présent lui aussi. Ces deux réalités se confrontent lors de l’écriture des premiers traités.

Les élites françaises se confrontent-elles aux élites allemandes ?

 

Je ne dirais pas que c’est une confrontation. Cela prend la forme de l’écriture de dispositions différentes dans les traités. D’un côté, on a une politique extrêmement régulationniste. Je pense à la Politique agricole commune (PAC), avec la fixation des prix par une bureaucratie. Je pense au tarif douanier commun, dans le traité de Rome. Mais d’autres dispositions, à l’inverse, sont plutôt d’inspiration ordolibérale. On décide, par exemple, que c’est la Cour de justice, et non la bureaucratie, qui va réguler le marché. Autant la Direction générale de l’agriculture est très régulationniste (et plutôt aux mains des Français), autant la Direction générale de la concurrence est, elle, ordolibérale (et plutôt aux mains des Allemands). Ces réseaux évoluent dans le temps, dans un rapport de force inavoué qui tourne au profit des uns et des autres, en fonction d’autres paramètres. Entre-temps, les accords du GATT ont par exemple exclu une série de possibles pour l’avenir de l’Europe.

Cela veut-il dire que les traités européens ne sont pas, par essence, néolibéraux ? Que le contexte international joue aussi ?

 

Oui. D’abord, il y a un emboîtement de traités qui ne disent pas tous la même chose. Il y a aussi les évolutions respectives qui résultent de ces traités, et des rapports de force au sein et en dehors des institutions. Tout cela fait qu’il est difficile de dire : voilà, nous avons identifié la source, claire et nette, qui permet d’expliquer les soixante années suivantes. Une fois qu’on a dit cela, il n’empêche qu’un tournant s’est clairement produit dans les années 1970. Jusqu’alors, l’idée d’un grand marché était couplée à celle d’une régulation des banques, d’une politique de relance qui bénéficie à tout le monde, etc. Par la suite, ce n’est plus le cas.

 

 

L’ordolibéralisme allemand a gagné.

 

 

Cette confrontation entre keynésianisme et ordolibéralisme n’a-t-elle plus lieu aujourd’hui ?

 

Il n’est pas abusif de dire que l’ordolibéralisme et le néolibéralisme ont très largement pris le pas sur d’autres influences de pensée économique. Mais n’oublions pas, dans le même temps, que le « miracle économique espagnol », dont on dit toujours qu’il s’explique par la libéralisation de l’économie espagnole, s’explique dans une large mesure par les investissements qui ont été réalisés par le biais de fonds régionaux européens (par exemple, le Feder) pour construire les infrastructures du pays. C’est cette dynamique qui a notamment alimenté la bulle immobilière.

 

L’Union européenne est profondément atlantiste.

Comment analysez-vous les négociations commerciales sur le TTIP (ou Tafta pour ses adversaires) ?

 

Ce projet figure dans l’ADN de l’Union européenne, dans le sens où, dès les origines, il y avait l’idée d’une zone atlantique à consolider entre les États-Unis et la Communauté européenne.

Le TTIP aurait-il été l’aboutissement logique des initiateurs du plan Marshall ?

 

On peut dire cela, mais d’autres directions auraient pu être empruntées : imposer un tarif douanier aux frontières, renforcer les instruments de protection commerciale, etc. Le fait que l’on aille systématiquement dans le sens de la dérégulation, de l’atlantisme, n’est, de mon point de vue, ni souhaitable, ni totalement inscrit dans le marbre.

Quel sens donnez-vous à l’échec des négociations aujourd’hui ?

 

Les Européens sont pris à rebours, à cause de l’arrivée de Trump, qui change, sur ce terrain-là aussi, beaucoup de choses… Même si l’on peut avoir du mal à comprendre quel est l’intérêt des États-Unis à ne pas pouvoir exporter davantage de produits sur le marché européen, avec 500 millions de personnes.

Vous avez déconstruit dans votre livre les usages politiques des commémorations du « plan Monnet » de 1950. Que vous inspire la commémoration des 60 ans du traité de Rome, prévue fin mars dans la capitale italienne, qui est censée « relancer » le projet européen après le Brexit ?

 

Les commémorations des traités sont toujours l’occasion de proposer des « relances » de l’Europe. Aujourd’hui, on peut se demander ce qu’il est encore possible de faire en matière de relance, dans un contexte de délégitimation de l’UE, dans un contexte international extrêmement mouvant, de la Syrie à Donald Trump, dans une conjoncture dominée par un Brexit particulièrement compliqué, qui pourrait déboucher sur une demande d’adhésion, un jour, de l’Écosse…

Le terrain est très mouvant. J’entends dire que l’une des possibilités de cette relance serait une défense européenne. Mais une fois le Royaume-Uni sorti de l’UE, et dans la mesure où Trump semble vouloir remettre en question l’OTAN, il ne restera plus dans l’UE qu’une seule puissance nucléaire, la seule qui consacre des dépenses substantielles à la défense, à savoir la France.

 

Relancer, d’accord, mais pour aller où ?

 

 

 

Que conclure ? La construction européenne est viciée dès le départ.

 

 

En premier lieu, ce n’est pas faire de « l’euroscepticisme » que de déplorer l’influence du capitalisme et de l’Etat profond américains sur l’Union européenne. Les propos d’Antonin Cohen le montrent. On voit d’ailleurs la panique provoquée par l’élection de Donald Trump. L’Union européenne devrait, si elle est digne de ce nom, avoir un sursaut d’indépendance : définir ses propres intérêts, sa propre politique étrangère, sa propre conception de la défense. Non, au contraire, les dirigeants actuels pleurent pour le maintien de l’OTAN et supplient que les traités commerciaux TTIP et CETA soient adoptés le plus rapidement possible.

 

 

En second lieu – le Livre blanc de Juncker le démontre – la construction d’une Union politique est quasi enterrée et l’on s’oriente de plus en plus vers une vaste zone de libre échange de l’Atlantique à la frontière russe sous le parapluie militaire de l’OTAN ou d’une défense européenne dominée par l’Allemagne. Ainsi, la conception corporatiste – communautariste née à Vichy et élaborée au congrès de La Haye de 1950 sera pleinement opérationnelle.

 

 

Ce n’est pas cela qu’ont voulu tous ceux qui ont milité pour la construction européenne, c’est-à-dire pour l’union des peuples dans la diversité et surtout dans la solidarité afin d’assurer la paix sur le continent et la prospérité pour tous.

 

 

Dans une tribune à la « Libre Belgique » du 15 mars 2017, Pierre Defraigne, directeur exécutif de Madariaga – Collège d’Europe à Bruges dresse un constat sans appel :

 

 

 

Pierre Defraigne a le mérite par son analyse indépendante et sans complaisance de remettre les montres à l’heure au niveau de l’Union européenne.

 

 

 

Il observe d’abord que l’opinion européenne se divise en deux camps : ceux qui se replient vers les Etats nations par peur du chaos du monde et ceux « qui pourraient se rallier à la construction d’une Europe forte et démocratique, ce que l’UE n’est pas encore. »

 

Defraigne estime qu’il faut consulter le citoyen européen sur la révision des traités. Ce qu’appréhendent les dirigeants de l’Union. Il propose en outre de soumettre aux peuples toute une série de réformes dont « la transformation de la Commission en véritable collège politique, l’abolition des délégations nationales au Parlement européen et la constitution d’authentiques partis politiques paneuropéens. »

 

Il estime en outre que « sans une défense commune et donc une vraie politique étrangère, l’Europe ne pourra assumer vis-à-vis des citoyens la fonction tutélaire que les Etats n’arrivent plus à remplir. (…) Ce vide paralysera l’Europe face au chômage et aux inégalités au-dedans, et à Poutine, à Erdogan, à Xi Jinp et à Trump au dehors. »

 

 

Defraigne critique le Livre blanc de la commission Juncker estimant qu’il ramènera à business as usual.

 

 

Aussi, préconise-t-il une consultation populaire, « s’adresser directement au citoyen. » par un référendum après préparation approfondie de l’opinion.

 

 

Oui, cette proposition n’est pas à rejeter, car elle donne enfin aux peuples le droit de s’exprimer, à condition que l’on garantisse la concrétisation du résultat.

 

 

On l’a vu avec les référendums précédents : quand le résultat gênait les dirigeants européens, ils étaient rejetés purement et simplement comme les référendums sur la constitution européenne de 2005 en France et aux Pays-Bas. Récemment, les Européens ont tenté de faire annuler le référendum sur le Brexit et d’en imposer un deuxième.

 

 

Mais, si l’idée de Pierre Defraigne est excellente, elle émanera du sommet. Et nous nous retrouvons à la case départ où un pouvoir européen illégitime impose au citoyen européen sa ligne de conduite.

 

 

Si on veut que les choses se concrétisent dans le sens de la construction d’une réelle et indispensable Europe démocratique, l’initiative doit venir d’en bas afin de jeter dans les poubelles de l’histoire ce corporatisme-communautarisme qui a fait tant de tort.

 

 

Alors, de deux choses l’une : soit sombrer dans l’euroscepticisme et donc, l’aventure, soit tenter la construction d’une autre Europe, mais ce flambeau là, il faudra le transmettre à la nouvelle génération.

 

 

 

Pierre Verhas

 

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